{"id":2632,"date":"2017-11-20T18:59:21","date_gmt":"2017-11-20T18:59:21","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=2632"},"modified":"2017-11-21T20:47:43","modified_gmt":"2017-11-21T20:47:43","slug":"vers-monde-usine-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/vers-monde-usine-travail\/","title":{"rendered":"Vers un monde sans usine et sans travail ?"},"content":{"rendered":"<p lang=\"fr-FR\"><strong>Sommes-nous engag\u00e9s dans une nouvelle et importante r\u00e9volution industrielle\u00a0? C\u2019est ce que pensent un certain nombre d\u2019auteurs qui pr\u00e9voient des mutations consid\u00e9rables en mati\u00e8re de mani\u00e8re de produire, de relations au sein des entreprises et, bien s\u00fbr, d\u2019emplois.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ainsi, Klaus Schwab, le fondateur du forum \u00e9conomique de Davos, sugg\u00e8re que les progr\u00e8s technologiques, depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, vont \u00ab\u00a0<span lang=\"fr-FR\"><em>brouiller les fronti\u00e8res entre les sph\u00e8res physiques, num\u00e9riques et biologiques<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/span><span lang=\"fr-FR\">. Les innovations se succ\u00e8dent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9\u00a0: imprimante 3-D, voiture autonome, construction de plateformes digitales de gestion des fournisseurs, robotisation des t\u00e2ches de services et d\u2019assemblage\u2026<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span lang=\"fr-FR\">L\u2019impact sur les emplois risque d\u2019\u00eatre tout aussi \u00e9norme. De nombreux postes ont toutes les chances de dispara\u00eetre dans les ann\u00e9es qui viennent. Seront-ils remplac\u00e9s par d\u2019autres\u00a0? Une \u00e9tude men\u00e9e par deux chercheurs d\u2019Oxford, Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, annonce que 47% des emplois am\u00e9ricains pourraient \u00eatre \u00e9limin\u00e9s par la nouvelle donne technologique<a href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a>. Mais l\u2019OCDE<a href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a> a pr\u00e9sent\u00e9 face \u00e0 cette perspective tr\u00e8s pessimiste une vision alternative o\u00f9 seulement 9% des occupations seraient r\u00e9ellement menac\u00e9s<a href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a>.<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span lang=\"fr-FR\">Il est clair que des bouleversements majeurs sont en \u0153uvre. L\u2019univers du travail devrait en subir les cons\u00e9quences. Il est sans doute difficile de pr\u00e9ciser jusqu\u2019\u00e0 quel point, \u00e9tant donn\u00e9 que toutes les inventions ne sont pas termin\u00e9es ou abouties. N\u2019oublions pas qu\u2019il y a vingt ans l\u2019essayiste am\u00e9ricain Jeremy Rifkin anticipait la fin du travail<a href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a> et que jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9.<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span lang=\"fr-FR\">Notre d\u00e9marche dans cet article ne sera pas d\u2019estimer la r\u00e9alit\u00e9 ou non d\u2019une disparition du travail et de l\u2019av\u00e8nement des entreprises sans salari\u00e9s, mais de la possibilit\u00e9 de son d\u00e9veloppement dans le cadre du capitalisme. En effet, celui-ci se d\u00e9veloppe \u00e0 partir de l\u2019exploitation des forces de travail. Comment peut-il continuer \u00e0 progresser, alors que la recherche de la comp\u00e9titivit\u00e9 et donc de la productivit\u00e9 pousse les entreprises \u00e0 \u00e9pargner toujours davantage de main-d\u2019\u0153uvre par quantit\u00e9 produite\u00a0?<\/span><\/strong><\/p>\n<h2><strong><span lang=\"fr-FR\">La centralit\u00e9 du travail<\/span><\/strong><\/h2>\n<p><span lang=\"fr-FR\">La richesse<\/span> <span lang=\"fr-FR\">cr\u00e9\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00eatre humain pour vivre, se d\u00e9velopper et s\u2019\u00e9panouir, ne peut provenir que deux sources fondamentales\u00a0: la nature qui procure les mati\u00e8res premi\u00e8res, qu\u2019elles soient agricoles, foresti\u00e8res, maritimes ou mini\u00e8res, n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019existence\u00a0; et le travail qui permet de transformer les produits naturels en biens de consommation ou de production permettant d\u2019obtenir plus facilement les premiers. Cette affirmation n\u2019est nullement une profession de foi marxiste. A une \u00e9poque, elle \u00e9tait ouvertement d\u00e9fendue par les penseurs les plus \u00e9rudits, ceux de l\u2019\u00e9poque des Lumi\u00e8res, notamment par les lib\u00e9raux Adam Smith et David Ricardo.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Adam Smith, consid\u00e9r\u00e9 par tous comme le p\u00e8re fondateur de l\u2019\u00e9conomie politique, entame son livre majeur, <em>Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations<\/em>, d\u2019une fa\u00e7on non ambigu\u00eb\u00a0: <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00ab\u00a0<em>Le Travail annuel d\u2019une nation est le fonds primitif qui fournit \u00e0 sa consommation annuelle toutes les choses n\u00e9cessaires et commodes \u00e0 la vie\u00a0; et ces choses sont toujours, ou le produit imm\u00e9diat de ce travail, ou achet\u00e9es des autres nations avec ce produit\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/span><span lang=\"fr-FR\">.