{"id":2317,"date":"2016-12-05T16:29:47","date_gmt":"2016-12-05T16:29:47","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=2317"},"modified":"2016-12-06T15:17:57","modified_gmt":"2016-12-06T15:17:57","slug":"legere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/legere\/","title":{"rendered":"L\u00e9g\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le quatri\u00e8me appel \u00e0 projet de l\u2019<a href=\"https:\/\/ajcnet.be\/\">Association des Jeunes Cin\u00e9astes<\/a> se nomme <em>Pornographies<\/em>. Pour les citer en restant dans le style t\u00e9l\u00e9graphique\u00a0: \u00ab\u00a0Point de d\u00e9part : pornographies, comme genres, comme ph\u00e9nom\u00e8nes de soci\u00e9t\u00e9, comme rapports aux images&#8230; Enjeux : l&rsquo;exp\u00e9rimentation, la r\u00e9flexion sur un impens\u00e9 collectif \u00bb. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Le th\u00e8me faisant \u00e9cho \u00e0 la campagne annuelle du GSARA, touchant cette ann\u00e9e la pornographie et l\u2019audiovisuel, il a \u00e9t\u00e9 convenu de l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019interroger quelques-uns des 6 laur\u00e9ats retenus parmi les 24 candidatures. Les projets sont toujours en cours de r\u00e9alisation. L\u2019objectif de cette d\u00e9marche est de situer comment ces r\u00e9alisateurs traitent la pornographie, la sexualit\u00e9, sur un \u00e9cran. Leur rapport avec celle-ci, leur approche, ce qu\u2019ils en pensent, sur leur bobine et dans notre revue.<\/strong><\/p>\n<p>Je suis devant mon caf\u00e9 lorsqu\u2019entre un homme qui s\u2019exclame avoir rendez-vous avec Yassine Berrada. Ayant pr\u00e9par\u00e9 une rencontre avec une femme, je suis pour le moins interloqu\u00e9. Emilie Praneuf, la r\u00e9alisatrice, entre alors juste apr\u00e8s, en m\u2019expliquant qu\u2019elle a invit\u00e9 Ycha\u00ef Gassenbauer, motion designer pour leur projet. Ils intriguent l\u2019AJC avec <em>Babines<\/em> (titre provisoire), ode d\u00e9li\u00e9e chantant la libert\u00e9, l\u2019humour et la lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Com\u00e9dienne de formation, Emilie Praneuf pr\u00e9sente un CV dense et color\u00e9 allant du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la radio, en passant par la danse. De son c\u00f4t\u00e9 Gassenbauer \u00e9tait venu sur la capitale belge afin de fr\u00e9quenter une \u00e9cole de th\u00e9\u00e2tre. Il a ensuite pris un virage vers la vid\u00e9o et l\u2019animation, int\u00e9ress\u00e9 par les vid\u00e9os interactives, l\u2019installation et la sc\u00e9nographie audiovisuelles. Ils se sont rencontr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole LASAAD, institut des arts du spectacle bas\u00e9 sur le mouvement, alors \u00e9tudiants dans la m\u00eame classe. Leur collaboration n\u2019est pas une premi\u00e8re, ils ont d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 en tant que r\u00e9alisateurs sur le court-m\u00e9trage collectif <em>Light my fire<\/em>.<\/p>\n<p><em>Babines<\/em> conte les p\u00e9r\u00e9grinations imaginaires \u00ab\u00a0d\u2019Elle\u00a0\u00bb, qui voyage d\u2019un fantasme \u00e0 l\u2019autre. \u00ab\u00a0<em>Une succession de mondes qui s&rsquo;ouvrent et se ferment, se croisent et s&#8217;emm\u00ealent jusqu&rsquo;\u00e0 se r\u00e9pandre sur toute la page, sur tout l&rsquo;\u00e9cran<\/em> \u00bb pour citer la r\u00e9alisatrice. S\u2019y entrem\u00ealent rythmes, corps et mati\u00e8res dans une danse de plus en plus endiabl\u00e9e qui se pratique sur le dos des conventions.