{"id":1033,"date":"2015-06-18T09:31:24","date_gmt":"2015-06-18T09:31:24","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=1033"},"modified":"2015-07-08T15:26:49","modified_gmt":"2015-07-08T15:26:49","slug":"lappel-des-cimaises-etat-des-lieux-du-cinema-contemporain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/lappel-des-cimaises-etat-des-lieux-du-cinema-contemporain\/","title":{"rendered":"L&rsquo;appel des cimaises &#8211; \u00c9tat des lieux du cin\u00e9ma contemporain"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0<em>Il faudrait \u00eatre \u00e9tranger \u00e0 ce monde pour ignorer que le cin\u00e9ma, aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;est plus qu&rsquo;une des nombreuses manifestations du pouvoir de bouger qu&rsquo;ont acquis les images il y a quelque cent vingt ans\u00a0. (&#8230;) Je pense que le cin\u00e9ma est loin d&rsquo;avoir disparu sous sa forme la plus habituelle, et que, parmi les nouvelles mani\u00e8res d&rsquo;appara\u00eetre de l&rsquo;image mouvante, il continue de se distinguer comme porteur d&rsquo;une combinaison de certaines valeurs dont il a l&rsquo;exclusivit\u00e9 <\/em>\u00bb.<br \/>\nJ. Aumont<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/dN1xbg915S8yeCwuUJwbfYH_1xvloPj67M8ZXdnCV-oARan5yo9j4H93U7xDqZvtmz5RODdOgaUOsgd631mcPg.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1143 size-large\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/dN1xbg915S8yeCwuUJwbfYH_1xvloPj67M8ZXdnCV-oARan5yo9j4H93U7xDqZvtmz5RODdOgaUOsgd631mcPg-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"480\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/dN1xbg915S8yeCwuUJwbfYH_1xvloPj67M8ZXdnCV-oARan5yo9j4H93U7xDqZvtmz5RODdOgaUOsgd631mcPg-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/dN1xbg915S8yeCwuUJwbfYH_1xvloPj67M8ZXdnCV-oARan5yo9j4H93U7xDqZvtmz5RODdOgaUOsgd631mcPg-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/dN1xbg915S8yeCwuUJwbfYH_1xvloPj67M8ZXdnCV-oARan5yo9j4H93U7xDqZvtmz5RODdOgaUOsgd631mcPg-210x140.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><\/a><\/p>\n<p>En tant que cin\u00e9phile, nous vivons une \u00e9poque \u00e9tonnante. Entre cin\u00e9ma et art contemporain, il se joue un entre-image que l&rsquo;on tente de capter et d&rsquo;analyser. D&rsquo;un cot\u00e9, nous sommes toujours \u00e9merveill\u00e9s du mythe et du culte vou\u00e9s au dispositif cin\u00e9matographique. De l&rsquo;autre, nous fouillons avec une grande curiosit\u00e9 l&rsquo;utilisation des images projet\u00e9es sur les cimaises des mus\u00e9es. Ces images proviennent de cin\u00e9astes ou de plasticiens et classer ces images par genre, dispositif ou par la question de la production ou de la diffusion ne serait pas pertinent. De nombreuses \u0153uvres naviguent entre les deux territoires. Il s&rsquo;agit de chercher, dans ces nombreuses propositions, si les valeurs cin\u00e9matographiques surgissent, s&rsquo;il y a perception-cin\u00e9ma, c&rsquo;est-\u00e0-dire un enjeu tenant compte de la place et de l&rsquo;exp\u00e9rience perceptive du spectateur.<\/p>\n<p>Comme le dit Jacques Aumont, nous ne sommes pas en train de conna\u00eetre la lente mort du cin\u00e9ma au profit des diff\u00e9rents \u00e9crans. Nous ne sommes pas non plus habit\u00e9s d&rsquo;une certaine nostalgie qui traduirait un regret de ce qui se fait de contemporain. Au contraire, m\u00eame si je pense aussi avec conviction que les plus belles exp\u00e9riences afin d&rsquo;appr\u00e9cier les qualit\u00e9s artistiques et les sensations cin\u00e9matographiques sont procur\u00e9es par le dispositif de la projection et de la salle, tous ces nouveaux dispositifs (de projections, d&rsquo;\u00e9crans, d&rsquo;espaces&#8230;) peuvent permettent au cin\u00e9ma de cr\u00e9er de nouvelles relations au sensible.