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\"> Mais seul le travail cr\u00e9e de la valeur marchande. M\u00eame si elle fournit des produits n\u00e9cessaires \u00e0 la vie, la nature, la terre, le sous-sol et la mer, ne peut en fournir. Comment cela se peut-il\u00a0? La nature ne peut recevoir de r\u00e9mun\u00e9ration pour ce qu\u2019elle offre aux \u00eatres humains. Elle prodigue donc ses bienfaits gratuitement.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\"> Si quelqu\u2019un s\u2019ing\u00e9nie \u00e0 faire payer une propri\u00e9t\u00e9 du sol ou de ce qu\u2019il contient, c\u2019est en vertu d\u2019une appropriation exclusive qu\u2019il a r\u00e9ussi \u00e0 imposer aux autres. M\u00eame dans ce cas, aucune richesse nouvelle ne sera cr\u00e9\u00e9e. Les revenus du propri\u00e9taire proviendront d\u2019un transfert de recettes d\u2019autres personnes, qui les auront acquises gr\u00e2ce \u00e0 un travail. L\u2019air et l\u2019eau de la rivi\u00e8re, qui ne font l\u2019objet d\u2019aucune appropriation, sont totalement gratuits.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Il en va de m\u00eame pour les machines. Celles-ci n\u2019ajoutent aucune valeur suppl\u00e9mentaire aux marchandises au-del\u00e0 du travail qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire de d\u00e9penser pour les fabriquer. La comptabilit\u00e9 d\u2019entreprise incorpore tr\u00e8s bien cette r\u00e9alit\u00e9 dans ses calculs de co\u00fbts \u00e0 travers les amortissements. Ceux-ci correspondent au prix pay\u00e9 pour l\u2019\u00e9quipement divis\u00e9 par le nombre d\u2019ann\u00e9es que celui-ci est cens\u00e9 durer.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Si une machine co\u00fbte un million d\u2019euros et qu\u2019elle est cens\u00e9e durer dix ans, elle ajoutera \u00e0 la marchandise qu\u2019elle contribue \u00e0 fabriquer 100.000 euros par an. Supposons que la quantit\u00e9 produite s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 100.000 pi\u00e8ces annuellement. Dans ce cas, la machine apportera un euro par bien. Rien de plus.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Il se peut que ce tarif soit sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e9quivalent mon\u00e9taire du travail fourni pour le produire. Par exemple, la firme paie pour l\u2019engin utilis\u00e9 non un million d\u2019euros, mais 1,1 million. Il y aura alors un transfert de revenu entre les deux entreprises, de celle qui utilise l\u2019outil vers celle qui l\u2019a r\u00e9alis\u00e9, pr\u00e9lev\u00e9 sur ses profits<a href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a>. Mais aucune richesse ne sera ajout\u00e9e. Il se peut que l\u2019outil ait une dur\u00e9e de vie sup\u00e9rieure \u00e0 celle estim\u00e9e au d\u00e9part. Les clients auront sans doute alors pay\u00e9 trop par rapport \u00e0 ce que les marchandises produites gr\u00e2ce \u00e0 ces machines valent r\u00e9ellement. Si cette situation perdure, ils devront pr\u00e9lever une part suppl\u00e9mentaire sur leur revenu pour acqu\u00e9rir ces biens. Il s\u2019agit \u00e0 nouveau de transfert de revenus entre personnes, mais non de cr\u00e9ation de richesses<a href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a>.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Il est \u00e9vident qu\u2019avec des robots ou des imprimantes 3-D, qui composent \u00e0 eux seuls un objet, on est dans l\u2019illusion totale. La machine semble \u00eatre seule \u00e0 l\u2019\u0153uvre et effectivement elle fait \u00e9merger une marchandise dont l\u2019utilit\u00e9 est indiscutable. En revanche, la valeur marchande \u00ab\u00a0nouvellement cr\u00e9\u00e9e\u00a0\u00bb est nulle.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Cela vient du fait que cette valeur marchande n\u2019a de sens que pour les \u00eatres humains. C\u2019est cela qui procure des revenus et ceux-ci peuvent alors \u00eatre d\u00e9pens\u00e9s. Que ce soit la nature ou la machine, celles-ci ne disposent d\u2019aucun revenu et elles ne consomment pas non plus.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">En fait, nier que seul le travail cr\u00e9e la valeur est avanc\u00e9 par des auteurs qui veulent cacher les incoh\u00e9rences et les injustices li\u00e9es \u00e0 la distribution des richesses. Ainsi, William Jevons, un des fondateurs du courant n\u00e9oclassique qui domine la th\u00e9orie \u00e9conomique acad\u00e9mique jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, s\u2019en prend violemment en 1879 \u00e0 la conception \u00e9tablie par David Ricardo,\u00a0<\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00ab\u00a0<em>homme habile mais mal avis\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb<\/span><span lang=\"fr-FR\">, accus\u00e9 d\u2019avoir <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00ab\u00a0<\/span><em>aiguill\u00e9 la science \u00e9conomique sur une mauvaise ligne<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a>, notamment en ce qui concerne la d\u00e9termination de la valeur.<\/p>\n<p>Mais son but profond est de justifier l\u2019in\u00e9gale r\u00e9partition des richesses dont \u00ab\u00a0<em>le r\u00e9sultat est d\u00fb en grande partie aux lois de la nature<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a>. Il ajoute un peu plus loin dans le texte\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On doit donc non seulement permettre \u00e0 chacun de faire et de gagner tout ce qu&rsquo;il peut, on doit l&rsquo;y encourager. Nous devons de la sorte supporter les plus grandes in\u00e9galit\u00e9s de fortune<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a>.