<\/p>\n<p>Les m\u00e9diums d\u2019expression de <em>Babines<\/em>, multiples, permettent de d\u00e9peindre diverses facettes de la sexualit\u00e9 dans tout le potentiel de libert\u00e9 qui leur incombe. Le court-m\u00e9trage d\u2019animation m\u00e9lange dessins \u00e0 l\u2019encre, aquarelles, collages et animations, donnant vie \u00e0 une po\u00e9sie des corps et des soupirs. Pour son premier film d\u2019animation, Praneuf voulait traiter du plaisir. Elle puise son inspiration dans l\u2019intime, th\u00e8me cher \u00e0 son c\u0153ur qui est ici le point de d\u00e9part.<\/p>\n<div id=\"attachment_2321\" style=\"width: 710px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/legere-700.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2321\" class=\"size-full wp-image-2321\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/legere-700.jpg\" alt=\"Dessin d\u2019Emilie Praneuf\" width=\"700\" height=\"495\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/legere-700.jpg 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/legere-700-300x212.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/legere-700-600x424.jpg 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/legere-700-210x149.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2321\" class=\"wp-caption-text\">Dessin d\u2019Emilie Praneuf<\/p><\/div>\n<p>Gassenbauer et Praneuf veulent c\u00e9l\u00e9brer le plaisir dans leur film sans lui attacher un regard r\u00e9probateur. Ils d\u00e9sapprouvent la vision sale et monolithique qui colle au genre, d\u2019o\u00f9 la volont\u00e9 d\u2019insuffler au projet humour et frivolit\u00e9. La r\u00e9alisatrice accuse cette perspective de la jouissance et de l\u2019oisivet\u00e9 comme \u00e9tant des \u00e9carts. Gassenbauer estime qu\u2019il est plus int\u00e9ressant de d\u00e9montrer les points positifs de la pornographie que de s\u2019emp\u00eatrer dans des accumulations de critiques. Par ailleurs, pornographie est un terme plus juste s\u2019il est accord\u00e9 au pluriel, ce qui n\u2019est pas pour amoindrir le d\u00e9bat. Babines d\u00e9passe d\u2019ailleurs ce d\u00e9bat au sens premier du terme\u00a0: en l\u2019\u00e9vitant et en poursuivant son chemin. Le parti pris de l\u2019humour fait \u00e9cho aux productions X des ann\u00e9es 1930 et 1940. Praneuf appr\u00e9cie leur grivoiserie, le fait qu\u2019on puisse rire du sexe, bien qu\u2019elle ne sache pas si les conditions dans lesquelles les actrices travaillaient \u00e9taient meilleures que celles d\u2019aujourd\u2019hui. L\u2019un des enjeux de cette c\u00e9l\u00e9bration que vise <em>Babines<\/em> est de v\u00e9hiculer une image plus positive de la femme. La r\u00e9alisatrice n\u2019a rien contre la d\u00e9monstration ou le discours sexuel \u00e0 l\u2019\u00e9cran, selon la place donn\u00e9e aux protagonistes, \u00e0 leurs rapports, aux valeurs, au plaisir, au respect\u2026<\/p>\n<p>Cette d\u00e9sacralisation du sexe dans Babines passe par les dessins de Praneuf. Le trait est l\u00e9ger, incoh\u00e9rent pour ne pas dire onirique, il permet de donner forme \u00e0 cette libert\u00e9 qu\u2019elle tient \u00e0 transmettre. La d\u00e9diabolisation de la pornographie passe de la libert\u00e9, la lib\u00e9ration, l\u2019imagination, a l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et l\u2019abandon (Elle utilise aussi l\u2019expression \u00ab\u00a0interstice de vuln\u00e9rabilit\u00e9\u00a0\u00bb pour qualifier cet abandon). Pour Praneuf, ces \u00e9l\u00e9ments sont aussi les clefs d\u2019une bonne sexualit\u00e9. Le film cherche \u00e0 ouvrir des portes, \u00e0 reconsid\u00e9rer les id\u00e9es re\u00e7ues. Comme le livre l\u2019autrice, si quelqu\u2019un pouvait en rire, se sentir d\u00e9tendu apr\u00e8s l\u2019avoir visionn\u00e9, ce serait d\u00e9j\u00e0 une victoire. La pr\u00e9sence marqu\u00e9e de la po\u00e9sie \u2013 qui n\u2019est d\u2019ailleurs jamais tr\u00e8s loin de la sensualit\u00e9 \u2013 est un \u00e9l\u00e9ment saillant de <em>Babines<\/em>. C\u2019est du moins le cas dans le dossier de pr\u00e9sentation du film, entre une citation d\u2019Andr\u00e9 Breton et un po\u00e8me de Gherassim Luca.