{"id":2625,"date":"2017-11-20T18:37:42","date_gmt":"2017-11-20T18:37:42","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=2625"},"modified":"2017-11-21T22:06:52","modified_gmt":"2017-11-21T22:06:52","slug":"risques-promesses-revenu-inconditionnel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/risques-promesses-revenu-inconditionnel\/","title":{"rendered":"Les risques et promesses du revenu inconditionnel"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><strong>L\u2019id\u00e9e d\u2019attribuer \u00e0 tous les membres d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e un \u00ab\u00a0revenu inconditionnel\u00a0\u00bb est une id\u00e9e ancienne. De nombreux partisans ont ainsi coutume d\u2019en proposer une g\u00e9n\u00e9alogie qui remonte au moins jusqu\u2019\u00e0 Thomas Moore et son ouvrage <em>Utopia<\/em> (paru en 1516), voire parfois encore plus loin. Ce faisant, ils sugg\u00e8rent que cette id\u00e9e s\u2019inscrit dans une histoire multis\u00e9culaire dont elle tire en partie sa l\u00e9gitimit\u00e9. Il y a toutefois deux probl\u00e8mes majeurs avec cette lecture. D\u2019abord, son anachronisme. En effet, \u00e0 proprement parler, le revenu inconditionnel n\u2019appara\u00eet comme proposition politique concr\u00e8te qu\u2019au 18e si\u00e8cle dans la double lign\u00e9e de la r\u00e9volution fran\u00e7aise et de la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Ensuite, m\u00eame \u00e0 partir de l\u00e0, il faut plut\u00f4t parler des histoires du revenu universel que d\u2019une histoire unique qui convergerait vers un m\u00eame objectif. Car au-del\u00e0 d\u2019un principe minimal commun, les diff\u00e9rentes versions de revenu inconditionnel qui ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es et d\u00e9battues depuis le 18e Si\u00e8cle recouvrent des projets et des significations politiques extr\u00eamement diverses, et parfois radicalement antagonistes.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><strong>Une g\u00e9n\u00e9alogie plurielle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\">C\u2019est ainsi que pour les pr\u00e9curseurs, par exemple, \u00e0 l\u2019image de Thomas Paine (qui d\u00e9fendait l\u2019institution d\u2019un \u00ab\u00a0dividende social\u00a0\u00bb dans son ouvrage de 1795, <em>La justice agraire<\/em>), son objectif \u00e9tait avant tout de compenser la privatisation des terres qui accompagnait le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 en versant \u00e0 chaque membre de la collectivit\u00e9 une rente sur la richesse produite gr\u00e2ce \u00e0 cette privatisation. Par la suite, avec le d\u00e9veloppement de l\u2019industrialisation, on voit toutefois appara\u00eetre des propositions qui visent plut\u00f4t, cette fois, \u00e0 lutter contre la pauvret\u00e9 et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui d\u00e9coulent de la prol\u00e9tarisation croissante de la population. Dans un cas comme dans l\u2019autre, ces id\u00e9es rencontreront toutefois peu d\u2019\u00e9cho, m\u00eame si elles seront r\u00e9guli\u00e8rement revisit\u00e9es dans les moments de crise, notamment dans les ann\u00e9es 1930. C\u2019est que, en parall\u00e8le, l\u2019\u00ab\u00a0Etat social\u00a0\u00bb se d\u00e9veloppe, en venant notamment compenser progressivement le manque (ou l\u2019insuffisance) de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e par de la \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9 sociale\u00a0\u00bb incarn\u00e9e par exemple dans les services publics. Et plus largement, tout un mod\u00e8le social \u00e9merge et se consolide autour, d\u2019une part, de l\u2019objectif de plein-emploi qui doit permettre \u00e0 tout un chacun de subvenir \u00e0 ses besoins en ayant la garantie de pouvoir exercer un travail salari\u00e9. Et d\u2019autre part, du d\u00e9veloppement de toute une s\u00e9rie de droits et de garanties pr\u00e9cis\u00e9ment li\u00e9s \u00e0 cette condition salariale (ex\u00a0: droit du travail, s\u00e9curit\u00e9 sociale, etc.) qui viennent la stabiliser et la s\u00e9curiser.