<\/p>\n<p>David Ricardo, tout comme Adam Smith, essayaient de d\u00e9montrer le caract\u00e8re parasitaire de la classe des propri\u00e9taires fonciers, prenant une trop grande part des revenus dans la production industrielle (et agricole). Mais c\u2019\u00e9tait durant les d\u00e9buts du capitalisme, au moment de la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle. William Jevons \u00e9crit \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle. Le capitalisme est bien \u00e9tabli. Sa motivation n\u2019est plus de transf\u00e9rer les revenus des rentiers f\u00e9odaux vers les entrepreneurs industriels, mais d\u2019assurer la l\u00e9gitimit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e9conomique. Dans ces conditions, la th\u00e9orie de la valeur bas\u00e9e sur le travail est inutile, voire dangereuse, Marx ayant montr\u00e9 que, si le travail \u00e9tait source de toute valeur marchande, non seulement les poss\u00e9dants terriens sont superflus, mais les capitalistes aussi. Un argument inacceptable pour la doctrine \u00e9conomique officielle.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, on<a href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a> invente ces fameux facteurs de production qui doivent recevoir leurs r\u00e9mun\u00e9rations propres, ce qui est \u00e9galement d\u00e9fendu par Adam Smith et David Ricardo (mais c\u2019est contradictoire avec leur th\u00e9orie de la valeur d\u00e9termin\u00e9e par le seul travail). Il faut payer aussi et autant le travail, le capital et la terre. Cette \u00e9vidence que les capacit\u00e9s \u00e0 travailler sont assez \u00e9quitablement partag\u00e9es, alors que le capital et la terre le sont totalement in\u00e9galement n\u2019est jamais pris en consid\u00e9ration. On ne s\u2019interroge donc pas des raisons pour lesquelles le capital et la terre devraient recevoir leur dot, en sachant \u00e9videmment que ce ne sont pas les facteurs qui en tant que tels empochent les gains, mais leurs propri\u00e9taires, qui sont, comme les autres \u00eatres humains capables de travailler.<\/p>\n<p>On en arrive \u00e0 cette situation d\u00e9crite par Karl Marx et Friedrich Engels de mani\u00e8re un peu caricaturale, mais d\u2019une grande justesse, dans le <em>Manifeste du parti communiste<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0d<em>ans cette soci\u00e9t\u00e9, ceux qui travaillent ne gagnent pas et (\u2026) ceux qui gagnent ne travaillent pas<\/em>.\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a>.<\/p>\n<h2><strong><span lang=\"fr-FR\">Scier la branche sur laquelle on vit<\/span><\/strong><\/h2>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Le probl\u00e8me est que le remplacement des salari\u00e9s par des machines entra\u00eene une baisse relative de la valeur cr\u00e9\u00e9e et donc une diminution potentielle des profits r\u00e9alis\u00e9s, \u00e0 moins que l\u2019exploitation du travail n\u2019augmente. Or, dans un monde capitaliste, les b\u00e9n\u00e9fices et ce qui en r\u00e9sulte l\u2019accumulation du capital sont les moteurs du progr\u00e8s.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Le syst\u00e8me \u00e9conomique se trouve coinc\u00e9 entre deux ph\u00e9nom\u00e8nes aux cons\u00e9quences contradictoires. D\u2019une part, dans la qu\u00eate de comp\u00e9titivit\u00e9, de gains substantiels plus importants, chaque firme investit davantage dans l\u2019automatisation, en esp\u00e9rant pouvoir accro\u00eetre la productivit\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre. D\u2019autre part, cette strat\u00e9gie prise globalement substitue du capital, certes lui aussi issu du travail mais pass\u00e9, au travail pr\u00e9sent. Or, seul ce dernier cr\u00e9e de la valeur nouvelle. Le capitalisme scie ainsi la branche \u00e0 partir de laquelle normalement il se d\u00e9veloppe.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">De ce fait, l\u2019automatisation absolue, pour autant qu\u2019elle soit possible, est \u00e9galement une limite inatteignable pour le capitalisme. S\u2019il n\u2019y avait plus de salari\u00e9s, ceux-ci n\u2019auraient plus de revenus et seraient donc incapables d\u2019acheter les produits issus de ce monde enti\u00e8rement robotis\u00e9. Les entreprises ne r\u00e9aliseraient plus aucun b\u00e9n\u00e9fice. Elles n\u2019ont donc pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 parvenir \u00e0 ce stade.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">N\u00e9anmoins, ce qui est impossible \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale pourrait \u00eatre accompli \u00e0 un niveau individuel\u00a0: une firme pourrait \u00eatre enti\u00e8rement automatis\u00e9e, sans plus aucun salari\u00e9. Ce ne sera sans doute pas pour demain. Mais c\u2019est envisageable.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Elle pourrait m\u00eame \u00eatre b\u00e9n\u00e9ficiaire. En effet, elle pourrait payer ses machines, robots, mati\u00e8res premi\u00e8res, produits semi-finis \u00e0 une valeur de 100 et revendre ses marchandises \u00e0 120, empochant la diff\u00e9rence. L\u2019\u00e9quipement n\u2019a pas cr\u00e9\u00e9 une valeur nouvelle, puisqu\u2019il ne dispose pas de revenu et ne va pas consommer quoi que ce soit sur les march\u00e9s. Il y aura un transfert de revenu des secteurs utilisant de la main-d\u2019\u0153uvre et produisant de la valeur marchande. Les industriels et travailleurs des autres branches devront consacrer une partie de leurs r\u00e9mun\u00e9rations pour que l\u2019entreprise enti\u00e8rement automatis\u00e9e d\u00e9gage un gain, sans quoi ses initiateurs la fermeraient directement.