<\/p>\n<p>Depuis plus de cinquante ans, le cin\u00e9ma n&rsquo;a plus l&rsquo;exclusivit\u00e9 des images en mouvement. Cela a commenc\u00e9 avec la t\u00e9l\u00e9vision et cela continue avec les images <em>multipli\u00e9es<\/em>, <em>num\u00e9rique<\/em> et <em>nomade<\/em><sup><a id=\"ref1\" href=\"#fn1\">1<\/a><\/sup> du web. Bien s\u00fbr, toutes ces images en mouvement ne peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme du cin\u00e9ma. Ce n&rsquo;est pas parce que le cin\u00e9ma s&rsquo;\u00e9tend, que toutes images anim\u00e9es deviennent pour autant du cin\u00e9ma. Toutes les vid\u00e9os sur YouTube (plus grand diffuseur d&rsquo;images mouvantes) n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;\u00eatre analys\u00e9es afin d&rsquo;y trouver des signes de cin\u00e9ma. La relation qui se construit entre les images de cin\u00e9ma et celles de l&rsquo;art contemporain est le m\u00eame rapport que le cin\u00e9ma a entretenu depuis ses d\u00e9buts avec la peinture, la musique ou la photographie.<\/p>\n<h2><strong>Un contexte \u00e9conomique.<br \/>\n<\/strong><\/h2>\n<p>Durant la pr\u00e9paration de l&rsquo;article, j&rsquo;ai (re)visionn\u00e9 des films (par hasard pour certains et par volont\u00e9 de documenter cette article pour d&rsquo;autres) produits ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es que je tiens en haute estime\u00a0: <em>Blissfully Yours<\/em> de Apichatpong Weeraseethakul, <em>Toute une nuit<\/em> de Chantal Akerman, <em>Till Madness Do Us Part<\/em> et <em>L&rsquo;homme sans nom<\/em> de Wang Bing, <em>Stray Dogs<\/em> de Tsai Ming Liang et <em>Le cheval de Turi<\/em>n de Bela Tarr.<\/p>\n<p>Tous ces films pourraient sans aucun doute \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des \u0153uvres modernes, contemporaines, c&rsquo;est-\u00e0-dire des \u0153uvres construites sur des encha\u00eenements d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements de moments sensibles.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des films au fil desquels la m\u00e9moire captive ne cesse, de fa\u00e7on diverse, de se construire et de se reconstruire en s&rsquo;oubliant, saisie dans les lignes de fuite de ses paysages et de ses \u00e9v\u00e9nements (&#8230;) Des films pour lesquels l&rsquo;intrigue se r\u00e9fracte rapidement<sup><a id=\"ref2\" href=\"#fn2\">2<\/a><\/sup> \u00bb. Il ne s&rsquo;agit pas de construire un r\u00e9cit en obstacles, succ\u00e8s ou \u00e9checs, climax et pics \u00e9motionnels, il s&rsquo;agit de d\u00e9coupes de dur\u00e9es. Des films dans la plus pure<em> image-temps<\/em> tel que Deleuze la d\u00e9crit.<\/p>\n<p>Tous ces auteurs (et pour certains, j&rsquo;en parlerai plus loin), \u00e0 l\u2019exception peut-\u00eatre du dernier, ont d\u00e9j\u00e0 connu des rapprochements avec le milieu des galeries, de l&rsquo;image en mouvement expos\u00e9. Ils se sont rapproch\u00e9s de l&rsquo;espace mus\u00e9al pour tenter d&rsquo;en exploiter les possibilit\u00e9s.<br \/>\nPour les deux derniers, les films cit\u00e9s sont m\u00eame annonc\u00e9s comme des \u0153uvres posthumes de leur cin\u00e9ma. Les conditions pour fabriquer leurs films \u00e9tant de plus en plus compliqu\u00e9es \u00e0 financer. Bela Tarr se consacre enti\u00e8rement \u00e0 la transmission du cin\u00e9ma dans une \u00e9cole de cin\u00e9ma \u00e0 Sarajevo tandis que Tsai Ming Liang annonce qu&rsquo;il travaillera les images en mouvement sous d&rsquo;autres formes&#8230;<\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, lorsque Bela Tarr a annonc\u00e9 son choix irr\u00e9vocable d&rsquo;arr\u00eater de faire des films, il d\u00e9clarait\u00a0: \u00ab\u00a0Alors qu\u2019il y a de plus en plus