{"id":1863,"date":"2016-04-15T10:00:04","date_gmt":"2016-04-15T10:00:04","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=1863"},"modified":"2016-04-27T16:02:09","modified_gmt":"2016-04-27T16:02:09","slug":"lions-lenjeu-montage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/lions-lenjeu-montage\/","title":{"rendered":"Comme des lions : L&rsquo;enjeu du montage"},"content":{"rendered":"<p><strong>Geoffroy Cernaix, monteur au GSARA, revient sur son travail et son implication dans le montage du film <em>Comme des lions<\/em>. Une longue aventure face \u00e0 une mati\u00e8re qui constituait deux ans d&rsquo;engagement des ouvriers de PSA et plus de 300 heures de rushes !<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Comment s&rsquo;est faite ta rencontre avec le projet, et avec Fran\u00e7oise\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je connaissais d\u00e9j\u00e0 la lutte de PSA, je savais qu&rsquo;il y avait une r\u00e9alisatrice, Fran\u00e7oise, qui \u00e9tait en train de tourner. Par le biais de personnes qu&rsquo;on connaissait en commun, on a \u00e9t\u00e9 mis en relation. Elle \u00e9tait face \u00e0 une mati\u00e8re vraiment tr\u00e8s dense et elle \u00e9tait en recherche de solution par rapport \u00e0 la postproduction. Elle a eu beaucoup de difficult\u00e9s pour financer le film . C&rsquo;est un film qu&rsquo;elle a fait avec les moyens du bord. C&rsquo;est un film qui \u00e9tait tr\u00e8s politique et qui n&rsquo;int\u00e9ressait pas du tout les t\u00e9l\u00e9s en France. J&rsquo;ai pens\u00e9 de suite que \u00e7a avait un int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;elle vienne ici, dans le cadre du GSARA, pour avoir le suivi n\u00e9cessaire et que le film aille jusqu&rsquo;au bout parce que d&#8217;embl\u00e9e on savait que \u00e7a allait \u00eatre un montage long, qui allait demander de se d\u00e9ployer dans la dur\u00e9e. Elle a donc d\u00e9pos\u00e9 le projet au GSARA et le film a \u00e9t\u00e9 soutenu par le Comit\u00e9 de lecture.<\/p>\n<p><em><strong>Tu parles \u00ab\u00a0d&rsquo;une mati\u00e8re vraiment tr\u00e8s dense\u00a0\u00bb\u00a0? C&rsquo;est \u00e0 dire\u00a0? Quand elle est arriv\u00e9e, Tout \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tourn\u00e9\u00a0?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>On s&rsquo;est rencontr\u00e9s la premi\u00e8re fois en novembre 2013. La gr\u00e8ve \u00e9tait termin\u00e9e mais Fran\u00e7oise voulait continuer \u00e0 suivre la fermeture\u00a0: les plans d&rsquo;accompagnement, toutes les promesses de la direction. Les gr\u00e9vistes savaient que les promesses de la direction ne seraient pas tenues et donc elle voulait aller jusqu&rsquo;au bout du processus puisqu&rsquo;elle avait film\u00e9 depuis l&rsquo;origine du mouvement. C&rsquo;est \u00e0 dire bien avant le d\u00e9but de la gr\u00e8ve. Elle a donc accumul\u00e9 au fil des mois une mati\u00e8re tr\u00e8s importante et au d\u00e9but du montage, on avait un peu plus de 300 heures d&rsquo;images plus les archives que les militants avaient tourn\u00e9es eux-m\u00eames. Comme elle n&rsquo;a pu rentrer dans l&rsquo;usine qu&rsquo;au moment du d\u00e9clenchement de la gr\u00e8ve, elle a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 des images qui ont \u00e9t\u00e9 film\u00e9es \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;usine par les gr\u00e9vistes avant le d\u00e9but du mouvement.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Salah-Hollande.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1903\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Salah-Hollande.jpg\" alt=\"Salah Hollande\" width=\"700\" height=\"378\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Salah-Hollande.jpg 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Salah-Hollande-300x162.