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">\u00c9videmment, ce processus ne se d\u00e9roulerait pas de la mani\u00e8re d\u00e9crite ici. Il prendrait des formes d\u00e9tourn\u00e9es \u00e0 travers le fonctionnement du march\u00e9. Une compagnie n\u2019utilisant que des machines vendraient ses produits et trouveraient des acqu\u00e9reurs int\u00e9ress\u00e9s. Nous expliquons seulement d\u2019o\u00f9 viendraient les fonds n\u00e9cessaires \u00e0 ces achats. De ce fait, une soci\u00e9t\u00e9 comme Tesla pourrait d\u00e9tr\u00f4ner les Toyota, Volkswagen et General Motors du podium de la construction automobile. Mais, pour l\u2019instant, ses initiatives ne rapportent pas d\u2019argent.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Le syst\u00e8me capitaliste avance donc d\u2019une fa\u00e7on m\u00e9fiante et d\u00e9sordonn\u00e9e vers un univers automatis\u00e9. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les firmes \u00e0 la recherche du profit s\u2019y engouffrent joyeusement. Mais la lutte concurrentielle aboutit \u00e0 l\u2019\u00e9limination des entreprises les moins solides, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il n\u2019y en ait plus que quelques-unes par secteur, voire plus qu\u2019une seule. Dans ces conditions, elles peuvent imposer leur prix et b\u00e9n\u00e9ficier de transfert de valeur de la part des industries moins monopolis\u00e9es. Elles sont alors moins enclines au progr\u00e8s technologique et davantage \u00e0 la protection de leur situation.<\/span><\/p>\n<h2><strong>Les risques des m\u00e9tiers<\/strong><\/h2>\n<p>Cet avenir du tout robotis\u00e9 n\u2019est sans doute pas pour demain. Mais il influe sur le d\u00e9bat actuel. En effet, si l\u2019usine ou le bureau sans salari\u00e9 devront attendre pour exister, il est probable qu\u2019on avance dans cette direction plus ou moins rapidement.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, deux questions sont tout \u00e0 fait d\u2019actualit\u00e9. Primo, la mutation technologique va entra\u00eener la disparition de postes, mais \u00e9galement la cr\u00e9ation de nouveaux. Ceux-ci vont-ils compenser l\u2019\u00e9limination des premiers\u00a0? Secundo, ces emplois modernes vont-ils concern\u00e9s les secteurs \u00ab\u00a0productifs\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire permettant une accumulation du capital et constituant pour le syst\u00e8me une croissance \u00e9conomique assurant une certaine p\u00e9rennit\u00e9 de celui-ci ou, au contraire, vont-ils \u00eatre consacr\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches \u00ab\u00a0non productives\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\">14<\/a>, \u00e9tant financ\u00e9es par des revenus qui auraient pu \u00eatre destin\u00e9s \u00e0 d\u2019autres fonctions\u00a0? Dans le premier cas, on pourra envisager une perp\u00e9tuation du capitalisme, du moins sur une base technologique. Dans le second, il y aura des probl\u00e8mes, parce qu\u2019il faudra d\u00e9penser plus d\u2019\u00e9nergie et d\u2019efforts dans des missions qui ne font pas progresser le syst\u00e8me, surtout en ce qui concerne l\u2019accumulation du capital.<\/p>\n<p>Il est \u00e9videmment difficile de r\u00e9pondre \u00e0 ces interrogations, alors qu\u2019on est encore aux d\u00e9buts de la r\u00e9volution industrielle. L\u2019industrie manufacturi\u00e8re risque de porter un lourd tribut social. Depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, sa part dans l\u2019\u00e9conomie globale tend \u00e0 diminuer au profit du secteur tertiaire<a href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\">15<\/a>. A chaque crise, le nombre de postes chute inexorablement et les reprises ne permettent plus de rattraper les retards conc\u00e9d\u00e9s. La productivit\u00e9 y augmente rapidement. Ainsi, aux Etats-Unis<a href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\">16<\/a>, la part des emplois de l\u2019industrie manufactur\u00e9e est pass\u00e9e de 30,6% du total en 1955 \u00e0 8,6% en 2016. A cette date, ils ne sont plus que 12,3 millions, alors qu\u2019ils \u00e9taient encore 19,4 millions en 1979<a href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\">17<\/a>. Ces affectations diminuent autant relativement qu\u2019en nombre absolu. La nouvelle r\u00e9volution industrielle pourrait accompagner, voire acc\u00e9l\u00e9rer, ce d\u00e9clin.<\/p>\n<p>En effet, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, l\u2019automatisation a surtout remplac\u00e9 des boulots routiniers, o\u00f9 la machine pouvait \u0153uvrer de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, sans quasiment se fatiguer et avec une uniformit\u00e9 inatteignable pour un \u00eatre humain. Elle pouvait p\u00e9n\u00e9trer les domaines nocifs pour la sant\u00e9 humaine, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019air est irrespirable, o\u00f9 l\u2019oxyg\u00e8ne manque. C\u2019est pourquoi les sections largement \u00ab\u00a0robotis\u00e9es\u00a0\u00bb dans une usine d\u2019assemblage se situent essentiellement dans la t\u00f4lerie, o\u00f9 on soude les diff\u00e9rentes parties de la carrosserie pour former le ch\u00e2ssis de la voiture, et dans la peinture, o\u00f9 on teinte ce dernier.