d\u2019images partout autour de nous, paradoxalement nous ressentons la constante d\u00e9gradation de ce langage. C\u2019est dans ce contexte que nous cherchons \u00e0 d\u00e9montrer, avec insistance et conviction, l\u2019importance de la culture visuelle et la dignit\u00e9 de l\u2019image pour la prochaine g\u00e9n\u00e9ration de cin\u00e9astes. Notre objectif est de former des cin\u00e9astes s\u00fbrs de leurs moyens et habit\u00e9s par un esprit humaniste, des artistes dot\u00e9s d\u2019un point de vue personnel, d\u2019une forme d\u2019expression personnelle, et qui font usage de leur pouvoir cr\u00e9atif au service de la dignit\u00e9 des hommes et en phase avec la r\u00e9alit\u00e9 au sein de laquelle nous vivons. Affronter les questions concernant notre vision du monde et l\u2019\u00e9tat de notre civilisation sera une caract\u00e9ristique du nouveau programme d\u2019\u00e9tudes doctorales \u00e0 Sarajevo<sup><a id=\"ref3\" href=\"#fn3\">3<\/a><\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/C6FGNWK-zWM\" width=\"500\" height=\"405\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 cette annonce, je d\u00e9couvrais \u00e9galement le t\u00e9moignage anonyme d&rsquo;un jeune cin\u00e9aste dans un article concernant le syst\u00e8me de financement du cin\u00e9ma Fran\u00e7ais qui d\u00e9non\u00e7ait que \u00ab\u00a0Tout se r\u00e9tr\u00e9cit. Les sc\u00e9narios se voient sans cesse r\u00e9\u00e9crits apr\u00e8s chaque avis de d\u00e9cideurs. (&#8230;) On pousse tellement les auteurs \u00e0 se concentrer sur l\u2019intrigue, le squelette du film, que le montage se r\u00e9sume \u00e0 du bout \u00e0 bout, renon\u00e7ant \u00e0 sa fonction d\u2019\u00e9criture&#8230; On se trouve \u00e0 une p\u00e9riode charni\u00e8re. De nouveaux producteurs venus, des affaires surgissent, et les ind\u00e9pendants qui continuent \u00e0 faire la queue aux guichets se retrouvent hors jeu<sup><a id=\"ref4\" href=\"#fn4\">4<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le constat \u00e9conomique est accablant. Comme l&rsquo;affirmait Malraux\u00a0: le cin\u00e9ma est une industrie. Il l&rsquo;\u00e9tait et l&rsquo;est plus que jamais. Actuellement, le cin\u00e9ma est en crise. L&rsquo;industrie transforme les \u0153uvres personnelles en sc\u00e9nario film\u00e9s format\u00e9s en terme de gestion du temps, d&rsquo;\u00e9motions, d&rsquo;enjeu cin\u00e9matographique. L&rsquo;inverse de la pr\u00e9occupation premi\u00e8re des cin\u00e9astes. Ils trouvent donc, pour certains, refuge dans les galeries.\u00a0 M\u00eame si l&rsquo;aide financi\u00e8re est beaucoup moins importante, ils peuvent fabriquer leurs \u0153uvres comme ils le d\u00e9sirent et ensuite utiliser le cr\u00e9neau de diffusion plus classique (festivals et salles).<\/p>\n<p>Wang Bing le sugg\u00e8re \u00e9galement, il pr\u00e9f\u00e8re rester dans le monde du cin\u00e9ma mais l&rsquo;aide financi\u00e8re des galeries lui permet de financer ses \u0153uvres. \u00ab\u00a0Je ne veux pas \u00eatre \u00e9tiquet\u00e9 d\u00e9finitivement cin\u00e9aste, ni photographe, ni artiste. Quand je peux faire des photos, je fais des photos\u00a0; Quand je peux faire des films, je fais des films. Chaque projet entam\u00e9 est difficile \u00e0 conduire jusqu&rsquo;\u00e0 son ach\u00e8vement. J&rsquo;ai par exemple \u00e9t\u00e9 contraint d&rsquo;abandonner certains projets en cin\u00e9ma, par manque de moyens. Et j&rsquo;entame parfois des projets vid\u00e9o sur certains sujets car un traitement cin\u00e9matographique en serait inenvisageable. Mais personne n&rsquo;ach\u00e8te les vid\u00e9os que j&rsquo;ai produites<sup><a id=\"ref5\" href=\"#fn5\">5<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En 2006, financ\u00e9 par le Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles, Wang Bing r\u00e9alise <em>Fengming Chronique d&rsquo;une femme chinoise. <\/em>Un documentaire de plus de trois heures dans lequel on voit une dame d&rsquo;une septantaine d&rsquo;ann\u00e9es dans son appartement, en plan fixe, raconter la violente r\u00e9pression \u00ab\u00a0anti-droiti\u00e8re\u00a0\u00bb dont son mari et elle ont fait l&rsquo;objet. Wang Bing explique avoir tourn\u00e9 en plan fixe car la destination du projet \u00e9tait le mus\u00e9e et non la salle. Le film est d&rsquo;abord pr\u00e9sent\u00e9 sous une forme de deux heures quinze pour le Kunstenfestivaldesarts. Un an plus tard, il est pr\u00e9sent\u00e9 au festival de Cannes sous une forme de trois heures six.<\/p>\n<p>En 2009, la galerie Chantal Crousel lui propose une exposition \u00e0 l&rsquo;automne. Une nouvelle version, plus longue de quarante minutes, de Fengming est propos\u00e9e. Il r\u00e9alise \u00e9galement, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;aide financi\u00e8re de la galerie, <em>L&rsquo;homme sans nom<\/em>. Ces deux films entrent soudainement en r\u00e9sonance dans l&rsquo;espace mus\u00e9al. Deux films dont la proposition est totalement invers\u00e9e. D&rsquo;un cot\u00e9 un film enti\u00e8rement bas\u00e9 sur la parole d&rsquo;une femme, dont le titre est caract\u00e9ris\u00e9 par un nom propre, de l&rsquo;autre, un film sans parole bas\u00e9 sur l&rsquo;action d&rsquo;un homme sans nom propre.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette installation dans deux salles distinctes, Wang Bing relie les deux films et documente une forme de survie. Il s&rsquo;arrange pour que les mots de Fengming s&rsquo;entendent sur les images de <em>L&rsquo;homme sans nom<\/em>, proposant aux spectateurs une exp\u00e9rience unique en consid\u00e9rant ces deux films comme une oeuvre unique<sup><a id=\"ref6\" href=\"#fn6\">6<\/a><\/sup>.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-1033 gallery-columns-3 gallery-size-medium'><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/www.causestoujours.be\/lappel-des-cimaises-etat-des-lieux-du-cinema-contemporain\/fengming-he\/'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"169\" src=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/fengming-he-300x169.jpg\" class=\"attachment-medium size-medium\" alt=\"\" aria-describedby=\"gallery-1-1113\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/fengming-he-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/fengming-he-210x119.jpg 210w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/fengming-he.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-1113'>\n\t\t\t\tFengming, Chronique d&rsquo;une femme Chinoise, 2007\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/www.causestoujours.be\/lappel-des-cimaises-etat-des-lieux-du-cinema-contemporain\/lhomme-sans-nom\/'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"168\" src=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Lhomme-sans-nom-300x168.jpg\" class=\"attachment-medium size-medium\" alt=\"\" aria-describedby=\"gallery-1-1114\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Lhomme-sans-nom-300x168.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Lhomme-sans-nom-210x117.jpg 210w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Lhomme-sans-nom.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-1114'>\n\t\t\t\tL&rsquo;homme sans nom, 2009\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl>\n\t\t\t<br style='clear: both' \/>\n\t\t<\/div>\n\n<p>Wang Bing r\u00e9alisera un peu plus tard <em>Crude Oil<\/em>, un film de quatorze heures. Il le consid\u00e8re \u00ab\u00a0comme une installation qui n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas d\u00e9clin\u00e9e sur supports domestiques. Sa place est de fait plut\u00f4t au mus\u00e9e ou en galerie. Ce n&rsquo;est pas un film, c&rsquo;est une vid\u00e9o d&rsquo;art\u00a0; je distingue vraiment les deux<sup><a id=\"ref7\" href=\"#fn7\">7<\/a><\/sup>\u00bb. Le film sera cependant projet\u00e9 au festival de Rotterdam, de Hong-Kong et de Los Angeles.