{"id":104,"date":"2014-06-04T11:39:50","date_gmt":"2014-06-04T11:39:50","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/~causes\/?p=104"},"modified":"2014-06-13T11:39:13","modified_gmt":"2014-06-13T11:39:13","slug":"rapport-aux-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/rapport-aux-temps\/","title":{"rendered":"Le rapport au(x) temps"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on parle du temps, on l\u2019aborde intuitivement en termes quantitatifs, h\u00e9ritiers que nous sommes du \u201ctemps de l\u2019horloge\u201d amorc\u00e9 au d\u00e9but de la p\u00e9riode moderne et progressivement int\u00e9rioris\u00e9 tout au long de l\u2019\u00e9poque industrielle<sup><a id=\"ref1\" href=\"#fn1\">1<\/a><\/sup>\u00bb.<\/p>\n<p>Les innovations technologiques qui sont apparues avec la modernit\u00e9 ont eu pour effet de pouvoir \u201cfaire les choses plus vite\u201d \u2013 que ce soit dans la production industrielle, dans les t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res ou dans les d\u00e9placements. Les premi\u00e8res technologies de l\u2019information et de la communication \u2013 telles que l\u2019imprimerie, le t\u00e9l\u00e9graphe ou le t\u00e9l\u00e9phone \u2013 ont ainsi acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la production et la diss\u00e9mination de l\u2019information.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du temps, tant d\u00e9cri\u00e9e aujourd\u2019hui, est donc un processus lent qui trouve son origine dans une \u00e9poque qui a mis en avant les valeurs de la raison et du progr\u00e8s, diffusant une vision instrumentale du temps. Dans la continuit\u00e9 de ce processus, on peut entrevoir que les TIC (Internet, ordinateur, t\u00e9l\u00e9phone portable et autres) ne font qu\u2019exacerber ce ph\u00e9nom\u00e8ne en r\u00e9duisant drastiquement ce temps de diffusion de l\u2019information et de la communication, tout en augmentant de mani\u00e8re exponentielle la quantit\u00e9 de connaissance produite<sup><a id=\"ref2\" href=\"#fn2\">2<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comment utilisons-nous ces technologies et quel usage faisons-nous de notre temps\u00a0? (notons que \u00ab\u00a0NOTRE temps\u00a0\u00bb devient une notion beaucoup moins personnelle lorsque nous nous interconnectons). Certains utilisent le terme de \u00ab\u00a0temps r\u00e9seau\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer un nouvel engagement avec le temps qui semble se dessiner via l\u2019expansion des TIC et qui vient se mettre en tension avec le temps de l\u2019horloge, plus lin\u00e9aire. Ainsi l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration ne serait pas le r\u00e9sultat d\u2019une course vers un gain de temps rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 Internet mais serait le r\u00e9sultat du r\u00e9seau lui-m\u00eame. \u00ab\u00a0C\u2019est bien l\u2019inter-connectivit\u00e9 qui donne alors au temps r\u00e9seau son pouvoir\u00a0\u00bb<sup><a id=\"ref3\" href=\"#fn3\">3<\/a><\/sup>. Ce n\u2019est pas individuellement que l\u2019on gagne du temps, mais c\u2019est la mani\u00e8re dont un r\u00e9seau va s\u2019organiser autour d\u2019Internet qui va avoir pour effet une acc\u00e9l\u00e9ration g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. \u00ab\u00a0Le temps r\u00e9seau constitue une temporalit\u00e9 nouvelle et puissante qui commence \u00e0 d\u00e9placer, neutraliser, sublimer et bouleverser d\u2019autres relations temporelles dans notre travail, dans nos foyers et dans la sph\u00e8re des loisirs<sup><a id=\"ref4\" href=\"#fn4\">4<\/a><\/sup>\u00bb. Le temps r\u00e9seau ne supplante pas les autres formes de temporalit\u00e9s ou de rapport au temps mais cr\u00e9e une tension avec les autres formes de rapport au temps. Les TIC sont ainsi les supports de la diffusion du temps r\u00e9seau.