<\/p>\n<p>Dans certains cas, une machine ou un automatisme s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 la place d\u2019une s\u00e9rie de t\u00e2ches effectu\u00e9es par des salari\u00e9s. En sid\u00e9rurgie, dans les ann\u00e9es 70, la coul\u00e9e continue s\u2019est progressivement impos\u00e9e comme incontournable. Auparavant, le passage de l\u2019acier en fusion vers les laminoirs \u00e9tait fastidieux. Il fallait couler le liquide ferreux dans des blocs et les laisser refroidir. On devait les acheminer vers les laminoirs pour qu\u2019ils soient r\u00e9duits \u00e0 la bonne taille. A ce moment, il fallait les r\u00e9chauffer \u00e0 haute temp\u00e9rature pour qu\u2019ils soient compresser. Cela demandait de la main-d\u2019\u0153uvre. Aujourd\u2019hui, la coul\u00e9e est d\u00e9vers\u00e9e directement du convertisseur vers les laminoirs. C\u2019est un processus automatique surveill\u00e9 par quelques ouvriers.<\/p>\n<p>De m\u00eame, dans les ann\u00e9es 80 et m\u00eame 90, l\u2019emboutissage automobile consistait en d\u2019\u00e9normes presses. Les pi\u00e8ces de t\u00f4les \u00e9taient pass\u00e9es sur ces diff\u00e9rents outils pour qu\u2019elles soient form\u00e9es conform\u00e9ment \u00e0 la silhouette de la voiture (avant d\u2019\u00eatre soud\u00e9es \u00e0 la t\u00f4lerie). La presse forgeait le contour de la pi\u00e8ce, mais celle-ci \u00e9tait tenue par des travailleurs et achemin\u00e9e d\u2019une machine \u00e0 l\u2019autre par ceux-ci. Aujourd\u2019hui, un seul appareil suffit \u00e0 accomplir toutes les \u00e9tapes et le nombre de salari\u00e9s attribu\u00e9s \u00e0 cette t\u00e2che peut \u00eatre r\u00e9duit consid\u00e9rablement.<\/p>\n<p>En revanche, le nombre d\u2019ouvriers est encore abondant dans une usine automobile, parce que, d\u2019une part, il faut effectuer une v\u00e9rification manuelle, donc humaine, apr\u00e8s les op\u00e9rations de soudage<a href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\">18<\/a>, et, d\u2019autre part, l\u2019atelier de montage n\u00e9cessite toujours une grande main-d\u2019\u0153uvre pour placer tous les \u00e9l\u00e9ments (moteur, roues, pare-brise, tableau de bord, si\u00e8ges\u2026) sur le v\u00e9hicule. Mais avec des robots devenant flexibles et tactiles, une partie non n\u00e9gligeable de ces occupations pourrait leur revenir. De plus en plus, l\u2019industrie manufacturi\u00e8re devient un secteur o\u00f9 les machines \u0153uvrent et les salari\u00e9s se bornent \u00e0 les surveiller, \u00e0 les approvisionner \u00e9ventuellement et, si jamais l\u2019une d\u2019entre elles tombe en panne, \u00e0 se pr\u00e9cipiter pour la r\u00e9parer.<\/p>\n<p>Mais le secteur des services risque de conna\u00eetre des bouleversements du m\u00eame genre. D\u00e9j\u00e0 les agences bancaires ont chang\u00e9 d\u2019allure et n\u2019accueillent plus volontiers les clients ordinaires, ceux-ci \u00e9tant amen\u00e9s \u00e0 effectuer eux-m\u00eames les t\u00e2ches administratives autrefois accomplies par des salari\u00e9s. Mais les caissi\u00e8res et caissiers de grands magasins ont du souci \u00e0 se faire. De plus en plus on demande aux consommateurs de scanner eux-m\u00eames les produits achet\u00e9s sans n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avoir un employ\u00e9 de la distribution \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, des robots pourraient, dans les h\u00f4pitaux et maisons de retraite, prendre en charge des patients pour les op\u00e9rations \u00e9l\u00e9mentaires et parfois lourdes pour les infirmi\u00e8res et infirmiers comme l\u2019hygi\u00e8ne quotidienne ou le service des repas. Et ils pourraient envahir bien d\u2019autres activit\u00e9s.<\/p>\n<p>Les services Internet sont en train de se substituer et de court-circuiter de nombreuses professions. Les achats en ligne se multiplient. Certains magasins sp\u00e9cialis\u00e9s comme les librairies deviennent obsol\u00e8tes ou doivent diminuer consid\u00e9rablement de taille. M\u00eame la grande distribution s\u2019y adapte avec des complexes plus d\u00e9centralis\u00e9s et moins d\u00e9mesur\u00e9s. Plusieurs enseignes offrent la possibilit\u00e9 aux clients de d\u00e9finir leurs courses, d\u2019envoyer la liste par mail et la firme se charge de remplir les sacs, laissant au consommateur juste la charge de venir les prendre avec sa voiture<a href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\">19<\/a>.<\/p>\n<p>Ce petit aper\u00e7u donne une id\u00e9e des postes qui risquent de dispara\u00eetre \u00e0 l\u2019avenir. Ceux qui devraient s\u2019\u00e9panouir concernent davantage le d\u00e9veloppement des services informatiques, ceux de la s\u00e9curit\u00e9, la cr\u00e9ation de nouveaux produits, la surveillance et la r\u00e9paration des machines\u2026 La plupart d\u2019entre eux sont, en r\u00e9alit\u00e9, productifs. Ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils sont g\u00e9n\u00e9ralement moins manuels qu\u2019ils ne contribuent pas \u00e0 l\u2019enrichissement global de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Cela nous am\u00e8ne \u00e0 pr\u00e9ciser ce qu\u2019on entend par travail productif. Il s\u2019agit d\u2019une profession qui fabrique ou participe activement \u00e0 la confection d\u2019une marchandise. Une marchandise est quelque chose qui peut s\u2019acheter et se vendre et qui donc peut servir d\u2019accumulation pour un capital. En \u00ab\u00a0fabriquant\u00a0\u00bb une poire, une firme met sur le march\u00e9 une marchandise qui peut \u00eatre achet\u00e9e et, ensuite, revendue. Elle peut l\u2019exporter et ainsi rendre le pays plus riche. Elle devient un capital, avant d\u2019\u00eatre probablement consomm\u00e9e.