{"id":1514,"date":"2015-10-28T10:44:32","date_gmt":"2015-10-28T10:44:32","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=1514"},"modified":"2015-10-29T15:14:53","modified_gmt":"2015-10-29T15:14:53","slug":"battles-de-isabelle-tollenaere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/battles-de-isabelle-tollenaere\/","title":{"rendered":"Battles de Isabelle Tollenaere"},"content":{"rendered":"<p><strong>Pr\u00e9sent\u00e9 au dernier festival de Rotterdam, le premier long m\u00e9trage d&rsquo;Isabelle Tollenaere s&rsquo;impose par une ma\u00eetrise plastique rare. En quatre chapitres, la r\u00e9alisatrice se met en qu\u00eate de la guerre, des batailles. Ou de ce qu&rsquo;il en reste. De leurs traces.<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 travers des paysages ruraux, elle nous emm\u00e8ne dans un voyage \u00e9tonnant, parfaitement coh\u00e9rent, o\u00f9 loin des guerres actuelles, se rejouent celles du pass\u00e9, et particuli\u00e8rement la Seconde Guerre mondiale. Et \u00e0 travers elles, une forme de pr\u00e9sent. D\u00e9truire un obus, jouer aux prisonniers de goulags, r\u00e9am\u00e9nager des bunkers en \u00e9tables ou faire gonfler des tanks, permettent \u00e0 la r\u00e9alisatrice de penser la m\u00e9moire aujourd&rsquo;hui. Sur une ligne esth\u00e9tique tr\u00e8s rigoureuse, mais aussi tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reuse, la cin\u00e9aste relie ses chapitres avec des leitmotivs peu nombreux, nuages, fum\u00e9es, photos de guerre, mais toujours pertinents. De m\u00eame que l&rsquo;usage toujours di\u00e9g\u00e9tique des musiques et des sons.\u00a0 Le premier chapitre est \u00e0 ce titre remarquable. D&#8217;embl\u00e9e, submerg\u00e9s par un son d&rsquo;une grande force sur fond noir, nous d\u00e9couvrons les lames d&rsquo;un tracteur labourant la terre. De la d\u00e9couverte d&rsquo;un obus de guerre mondiale \u00e0 sa destruction par une \u00e9quipe de d\u00e9mineurs sp\u00e9cialis\u00e9s, nous sommes les arch\u00e9ologues de ces guerres pass\u00e9es dont il ne reste que les traces, les fossiles rouill\u00e9s mais toujours dangereux et dont il faut se d\u00e9barrasser. Des guerres toujours pr\u00e9sentes donc. Par des plans hypnotiques et magnifiquement cadr\u00e9s, un travail sur le son complexe et un \u00e9tonnant montage po\u00e9tique, Isabelle Tollenaere s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la trace concr\u00e8te, la mati\u00e8re apr\u00e8s un passage, une vie qui a couru. Ainsi, ce plan fixe dans un bois soudain envahi par la fum\u00e9e est l&rsquo;indice qui annonce l&rsquo;explosion de l&rsquo;obus \u00e0 venir. Tout comme ce terrifiant plan d&rsquo;orage la nuit, n&rsquo;est-il pas une r\u00e9miniscence forc\u00e9ment bouleversante de ces nuits o\u00f9 les bombes pleuvaient par milliers ? Ainsi enfin, o\u00f9 apr\u00e8s la proc\u00e9dure tr\u00e8s r\u00e9glement\u00e9e et lente pour faire exploser un obus, il n&rsquo;en reste que quelques grains de poussi\u00e8res dans un sac plastique, linceul cheap pour un instrument de mort.<\/p>\n<p>Le second chapitre, aux confins de l&rsquo;absurde, nous entra\u00eene dans un camp d&rsquo;entra\u00eenement ou d&#8217;emprisonnement, o\u00f9 des touristes jouent \u00e0 un \u00ab Escape Game \u00bb, encadr\u00e9s par un couple en habits de l&rsquo;arm\u00e9e rouge mais qui leur parlent en anglais. Il s&rsquo;agit toujours de retrouver un pass\u00e9 guerrier, une \u00e9poque ou du moins une m\u00e9moire qui doucement se d\u00e9lite \u00e0 l&rsquo;image fascinante de ce bunker plong\u00e9 dans la mer et qui est vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre, \u00e9rod\u00e9 par les flots et les vents violents. Bunkers que l&rsquo;on retrouve r\u00e9arrang\u00e9s en \u00e9tables pour bestiaux par des villageois fascinants dans le chapitre suivant. Enfin, la derni\u00e8re partie fait le lien avec la guerre aujourd&rsquo;hui, mais toujours sous forme de signes, \u00e0 savoir le d\u00e9fil\u00e9 de l&rsquo;Arm\u00e9e russe \u00e0 l&rsquo;occasion des comm\u00e9morations du Victory Day. Ce chapitre, \u00e0 la fois grave et hilarant, met face \u00e0 face la m\u00eame absurdit\u00e9 de ces \u00ab batailles \u00bb avec un plan final, totalement stup\u00e9fiant et magique.<\/p>\n<p>On reprochera peut-\u00eatre \u00e0 la r\u00e9alisatrice et \u00e0 son film son manque d&rsquo;explications et d&rsquo;informations sur o\u00f9 sommes-nous ? Et avec qui ? M\u00eame si l&rsquo;on sent que l&rsquo;on va toujours plus \u00e0 l&rsquo;Est. Mais elle n&rsquo;est ni journaliste, ni historienne. Ces d\u00e9tails comptent peu quand son regard d&rsquo;artiste nous importe tant. Apr\u00e8s la radicalit\u00e9 de Gust Vandeberghe, ce Battles signe une nouvelle d\u00e9couverte \u00e0 suivre du cin\u00e9ma belge et flamand.<\/p>\n<p><strong>\u00a0Fred Arends<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.cinergie.be\/webzine\/battles_de_isabelle_tollenaere\">Publi\u00e9 sur le site Cinergie.be le 05\/06\/2015<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sent\u00e9 au dernier festival de Rotterdam, le premier long m\u00e9trage d&rsquo;Isabelle Tollenaere s&rsquo;impose par une ma\u00eetrise plastique rare. En quatre chapitres, la r\u00e9alisatrice se met en qu\u00eate de la guerre, des batailles. Ou de ce qu&rsquo;il en reste. 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