<\/p>\n<p>Comment le rapport au temps se vit-il alors que nous nous auto-num\u00e9risons \u00e0 coup de tweets, de hashtags, de partages, de photos\u00a0? Quels sont nos rep\u00e8res temporels alors que la toile ne conna\u00eet ni soleil, ni de saisons\u00a0? Comment envisageons-nous le monde et notre Histoire lorsque la parole d\u2019hier peut \u00eatre vue aujourd\u2019hui, demain et potentiellement apr\u00e8s-demain\u00a0? Les paroles, les images, les instants qui normalement s\u2019envolent rejoignent-ils l\u2019\u00e9crit qui, lui, reste\u00a0? Ces serveurs qui remplacent nos biblioth\u00e8ques remplacent-ils aussi notre m\u00e9moire personnelle\u00a0? Ces services \u00ab\u00a0gratuits\u00a0\u00bb que nous utilisons pour nos interactions imm\u00e9diates et diff\u00e9r\u00e9es poussent-ils \u00e0 une construction commercialement rentable des m\u00e9moires\u00a0et donc de l\u2019Histoire ? Dans une telle perspective, le temps r\u00e9seau s\u2019opposerait alors au temps de l\u2019horloge, plus rigide, et plus hi\u00e9rarchisant dans les rapports sociaux qu\u2019il sous-tend ? \u00ab\u00a0Les temps asynchrones du r\u00e9seau paraissent offrir, \u00e0 premi\u00e8re vue, plus de possibilit\u00e9s que le temps rigide de l\u2019horloge: fournissant un potentiel de diversit\u00e9, de cr\u00e9ation d\u2019espaces originaux contextualis\u00e9s dans lesquels la diff\u00e9rence peut s\u2019\u00e9panouir, et o\u00f9 des id\u00e9es nouvelles et des nouveaux savoirs peuvent \u00eatre produits<sup><a id=\"ref5\" href=\"#fn5\">5<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Gardons \u00e0 l\u2019esprit que cette r\u00e9flexion date de 2003, avant l&rsquo;arriv\u00e9e de Facebook et l&rsquo;affaire Snowden. Aujourd\u2019hui, en 2014, une certaine d\u00e9sillusion s\u2019est op\u00e9r\u00e9e vis-\u00e0-vis des \u00ab\u00a0m\u00e9dias sociaux\u00a0\u00bb, on se demande si ces outils peuvent encore lib\u00e9rer car ils sont avant tout essentiellement des produits commerciaux et ce \u00ab\u00a0temps r\u00e9seau\u00a0\u00bb refl\u00e8te donc avant tout les forces \u00e9conomiques et sociales qui l\u2019ont construit et qui sont essentiellement instrumentales et orient\u00e9es vers le march\u00e9. Le besoin de flexibilit\u00e9, support\u00e9 par les TIC, sert avant tout les logiques \u00e9manant du monde \u00e9conomique. Les exigences de disponibilit\u00e9 des travailleurs, le brouillage des fronti\u00e8res entre les temps de travail, de famille et de sociabilit\u00e9, sont quelques expressions des changements temporels. Deux lignes d\u2019in\u00e9galit\u00e9s se dessinent alors face \u00e0 ces changements. D\u2019une part, il y a le risque pour les personnes non connect\u00e9es de diminuer les opportunit\u00e9s de vie, puisque n\u2019\u00e9tant pas \u201cdans le r\u00e9seau\u201d, mais \u00e9galement pour les connect\u00e9es de vivre de plus en plus dans cette acc\u00e9l\u00e9ration et de ne pas pouvoir y participer avec les m\u00eames ressources.<\/p>\n<p>Pour la construction collective de notre temps, de nos m\u00e9moires, le risque d\u2019une instrumentalisation trop commerciale de nos sources et de nos d\u00e9marches fait peser une inconnue encore in\u00e9dite dans l\u2019Histoire.<\/p>\n<p><strong>Bernard Fostier<\/strong><\/p>\n<p><sup id=\"fn1\">1. [Elias N. (1996), <em>Du temps<\/em>, Paris, Fayard]\u21a9<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn2\">2. [\u00ab\u00a0La lettre Emerit n\u00b058\u00a0\u00bb, 2009\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.ftu-namur.org\/fichiers\/Emerit58.pdf\">https:\/\/www.ftu-namur.org\/fichiers\/Emerit58.pdf<\/a>]\u21a9<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn3\">3. [Hassan R. (2003), \u201cNetwork time and the new knowledge epoch\u201d, in Time and society, vol 12(2\/3), 225-241.]\u21a9<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn4\">4. [<em>Ibidem<\/em>, p.235.]\u21a9<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn5\">5. [<em>Ibidem<\/em>.]\u21a9<\/sup><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on parle du temps, on l\u2019aborde intuitivement en termes quantitatifs, h\u00e9ritiers que nous sommes du \u201ctemps de l\u2019horloge\u201d amorc\u00e9 au d\u00e9but de la p\u00e9riode moderne et progressivement int\u00e9rioris\u00e9 tout au long de l\u2019\u00e9poque industrielle1\u00bb. 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