<\/p>\n<p>En revanche, une coupe de cheveux n\u2019est pas une marchandise, m\u00eame si elle est effectu\u00e9e par un salari\u00e9 d\u00e9pendant d\u2019une entreprise sp\u00e9cialis\u00e9e en la mati\u00e8re. Une fois qu\u2019elle est faite, elle ne peut \u00eatre revendue. Elle n\u2019est pas capitalisable. Aucun pays n\u2019exporte ses coupes de cheveux. Autrement dit, l\u2019argent d\u00e9pens\u00e9 dans cette activit\u00e9 sera pr\u00e9lev\u00e9 sur les revenus de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. M\u00eame si officiellement on l\u2019ajoutera au Produit int\u00e9rieur brut<a href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\">20<\/a>, il n\u2019intervient pas en fait dans la croissance \u00e9conomique. Si au sein d\u2019une nation, l\u2019habitude est de se couper ou de se soigner la chevelure une fois par mois, elle ne deviendra pas soudainement deux fois plus riche si elle d\u00e9cide de le faire tous les quinze jours. Le revenu des clients est juste transf\u00e9r\u00e9 vers les coiffeurs.<\/p>\n<p>En reprenant cette d\u00e9finition, on voit que les concepteurs de produits, les surveillants des machines, ceux qui s\u2019occupent de logistique, c\u2019est-\u00e0-dire le stockage et le transport des marchandises, voire leur gestion, participent tous \u00e0 la cr\u00e9ation de richesses. Sur ce point, il n\u2019y aura pas de probl\u00e8me. En revanche, ils risquent d\u2019\u00eatre moins nombreux que les anciens manutentionnaires. Ce sera certainement le cas dans l\u2019industrie. Mais \u00e9galement dans les autres secteurs, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre plus comp\u00e9titif ne va amener l\u2019introduction des robots et autres innovations que si elle permet d\u2019am\u00e9liorer la productivit\u00e9 et donc utilise moins de main-d\u2019\u0153uvre pour la m\u00eame quantit\u00e9 de biens et de services (ou m\u00eame pour une quantit\u00e9 sup\u00e9rieure).<\/p>\n<p>Ceci pourrait entra\u00eener le d\u00e9veloppement d\u2019emplois d\u2019accompagnement, surtout pour les cat\u00e9gories ais\u00e9es, qui eux ne seraient pas productifs. Ils permettraient d\u2019avoir des services suppl\u00e9mentaires pour ceux qui peuvent se les payer. Mais ceci rel\u00e8ve quelque peu de la sp\u00e9culation.<\/p>\n<p>Ce qui, par contre, pourrait amoindrir l\u2019impact social de l\u2019innovation technologique est la lenteur avec laquelle les changements vont intervenir. C\u2019est une particularit\u00e9 des r\u00e9volutions industrielles de prendre du temps, ce qui pousse certains auteurs \u00e0 nier l\u2019existence de ces \u00ab\u00a0r\u00e9volutions\u00a0\u00bb ou \u00e0 en contester le terme.<\/p>\n<p>Dans le cas pr\u00e9sent, il n\u2019est pas s\u00fbr que les robots inondent d\u00e8s demain les cha\u00eenes de montage ou les hospices. Il faudra voir si leur co\u00fbt est r\u00e9ellement inf\u00e9rieur \u00e0 celui de la main-d\u2019\u0153uvre. Les imprimantes en 3-D sont surtout adapt\u00e9es pour la production de pi\u00e8ces sp\u00e9cifiques, pas v\u00e9ritablement encore pour une fabrication de masse. Elles servent pour l\u2019instant d\u2019appoint et non de base \u00e0 la confection d\u2019objets. Il n\u2019est pas pr\u00e9vu que la voiture autonome puisse rouler sans conducteur avant au moins 2030. Il y aura une longue p\u00e9riode o\u00f9 le syst\u00e8me automatique de d\u00e9tection des obstacles cohabitera avec la pr\u00e9sence d\u2019une personne capable de rectifier la conduite si jamais une erreur de diagnostic arrive. Et il faudra adapter les l\u00e9gislations et les contrats d\u2019assurance pour intervenir en cas d\u2019accident.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les entreprises voudront \u00e9viter de s\u2019engager d\u2019un coup dans la nouvelle technologie. Elles pr\u00e9f\u00e9reront commencer doucement en exp\u00e9rimentant diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de proc\u00e9der pour v\u00e9rifier celle qui leur para\u00eet la plus profitable. Cela permettra en m\u00eame temps d\u2019adapter le personnel \u00e0 cette donne, aussi bien en nombre qu\u2019en qualification. Sans compter que les clients ne sont pas non plus habitu\u00e9s \u00e0 utiliser ais\u00e9ment les instruments informatis\u00e9s, surtout pour une population qui vieillit.<\/p>\n<p>Bref, il y a toute une s\u00e9rie de raisons pour lesquelles les mutations ne se r\u00e9aliseront pas aussi vite que pr\u00e9vu. Le pire n\u2019est pas certain. En ce sens, l\u2019\u00e9tude alarmiste des deux chercheurs d\u2019Oxford pr\u00e9voyant la disparition de 47% des postes actuels aux Etats-Unis est sans doute exag\u00e9r\u00e9e. Elle annonce \u00e0 coup s\u00fbr un bouleversement, mais qui prendra plus de temps qu\u2019annonc\u00e9.<\/p>\n<p>En revanche, il est un point sur lequel tous les chercheurs s\u2019accordent\u00a0: les emplois qui vont passer \u00e0 la trappe sont de comp\u00e9tence faible, alors qu\u2019une majorit\u00e9 des nouveaux demanderont des niveaux d\u2019\u00e9tude sup\u00e9rieurs. Le rapport de l\u2019OCDE, plut\u00f4t apaisant sur la mutation, note quand m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ce sont les individus \u00e0 faible qualification et \u00e0 faible revenu qui font face \u00e0 un risque \u00e9lev\u00e9 de subir les effets n\u00e9gatifs de l\u2019automatisation<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\">21<\/a>. Les \u00e9carts \u00e0 cet \u00e9chelon ont toutes les chances de se renforcer.