{"id":1877,"date":"2016-04-15T09:55:12","date_gmt":"2016-04-15T09:55:12","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=1877"},"modified":"2016-04-20T11:10:27","modified_gmt":"2016-04-20T11:10:27","slug":"representations-medias","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/representations-medias\/","title":{"rendered":"Travailleurs en mouvement. Cul de sac m\u00e9diatique"},"content":{"rendered":"<p><strong>Pour compl\u00e9ter ce dossier sur la repr\u00e9sentation des luttes sociales, il faut \u00e9galement se tourner vers les m\u00e9dias dits mainstream, car ils ont une grande part de responsabilit\u00e9 dans la composition des imaginaires collectifs. Nous nous sommes donc longuement entretenus avec Yannick Bovy, r\u00e9alisateur \u00e0 la FGTB Wallonne, \u00e0 ce sujet allant de l\u2019\u00e9tat des lieux de la situation actuelle \u00e0 de possibles alternatives en passant bien entendu par les causes et les cons\u00e9quences. Celles-ci ne sont probablement pas exhaustives et nous ne pr\u00e9sentons ici qu\u2019un point de vue. Mais c\u2019est celui le moins souvent mis en lumi\u00e8re et dont les conclusions \u00e0 tirer sont alarmantes, plus pour l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des m\u00e9dias (\u00e9crits et audiovisuels) que pour la p\u00e9rennit\u00e9 des syndicats.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/greve.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1991\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/greve.png\" alt=\"greve\" width=\"855\" height=\"896\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/greve.png 855w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/greve-286x300.png 286w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/greve-600x629.png 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/greve-210x220.png 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 855px) 100vw, 855px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Dire que les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et financiers sont en train de faire reculer les conqu\u00eates sociales rel\u00e8ve de l\u2019expos\u00e9 de faits. Il est donc, \u00e0 mon sens, normal d\u2019assister \u00e0 une lev\u00e9e de boucliers du c\u00f4t\u00e9 des mouvements syndicaux. Chacun son r\u00f4le. Mais dans ce bras de fer de plus en plus in\u00e9gal, les m\u00e9dias semblent avoir choisi un camp. C\u2019est \u00e9videment tr\u00e8s caricatural et la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas si simple, nous le verrons, mais au premier coup d\u2019\u0153il&#8230; \u201c<em>Les attaques r\u00e9centes sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale et les services publics, sur les ch\u00f4meurs, sont extr\u00eamement frontales et brutales. Et la mani\u00e8re dont ces attaques et la r\u00e9sistance sociale \u00e0 ces attaques sont traduites par les m\u00e9dias dits mainstream est affligeante<\/em>\u201d nous explique Yannick. Du c\u00f4t\u00e9 de la presse \u00e9crite et plus particuli\u00e8rement dans les \u00e9ditos, le portrait dress\u00e9 des contestataires n\u2019a que deux faces qui en font un adversaire facilement disqualifiable avec qui il ne vaut pas la peine de dialoguer.<\/p>\n<p><strong>La premi\u00e8re est celle du r\u00e9ac assis sur ses privil\u00e8ges<sup><a id=\"ref1\" href=\"#fn1\">1<\/a><\/sup>.