<\/p>\n<p>Tsai Ming Liang, pour sa part, a r\u00e9cemment entrepris la r\u00e9alisation d&rsquo;une s\u00e9rie de film intitul\u00e9s<em> Walker<\/em>. Il pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Avec cette s\u00e9rie de films, je d\u00e9sire que le spectateur puisse m\u00e9diter sur cette question: est-ce que voir un homme qui marche, qui est en mouvement mais sans avoir de but et sans parler, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une \u0153uvre cin\u00e9matographique ? (\u2026) Ces films visent \u00e0 permettre au spectateur de repenser dans leur quotidien leur rapport au temps et \u00e0 l\u2019espace. Ils sont un moyen de prendre la pulsation de chaque lieu et d\u2019en faire ressortir son rythme propre, d\u2019en prendre la temp\u00e9rature en quelque sorte<sup><a id=\"ref7\" href=\"#fn7\">7<\/a><\/sup>\u00bb.<\/p>\n<h2><strong>L&rsquo;oeuvre Globale, le cas Apichatpong Weeraseethakul<\/strong><\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Un film ne se pense pas, il se per\u00e7oit<\/em>\u00a0\u00bb (Merleau-ponty)<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre du cin\u00e9aste et plasticien Tha\u00eflandais, Apichatpong Weeraseethakul, est m\u00e9connue du grand public. Il est cependant r\u00e9cipiendaire de la Palme d&rsquo;or en 2010 avec le film <em>Oncle Boonmee<\/em> <em>(celui qui se souvient de ses vies ant\u00e9rieures)<\/em>. Le film est v\u00e9ritablement un voyage dans un paysage mental de r\u00e9incarnation de singe, princesse ou insecte. Le film fait surtout partie du corpus <em>Primitive <\/em>(2009). Un corpus compos\u00e9 d&rsquo;une exposition\/installation, d&rsquo;un livre et d&rsquo;un film.<\/p>\n<p>Dans la filmographie de Apichatpong Weeraseethakul, les mati\u00e8res, les motifs, les plans, les figures, les personnages entraient d\u00e9j\u00e0 en r\u00e9sonance d&rsquo;un film \u00e0 l&rsquo;autre. Dans le projet <em>Primitive<\/em>, <em>Oncle Boonmee<\/em> se transforme du film en l&rsquo;installation.<\/p>\n<p>Le projet <em>Primitive <\/em>s&rsquo;est donc d&rsquo;abord \u00e9tabli au Mus\u00e9e d&rsquo;Art Moderne de Paris. Une exposition compos\u00e9e de plusieurs vid\u00e9os, de sculpture, de dessin et installation en relation avec la fabrication mais surtout avec les sensations du film. L&rsquo;exposition est \u00ab\u00a0une circulation tr\u00e8s particuli\u00e8re de figures et de mati\u00e8re qui se d\u00e9die au projet d&rsquo;un film, en montrant la vie autour d&rsquo;un petit village dans le nord de la Thailande. Parmi les repr\u00e9sentations du pr\u00e9sent comme du pass\u00e9 de ce village, Weeraseethakul tisse une s\u00e9rie de mythologies populaires de nature animiste, en particulier l&rsquo;histoire d&rsquo;un moine qui se souvient des diff\u00e9rentes \u00e9tapes de ses r\u00e9incarnations<sup><a id=\"ref8\" href=\"#fn8\">8<\/a><\/sup>\u00bb. Le cin\u00e9aste compose un parcours d&rsquo;histoire et de fabulation.<\/p>\n<div id='gallery-2' class='gallery galleryid-1033 gallery-columns-3 gallery-size-medium'><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/www.causestoujours.be\/lappel-des-cimaises-etat-des-lieux-du-cinema-contemporain\/primitive\/'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"200\" src=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/primitive-300x200.jpg\" class=\"attachment-medium size-medium\" alt=\"\" aria-describedby=\"gallery-2-1116\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/primitive-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/primitive-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/primitive-210x140.jpg 210w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/primitive.