{"id":223,"date":"2014-06-12T11:25:02","date_gmt":"2014-06-12T11:25:02","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=223"},"modified":"2014-06-23T10:05:30","modified_gmt":"2014-06-23T10:05:30","slug":"comment-discours-mediatique-influe-t-il","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/comment-discours-mediatique-influe-t-il\/","title":{"rendered":"Comment le discours m\u00e9diatique influe-t-il sur nous ?"},"content":{"rendered":"<h2><strong>D\u00e9cryptage<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Lorsqu\u2019on s\u2019informe en \u00e9coutant, regardant ou lisant les m\u00e9dias, on s\u2019int\u00e9resse au contenu de l\u2019information, qui est le message principal. Mais sa mise en forme est, elle aussi, porteuse de messages, en filigrane, plus discrets, qui influent sur notre mode de pens\u00e9e. De quelle mani\u00e8re l\u2019influence-t-il\u00a0? Comment l\u2019identifier\u00a0? Quel r\u00f4le y joue le langage utilis\u00e9 dans les m\u00e9dias\u00a0? Pour citer Isabelle Stengers\u00a0: \u00ab Les mots n\u2019ont pas le pouvoir de r\u00e9pondre \u00e0 la question que nous imposent les menaces globales [\u2026]. Mais ils peuvent [\u2026] contribuer \u00e0 formuler cette question sur un mode qui force \u00e0 penser ce que requiert la possibilit\u00e9 d\u2019un avenir<sup><a id=\"ref1\" href=\"#fn1\">1<\/a><\/sup>\u00bb. <\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_274\" style=\"width: 730px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-274\" class=\"wp-image-274 size-large\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Alterna-1024x678.jpg\" alt=\"Alterna\" width=\"720\" height=\"476\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Alterna-1024x678.jpg 1024w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Alterna-300x198.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Alterna-210x139.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><p id=\"caption-attachment-274\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.flickr.com\/photos\/alter_nati_va\/8165604302\/in\/photolist-dryRF5-4F2X8v-3Kfjnv-rDUfM-bJ7KX4-9kNHZq-7cHJJZ-9A1bND-6V1dgx-6ziWDi-Kq19Z-4RWNu6-cCZsBf-9VkBPC-63HM3W-6B91zm-5JnhU1-63GEdq-cSzUEm-nvEPsr-g2q91m-aAhDoi-4Nm1xU-dfZgqs-zcJvT-bqwRA3-azBqhy-azyGjZ-aWSZwV-apHBPy-b8a9aK-ddFdHY-5iPwX7-ag5bRj-6fi8S5-99PHWV-aVy7a6-4Zgiib-uJvU7-6n4884-aVy38i-8njVWV-aVyccV-aVxYBe-9Wy7Jj-gJVzt-68F8XK-9VL5gW-gkQMk-648Zjk\">apaga la tele<\/a>\u00a0\u00bb by <a href=\"https:\/\/www.flickr.com\/photos\/alter_nati_va\/\">alterna<\/a> is licensed under <a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/2.0\/\">CC BY-NC-ND 2.0<\/a><\/p><\/div>\n<p>Christine Servais, chercheuse en Sciences de l\u2019Information et de la Communication \u00e0 l\u2019ULg, et sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019analyse du discours des m\u00e9dias, a analys\u00e9 l\u2019\u00e9nonciation journalistique et ses effets sur les repr\u00e9sentations collectives et sur le comportement attendu des spectateurs. En identifiant les caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9nonciation journalistique dans les grands m\u00e9dias, elle montre quel type de public cela tend \u00e0 d\u00e9finir et souligne la responsabilit\u00e9 de chacun dans cette configuration, aussi bien en tant qu\u2019acteur des m\u00e9dias qu\u2019en tant que r\u00e9cepteur. Nous tentons ici de r\u00e9sumer sa pens\u00e9e \u00e0 partir de deux articles\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9nonciation journalistique et espace public\u00a0: une h\u00e9g\u00e9monie pleine de voix\u00a0? \u00bb<sup><a id=\"ref2\" href=\"#fn2\">2<\/a><\/sup> et \u00ab\u00a0Appel au peuple\/appel du public\u00a0: d\u00e9crire la r\u00e9ception comme une adresse\u00a0\u00bb<sup><a id=\"ref3\" href=\"#fn3\">3<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Les m\u00e9dias ont pour vocation de communiquer des informations que nous ne poss\u00e9dons pas et qui concernent un collectif plus large que notre r\u00e9seau de connaissances directes. Ils s\u00e9lectionnent ce qui est important dans l\u2019immensit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements qui ont lieu quotidiennement pour donner \u00e0 voir ce qu\u2019il faut savoir. Les journalistes ont un r\u00f4le de porte-parole pour la population. Ils v\u00e9hiculent ce que le peuple est suppos\u00e9 vouloir savoir et vouloir dire. En rendant commun un ensemble d\u2019informations, les m\u00e9dias cr\u00e9ent du \u00ab\u00a0collectif\u00a0\u00bb. En plus d\u2019\u00eatre une m\u00e9diation entre l\u2019\u00e9v\u00e9nement et le public, le traitement de l\u2019information par les m\u00e9dias est aussi une m\u00e9diation entre le spectateur individuel et le collectif. De cette mani\u00e8re, il s\u2019agit aussi d\u2019une exp\u00e9rience politique.