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Salah-Hollande-600x324.jpg 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Salah-Hollande-210x113.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em><strong>Comment, comme monteur, on appr\u00e9hende ces 300 heures de rushes ? Quelle a \u00e9t\u00e9, avec Fran\u00e7oise, votre m\u00e9thodologie de travail\u00a0?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;aventure a \u00e9t\u00e9 longue\u00a0! Et c&rsquo;est clair que la question de la m\u00e9thode, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 notre premi\u00e8re grande discussion avec Fran\u00e7oise. Comment on rentre dans cette mati\u00e8re tr\u00e8s riche\u00a0? On a fait le choix de regarder quasiment toute la mati\u00e8re. On savait que ce montage serait long et on a choisi de prendre le temps de tout regarder. \u00c7a nous a d\u00e9j\u00e0 permis de beaucoup discuter et d&rsquo;affiner notre m\u00e9thode. Nous avons resserr\u00e9 s\u00e9quence par s\u00e9quence. On avait beaucoup de r\u00e9unions qui faisaient 3, 4, 5 heures, dans lesquelles il se disait beaucoup de choses et qui nous int\u00e9ressaient parce qu&rsquo;il y avait cette d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Cette intelligence ouvri\u00e8re qu&rsquo;on voyait dans ces r\u00e9unions se d\u00e9ployer.\u00a0 On essayait de r\u00e9duire les grands th\u00e8mes qui y \u00e9taient abord\u00e9s, de faire des montages rapides, pour isoler 4 ou 5 grands th\u00e8mes et apr\u00e8s les combiner dans l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du film, les moduler. On voyait que certains th\u00e8mes, certaines discussions revenaient souvent et il fallait voir \u00e0 quel moment on les faisait venir dans le film. Par exemple, le th\u00e8me de la radicalisation qui arrive relativement souvent dans les d\u00e9bats, \u00e0 quel moment on traite cette question dans la narration\u00a0? Est-ce que c&rsquo;est au d\u00e9but, est-ce que c&rsquo;est au milieu, est-ce que c&rsquo;est \u00e0 la fin ? Tout ce travail de r\u00e9duction nous a permis de faire des premiers choix et de faire tomber une partie de la mati\u00e8re. On a avanc\u00e9 petit \u00e0 petit dans un travail un peu laborieux de r\u00e9duction, r\u00e9duction, r\u00e9duction de la mati\u00e8re pour affiner au maximum les choses. On savait que si on excluait trop vite des parties trop importantes de la mati\u00e8re, on affaiblissait nos possibilit\u00e9s de raconter cette histoire.<\/p>\n<p><strong><em>Comme spectateur, on participe activement \u00e0 cette histoire humaine car le film suit l&rsquo;\u00e9volution de cette gr\u00e8ve dans le temps. On se demande comment cette aventure va finir\u00a0? Comment les relations, les rapports de forces, entre les diff\u00e9rents protagonistes vont \u00e9voluer\u00a0? Vous avez bas\u00e9 votre construction narrative sur cette chronologie des \u00e9v\u00e9nements ou sur l&rsquo;articulation des th\u00e9matiques ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>On est \u00e0 la fois sur des questions th\u00e9matiques et \u00e9videmment sur des questions chronologiques. La question de la chronologie \u00e9tait complexe. Quand on faisait des visions avec les gr\u00e9vistes, m\u00eame les gr\u00e9vistes s&rsquo;y perdaient.