{"id":1870,"date":"2016-04-15T09:45:21","date_gmt":"2016-04-15T09:45:21","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=1870"},"modified":"2016-04-19T19:13:14","modified_gmt":"2016-04-19T19:13:14","slug":"the-walk-suffragettes-depassement-de-soi-radicalisation-dela-mers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/the-walk-suffragettes-depassement-de-soi-radicalisation-dela-mers\/","title":{"rendered":"The Walk et Les Suffragettes\u00a0: d\u00e9passement de soi\u00a0et radicalisation au-del\u00e0 des mers"},"content":{"rendered":"<p><strong>Pendant que sur le vieux continent, on h\u00e9site encore \u00e0 penser le djihadisme de peur de l&rsquo;excuser, deux films anglo-saxons venaient r\u00e9cemment aborder en toute ing\u00e9nuit\u00e9 la question du d\u00e9passement de soi et de l&rsquo;action directe.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Un 11 septembre disneyworldis\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><em>The Walk. R\u00eaver plus haut<\/em> de Robert Zemeckis, sorti sans trop de fracas en Europe \u00e0 l&rsquo;automne 2015, a tout juste r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9cevoir. \u00c9ni\u00e8me sp\u00e9cimen de cette interminable s\u00e9rie de films de vide et d\u2019abysse, \u00e0 m\u00eame d&rsquo;escamoter le sacrifice du cadre que constitue la 3D\u00a0; cette fiction promettait aussi de ressusciter tout \u00e0 la fois l&rsquo;exploit du funambule fran\u00e7ais Philippe Petit, qui a march\u00e9 sur un fil entre les Twin Towers en 1974, et les tours elle-m\u00eames chang\u00e9es en symbole par les attentats du 11 septembre 2001.<\/p>\n<p>Pour un r\u00e9alisateur depuis longtemps sp\u00e9cialis\u00e9 dans la revanche des r\u00eaves d&rsquo;enfant (<em>Retour vers le futur<\/em>, <em>Qui veut la peau de Roger Rabbit?<\/em>&#8230;), ce menu de vertige et de nostalgie ne paraissait pas totalement hors de port\u00e9e. Mais on sait, au moins depuis <em>Vertigo<\/em> d&rsquo;Alfred Hitchcock (1958), que le sentiment de perdre pied, d\u00e9pend en grande partie de la sensation qui pr\u00e9c\u00e8de de les promener sur la terre ferme. Or, <em>The Walk<\/em> est un film submerg\u00e9 par le virtuel o\u00f9 le spectateur trouvera difficilement \u00e0 quoi se rattraper. Un \u00ab\u00a0Paris d\u2019antan, caract\u00e9ris\u00e9 par une esth\u00e9tique de poulbot\u00a0\u00bb<sup><a id=\"ref1\" href=\"#fn1\">1<\/a><\/sup> y tient lieu de reconstitution historique et l&rsquo;on cesse d&rsquo;avoir le vertige pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque, apr\u00e8s une heure et quart de circonvolution entre vieille Europe et nouveau continent, le h\u00e9ros pose enfin un pied sur la corde raide et, tout se nimbant de nuage et de fantasmagorie colombophile, il n&rsquo;est soudainement plus question de vide mais du plein de la confiance en soi.<\/p>\n<p>Le repli g\u00e9ostrat\u00e9gique des Etats-unis d&rsquo;Obama fournit certes assez logiquement un cin\u00e9ma film\u00e9 au drone, encore un peu moins curieux des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res et un peu plus exotique \u00e0 des yeux europ\u00e9ens qu&rsquo;il ne l&rsquo;\u00e9tait du temps o\u00f9 l&rsquo;Am\u00e9rique pr\u00e9tendait encore gendarmer la plan\u00e8te \u00e0 mains nues. Paris ne se reconna\u00eet pas dans ce d\u00e9cor, les accents faussement fran\u00e7ais des interpr\u00e8tes d\u00e9bitant un dialogue extr\u00eamement convenu font rire. Pour couronner le tout, le film acc\u00e8de \u00e0 la prouesse de rendre le personnage de Philippe Petit encore plus antipathique que ne le laissait suffisamment supposer le docudrama de James Marsh <em>Man on Wire<\/em> (2008.)