<\/strong><\/p>\n<p>\u201c<em>Qu\u2019est-ce que c\u2019est que ces ringards d\u2019un autre \u00e2ge qui se rebellent contre la modernit\u00e9\u00a0? Pour le gouvernement, les patrons, la droite en g\u00e9n\u00e9ral, la modernit\u00e9 c\u2019est admettre que maintenant il va falloir travailler jusque 67 et demain jusque 70 ans, qu\u2019il faut accepter les contrats pr\u00e9caires, et pourquoi pas les contrats \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e pour les int\u00e9rimaires\u00a0! Authentique\u00a0: c\u2019est le <a href=\"https:\/\/www.lalibre.be\/actu\/belgique\/patrons-et-syndicats-s-opposent-deja-sur-le-plan-peeters-56ca0137357013d19591408c\">nouveau Saint Graal de Peter Timmermans<\/a> et de la FEB. Les organisations patronales, les puissances financi\u00e8res, les multinationales, et une grande partie de la classe politique convertie au dogme n\u00e9olib\u00e9ral sont en train de s\u2019attaquer m\u00e9thodiquement et publiquement \u00e0 tout ce qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019ensemble des conqu\u00eates sociales au sortir de la Seconde Guerre mondiale<\/em>\u201d. M\u00e9thodiquement et publiquement. Que cette entreprise de d\u00e9construction des droits sociaux ne soit plus faite dans le huis clos de grands bureaux, mais au beau milieu de la place publique m\u2019inqui\u00e8te peut-\u00eatre encore plus, car elle acquiert une certaine forme de l\u00e9gitimit\u00e9 en se positionnant face aux cam\u00e9ras, aux yeux de tous et conf\u00e8re \u00e0 cette politique n\u00e9olib\u00e9rale, nous le verrons dans quelques lignes, le statut de seule option possible.<\/p>\n<p><strong>La seconde face, et peut-\u00eatre la plus r\u00e9pandue, est celle du preneur d\u2019otage<\/strong><sup><a id=\"ref2\" href=\"#fn2\">2<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>\u201c<em>On peut lire vous \u00eates des preneurs d&rsquo;otages, vous occupez des routes, des ponts, vous cr\u00e9ez des embouteillages (comme s\u2019il n\u2019y avait pas des centaines de kilom\u00e8tres d\u2019embouteillages cumul\u00e9s chaque jour). Et il y a malheureusement ce drame de <a href=\"https:\/\/www.lesoir.be\/1023167\/article\/debats\/editos\/2015-10-22\/blocage-e40-mort-qui-responsabilise\">cette dame qui meurt<\/a> et c\u2019est la faute des syndicats<\/em>\u201d.<\/p>\n<p>Qui voudrait croire ou m\u00eame simplement dialoguer avec des r\u00e9acs ou de violents \u00e9meutiers ? Au-del\u00e0 du fond (\u201c<em>Les m\u00e9dias, y compris dans le service public, relaient le langage dominant<\/em>\u201d), la forme est elle aussi hautement regrettable. \u201c<em>Prenons un exemple\u00a0: imaginons qu\u2019il y ait au JT de la RTBF \u00e0 19h30 un sujet de 10 minutes sur une gr\u00e8ve nationale de la SNCB. Sur ces 10 minutes, il y aura 22 secondes sur les raisons de la gr\u00e8ve et \u00e9ventuellement l\u2019interview d\u2019un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 ou d\u2019un repr\u00e9sentant de la centrale des services publics pour parler des milliers d\u2019emplois qui vont passer \u00e0 la trappe et des conditions de travail qui vont se d\u00e9t\u00e9riorer. Et il y aura 9 minutes 38 sur les gens qui r\u00e2lent parce qu\u2019ils n\u2019ont pas pu avoir leur train, sur les embarras de circulation, sur des personnes qui se demandent si leur patron veut bien les laisser faire du t\u00e9l\u00e9travail parce que les m\u00e9chants gr\u00e9vistes ont bloqu\u00e9 les trains, etc. On est dans l\u2019anecdote, dans le radio-guidage et tr\u00e8s peu dans les raisons de la gr\u00e8ve et l\u2019analyse des enjeux<\/em>\u201d. Et de conclure : \u201c<em>Il n\u2019y a pas de place dans les m\u00e9dias mainstream pour la critique syst\u00e9mique du capitalisme<\/em>\u201d.<\/p>\n<p><strong>Tout baigne, tout coule.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Dans le grand jeu du capitalisme, les m\u00e9dias grand public doivent bien composer avec les r\u00e8gles, car ils ne sont pas (plus) hors syst\u00e8me. \u201c<em>On est encore en 1990 avec la \u00ab\u00a0mondialisation heureuse\u00a0\u00bb, de l\u2019ultralib\u00e9ral fran\u00e7ais Alain Minc, ou avec la \u00ab\u00a0fin de l\u2019histoire\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9conomiste Francis Fukuyama qui disait en substance\u00a0 le mur de Berlin est tomb\u00e9, les id\u00e9ologies c\u2019est termin\u00e9, nous sommes dans la fin de l\u2019histoire, le capitalisme est l\u2019horizon ind\u00e9passable du