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00f4le des m\u00e9dias dans la construction des repr\u00e9sentations dominantes <\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00f4le de porte-parole ou d\u2019interm\u00e9diaire du journaliste cens\u00e9 repr\u00e9senter le peuple peut \u00eatre une mani\u00e8re de se d\u00e9responsabiliser par rapport \u00e0 ce qui est dit. Il pr\u00e9tend parler au nom d\u2019un \u2018nous\u2019 qu\u2019il ne repr\u00e9sente pas forc\u00e9ment. Plus encore, l\u2019emploi du \u2018nous\u2019 ou du \u2018on\u2019 duquel se revendique le journaliste a g\u00e9n\u00e9ralement comme r\u00e9sultat de l\u00e9gitimer une v\u00e9rit\u00e9 sous couvert de d\u00e9signer une appartenance commune qui n\u2019est pas r\u00e9elle. Ce type de discours nous dit: \u201cTu dois r\u00e9pondre de ce que j\u2019affirme, mais en fait tu ne peux en r\u00e9pondre mais seulement t\u2019y soumettre, car il n\u2019y a pas d\u2019autre lieu d\u2019o\u00f9 en r\u00e9pondre.\u201d Dans cette optique, la passivit\u00e9 des destinataires ne serait pas, comme on l\u2019affirme souvent, un simple manque de recul critique de la part de la population, mais constituerait la r\u00e9ponse appropri\u00e9e et attendue \u00e0 un discours qui se soutient d\u2019une \u201copinion re\u00e7ue\u201d dont on pr\u00e9tend qu\u2019elle serait la seule forme du \u201cnous\u201d qui \u00e9nonce une domination comme consensus\u201d<sup><a id=\"ref4\" href=\"#fn4\">4<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Cette analyse fait \u00e9cho au consentement diffus qui peut s\u2019observer aupr\u00e8s du public. Pourquoi\u00a0? D\u2019une part parce que les m\u00e9dias ne donnent g\u00e9n\u00e9ralement pas les moyens de comprendre les enjeux des situations qui sont montr\u00e9es, d&rsquo;autre part parce qu&rsquo;\u00e0 travers le dispositif de mise en forme des informations, le consensus est ce que l\u2019on attend du public.<\/p>\n<p><strong>La place du spectateur\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Dans chaque contenu m\u00e9diatique, il y a un dispositif sp\u00e9cifique qui d\u00e9termine le contenu ainsi que la mani\u00e8re de le pr\u00e9senter. Et ce dispositif influe sur nos repr\u00e9sentations, sur notre comportement par rapport aux informations re\u00e7ues. Prenons pour exemple l\u2019\u00e9mission <em>Enqu\u00eates<\/em> diffus\u00e9e sur RTL TVI, analys\u00e9e par Christine Servais dans son travail. L\u2019\u00e9mission pr\u00e9tend \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 par une forme de transparence absolue. Le dispositif pourrait se r\u00e9sumer par la formule \u2018tout \u00e0 voir et rien \u00e0 voir\u2019. Dans cette \u00e9mission, personne ne prend la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 sur le monde qui est pr\u00e9sent\u00e9. Les images sont montr\u00e9es \u00ab\u00a0brutes\u00a0\u00bb. L\u2019univers qu\u2019on nous pr\u00e9sente n\u2019est pas peupl\u00e9, il est exclusivement physique.<\/p>\n<p>La place assign\u00e9e au public est celle de spectateur \u00e0 qui l\u2019on donne \u00e0 voir des situations \u00ab\u00a0telles qu\u2019elles sont\u00a0\u00bb. En fin de compte, ce dispositif a pour effet d\u2019induire un \u2018chacun chez soi\u2019, une peur de l\u2019autre en exacerbant l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 tout en ne permettant pas de comprendre les \u00e9l\u00e9ments qui induisent les situations montr\u00e9es et les situations dans laquelle les personnes montr\u00e9es se trouvent. Derri\u00e8re un proc\u00e9d\u00e9 qui semble neutre, il y a donc un dispositif qui, au contraire, n\u2019est absolument pas neutre quant au message v\u00e9hicul\u00e9. Il lui assigne un r\u00f4le passif qui n\u2019est pas de comprendre mais de voir, et en m\u00eame temps suscite une peur de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 tendant \u00e0 un entre-soi et efface toute responsabilit\u00e9 d\u2019un \u00e9nonciateur puisque celui-ci est absent du dispositif.