<\/p>\n<p>On a dit que le propos de Zemeckis \u00e9tait de faire regretter un monde d&rsquo;avant le 11 septembre o\u00f9 tout \u00e9tait encore possible. Peut-\u00eatre son film s&rsquo;inscrit-il plut\u00f4t dans une suite de proc\u00e9dures de r\u00e9paration du traumatisme par la reconstitution qui vient simplement compl\u00e9ter l&rsquo;acte de vengeance. On pourrait dire qu&rsquo;entre <em>Zero Dark Thirty<\/em> de Kathryn Bigelow qui relatait en 2012 la traque finale de Ben Laden et le postiche onirique de Zemeckis, Hollywood peut estimer en avoir fini avec le 11 septembre, toute question financi\u00e8re mise \u00e0 part.<\/p>\n<p>Mais, ce faisant, ce que semble trahir la na\u00efvet\u00e9 et l\u2019irr\u00e9alisme forcen\u00e9s de <em>The Walk<\/em>, c&rsquo;est une certaine ignorance de l&rsquo;impact des attentats de janvier et novembre 2015 sur les consciences europ\u00e9ennes pour ne pas dire le d\u00e9ni que l&rsquo;histoire (du terrorisme) puisse poursuivre sa course hors des Etats-Unis. Na\u00efvet\u00e9 qui ne serait rien sans la pr\u00e9tention \u00e0 exporter mondialement sur la base d&rsquo;une histoire transatlantique (Hollywood restant un empire et Petit \u00e9tant fran\u00e7ais) un face \u00e0 face entre ce qu&rsquo;il faut bien appeler un fanatique et ce qui ne peut plus faire figure que de cible, tombant assez mal \u00e0 propos dans les d\u00e9bats qui agitent en ce moment la d\u00e9confiture du monde intellectuel parisien. De ce c\u00f4t\u00e9-ci de l&rsquo;atlantique, il n&rsquo;est peut-\u00eatre en effet plus seulement question d&rsquo;opposer la monstruosit\u00e9 d&rsquo;une organisation diabolique (Al Qua\u00efda) d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 au r\u00eave am\u00e9ricain et donc occidental de l&rsquo;autre. Mais de penser le sentiment de d\u00e9clin auquel les attentats de janvier puis de novembre sont venus donner corps en tant que crime commis par des ressortissants fran\u00e7ais qui auraient donc suppos\u00e9ment pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le r\u00eave du djihadisme \u00e0 celui de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne. Comment dans un tel contexte, ne pas prendre <em>The Walk<\/em> pour l&rsquo;inversion symbolique du djihad dans le d\u00e9passement de soi au d\u00e9fis de la mort et de la l\u00e9galit\u00e9\u00a0? Comment ne pas entendre l\u00e0 la d\u00e9fense, relativement pitoyable, d&rsquo;un occident d\u00e9senchant\u00e9 pr\u00e9sentant des exemples probants, mais pass\u00e9s, de sa capacit\u00e9 \u00e0 faire r\u00eaver, en l&rsquo;esp\u00e8ce un jeune entrepreneur en spectacle\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Une radicalisation exemplaire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Si Hollywood n&rsquo;a semble-t-il aucun probl\u00e8me \u00e0 d\u00e9peindre son monde en sym\u00e9trie et \u00e0 penser contin\u00fbment l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 absolue qui oppose les USA au terrorisme, l&rsquo;Europe parisienne s&rsquo;est permis quant \u00e0 elle d&rsquo;\u00e9mettre quelques doutes. Le constat fait \u00e0 plusieurs reprises par le politologue Olivier Roy selon lequel l&rsquo;engagement djihadiste constituerait aujourd&rsquo;hui non pas tant la radicalisation de l&rsquo;Islam de France que l&rsquo;islamisation de la radicalit\u00e9 d&rsquo;une certaine jeunesse fran\u00e7aise<sup><a id=\"ref2\" href=\"#fn2\">2<\/a><\/sup> se heurte \u00e0 un front capitonn\u00e9. Alain Finkielkraut par exemple, rencontre semble-t-il une certaine difficult\u00e9 \u00e0 envisager que de jeunes fran\u00e7ais fra\u00eechement convertis pour partir en Syrie, soient, faute de mieux, les seuls descendants de son ami R\u00e9gis Debray, prenant le maquis bolivien en 1967. Cet intellectuel de plateau n&rsquo;a-t-il pas depuis longtemps chang\u00e9 sa critique du relativisme de march\u00e9 en un dogmatisme pur et simple qui ne veut plus penser que par essences singuli\u00e8res, d\u00e9fendant qu&rsquo;on mette l&rsquo;Incomparable