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-2-1116'>\n\t\t\t\tPrimitive Project \u00a9 Kick the machine\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/www.causestoujours.be\/lappel-des-cimaises-etat-des-lieux-du-cinema-contemporain\/primitive0182\/'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"200\" src=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/primitive0182-300x200.jpg\" class=\"attachment-medium size-medium\" alt=\"\" aria-describedby=\"gallery-2-1117\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/primitive0182-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/primitive0182-210x140.jpg 210w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/primitive0182.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-2-1117'>\n\t\t\t\tPrimitive Project \u00a9 Kick the machine\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/www.causestoujours.be\/lappel-des-cimaises-etat-des-lieux-du-cinema-contemporain\/primitive-project\/'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"200\" src=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Primitive-project-300x200.jpg\" class=\"attachment-medium size-medium\" alt=\"\" aria-describedby=\"gallery-2-1118\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Primitive-project-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Primitive-project-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Primitive-project-210x140.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-2-1118'>\n\t\t\t\tPrimitive Project \u00a9 Kick the machine\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><br style=\"clear: both\" \/>\n\t\t<\/div>\n\n<p>\u00ab\u00a0L\u00a0&lsquo;espace du mus\u00e9e peut se comparer \u00e0 un cin\u00e9ma tr\u00e8s particulier, dans lequel on est soi-m\u00eame un personnage. Je ne con\u00e7ois pas mes films courts comme des pi\u00e8ces autonomes, mais plut\u00f4t comme la documentation d&rsquo;une performance. Ils ont besoin du public\u00a0: c&rsquo;est lui qui ach\u00e8ve leur \u00ab\u00a0post-production\u00a0\u00bb. Le public imagine diff\u00e9rents sc\u00e9narios, comme si chacun \u00e9tait un personnage et qu&rsquo;il pouvait se souvenir de ses diff\u00e9rentes vies. Le cin\u00e9ma est une autre exp\u00e9rience qui s&rsquo;inscrit dans un th\u00e8me plus lin\u00e9aire<sup><a id=\"ref9\" href=\"#fn9\">9<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, <em>Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies ant\u00e9rieures)<\/em> remporte donc la Palme d&rsquo;Or. Ce choix marquera et divisera la critique. Cependant, il marquera un moment important dans l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Weeraseethakul parle de personnage, le visiteur de mus\u00e9e est le personnage de l&rsquo;installation.\u00a0 Un personnage mobile, ce qui exclut de vivre le m\u00eame effet que la position d&rsquo;un spectateur de cin\u00e9ma. Dans un mus\u00e9e, le visiteur compose, compare et per\u00e7oit. On peut penser que cette position du regardeur actif et incit\u00e9 \u00e0 composer et comparer est un r\u00e9el apport \u00e0 la pens\u00e9e du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>M\u00eame si les exp\u00e9riences visuelles peuvent \u00eatre sensiblement semblables, ce ne sont pas les m\u00eames dispositifs et les m\u00eames corps. Ces \u0153uvres se retrouvent donc proches de la peinture o\u00f9 le fait de contempler une vid\u00e9o comme un tableau ou une photo est une exp\u00e9rience sur la dur\u00e9e pour le visiteur. Une dur\u00e9e \u00e9videmment tr\u00e8s variable selon le visiteur. On en revient encore \u00e0 cette notion du temps.