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><strong>De \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2ge d\u2019or\u00a0\u00bb \u00e0 la crise de la soci\u00e9t\u00e9 salariale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\">Ce mod\u00e8le de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 salariale\u00a0\u00bb conna\u00eet son \u00ab\u00a0\u00e2ge d\u2019or\u00a0\u00bb durant les trois d\u00e9cennies qui suivent la fin de la seconde guerre mondiale \u00e0 la faveur d\u2019une croissance \u00e9conomique exceptionnelle, de la combativit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re ou encore de la crainte du communisme. Il entre toutefois en crise \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 sous le coup de plusieurs facteurs (ralentissement \u00e9conomique, contre-offensive patronale, d\u00e9but de la \u00ab\u00a0mondialisation\u00a0\u00bb ou encore critiques libertaires des \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s bureaucratiques\u00a0\u00bb) qui vont favoriser la r\u00e9\u00e9mergence dans le d\u00e9bat public des propositions de revenu inconditionnel. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 droite, par exemple, on renoue avec l\u2019id\u00e9e d\u2019un revenu inconditionnel dans le but d\u2019en faire un outil au service d\u2019une d\u00e9r\u00e9gulation accrue, voire totale, de l\u2019\u00e9conomie. La proposition \u00ab\u00a0d\u2019imp\u00f4t n\u00e9gatif\u00a0\u00bb formul\u00e9e d\u00e8s 1962 par Milton Friedman &#8211; qui aura un certain succ\u00e8s dans les milieux de droite de nombreux pays &#8211; doit ainsi servir de solde de tout compte permettant en parall\u00e8le de liquider toute forme d\u2019interventionnisme \u00e9tatique et syndical dans l\u2019\u00e9conomie. L\u2019id\u00e9e est toutefois rapidement reprise par des auteurs plut\u00f4t \u00ab\u00a0\u00e0 gauche\u00a0\u00bb (comme l\u2019\u00e9conomiste James Tobin, par exemple) qui y voient quant \u00e0 eux un m\u00e9canisme efficace de lutte contre la pauvret\u00e9. En Europe, dans le courant des ann\u00e9es 1980, c\u2019est l\u2019installation d\u2019un ch\u00f4mage de masse \u00ab\u00a0structurel\u00a0\u00bb qui pousse cette fois des auteurs progressistes (\u00e0 l\u2019image de ceux qui forment le \u00ab\u00a0Collectif Charles Fourier\u00a0\u00bb, \u00e0 Louvain-la-Neuve) \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au r\u00f4le que pourrait jouer le versement d\u2019un revenu inconditionnel dans la r\u00e9solution des probl\u00e8mes que pose cette situation. Ils seront rejoints en cela par tout un courant \u00e9cologiste qui verra pour sa part dans le revenu inconditionnel un outil pr\u00e9cieux de lutte contre le productivisme. Enfin, on peut \u00e9galement citer le courant \u00ab\u00a0cognitiviste\u00a0\u00bb qui \u00e9merge \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 autour des th\u00e8ses que porte notamment la revue <em>Multitudes<\/em> et qui propose le versement d\u2019un \u00ab\u00a0revenu garanti\u00a0\u00bb comme reconnaissance des nouvelles sources et modalit\u00e9s de cr\u00e9ation de valeur \u00e0 l\u2019heure du \u00ab\u00a0capitalisme cognitif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><strong>Le renouveau des ann\u00e9es 2010<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\">Malgr\u00e9 la richesse de ces d\u00e9bats, l\u2019id\u00e9e de revenu universel reste n\u00e9anmoins encore cantonn\u00e9e, durant cette p\u00e9riode, \u00e0 des cercles acad\u00e9miques et militants relativement restreints, d\u2019autant plus que la cr\u00e9ation d\u2019emplois va conna\u00eetre une l\u00e9g\u00e8re \u00ab\u00a0embellie\u00a0\u00bb dans la plupart des pays industrialis\u00e9s dans le courant des ann\u00e9es 2000. La situation change toutefois \u00e0 partir des ann\u00e9es 2010 sous le coup de plusieurs facteurs. D\u2019abord, les cons\u00e9quences de la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re de 2008, \u00e0 commencer par un ch\u00f4mage massif ainsi qu\u2019une stagnation \u00e9conomique que de nombreux \u00e9conomistes n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 consid\u00e9rer comme \u00ab s\u00e9culaire \u00bb. Dans ces conditions, en effet, le mythe d\u00e9j\u00e0 bien entam\u00e9 d\u2019un retour possible au plein-emploi des \u00ab Trente Glorieuses \u00bb appara\u00eet plus illusoire que jamais, et avec lui la possibilit\u00e9 de continuer \u00e0 prendre l\u2019emploi comme source principale (voire unique) de revenus et de droits sociaux. C\u2019est d\u2019autant plus le cas qu\u2019en parall\u00e8le, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et l\u2019approfondissement de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution num\u00e9rique\u00a0\u00bb bouleverse radicalement les relations de travail tout en faisant massivement dispara\u00eetre des emplois.