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9sir de d\u00e9shabiller l\u2019intime est \u00e0 la source m\u00eame du processus cr\u00e9atif de Praneuf. La beaut\u00e9 de cet intime, sa pr\u00e9cieuse valeur, repr\u00e9sente la \u00ab\u00a0<em>p\u00e9pite de l\u2019humain<\/em>\u00a0\u00bb comme elle le dit. Elle pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0<em>Ca parle de l\u2019humain dans son \u00e9tat concentr\u00e9<\/em> \u00bb, et d\u00e8s lors, tout est permis. Les r\u00e8gles propres \u00e0 chacun, les unicit\u00e9s et les similitudes, sont ce que <em>Babines<\/em> d\u00e9sire mettre en exergue. Il faut toutefois transcrire ces pens\u00e9es, c\u2019est la grande difficult\u00e9 de ce projet. La r\u00e9alisatrice doit encore s\u2019accorder sur certains aspects, certaines directions du film. Gassenbauer est l\u00e0 pour aider Praneuf \u00e0 exprimer ses intentions et aussi pour voir si celles-ci sont ou ne sont pas r\u00e9alisables.<\/p>\n<p>Praneuf et Gassenbauer pointent le paradoxe contemporain entre tabous et hypersexualisation. L\u00e0 o\u00f9 Babines expose une sexualit\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e et consciente, le motion designer\u00a0 accuse l\u2019accent ridicule que l\u2019hypersexualisation conf\u00e8re aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019intime. Il illustre son propos avec les publicit\u00e9s vid\u00e9o C&amp;A sur lesquelles on peut tomber dans les stations m\u00e9tros ou dans les gares. Les images transmises \u00e9tant \u00e9loign\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 des relations intimes, le duo cherche \u00e0 pr\u00f4ner un discours plus concret, plus vrai. Le manque d\u2019\u00e9ducation ainsi que les tabous repr\u00e9sentent un danger pour la vie sexuelle des enfants et des adolescents comme des adultes.<\/p>\n<p><span style=\"font-family: Tahoma,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><strong>Yassine Berrada<\/strong> <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Tahoma,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Interview r\u00e9alis\u00e9e le 02\/05\/2016<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le quatri\u00e8me appel \u00e0 projet de l\u2019Association des Jeunes Cin\u00e9astes se nomme <i>Pornographies<\/i>. Pour les citer en restant dans le style t\u00e9l\u00e9graphique : \u00ab Point de d\u00e9part : pornographies, comme genres, comme ph\u00e9nom\u00e8nes de soci\u00e9t\u00e9, comme rapports aux images&#8230; Enjeux : l&rsquo;exp\u00e9rimentation, la r\u00e9flexion sur un impens\u00e9 collectif \u00bb. <\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":2321,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,171],"tags":[],"class_list":["post-2317","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier","category-pornographies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2317","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2317"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2317\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2390,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2317\/revisions\/2390"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2321"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2317"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2317"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2317"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}