bonheur des peuples. Les partis et mandataires politiques europ\u00e9ens se sont pour la plupart convertis \u00e0 ce nouveau cat\u00e9chisme, y compris les partis sociaux-d\u00e9mocrates. Ils estiment que l\u2019on peut en corriger certains effets n\u00e9fastes \u00e0 la marge, mais qu\u2019il faut d\u00e9sormais s\u2019adapter \u00e0 la mondialisation plut\u00f4t que de lui opposer une alternative radicale. Il y a le lib\u00e9ralisme dur et le \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisme social\u00a0\u00bb, mais les m\u00e9dias dominants ne laissent \u00e0 peu pr\u00e8s aucune place \u00e0 la critique radicale, fondamentale du capitalisme, ni \u00e0 celles et ceux qui lui r\u00e9sistent \u2013 forc\u00e9ment, est-on tent\u00e9 de dire, puisqu\u2019ils sont organiquement li\u00e9s \u00e0 ce syst\u00e8me<\/em>\u201d. Ce dogme dans lequel on baigne, ces Tables de la loi<sup><a id=\"ref3\" href=\"#fn3\">3<\/a><\/sup>, ont colonis\u00e9 les esprits \u00e0 bien des niveaux et le lib\u00e9ralisme est devenu notre horizon commun. C\u2019est le \u00ab\u00a0TINA\u00a0\u00bb de Margaret Thatcher\u00a0:\u00a0There is no alternative.<\/p>\n<p>Et puis, il ne faut pas oublier que le journaliste est aussi un travailleur dont la profession est de plus en plus pr\u00e9caris\u00e9e<sup><a id=\"ref4\" href=\"#fn4\">4<\/a><\/sup> et qu\u2019il a des patrons. \u201c<em>On conna\u00eet les Lagard\u00e8re et Bernard Arnault en France qui ne tol\u00e8rent pas la moindre critique des m\u00e9dias ni, plus globalement, la moindre critique du syst\u00e8me dominant dans les organes de presse qu\u2019ils contr\u00f4lent. \u00c0 partir du moment o\u00f9 les m\u00e9dias sont concentr\u00e9s entre les mains de grands groupes priv\u00e9s, des chefs \u00e0 plumes et des actionnaires exigent des dividendes\u2026<\/em>\u201d Bien que la Belgique ne soit pas \u00e9pargn\u00e9e, les exemples fran\u00e7ais restent plus \u00e9loquents. Prenons le cas r\u00e9cent de Fran\u00e7ois Ruffin, r\u00e9dacteur en chef du journal <em>Fakir<\/em>, invit\u00e9 une premi\u00e8re fois dans une \u00e9mission de Fr\u00e9d\u00e9ric Taddei sur Europe 1. Lagard\u00e8re, patron d\u2019Europe 1, a d\u2019abord refus\u00e9 sa venue sur son antenne avant de se raviser suite au toll\u00e9 suscit\u00e9 dans les m\u00e9dias. Ruffin est donc r\u00e9invit\u00e9, mais chez Jean-Michel Aphatie cette fois, \u201cle chien de garde par excellence du point de vue des oligarques des m\u00e9dias\u201d. Aphatie est pr\u00e9venu par Ruffin la veille dans une <a href=\"https:\/\/www.acrimed.org\/Lettre-ouverte-a-Jean-Michel-Aphatie-quel-role-choisirez-vous\">lettre ouverte<\/a> : quel r\u00f4le choisirez-vous ? Et voici donc la <a href=\"https:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x3u0a4i_francois-ruffin-mon-documentaire-est-un-combat-contre-l-oligarchie_news\">rencontre<\/a> entre Ruffin et ce soi-disant contradicteur [pour instaurer un v\u00e9ritable d\u00e9bat.] Aphatie est rest\u00e9 dans son r\u00f4le, Ruffin a jou\u00e9 le sien.<\/p>\n<p>Ne perdons pas de vue non plus le bilan comptable qui p\u00e8se sur les m\u00e9dias. Dans un monde o\u00f9 la quantit\u00e9 est plus regard\u00e9e que la qualit\u00e9, l\u2019audimat reste l\u2019objectif incontournable. Il faut donc avoir le plus de lecteurs\/auditeurs\/t\u00e9l\u00e9spectateurs possible. Mais pas n\u2019importe lesquels nous explique Yannick Bovy : \u201c<em>En ce qui nous concerne, nous sommes plut\u00f4t satisfaits de nos audiences compte-tenu des heures tardives de diffusion que l\u2019on nous impose. Et la RTBF elle-m\u00eame reconna\u00eet la qualit\u00e9 de nos \u00e9missions en terme de r\u00e9alisation et de contenu. Le public qu\u2019on touche dans ces cases-l\u00e0 a entre 35 et 65 ans. La tranche plus \u00e2g\u00e9e est un peu plus importante, mais nous touchons aussi les 35-45 ans. On atteint moins les plus jeunes. Mais ce n\u2019est pas propre aux \u00e9missions conc\u00e9d\u00e9es, c\u2019est la t\u00e9l\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. C\u2019est \u00e7a aussi qui contrarie la RTBF, parce que ce qui les int\u00e9resse ce n\u2019est pas forc\u00e9ment d\u2019avoir le public le plus large possible mais de toucher les publics qui sont susceptibles de modifier leurs habitudes de consommation rapidement, les jeunes donc. Cette r\u00e9flexion est \u00e9videmment li\u00e9e \u00e0 la publicit\u00e9<\/em>\u201d.