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\">Ensuite, la prise de conscience croissante de l\u2019urgence climatique et plus largement de la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger notre \u00e9cosyst\u00e8me pousse de plus en plus d\u2019individus \u00e0 s\u2019interroger sur les alternatives possibles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de croissance et au productivisme qui l\u2019accompagne. Or, de ce point de vue, un revenu inconditionnel peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un moyen efficace de ralentir la production de biens et de services potentiellement n\u00e9fastes pour l\u2019environnement, mais aussi de valoriser en parall\u00e8le des activit\u00e9s socialement et\/ou \u00e9cologiquement utiles qui peinent \u00e0 se d\u00e9velopper dans le cadre du fonctionnement \u00e9conomique capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\">Enfin, il faut \u00e9galement souligner l\u2019intense travail de sensibilisation et de lobbying effectu\u00e9 par des partisans du revenu inconditionnel ces derni\u00e8res ann\u00e9es, dont les r\u00e9seaux et les structures, \u00e0 commencer par ceux du \u00ab Basic Income Earth Network \u00bb (BIEN), ont permis d\u2019en maximiser les \u00e9chos et les retomb\u00e9es, en particulier en Europe. La campagne europ\u00e9enne lanc\u00e9e en 2013 dans le cadre du nouveau \u00ab droit d\u2019initiative citoyenne europ\u00e9enne \u00bb a ainsi \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de populariser l\u2019id\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent avec tout de m\u00eame un r\u00e9sultat de pr\u00e8s de 300 000 signatures obtenues dans la quinzaine de pays mobilis\u00e9s. Et elle s\u2019est \u00e9galement accompagn\u00e9e de nombreuses initiatives nationales similaires (en Espagne, en Italie ou encore en Suisse par exemple) ayant \u00e0 chaque fois permis de r\u00e9introduire la question au centre de l\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><strong>Un \u00ab\u00a0succ\u00e8s\u00a0\u00bb qui masque des d\u00e9saccords profonds<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\">Dans ce contexte, on comprend mieux l\u2019engouement politique et m\u00e9diatique que conna\u00eet le revenu inconditionnel depuis quelques ann\u00e9es, en particulier en Europe. L\u2019id\u00e9e est ainsi d\u00e9sormais d\u00e9fendue par un nombre croissant d\u2019acteurs et de forces politiques de premier plan (comme le candidat socialiste \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise, Beno\u00eet Hamon) et on assiste m\u00eame \u00e0 la multiplication d\u2019exp\u00e9rimentations concr\u00e8tes, en Finlande notamment, mais aussi en Italie, aux Pays-Bas ou encore en Ontario, au Canada. Ce succ\u00e8s s\u2019explique toutefois en partie par l\u2019extr\u00eame confusion qui r\u00e8gne autour des modalit\u00e9s et des finalit\u00e9s exactes des propositions d\u00e9battues, une confusion souvent entretenue par des partisans m\u00eames du revenu inconditionnel qui consid\u00e8rent que la d\u00e9fense de son principe doit primer sur des diff\u00e9rences politiques et techniques qu\u2019ils pr\u00e9sentent comme secondaires. On peut toutefois se demander si les objectifs d\u00e9fendus par les uns et les autres sont r\u00e9ellement compl\u00e9mentaires, alors qu\u2019ils vont de la rationalisation de la protection sociale au renforcement des droits des travailleurs en passant par la lutte pour la d\u00e9croissance, pour n\u2019en citer que quelques-uns&#8230; Et il en va de m\u00eame des mod\u00e8les envisag\u00e9s, certains proposant des montants faibles avec maintien de la plupart des prestations sociales actuelles, alors que d\u2019autres proposent des montants plus \u00e9lev\u00e9s mais en \u00e9change de leur suppression compl\u00e8te. Idem pour les modes de financement envisag\u00e9s, ceux-ci allant des \u00e9conomies r\u00e9alis\u00e9es dans les frais de fonctionnement de la s\u00e9curit\u00e9 sociale \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles taxes (sur les robots ou sur les transactions financi\u00e8res par exemple) ou encore au recours \u00e0 des revenus primaires (ex\u00a0: cr\u00e9ation mon\u00e9taire ou cotisations sociales). Dans ce contexte, peut-on r\u00e9ellement parler d\u2019un seul principe de revenu inconditionnel ou faut-il plut\u00f4t reconna\u00eetre d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il existe des projets diff\u00e9rents plus ou moins compatibles entre eux et dont les cons\u00e9quences peuvent \u00eatre radicalement oppos\u00e9es\u00a0? La question est d\u2019autant plus importante que de nombreuses propositions qui se pr\u00e9sentent (ou que l\u2019on pr\u00e9sente) comme des variantes de revenu inconditionnel