\u00a0 Ils disaient : \u00ab\u00a0<em>mais cet \u00e9v\u00e9nement il \u00e9tait avant, apr\u00e8s, &#8230;<\/em>\u00a0\u00bb Ils ne savaient plus parce qu&rsquo;il y a eu tellement de choses, la gr\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 tellement riche. Donc, on avait d\u00e9fini au d\u00e9but, des grands moments dans la lutte qui \u00e9taient nos balises chronologiques qui nous permettaient de construire la narration. Fran\u00e7oise a film\u00e9 pendant 2 ans. Il y a une lutte qui a dur\u00e9 deux ans avec le point central \u2013 et \u00e7a c&rsquo;\u00e9tait clair pour nous &#8211;\u00a0 qui\u00a0 \u00e9videmment \u00e9tait la gr\u00e8ve. Mais pour raconter la gr\u00e8ve, il fallait aussi raconter tout l&rsquo;avant et donc c&rsquo;\u00e9tait quasiment un an et demi de conflit \u00e0 raconter, pour rencontrer les personnages, raconter comment ils se sont mobilis\u00e9s, avoir de l&rsquo;affect avec ces personnages. On voulait faire un film sur une aventure humaine avec des personnages. Qui \u00e9taient ces gens qui se battaient\u00a0? Il fallait commencer par les identifier, c&rsquo;est tout l&rsquo;enjeu du d\u00e9but du film. Il fallait aussi qu&rsquo;on comprenne ce pour quoi ils se battaient et contre qui ils se battaient. En plus, une partie de cette mati\u00e8re, de l&rsquo;avant-gr\u00e8ve, avait \u00e9t\u00e9 perdue. Un disque qui a plant\u00e9. On avait des manques, des trous dans cette mati\u00e8re qu&rsquo;on a combl\u00e9s en partie avec des archives tourn\u00e9es par des militants de la CGT ou par des ouvriers. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 un des endroits du montage qui a \u00e9t\u00e9 le plus compliqu\u00e9 \u00e0 mettre en place, qui nous a pris beaucoup de temps. On savait qu&rsquo;on ne pouvait pas aller au del\u00e0 de 20-25 minutes maximum. On a fait des tentatives en essayant de limiter un peu plus le d\u00e9but mais on se rendait compte qu&rsquo;on ne profitait pas de la m\u00eame mani\u00e8re de la gr\u00e8ve si on ne connaissait pas les personnages avant. Il fallait comprendre ce par quoi ils \u00e9taient pass\u00e9s, leur \u00e9volution qui \u00e9tait aussi l&rsquo;\u00e9volution de Fran\u00e7oise. Parce que Fran\u00e7oise quand elle commence \u00e0 tourner, elle ne sait pas s&rsquo;il va y avoir une gr\u00e8ve. Elle rentre dans ce film en se disant : \u00ab\u00a0<em>Est-ce qu&rsquo;il va vraiment y avoir une gr\u00e8ve<\/em>\u00a0\u00bb Voil\u00e0, elle a tourn\u00e9, fait des interviews, toutes sortes de choses pour essayer de raconter ce mouvement naissant et puis il y a eu la gr\u00e8ve et le d\u00e9veloppement de la gr\u00e8ve.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1900\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions5.jpg\" alt=\"commedeslions5\" width=\"700\" height=\"465\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions5.jpg 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions5-300x199.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions5-600x399.jpg 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions5-210x140.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em><strong>Comme tu le dis, Fran\u00e7oise a film\u00e9 sans vraiment savoir ce qui allait se passer, sans avoir une id\u00e9e pr\u00e9cise de ce qu&rsquo;elle allait raconter. Peut-on dire, alors, que le film s&rsquo;est vraiment \u00e9crit au montage\u00a0?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Je pense que la question ne se pose pas vraiment comme \u00e7a, dans le sens o\u00f9 Fran\u00e7oise avait fait des choix tr\u00e8s clairs au tournage dans sa mani\u00e8re de filmer. D\u00e9j\u00e0 se positionner du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui voulaient lutter. Elle avait r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er un rapport de confiance totale avec les gr\u00e9vistes. Jean-Pierre Mercier r\u00e9p\u00e8te souvent dans la pr\u00e9sentation du film qu&rsquo;il se reconna\u00eet \u00e0 100 % dans le film de Fran\u00e7oise. \u00ab\u00a0On l&rsquo;a oubli\u00e9e, parce qu&rsquo;elle \u00e9tait avec nous, elle faisait partie du mouvement avec nous, elle \u00e9tait l\u00e0, personne ne questionnait sa pr\u00e9sence. Elle faisait corps avec la gr\u00e8ve.