<\/p>\n<p><strong>Une question de responsabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Cela nous am\u00e8ne \u00e0 la question de la responsabilit\u00e9, celle des journalistes, qui produisent l\u2019information, et celle des spectateurs, qui la l\u00e9gitiment par leur r\u00e9ception. En effet, au regard du discours m\u00e9diatique dans lequel le public ne se sent pas toujours repr\u00e9sent\u00e9, le fait de ne pas en tenir\u00a0 compte, de ne pas y r\u00e9pondre, par une attitude que l\u2019on pourrait croire passive, est une position active. C\u2019est une mani\u00e8re de ne pas r\u00e9pondre de l\u2019id\u00e9e qui lui est propos\u00e9e. La population n\u2019est pas passive par rapport aux m\u00e9dias.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, le traitement m\u00e9diatique de l\u2019information ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 une compl\u00e8te objectivit\u00e9, il s\u2019agit d\u2019une parole que le journaliste prend, en tant que personne. Il se doit de prendre conscience de son existence politique, de donner un \u00e9clairage sur le monde, en prenant position, et ainsi cr\u00e9er un d\u00e9bat. Car en effet, on peut identifier plusieurs types de journalismes par rapport \u00e0 l\u2019effet qu\u2019ils cr\u00e9ent sur le public\u00a0: le journalisme qui cr\u00e9e du consensus et le journalisme qui, en injectant de la conflictualit\u00e9, rassemble. Et c\u2019est vers ce deuxi\u00e8me type de journalisme qu\u2019il faut tendre s\u2019il l\u2019on veut qu\u2019il continue \u00e0 assurer son r\u00f4le dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><strong>\u00a0Lynn Dewitte<\/strong><\/p>\n<p><sup id=\"fn1\">1. [Isabelle Stengers, <em>Au temps des catastrophes. R\u00e9sister \u00e0 la barbarie qui vient<\/em>, La D\u00e9couverte\/Poche, 2013]\u21a9<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn2\">2. [Christine Servais, \u00ab\u00a0\u00c9nonciation journalistique et espace public\u00a0: une h\u00e9g\u00e9monie pleine de voix\u00a0?\u00a0\u00bb, Communication, vol. 32\/2, 2013]\u21a9<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn3\">3. [Christine Servais, \u00ab\u00a0Appel au peuple\/appel du public\u00a0: d\u00e9crire la r\u00e9ception comme une \u00ab\u00a0adresse\u00a0\u00bb, \u00e0 para\u00eetre dans Questions de Communication, coll.\u00a0Actes, Jamil Dakhlia dir., \u00ab\u00a0A la recherche du public populaire\u00a0\u00bb, 2014]\u21a9<\/sup><br \/>\n<sup id=\"fn4\">4. [Christine Servais, \u00ab\u00a0\u00c9nonciation journalistique et espace public\u00a0: une h\u00e9g\u00e9monie pleine de voix\u00a0?\u00a0\u00bb,<em>op.cit.<\/em>]\u21a9<\/sup><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christine Servais, chercheuse en Sciences de l\u2019Information et de la Communication \u00e0 l\u2019ULg, et sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019analyse du discours des m\u00e9dias, a analys\u00e9 l\u2019\u00e9nonciation journalistique et ses effets sur les repr\u00e9sentations collectives et sur le comportement attendu des spectateurs.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":230,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,16],"tags":[23,24,28,19],"class_list":["post-223","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier","category-dominance-et-medias","tag-journalisme","tag-journalistes","tag-medias","tag-medias-dominants"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/223","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=223"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/223\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":378,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/223\/revisions\/378"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/230"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=223"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=223"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=223"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}