et l\u2019Irr\u00e9ductible (Shoah, occident, civilisation fran\u00e7aise&#8230;etc&#8230;) en une quelconque perspective historique\u00a0? L\u00e0 du moins se perp\u00e9tue dans l&rsquo;opposition \u00e0 la philosophie des Lumi\u00e8res, la pens\u00e9e d&rsquo;affrontement civilisationnel qui domina apr\u00e8s le 11 septembre et qui oppose un occident affaibli par ses tra\u00eetres-m\u00eames (les progressistes atteints par le doute) \u00e0 un Islam artificiellement unifi\u00e9 et alteris\u00e9 comme barbare. Ce type de tabou intellectuel, encore loin d&rsquo;\u00eatre compris comme l&rsquo;une des multiples sources du probl\u00e8me dit d&rsquo;int\u00e9gration, en est arriv\u00e9 \u00e0 faire figure de solution politique puisque le premier ministre fran\u00e7ais &#8211; qui ne trouve manifestement pas ses id\u00e9es que dans sa propre t\u00eate -, en est arriv\u00e9 \u00e0 qualifier d&rsquo;excuse hors de propos toute tentative de pens\u00e9e sociologique du terrorisme<sup><a id=\"ref3\" href=\"#fn3\">3<\/a><\/sup>. Las, l&rsquo;impensable pos\u00e9, il pouvait encore arriver que ce soit notre propre histoire, la plus occidentale qui soit, qui nous rappelle l&rsquo;actualit\u00e9, fut-ce en l&rsquo;esp\u00e8ce d&rsquo;un film venu de la perfide Albion.<\/p>\n<p>Sous les formes acad\u00e9miques de la fiction historique \u00e0 l&rsquo;anglaise, <em>Les Suffragettes<\/em> de Sarah Gavron (2015) entreprend ainsi de raconter aujourd&rsquo;hui un \u00e9pisode d&rsquo;activisme largement occult\u00e9. La lutte des femmes anglaises pour obtenir le droit de vote a en effet connu une p\u00e9riode de radicalisation entre 1908 et 1913, marqu\u00e9e par des formes d&rsquo;action qui, \u00e0 la mesure des valeurs de l&rsquo;\u00e9poque, ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme extr\u00eamement violentes. En 1905, Christabel Pankhurst crache sur un policier qui tente de l&rsquo;expulser d&rsquo;une r\u00e9union du Liberal Party o\u00f9 elle tentait de poser la question du suffrage f\u00e9minin. En 1908, plusieurs femmes membres de la Women&rsquo;s Social and Political Union (WSPU) cr\u00e9\u00e9e par Emelinne Pankhurst<sup><a id=\"ref4\" href=\"#fn4\">4<\/a><\/sup> caillassent des vitrines dans Downing street. En 1909, inspir\u00e9e par la lutte irlandaise, des femmes incarc\u00e9r\u00e9es lors de manifestations suffragistes, entament une gr\u00e8ve de la faim pour \u00eatre reconnues comme prisonni\u00e8res politiques et sont nourries de force. En 1910, suite \u00e0 l&rsquo;abandon d&rsquo;un projet de r\u00e9forme du droit de vote, elles sont victimes d&rsquo;une violente r\u00e9pression et deux militantes meurent. En 1913, des membres de la WSPU posent une bombe dans la r\u00e9sidence secondaire vide du premier ministre. La m\u00eame ann\u00e9e enfin, Emily Davison meurt en tentant d&rsquo;accrocher une banderole suffragiste sur le cheval du roi, lors d&rsquo;un derby auquel assiste George V. Tous ces \u00e9v\u00e9nements ou presque se trouvent condens\u00e9s dans <em>Les Suffragettes<\/em> \u00e0 travers le destin d&rsquo;une ouvri\u00e8re, Maud Watts, abus\u00e9e sexuellement par le patron de la blanchisserie industrielle dans laquelle elle et son mari travaillent. Son sentiment de r\u00e9volte et diff\u00e9rents accidents la poussent \u00e0 s&rsquo;engager au sein d&rsquo;un petit groupe clandestin affili\u00e9 \u00e0 la WSPU.