\u00a0\u00bb Donc, il y avait une mani\u00e8re de filmer qui imposait d\u00e9j\u00e0 des choses au montage. Beaucoup de choses \u00e9taient dans les intentions de r\u00e9alisation et donc, au montage, on a essay\u00e9 de les aboutir. Apr\u00e8s, il restait \u00e0 construire le r\u00e9cit et \u00e7a, c&rsquo;\u00e9tait complexe parce qu&rsquo;effectivement c&rsquo;\u00e9tait deux ans de lutte et traduire cette temporalit\u00e9-l\u00e0 en moins de 2 heures, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s difficile. Par exemple, il y a des questions comme celle des interviews qu&rsquo;on a tranch\u00e9es vraiment au montage. Il y avait toute une mati\u00e8re d&rsquo;interview. A tous les moments de la gr\u00e8ve, Fran\u00e7oise a saisi la parole des gr\u00e9vistes qui discutaient de leur situation, de comment ils voyaient le mouvement, de comment ils se projetaient, quelle \u00e9tait leur analyse. On a essay\u00e9 de les utiliser et on a trouv\u00e9 au final que \u00e7a cassait ce sentiment d&rsquo;immersion dans la\u00a0 lutte que l&rsquo;on voulait g\u00e9n\u00e9rer. On n&rsquo;a utilis\u00e9 ces interview qu&rsquo;\u00e0 la fin, au moment o\u00f9 on a travers\u00e9 cette aventure et qu&rsquo;on a envie de s\u2019asseoir avec eux et des les \u00e9couter nous dire\u00a0: \u00ab\u00a0 <em>voil\u00e0, c&rsquo;est mon d\u00e9part de l&rsquo;usine, l&rsquo;usine c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a pour moi, qu&rsquo;est-ce que \u00e7a fait pour moi de quitter l&rsquo;usine, etc\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><em><strong>Tu as parl\u00e9 de \u00ab\u00a0visions avec les gr\u00e9vistes\u00a0\u00bb\u00a0? Pendant le processus de montage, vous avez montr\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution de votre travail aux protagonistes\u00a0?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le montage a dur\u00e9 un peu plus de 6 mois \u00e9tal\u00e9s sur une p\u00e9riode de quasiment 1 an et demi. Avec Fran\u00e7oise, on avan\u00e7ait, on testait. On a fait des allers-retours avec les gr\u00e9vistes pour savoir quel \u00e9tait leur ressenti. On construisait aussi notre r\u00e9flexion par rapport a ces retours, \u00e0 leur ressenti sur le mouvement. Est-ce que \u00e7a traduisait l&rsquo;\u00e9tat d\u00a0\u00bbesprit ? Les gr\u00e9vistes avaient toujours la frustration de ne pas avoir vu telle ou telle action. Alors, on discutait avec eux en expliquant qu&rsquo; on ne pourra pas tout mettre. mais est-ce qu&rsquo;en tout cas, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit, ce que vous avez voulu faire, ce que vous avez voulu d\u00e9fendre, est-ce que \u00e7a, le film le traduit\u00a0?\u00a0 Une chose qui \u00e9tait importante\u00a0 pour eux, c&rsquo;\u00e9tait cette volont\u00e9 de ne jamais se couper de l&rsquo;ensemble des ouvriers de l&rsquo;usine qui m\u00eame s&rsquo;ils ne faisaient pas gr\u00e8ve, par leur action, par leur soutien tacite \u00e0 la gr\u00e8ve, faisaient que le mouvement pouvait tenir. Il y avait aussi des choses comme par exemple la collecte de l&rsquo;argent. C&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s important pour les gr\u00e9vistes, car \u00e7a montrait le niveau d&rsquo;organisation auquel il \u00e9tait arriv\u00e9. Et donc on a d\u00e9velopp\u00e9 \u00e7a aussi.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions9.