\u00a0 Ils vendent du temps de<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Temps_de_cerveau_humain_disponible\"> cerveau disponible<\/a> aux publicitaires&#8230; Et le \u00ab\u00a0visuel\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0sensationnel\u00a0\u00bb, il semblerait que ce soit la voie la plus s\u00fbre vers l\u2019audimat.<\/p>\n<p><strong>La grande absente\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Quelles sont les cons\u00e9quences d\u2019un tel fonctionnement ? Pas la peine de crier au syndicat bashing. D\u2019une part, car cette \u00ab\u00a0mauvaise presse\u00a0\u00bb n\u2019a pas vraiment d\u2019incidence sur le nombre d\u2019affili\u00e9s et \u201c<em>je ne pense pas que le grand public en g\u00e9n\u00e9ral soit hostile aux syndicats<\/em>\u201d. D\u2019autre part, car les organisations syndicales reconnaissent aussi leurs torts<sup><a id=\"ref5\" href=\"#fn5\">5<\/a><\/sup> dans la d\u00e9gradation de leur image : \u201c<em>On a notre part de responsabilit\u00e9, notamment dans notre difficult\u00e9 \u00e0 envisager d\u2019autres modes d\u2019action qui p\u00e9naliseraient davantage ceux que l\u2019on vise plut\u00f4t que les citoyens, les usagers, le grand public, bref celles et ceux pour qui on se bat\u2026 Ceci dit, une gr\u00e8ve qui n\u2019emmerde personne ne sert \u00e0 rien. Il faut bien s\u00fbr poursuivre nos mobilisations, les amplifier, mais aussi inventer d\u2019autres modes d\u2019action pour mieux convaincre les gens, les rallier \u00e0 nos actions, \u00e0 nos messages, aux enjeux qui vont les toucher ou qui les touchent directement sans qu\u2019en m\u00eame temps ils soient d\u00e9pit\u00e9s parce qu\u2019ils ont rat\u00e9 leur train. C\u2019est fondamental si l\u2019on veut renverser le rapport de forces, mettre un terme aux politiques antisociales, faire obstacle \u00e0 ces casseurs du Bien commun, de la S\u00e9curit\u00e9 sociale, des services publics que sont le gouvernement des droites et les f\u00e9d\u00e9rations patronales. On ne fait pas gr\u00e8ve par plaisir mais dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous<\/em> \u201d.<\/p>\n<p>La part la plus regrettable des cons\u00e9quences pour l\u2019information est que les enjeux sont camoufl\u00e9s, la critique syst\u00e9mique du capitalisme quasi inexistante et qu\u2019on se prive d\u2019un point de vue important dans l\u2019\u00e9quation : la parole ouvri\u00e8re. En \u00e9crivant ces lignes, il me semble \u00e9vident que la personne la mieux plac\u00e9e pour parler d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 est celle qui en est au c\u0153ur. Pourtant je n\u2019arrive pas \u00e0 me souvenir de la derni\u00e8re fois o\u00f9 j\u2019ai entendu un docker ou un cheminot s\u2019exprimer au micro et expliquer pourquoi il fait gr\u00e8ve et encore moins avoir l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019exposer des alternatives. \u201c<em>Tu entends les chefs syndicaux et \u00e9ventuellement les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d\u2019entreprise lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une entreprise cibl\u00e9e. L\u2019ancienne ministre de la culture fran\u00e7aise Aur\u00e9lie Filippetti a \u00e9crit un bouquin formidable bien avant d\u2019\u00eatre ministre qui s\u2019appelle <a href=\"https:\/\/www.e-litterature.net\/publier2\/spip\/spip.php?page=ancientxt&amp;repert=penv&amp;titre=filippetti&amp;num=576\">Les