<\/p>\n<p><strong>Olivier Burlet.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><sup id=\"fn1\">1. [Jacques Aumont, <em>Que reste-t-il du cin\u00e9ma<\/em>, Paris, Vrin, coll. \u00ab Philosophie et cin\u00e9ma \u00bb, 2013]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn2\">2. [Raymond Bellour, <em>La Querelle des dispositifs<\/em>, \u00ab Cin\u00e9ma \u2014 installations, expositions \u00bb \u00e9ditions P.O.L, collection <em>TRAFIC<\/em>, novembre 2012, ]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn3\">3. [<a href=\"https:\/\/www.filmfactory.ba\/\">filmfactory.ba<\/a>]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn4\">4. [<a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2014\/10\/PARDO\/50876\">\u00ab\u00a0Du star-syst\u00e8me au syst\u00e8me D\u00a0\u00bb, Carlos Pardo, <em>Le monde diplomatique<\/em><\/a>]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn5\">5. [\u00ab\u00a0Wang Bing, l&rsquo;homme qui marche\u00a0\u00bb Entretien avec Nicolas Th\u00e9venin, <em>R\u00e9pliques n\u00b04<\/em>]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn6\">6. [\u00ab\u00a0Wang Bing \u2013 Alors, la Chine\u00a0\u00bb Entretien avec Emmanuel Burdeau et Eugenio Renzi, <em>Les prairies ordinaires<\/em>]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn7\">7. [\u00ab Wang Bing, l&rsquo;homme qui marche \u00bb Entretien avec Nicolas Th\u00e9venin, <em>R\u00e9pliques n\u00b04<\/em>]<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn8\">8. [Dossier de presse \u00ab R\u00e9trospective Tsai Ming-Liang et exposition &#8211; Walker \u00bb, Cin\u00e9ma Galerie]<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn9\">9. [Christa Bl\u00fcmlinger \u00ab La m\u00e9moire, moteur des images \u2013 Les variations d&rsquo;<em>Oncle Boonmee<\/em> chez Apichatpong Weeraseethakul \u00bb, \u00e9ditions P.O.L, collection<em>TRAFIC<\/em>, n\u00b076, hiver 200]<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn10\">10. [Weeraseethakul \u00e0 Angeline Scherf (Lu dans <em>La Querelle des dispositifs<\/em>, <em>op.cit<\/em>.]<\/sup><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En tant que cin\u00e9phile, nous vivons une \u00e9poque \u00e9tonnante. Entre cin\u00e9ma et art contemporain, il se joue un entre-image que l&rsquo;on tente de capter et d&rsquo;analyser. D&rsquo;un cot\u00e9, nous sommes toujours \u00e9merveill\u00e9s du mythe et du culte vou\u00e9s au dispositif cin\u00e9matographique. De l&rsquo;autre, nous fouillons avec une grande curiosit\u00e9 l&rsquo;utilisation des images projet\u00e9es sur les cimaises des mus\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":1129,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,123],"tags":[129,132,131,124,130],"class_list":["post-1033","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier","category-cinema-expose","tag-apichatpong-weeraseethakul","tag-art-contemporain","tag-bela-tarr","tag-cinema-expose","tag-wang-bing"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1033","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1033"}],"version-history":[{"count":30,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1033\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1154,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1033\/revisions\/1154"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1129"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1033"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1033"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1033"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}