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1908\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions9.jpg\" alt=\"commedeslions9\" width=\"700\" height=\"465\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions9.jpg 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions9-300x199.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions9-600x399.jpg 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/commedeslions9-210x140.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em><strong>Ces questions de d\u00e9mocratie, la relation avec les non-gr\u00e9vistes, la collecte, la radicalisation, les actions, les sanctions sont des \u00ab\u00a0blocs th\u00e9matiques\u00a0\u00bb qui servent d&rsquo;architecture au film. Et ce sont des \u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 un conflit social. <\/strong><\/em><strong>Comme des lions<\/strong><em><strong> n&rsquo;est pas seulement un film qui raconte la lutte des travailleurs et nous immerge dans leur combat. C&rsquo;est aussi un film qui montre comment on s&rsquo;organise, ensemble. Un film qui nous donne \u00e0 voir les obstacles et les difficult\u00e9s de l&rsquo;organisation. On se retrouve avec un vrai \u00ab\u00a0film-outil\u00a0\u00bb pour penser la lutte sociale.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>La sp\u00e9cificit\u00e9 de cette gr\u00e8ve \u00e0 Aulnay, c&rsquo;est qu&rsquo;il y avait une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re et \u00e7a c&rsquo;\u00e9tait important de le montrer. C&rsquo;\u00e9tait quelque chose que Fran\u00e7oise voulait raconter et elle voulait montrer aussi qu&rsquo;on a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 se battre parce que c&rsquo;est important, parce qu&rsquo;on n&rsquo;a pas le choix, parce qu&rsquo;on en sort grandi . Bien s\u00fbr on ne gagne pas la non fermeture de l&rsquo;usine parce qu&rsquo;il aurait fallu cr\u00e9er un rapport de force qui va au-del\u00e0 de l&rsquo;usine dans un contexte politique qu&rsquo;on conna\u00eet et qui est difficile aujourd&rsquo;hui. Mais dans ce contexte politique-l\u00e0, ils ont r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9velopper un mouvement qui a \u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9, qui a permis aux gr\u00e9vistes de gagner de l&rsquo;argent, de d\u00e9fendre leur dignit\u00e9, de sortir la t\u00eate haute. Il y avait aussi une volont\u00e9 de faire un film de tactiques. Montrer comment ils d\u00e9veloppaient leur tactique comme, par exemple, cette capacit\u00e9 d&rsquo;anticiper en permanence les coups de la direction. Il fallait montrer \u00e7a. J\u00a0&lsquo;ai pu assister \u00e0 une projection du film dans le Nord de la France o\u00f9 il y avait beaucoup de militants syndicaux pr\u00e9sent et chacun allait chercher dans le film des aspects qui l&rsquo;int\u00e9ressait pour nourrir le quotidien de militant ouvrier. Certain disaient : \u00ab\u00a0ce film peut me permettre de r\u00e9pondre aux illusions que les gens ont encore dans les politiques\u00a0\u00bb. D&rsquo;autres, c&rsquo;\u00e9tait sur la r\u00e9pression dans la bo\u00eete, de pouvoir montrer \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur qu&rsquo;il y a une r\u00e9pression qui s&rsquo;exerce, que la direction de PSA est capable d&rsquo;inventer n&rsquo;importe quoi pour accuser les gr\u00e9vistes avec des choses compl\u00e8tement mensong\u00e8res, avec des huissiers qui signent n&rsquo;importe quoi pour la direction. C&rsquo;\u00e9tait r\u00e9ellement comme \u00e7a et tout \u00e7a c&rsquo;est dans le film.