derniers jours de la classe ouvri\u00e8re<\/a>. La classe ouvri\u00e8re c\u2019est comme si elle n\u2019existait plus, on n\u2019entend plus les voix des ouvriers, on ne sait pas comment ils travaillent, o\u00f9 ils travaillent, dans quelles conditions\u2026 C\u2019est une parole qu\u2019on n\u2019entend plus. Alors que les ouvriers repr\u00e9sentent une partie non n\u00e9gligeable de la population. Pourtant, ils ont une vision en g\u00e9n\u00e9ral extr\u00eamement clairvoyante, extr\u00eamement lucide des enjeux dont on parlait pr\u00e9c\u00e9demment, mais ils n\u2019ont pas la parole. Ou plut\u00f4t\u00a0: ils l\u2019ont et s\u2019en servent, mais les m\u00e9dias refusent de compter avec cette parole<\/em>\u201d.\u00a0 Tout ce qui est singuli\u00e8rement ouvrier n\u2019a plus voix au chapitre et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, tout ce qui est \u00e9tiquet\u00e9 social est compl\u00e8tement rel\u00e9gu\u00e9 dans des cases obscures.<\/p>\n<p><strong>\u2026 cette bou\u00e9e de sauvetage<\/strong><\/p>\n<p>Il existe pourtant de petites bulles m\u00e9diatiques de r\u00e9sistance au discours dominant. Les \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es syndicales, dites (de mani\u00e8re quelque peu condescendantes\u2026) \u00ab\u00a0conc\u00e9d\u00e9es\u00a0\u00bb, comme celles que r\u00e9alise Yannick Bovy pour la FGTB wallonne, en font partie. \u201c<em>Modestement, au moyen d\u2019une tr\u00e8s petite \u00e9quipe, nous r\u00e9alisons 6 \u00e9missions TV par an, et 20 en radio. Ce n\u2019est pas \u00e9norme, mais il n\u2019y a plus beaucoup d\u2019autres espaces en t\u00e9l\u00e9vision ou en radio o\u00f9 il y a encore moyen de faire entendre une voix critique, l\u2019enqu\u00eate sociale, la parole ouvri\u00e8re. [&#8230;] La RTBF est oblig\u00e9e, par son contrat de gestion, de diffuser les \u00e9missions dites \u00ab\u00a0conc\u00e9d\u00e9es\u00a0\u00bb syndicales, politiques, \u00e9conomiques, philosophiques et religieuses. Cela fait partie de ses missions de service public. Mais si elle pouvait les rel\u00e9guer aux oubliettes, elle n\u2019h\u00e9siterait pas une seconde. Nous devons en permanence \u00eatre vigilants<\/em>\u201d.<\/p>\n<p>Si m\u00eame les services publics d\u00e9laissent leur r\u00f4le premier, peut-\u00eatre que les syndicats (ainsi que les autres mouvements sociaux), au lieu de tenter de coller tant bien que mal aux standards de l\u2019audimat, devraient cr\u00e9er leurs propres m\u00e9dias. Avec internet et la d\u00e9mocratisation des outils audiovisuels, ils auraient tort de s\u2019en priver. \u201cPrenant conscience du fait que nous ne touchons pas forc\u00e9ment les jeunes, nous avons depuis 2-3 ans maintenant d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9aliser d\u2019autres productions audiovisuelles que l\u2019on diffuse sur YouTube et sur les r\u00e9seaux sociaux. Exemple\u00a0: nous avons r\u00e9alis\u00e9 un <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=V28vk6DVE1k\">dessin anim\u00e9<\/a> humoristique et percutant sur la dette publique belge et les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, qui a connu un grand succ\u00e8s et a d\u00e9pass\u00e9 les 350.000 vues en ligne. On publie \u00e9galement sur YouTube nos \u00e9missions apr\u00e8s leur passage t\u00e9l\u00e9. On constate que certaines \u00e9missions fonctionnent tr\u00e8s bien. Celle sur <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Ys3cjJlTcDE\">La violence des riches<\/a> par exemple compte 140 000 vues, d\u2019autres 30 000 ou 40 000. Ce n\u2019est pas autant que la t\u00e9l\u00e9, mais quand m\u00eame, \u00e7a se diffuse. Il y a en outre de tr\u00e8s nombreuses projections-d\u00e9bats publiques organis\u00e9es par le monde associatif et les mouvements sociaux aux d\u00e9part de nos \u00e9missions, parce que les vid\u00e9os ont \u00e9t\u00e9 vues non pas \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 mais sur YouTube. Par exemple celle sur <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=S5Wqtzjyvs8&amp;feature=youtu.be\">Marinaleda<\/a> ou sur <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=LjftFgq_Ltg\">Le Trait\u00e9 Transatlantique<\/a>, qu\u2019on nous demande toutes les semaines. La diffusion Web est un nouveau vecteur qu\u2019on n\u2019avait pas avant et \u00e7a marche tr\u00e8s fort chez les jeunes, ce sont souvent des jeunes qui appellent pour organiser une projection suivie d\u2019un d\u00e9bat. On peut enfin ajouter que le Web permet des collaborations avec d\u2019autres r\u00e9seaux et mouvements sociaux, par exemple le partenariat formidable que nous avons construit avec la coop\u00e9rative audiovisuelle <a href=\"https:\/\/www.lesmutins.org\/\">Les Mutins de Pang\u00e9e<\/a>, en France, qui proposent certaines de nos \u00e9missions en DVD, en streaming et en VOD (vid\u00e9o on demand).\u201d<\/p>\n<p>Ajoutons \u00e0 cela <em><a href=\"https:\/\/www.fakirpresse.info\">Fakir<\/a><\/em>, <em><a href=\"https:\/\/la-bas.org\/\">L\u00e0-bas si j\u2019y suis<\/a><\/em>, <em><a href=\"https:\/\/www.zintv.org\/\">Zin Tv<\/a><\/em>, <em><a href=\"https:\/\/medor.coop\/fr\/\">M\u00e9dor<\/a><\/em>, <em><a href=\"https:\/\/www.politis.fr\/\">Politis<\/a><\/em>, <em><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\">Le Monde diplomatique<\/a><\/em>, ou de nombreux films documentaires qui prennent le temps de r\u00e9ellement entrer au c\u0153ur de l\u2019enqu\u00eate sociale, des luttes sociales, au c\u0153ur des r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues par les travailleurs. \u201c<em>Je rechigne \u00e0 dire on leur donne la parole&#8230; non, la parole ils l\u2019ont, c\u2019est plut\u00f4t travailler avec, aller \u00e0 la rencontre de cette parole-l\u00e0. C\u2019est extr\u00eamement rare, les exemples se comptent sur les doigts d\u2019une main.<\/em> <a href=\"https:\/\/vimeo.com\/154476126\">Comme des lions<\/a><em> par exemple, est un film formidable. Il y en a d\u2019autres. Fran\u00e7ois Ruffin a sorti un film qui s\u2019appelle <\/em><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=9V03eMAjQgA\">Merci Patron !<\/a><em> ou<\/em> <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=p9tMjHBHbYo\">Je lutte donc je suis<\/a><em>, sorti r\u00e9cemment<\/em>\u201d.\u00a0 Soyons donc positifs, dans la sph\u00e8re m\u00e9diatique, ce n\u2019est pas tout blanc ou tout noir. Mais il faut que la soci\u00e9t\u00e9 civile dans son ensemble se r\u00e9approprie la question des m\u00e9dias et particuli\u00e8rement ceux de service public. Puisque c\u2019est la loi de l\u2019offre et de la demande qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, c\u2019est aussi au spectateur d\u2019en \u00eatre demandeur et d\u2019aller \u00e0 la rencontre de cette parole.<\/p>\n<p>Enfin, je demande \u00e0 Yannick si les travailleurs prennent part \u00e0 la r\u00e9alisation de productions audiovisuelles. S\u2019il est encore imaginable d\u2019avoir des groupes <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Groupe_Medvedkine\">Medvedkine<\/a> \u00e0 l\u2019heure actuelle, pour que la parole ouvri\u00e8re cesse de d\u00e9pendre de toute une s\u00e9rie d\u2019interm\u00e9diaires. \u201c<em>Je voudrais bien arriver \u00e0 mettre en place la participation des travailleurs dans la r\u00e9alisation de nos \u00e9missions. J\u2019ai essay\u00e9 deux ou trois fois pr\u00e9c\u00e9demment, mais \u00e7a n\u2019a pas vraiment pris. Dans une prochaine \u00e9mission, sur la question du dumping social, j\u2019essaie de mettre dans le coup un travailleur et de lui demander anonymement de filmer ce qui se passe sur son chantier. Ce sera une d\u00e9marche plus individuelle, mais c\u2019est tr\u00e8s difficile de mobiliser des travailleurs de mani\u00e8re collective dans des ateliers m\u00e9dia. Un