<\/p>\n<p>Dans les cases de l&rsquo;animation socio-culturelle, il est bien \u00e9vident qu&rsquo;un tel film ne voisinerait pas d&#8217;embl\u00e9e avec, par exemple,<em> La d\u00e9sint\u00e9gration<\/em> de Philippe Faucon (2012) au titre des \u0153uvres \u00e0 montrer aux adolescents des quartiers populaires pour pr\u00e9venir leur radicalisation. Les attentats des suffragettes n&rsquo;ayant g\u00e9n\u00e9ralement fait de victimes qu&rsquo;en leur propre rang, nul ne songerait \u00e0 les qualifier de terroristes. Pourtant, <em>Les Suffragettes<\/em> pose deux questions qui travers\u00e8rent effectivement le f\u00e9minisme anglais de cette p\u00e9riode et qui ne sont peut-\u00eatre pas totalement inutiles \u00e0 relever aujourd&rsquo;hui\u00a0: le rapport d\u2019enr\u00f4lement et d&rsquo;endoctrinement reliant la base et le sommet d&rsquo;un mouvement politique et les moyens employ\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire a d&rsquo;ailleurs plus ou moins tranch\u00e9 ces deux questions. Alors que jusqu&rsquo;\u00e0 1913, la WSPU demandait aux femmes de participer aux manifestations en costumes de travail pour repr\u00e9senter l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;un mouvement transclasse, Emmeline Pankhurst, qui \u00e9tait veuve d&rsquo;un aspirant parlementaire de l&rsquo;Independant Labour, n\u00e9gocia finalement avec le Liberal Party le ralliement de sa formation \u00e0 l&rsquo;effort de guerre contre la promesse des conservateurs d&rsquo;un droit de vote partiel apr\u00e8s les hostilit\u00e9s. Tandis qu&rsquo;elle appelait les femmes \u00e0 travailler dans l&rsquo;armement, allant jusqu&rsquo;\u00e0 soutenir la r\u00e9clamation d&rsquo;une suppression des syndicats<sup><a id=\"ref5\" href=\"#fn5\">5<\/a><\/sup>, deux de ses filles, Sylvia et Adela la quittaient d\u00e9finitivement, l&rsquo;une pour rejoindre l&rsquo;Independant Labour rest\u00e9 pacifiste, l&rsquo;autre pour participer \u00e0 la fondation du parti communiste australien. Adela avait semble-t-il \u00e9t\u00e9 \u00e9galement la premi\u00e8re, apr\u00e8s plusieurs arrestations, \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 la strat\u00e9gie du \u00ab\u00a0Deeds not words\u00a0\u00bb (des actes pas des mots) de la WSPU. N\u00e9anmoins, comme l&rsquo;octroi du vote aux femmes britanniques de plus de trente ans sous conditions, finalement obtenu en 1918, peut \u00eatre attribu\u00e9 aussi bien \u00e0 l&rsquo;activisme d&rsquo;avant guerre du mouvement d&rsquo;Emmeline Pankhurst qu&rsquo;au revirement de celle-ci ou encore aux pressions du Labour, on ne se prononce g\u00e9n\u00e9ralement pas sur le bienfond\u00e9 de l&rsquo;action directe des suffragettes. Tout le monde s&rsquo;accorde en revanche sur ce que la direction du mouvement exigea de ses membres au nom de cette strat\u00e9gie. Comme l&rsquo;\u00e9crit\u00a0 Myriam Boussahba-Bravard \u00ab\u00a0Se d\u00e9veloppe alors chez les suffragettes une vision sacrificielle de la militante qui doit tout donner pour la cause, son temps, son argent, sa sant\u00e9, sa libert\u00e9 de mouvement, son int\u00e9grit\u00e9 physique, sa \u00ab respectabilit\u00e9 \u00bb<sup><a id=\"ref6\" href=\"#fn6\">6<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Fait qu&rsquo;illustre assez efficacement l\u2019\u0153uvre de Sarah Gavron puisque, sous l&rsquo;injonction de diff\u00e9rents personnages dont Emmeline Pankhurst elle-m\u00eame, interpr\u00e9t\u00e9e par Meryl Streep, lui commandant de ne jamais reculer, l\u2019h\u00e9ro\u00efne s&rsquo;y d\u00e9pouille de tout ce qu&rsquo;elle poss\u00e8de jusqu&rsquo;\u00e0 assister \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode du derby de 1913 pr\u00e9sent\u00e9 ici comme une action suicide<sup><a id=\"ref7\" href=\"#fn7\">7<\/a><\/sup>. Le film ne va cependant pas jusqu&rsquo;\u00e0 rappeler qu&rsquo;Emily Davison ch\u00e9rissait la fameuse devise que Thomas Jefferson h\u00e9sita selon la l\u00e9gende \u00e0 placer au fronton de l\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain\u00a0: \u00ab La r\u00e9bellion contre les tyrans est l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 Dieu \u00bb.