<\/p>\n<p><em><strong>Un autre aspect int\u00e9ressant de <\/strong><\/em><strong>Comme des lions<\/strong><em><strong>, c&rsquo;est que le personnage principal est pluriel, ce sont \u00ab\u00a0les\u00a0\u00bb gr\u00e9vistes\u00a0! Cette volont\u00e9 devait \u00eatre pr\u00e9sente au tournage mais c&rsquo;est aussi un choix de montage\u00a0? Un film tactique mais aussi un portrait collectif\u00a0?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>La force de la mati\u00e8re de Fran\u00e7oise, la force de la gr\u00e8ve, c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a\u00a0: un vrai collectif avec des personnages forts. Parce que militer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une usine comme Aulnay, avec l&rsquo;encadrement de PSA, \u00e7a cr\u00e9e des personnes solides. Et Fran\u00e7oise, c&rsquo;\u00e9tait un de ses soucis, tr\u00e8s vite, d&rsquo;avoir justement un film collectif avec plein de personnages multiples pour traduire ce collectif-l\u00e0 et ne pas tomber dans un film o\u00f9 on ne filme que les dirigeants. M\u00eame s&rsquo;il y a des personnages qui sont plus en avant par leur fonction dans la gr\u00e8ve comme Mercier qui est porte-parole. C&rsquo;est lui qui parle aux m\u00e9dias. Cela n&#8217;emp\u00eache pas de voir exister dans le film de multiples personnages qui donnent ce sentiment de film chorale. On voulait aussi montrer comment ces personnages qui revenaient tout au long du film \u00e9voluent au fur et \u00e0 mesure. Je pense \u00e0 un personnage comme Christophe. Au d\u00e9but du film il dit juste les revendications et \u00e0 la fin, il prend la parole dans les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales en disant\u00a0: \u00ab\u00a0il faut qu&rsquo;on fasse \u00e7a, \u00e7a et \u00e7a\u00a0\u00bb. Avoir cette multiplicit\u00e9 de personnages,\u00a0 avoir ce sentiment de collectif, c&rsquo;\u00e9tait vraiment important pour nous. La question syndicale&#8230;\u00e7a a \u00e9t\u00e9 aussi un choix au montage de ne pas rentrer dans le d\u00e9tail de la question syndicale, quel syndicat a fait quoi\u00a0? Etc. C&rsquo;\u00e9tait un autre film, et on pensait que ce n&rsquo;\u00e9tait pas la priorit\u00e9 du moment et que c&rsquo;\u00e9tait pas \u00e7a qu&rsquo;on voulait raconter en tout cas. Ni Fran\u00e7oise, ni moi. Ce qui \u00e9tait important dans l&rsquo;histoire du film c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;attitude des gr\u00e9vistes par rapport au reste de l&rsquo;usine, c&rsquo;\u00e9tait cette volont\u00e9 de toujours vouloir entra\u00eener le maximum d&rsquo;ouvriers dans le mouvement en \u00e9vitant au maximum que les querelles syndicales n&rsquo;interf\u00e8rent dans ce processus. C&rsquo;est pour \u00e7a que nous avons int\u00e9gr\u00e9 beaucoup de discussions entre gr\u00e9vistes et non-gr\u00e9vistes tout au long du film.<\/p>\n<p><em><strong>Ce montage est aussi une aventure humaine\u00a0! Comment on met le cut final \u00e0 ces mois de travail ? A quel moment, on se dit\u00a0: \u00ab\u00a0c&rsquo;est bon, on n&rsquo;y retouchera plus ?\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p>\u00c7a a \u00e9t\u00e9 compliqu\u00e9 mais il y avait des \u00e9ch\u00e9ances et \u00e0 un moment donn\u00e9 il fallait finir, mais \u00e7a a \u00e9t\u00e9 dur. Au d\u00e9but, notre premi\u00e8re continuit\u00e9 faisait 4 heures. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s difficile de descendre, de descendre, de descendre et puis on est descendu, descendu, descendu en sachant que de toute mani\u00e8re, on ne pouvait pas aller au-del\u00e0 de 2 heures. L&rsquo;id\u00e9al aurait \u00e9t\u00e9, en terme de diffusion d&rsquo;\u00eatre autour de 90 minutes mais voil\u00e0, \u00e0 un moment donn\u00e9, il y a eu de longues discussions et on s&rsquo;est dit\u00a0: \u00ab\u00a0non, le film il est l\u00e0, dans cette dur\u00e9e-l\u00e0 d&rsquo;1 h 55 et on s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0\u00a0\u00bb. Et puis c&rsquo;est quand m\u00eame une aventure. Moi je reste encore impr\u00e9gn\u00e9 du film. L\u00e0 on a mont\u00e9 des capsules autour des interviews des gr\u00e9vistes parce qu&rsquo;il y a des choses vraiment int\u00e9ressantes notamment\u00a0 sur la question syndicale. Il y a aussi un carnet de bord qu&rsquo;a tenu un gr\u00e9viste tout au long du mouvement qui pourrait faire l&rsquo;objet d&rsquo;une publication. Il y a des choses qui pourraient, autour du film, via peut-\u00eatre un site, prolonger cette r\u00e9flexion autour de cette exp\u00e9rience parce que les gens qui ont travers\u00e9 ce processus-l\u00e0 ont encore beaucoup de choses \u00e0 dire.<\/p>\n<p><em><strong>Pour terminer, je me demande quel est le degr\u00e9 d&rsquo;implication \u2013 ou plut\u00f4t d&rsquo;engagement \u2013 de la part de l&rsquo;\u00e9quipe technique qui accompagne la r\u00e9alisation d&rsquo;un film comme celui-l\u00e0. Quand on passe 6 mois \u00e0 monter une lutte sociale, il faut aussi s&rsquo;identifier \u00e0 cette lutte\u00a0?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Je suis aussi militant donc pour moi, c&rsquo;\u00e9tait un film important, n\u00e9cessaire et qui devait voir le jour. On devait faire le maximum pour que le film aille le plus loin possible y compris au niveau de sa diffusion. Mais avant \u00e7a, il fallait d&rsquo;abord que le film existe. Il y a eu un financement via les plate-formes participatives. Il y a eu un certain nombre de gens qui ont donn\u00e9 &#8211; des militants, des gens qui ont soutenu la gr\u00e8ve, des gr\u00e9vistes qui ont donn\u00e9 une partie de leur prime de licenciement pour le film. \u00a0Il y avait une attente et avec Fran\u00e7oise, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 aussi une rencontre sur cette base, sur cet int\u00e9r\u00eat militant. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 la fois faire un film et un outil militant. On \u00e9tait dans cette tension-l\u00e0 de faire les deux et d&rsquo;arriver \u00e0 ce que ce film soit vu le plus largement possible. J&rsquo;ai pu assister \u00e0 une rencontre apr\u00e8s une projection qui \u00e9tait vraiment passionnante. Le d\u00e9bat a dur\u00e9 presque 2 heures apr\u00e8s le film parce qu&rsquo;il y avait des gens qui parlaient de leurs difficult\u00e9s dans leur bo\u00eete, d&rsquo;autres qui racontaient leurs propres exp\u00e9riences de lutte.<\/p>\n<p><strong>Propos recueillis par Benjamin Durand<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Geoffroy Cernaix, monteur au GSARA, revient sur son travail et son implication dans le film <i>Comme des lions<\/i>.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":1905,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,161],"tags":[162,163,164,167,165,166],"class_list":["post-1863","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier","category-representations-des-luttes-ouvrieres","tag-comme-des-lions","tag-francoise-davisse","tag-greve","tag-montage","tag-psa","tag-psa-aulnay"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1863","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1863"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1863\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2038,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1863\/revisions\/2038"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1905"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1863"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1863"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1863"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}