<\/p>\n<p>L\u2019OCDE en appelle \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et \u00e0 la formation pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me. Mais tout le monde sait qu\u2019on ne transforme pas un sid\u00e9rurgiste en informaticien. L\u00e0 aussi, cela plaide pour que les transformations s\u2019op\u00e8rent plus lentement. Il sera plus facile \u00e0 la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019int\u00e9grer les progr\u00e8s technologiques qu\u2019aux anciens qui ont eu toute une carri\u00e8re de routines et d\u2019habitudes qu\u2019ils devraient abandonner quasiment du jour au lendemain.<\/p>\n<h2><strong>Le capitalisme est-il compatible avec le progr\u00e8s technologique\u00a0?<\/strong><\/h2>\n<p>Au terme de cette r\u00e9flexion, nous nous posons une question, celle de la possibilit\u00e9 de progr\u00e8s technologiques sous le capitalisme. Cela semble un paradoxe, tant les partisans du libre march\u00e9 ne cessent de vanter les fantastiques opportunit\u00e9s d\u2019innovations en tout genre que ce syst\u00e8me apporte.<\/p>\n<p>Mais il y a lieu de se demander de quelle cr\u00e9ativit\u00e9 il s\u2019agit. Les travailleurs les mieux pay\u00e9s \u00e0 l\u2019heure actuelle sont les petits g\u00e9nies de la finance de Wall Street et de la City de Londres qui ont invent\u00e9 les instruments qui ont engendr\u00e9 la plus grave crise \u00e9conomique depuis la Seconde Guerre mondiale. D\u2019autres s\u2019\u00e9vertuent \u00e0 aider les grandes fortunes ou les hauts revenus \u00e0 \u00e9luder l\u2019imp\u00f4t ou m\u00eame \u00e0 carr\u00e9ment frauder le fisc.<\/p>\n<p>Dans les centres de recherche des multinationales, rares sont ceux qui ont pour mission de trouver des produits r\u00e9ellement novateurs permettant d\u2019am\u00e9liorer la situation mondiale. Un secteur est symptomatique de cette situation\u00a0: l\u2019industrie pharmaceutique. Les laboratoires priv\u00e9s sortent de moins en moins de d\u00e9couvertes fondamentales, mais de plus en plus de m\u00e9dicaments qui doivent servir \u00e0 la firme de conserver ou de prolonger le brevet d\u2019exclusivit\u00e9 pour commercialiser une mol\u00e9cule particuli\u00e8re durant vingt ans<a href=\"#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\">22<\/a>. Sans que cela n\u2019am\u00e8ne de r\u00e9els progr\u00e8s au niveau de la sant\u00e9. Quant \u00e0 la construction automobile, les r\u00e9cents scandales li\u00e9s au diesel ont montr\u00e9 que leur d\u00e9partement de R&amp;D<a href=\"#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\">23<\/a> s\u2019occupait surtout de tronquer les tests de nocivit\u00e9 des moteurs au d\u00e9triment de l\u2019environnement.<\/p>\n<p>Il est certain que le capitalisme a constitu\u00e9 dans l\u2019histoire un perfectionnement notable dans la multiplication des capacit\u00e9s productives de la plan\u00e8te. Ce ne sont pas des auteurs qui sont complaisants avec celui-ci qui \u00e9crivent dans <em>Le<\/em> <em>Manifeste du parti communiste<\/em> \u00e0 propos de la classe dominante, la bourgeoisie\u00a0: \u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est elle qui, la premi\u00e8re, a fait voir ce dont est capable l&rsquo;activit\u00e9 humaine. Elle a cr\u00e9\u00e9 de toutes autres merveilles que les pyramides d&rsquo;Egypte, les aqueducs romains, les cath\u00e9drales gothiques ; elle a men\u00e9 \u00e0 bien de toutes autres exp\u00e9ditions que les invasions et les croisades.<\/em>\u00a0\u00bb Ils ajoutent\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La bourgeoisie ne peut exister sans r\u00e9volutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l&rsquo;ancien mode de production \u00e9tait, au contraire, pour toutes les classes industrielles ant\u00e9rieures, la condition premi\u00e8re de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant \u00e9branlement de tout le syst\u00e8me social, cette agitation et cette ins\u00e9curit\u00e9 perp\u00e9tuelles distinguent l&rsquo;\u00e9poque bourgeoise de toutes les pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\">24<\/a><\/p>\n<p>Mais cette caract\u00e9ristique a des limites. La principale d\u2019entre elles est que cela doit rapporter, cela doit engendrer des b\u00e9n\u00e9fices et permettre l\u2019accumulation du capital d\u2019un entrepreneur ou d\u2019une firme priv\u00e9e. Or, ce qui permet cette rentabilit\u00e9, c\u2019est l\u2019exploitation du travail comme le nomment Marx et Engels, c\u2019est-\u00e0-dire une partie du travail non restitu\u00e9e sous forme de r\u00e9mun\u00e9ration au salari\u00e9 et conserv\u00e9e par le propri\u00e9taire des \u00ab\u00a0moyens de production\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\">25<\/a>.<\/p>\n<p>Pour cela, il faut du travail humain salari\u00e9. Si l\u2019automation remplace de plus en plus celui-ci, cela constitue un frein \u00e0 son introduction dans la fabrication des marchandises, m\u00eame si cela n\u2019est pas vu comme tel par les capitalistes individuels. Globalement, il y aura des travailleurs qui, exclus du syst\u00e8me, n\u2019auront plus les revenus suffisants pour acheter la quantit\u00e9 accrue de marchandises produites par les robots et les machines. Cela entra\u00eenera un blocage du processus \u00e9conomique et une crise.