coll\u00e8gue d\u2019un service de formation \u00e0 la FGTB essaie de mettre cela en place. Si \u00e7a commence dans l\u2019entreprise, tr\u00e8s bien. J\u2019aimerais bien qu\u2019on fasse des choses comme ce que faisaient les groupes Medvedkine au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, mais\u2026 je pense que la peur de perdre son boulot et l\u2019avenir incertain p\u00e8sent tr\u00e8s lourd. Il y a une telle pression sur les travailleurs \u00e0 cause du ch\u00f4mage de masse que les employeurs peuvent tout se permettre maintenant. Le premier qui bouge, on peut le virer, ou menacer de le virer. Les outils sont l\u00e0, mais je pense que la peur immobilise davantage qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait plus simple de retrouver du boulot. C\u2019est dur, m\u00eame dans un pays o\u00f9 les syndicats sont puissants. On n\u2019ose plus, et \u00e7a, c\u2019est quelque chose qui me revient tr\u00e8s souvent de la part des travailleurs ou des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s<\/em>\u201d. Prendre la parole demande du courage. Peut-\u00eatre que l\u2019\u00e9couter aussi.<\/p>\n<p><strong>Maureen Vanden Berghe<\/strong><\/p>\n<p><sup id=\"fn1\">1. [\u00ab\u00a0Il sera aussi n\u00e9cessaire de mettre fin \u00e0 toute une s\u00e9rie de privil\u00e8ges d&rsquo;un autre \u00e2ge\u201d issu d\u2019une carte blanche dans <em>Le Vif<\/em> &#8211; https:\/\/www.levif.be\/actualite\/belgique\/greve-a-la-sncb-les-syndicats-deraillent\/article-opinion-446561.html]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn2\">2. [https:\/\/www.lesoir.be\/526103\/article\/actualite\/belgique\/2014-04-22\/greve-liege-labille-denonce-une-prise-en-otage-des-navetteurs]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn3\">3. [Petrella &#8211; https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/1995\/10\/PETRELLA\/6719]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn4\">4. [Accardo &#8211; https:\/\/www.acrimed.org\/Lire-Journalistes-precaires-journalistes-au-quotidien-d-Alain-Accardo-et-alii]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn5\">5. [Voir Marie-H\u00e9l\u00e8ne Ska (CSC) dans le Grand Oral le 12\/03\/16 sur La Premi\u00e8re vers 27:40 et 30:20 &#8211; https:\/\/www.rtbf.be\/lapremiere\/article_marie-helene-ska-dans-le-grand-oral?id=9237184&amp;category=LE%20GRAND%20ORAL&amp;programId=5633&amp;sourceTitle=Le+grand+Oral&amp;programType=emission]<\/sup>\u21a9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour compl\u00e9ter ce dossier sur la repr\u00e9sentation des luttes sociales, il faut \u00e9galement se tourner vers les m\u00e9dias dits mainstream, car ils ont une grande part de responsabilit\u00e9 dans la composition des imaginaires collectifs. Nous nous sommes donc longuement entretenus avec Yannick Bovy, r\u00e9alisateur \u00e0 la FGTB Wallonne, \u00e0 ce sujet allant de l\u2019\u00e9tat des lieux de la situation actuelle \u00e0 de possibles alternatives en passant bien entendu par les causes et les cons\u00e9quences.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":1967,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,161],"tags":[],"class_list":["post-1877","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier","category-representations-des-luttes-ouvrieres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1877","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1877"}],"version-history":[{"count":46,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1877\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2024,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1877\/revisions\/2024"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1967"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1877"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1877"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1877"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}