<\/p>\n<p>En attendant d&rsquo;admettre que le progressisme fut aussi une forme de foi, que l&rsquo;Europe a semble-t-il perdue, il est donc encore, gr\u00e2ce \u00e0 certains films, possible de deviser des avantages et des inconv\u00e9nients de ne plus croire en rien et de ne pas c\u00e9der \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternelle invitation de mourir pour des id\u00e9es. Reste une dimension de l&rsquo;action politique que le cin\u00e9ma de fiction r\u00e9cent demeure toujours aussi r\u00e9ticent \u00e0 aborder ne sachant trop comment l&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 ses canons narratifs\u00a0: l&rsquo;action politique consid\u00e9r\u00e9e non plus du point de vue de l&rsquo;individu mais du collectif. Ici l&rsquo;antisociologisme ambiant ne risque pas non plus de grandement favoriser l\u2019innovation ni d&rsquo;ouvrir en quoi que ce soit les esprits.<\/p>\n<p><strong>Patrick Taliercio <\/strong><\/p>\n<p><sup id=\"fn1\">1. [Antoine Duplan, \u00abThe Walk\u00bb, un film cousu de fil digital, Le temps, mardi 27 octobre 2015. https:\/\/www.letemps.ch\/culture\/2015\/10\/27\/the-walk-un-film-cousu-fil-digital]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn2\">2. [Olivier Roy, \u00ab\u00a0Le djihadisme est une r\u00e9volte g\u00e9n\u00e9rationnelle et nihiliste\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 24 novembre 2015.]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn3\">3. [\u00ab\u00a0Aucune excuse sociale, sociologique et culturelle\u00a0\u00bb ne doit \u00eatre cherch\u00e9e au terrorisme d\u00e9clarait Manuel Valls le mercredi 25 novembre 2015, devant l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale. \u00abExpliquer [le jihadisme], c\u2019est d\u00e9j\u00e0 vouloir un peu excuser.\u00bb soutient-t-il encore lors d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie d\u2019hommage le 9 janvier 2016. Avant d&rsquo;opposer le 21 mars, la volont\u00e9 louable de \u00ab\u00a0comprendre\u00a0\u00bb \u00e0 celle n\u00e9faste de \u00ab\u00a0chercher je ne sais quelle explication.\u00a0\u00bb]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn4\">4. [P\u00e9jorativement qualifi\u00e9e de mouvements des suffragettes par le Daily Mail peu apr\u00e8s sa cr\u00e9ation en 1903, la WSPU adoptera ce surnom qui deviendra notamment le titre de son bulletin, <em>The suffragette<\/em>, en 1913.]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn5\">5. [cf\u00a0: \u00ab\u00a01903 : Les suffragettes passent \u00e0 l\u2019action directe\u00a0\u00bb, Christine (AL Orne), <em>Alternative Libertaire<\/em>, novembre 2013 https:\/\/www.alternativelibertaire.org\/?1903-Les-suffragettes-passent-a-l]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn6\">6. [\u00ab\u00a0Myriam Boussahba-Bravard, Vision et visibilit\u00e9 : la rh\u00e9torique visuelle des suffragistes et des suffragettes britanniques de 1907 \u00e0 1914\u00a0\u00bb, <em>Revue LISA<\/em>, Vol. I &#8211; n\u00b01 | 2003, mis en ligne le 19 novembre 2009. https:\/\/lisa.revues.org\/3116 ; DOI : 10.4000\/lisa.3116 ]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn7\">7. [La th\u00e8se de l&rsquo;accident l&#8217;emporte g\u00e9n\u00e9ralement. On suppose qu&rsquo;Emily Davisson sous-estima la vitesse \u00e0 laquelle allait passer le cheval qui la tua. Elle portait d&rsquo;ailleurs sur elle le billet de son retour \u00e0 Londres. Tout aussi discutable est le choix fait ici de la pr\u00e9senter comme issue du milieu ouvrier. Fille d&rsquo;un homme d&rsquo;affaires mort pr\u00e9matur\u00e9ment, elle fut surtout gouvernante et enseignante.]<\/sup>\u21a9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant que sur le vieux continent, on h\u00e9site encore \u00e0 penser le djihadisme de peur de l&rsquo;excuser, deux films anglo-saxons venaient r\u00e9cemment aborder en toute ing\u00e9nuit\u00e9 la question du d\u00e9passement de soi et de l&rsquo;action directe. 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