n\u2019en respectent d\u00e9j\u00e0 pas les quatre crit\u00e8res distinctifs d\u00e9finis par le BIEN, \u00e0 savoir l\u2019universalit\u00e9, l\u2019inconditionnalit\u00e9, l\u2019individualit\u00e9 et d\u2019un montant suffisant pour vivre dignement. En outre, les d\u00e9bats dominants ont g\u00e9n\u00e9ralement tendance \u00e0 ignorer les propositions plus radicales port\u00e9es par des auteurs comme Bernard Friot (avec son \u00ab\u00a0salaire \u00e0 vie\u00a0\u00bb) ou encore Paul Ari\u00e8s (avec sa \u00ab\u00a0dotation inconditionnelle d\u2019autonomie\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><strong>D\u00e9fendre ou sortir par le haut du \u00ab\u00a0plein-emploi\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\">Cette situation pousse d\u00e8s lors bon nombre d\u2019opposants progressistes au revenu inconditionnel \u00e0 consid\u00e9rer que ce dernier pourrait bien contribuer \u00e0 aggraver bon nombre des probl\u00e8mes qu\u2019il pr\u00e9tend pourtant r\u00e9soudre, \u00e0 commencer par la fragilisation de notre protection sociale, la pr\u00e9carisation des emplois, l\u2019individualisation des conditions de travail ou encore l\u2019hyperconsommation. C\u2019est pourquoi, \u00e0 gauche et dans les rangs syndicaux, on lui pr\u00e9f\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement des revendications alternatives qui s\u2019inscrivent dans une optique de d\u00e9fense (et \u00e9ventuellement d\u2019am\u00e9lioration) du mod\u00e8le social actuel. Par exemple, pourquoi prendre pour acquis la disparition massive des emplois alors qu\u2019il existerait des gisements de travail colossaux en mati\u00e8re de transition \u00e9cologique\u00a0? Ou encore, pourquoi ne pas pr\u00e9f\u00e9rer une r\u00e9duction collective du temps de travail aux am\u00e9nagements individuels que permettrait le versement d\u2019un revenu inconditionnel\u00a0? Ce type de revendications pose toutefois la question de la possibilit\u00e9 d\u2019un retour au plein-emploi, mais aussi et surtout celle de sa d\u00e9sirabilit\u00e9. Car en effet, si l\u2019emploi est incontestablement (quoique de moins en moins) une source de s\u00e9curit\u00e9 et de reconnaissance financi\u00e8res et sociales, c\u2019est au prix d\u2019une triple relation 1) de subordination (on est toujours employ\u00e9 par quelqu\u2019un et sous ses ordres, c\u2019est d\u2019ailleurs pr\u00e9cis\u00e9ment cette relation de subordination qui fonde les droits associ\u00e9s \u00e0 la relation d\u2019emploi), 2) d\u2019exploitation (\u00eatre employ\u00e9 c\u2019est toujours travailler pour quelqu\u2019un et \u00e0 son seul b\u00e9n\u00e9fice) et 3) d\u2019ali\u00e9nation (\u00eatre employ\u00e9 c\u2019est donc \u00eatre priv\u00e9 de la ma\u00eetrise sur le contenu et la finalit\u00e9 de son travail) qui lui sont constitutivement li\u00e9es. Or, ces trois dimensions sont de plus en plus difficilement accept\u00e9es par les travailleurs, d\u2019autant plus qu\u2019elles s\u2019accompagnent de moins en moins des s\u00e9curit\u00e9s et garanties qui devaient les justifier \u00e0 l\u2019origine. C\u2019est pourquoi on observe le d\u00e9veloppement de formes alternatives de travail dont certaines peuvent \u00eatre \u00e9mancipatrices (\u00e0 l\u2019image de certaines formes de travail coop\u00e9ratives par exemple) mais d\u2019autres nettement moins (que l\u2019on songe ici \u00e0 tous les d\u00e9bats qui entourent le d\u00e9veloppement de \u00ab\u00a0l\u2019auto-entreprenariat\u00a0\u00bb ou encore de \u00ab\u00a0l\u2019ub\u00e9risation\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9conomie). Plus que la question du seul revenu, c\u2019est donc peut-\u00eatre d\u2019abord la question du travail qu\u2019il faut poser\u00a0: comment on l\u2019organise et le valorise, \u00e0 quelles fins et avec quelle ma\u00eetrise individuelle et collective sur son contenu et ses finalit\u00e9s\u00a0? Alors seulement on pourra \u00eatre en mesure de se demander si et surtout \u00e0 quelles conditions une forme de revenu inconditionnel pourrait \u00eatre un pas en avant, et non un pas en arri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><strong>C\u00e9dric Leterme<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"justify\">Chercheur en sciences politiques et sociales (ULB)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019attribuer \u00e0 tous les membres d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e un \u00ab revenu inconditionnel \u00bb est une id\u00e9e ancienne. 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