<\/p>\n<p>Or, le progr\u00e8s technologique est normalement un bienfait. Que des robots se substituent au travail r\u00e9p\u00e9titif et stressant sur la cha\u00eene de montage est une am\u00e9lioration qualitative consid\u00e9rable des conditions de labeur. Ces m\u00eames engins aidant les infirmi\u00e8res et infirmiers \u00e0 soigner des patients offriraient \u00e0 ces travailleurs la possibilit\u00e9 de fournir et de se concentrer sur des services plus humains. Des v\u00e9hicules autonomes permettraient aux passagers de vaquer \u00e0 d\u2019autres occupations. Les possibilit\u00e9s de l\u2019imprimante 3-D sont presque infinies pour d\u00e9finir en masse des objets sp\u00e9cifiques qui pourraient \u00eatre utilis\u00e9s de mani\u00e8res diverses, que ce soit dans l\u2019a\u00e9ronautique, dans la sant\u00e9, dans l\u2019industrie\u2026<\/p>\n<p>Toute innovation technologique n\u2019est pas spontan\u00e9ment souhaitable. Progressivement, on aborde des sujets qui m\u00e9ritent des r\u00e9flexions pour savoir dans quelle mesure on peut continuer des recherches, notamment en ce qui concerne la cr\u00e9ation de vies artificielles, de recomposition compl\u00e8te des cerveaux et de leur d\u00e9tachement \u00e9ventuel des corps, la possibilit\u00e9 de produire des clones en toute mati\u00e8re. Mais ce n\u2019est pas l\u2019objet principal de la quatri\u00e8me r\u00e9volution industrielle.<\/p>\n<p>Au contraire, on ne peut qu\u2019\u00eatre satisfait de ces potentialit\u00e9s nouvelles. Seulement, dans le capitalisme, cela peut se transformer en enfer pour les travailleurs. Il y a les salari\u00e9s qui n\u2019ont pas les comp\u00e9tences pour accompagner l\u2019innovation technologique et qui risquent de rester sur le carreau. Mais celles et ceux aussi qui sont \u00e0 leur poste et \u00e0 qui on demande toujours davantage pour \u00eatre ou demeurer \u00ab\u00a0comp\u00e9titifs\u00a0\u00bb, le ma\u00eetre mot de toutes les entreprises priv\u00e9es, voient leur sant\u00e9 et leur \u00e9nergie se d\u00e9grader. Dans ces conditions, la machine ne repr\u00e9sente plus une aide au travail humain pour le faciliter, mais au contraire une contrainte qui va r\u00e9gler le rythme de l\u2019activit\u00e9. Cela ne peut continuer ainsi.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me r\u00e9volution industrielle, n\u00e9e sous le capitalisme, est peut-\u00eatre celle qui annoncera un autre changement plus fondamental, celui d\u2019un syst\u00e8me qui permettra autant les innovations techniques que les am\u00e9liorations sociales et environnementales, qui diminuera de fa\u00e7on importante les in\u00e9galit\u00e9s et les injustices, qui conservera la centralit\u00e9 du travail, mais qui en fera une source d\u2019\u00e9panouissement individuel et collectif et non d\u2019enrichissement du capital et qui sera aid\u00e9 en cela par les d\u00e9couvertes technologiques. C\u2019est ce que j\u2019appelle le socialisme.<\/p>\n<p align=\"left\"><strong><span lang=\"fr-BE\">Henri Houben<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">Docteur en \u00e9conomie, chercheur au GRESEA (Groupe de Recherche pour une Strat\u00e9gie \u00e9conomique alternative) et membre d\u2019ATTAC Bruxelles.<\/p>\n<hr \/>\n<h2><span lang=\"en-GB\">Bibliographie sommaire<\/span><\/h2>\n<p>Melanie Arntz, Terry Gregory and Ulrich Zierahn, \u00ab\u00a0The Risk of Automation for Jobs in OECD Countries\u00a0\u00bb, <em>OECD Social, Employment and Migration Working Papers<\/em>, n\u00b0189, 2016\u00a0: https:\/\/dx.doi.org\/10.1787\/5jlz9h56dvq7-en.<\/p>\n<p><span lang=\"en-GB\">Carl Benedikt Frey and Michael Osborne, \u00ab\u00a0The Future of Employment\u00a0: How Susceptible Are Jobs to Computerisation\u00a0?\u00a0\u00bb, University of Oxford, 17 septembre 2013\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.oxfordmartin.ox.ac.uk\/downloads\/academic\/future-of-employment.pdf\">https:\/\/www.oxfordmartin.ox.ac.uk\/downloads\/academic\/future-of-employment.pdf<\/a>.<\/span><\/p>\n<p>Henri Houben, \u00ab\u00a0Lire Le Capital\u00a0\u00bb,<em> Etudes marxistes<\/em>, n\u00b0113, janvier-mars 2016\u00a0: https:\/\/www.marx.be\/fr\/content\/lire-le-capital.<\/p>\n<p>William Stanley Jevons, <em>L\u2019\u00e9conomie politique<\/em>, Librairie Germer Bailli\u00e8re Et Cie, 2\u00e8me \u00e9dition, 1878, p.50 : <a href=\"https:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/jevons_w_stanley\/economie_politique\/jevons_economie_politique.pdf\">https:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/jevons_w_stanley\/economie_politique\/jevons_economie_politique.pdf<\/a>.<\/p>\n<p><span lang=\"en-GB\">William Stanley Jevons, <em>The Theory of Political Economy<\/em>, Augustus Kelley, Bookseller, New-York, 5\u00e8me \u00e9dition 1965, p.li : https:\/\/mises.org\/system\/tdf\/The%20Theory%20of%20Political%20Economy_2.pdf?file=1&amp;type=document.\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Karl Marx et Friedrich Engels, <em>Le Manifeste du parti communiste<\/em>, 1847\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1847\/00\/kmfe18470000b.htm\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1847\/00\/kmfe18470000b.htm<\/a><\/p>\n<p>Karl Marx, <em>Th\u00e9ories sur la plus-value<\/em>, 3 tomes, \u00e9ditions sociales, Paris, 1974.<\/p>\n<p>Karl Marx, <em>Le Capital<\/em>, 3 tomes, \u00e9ditions sociales, Paris, 1976.<\/p>\n<p>Jeremy Rifkin, <em>La Fin du travail<\/em>, La D\u00e9couverte, Paris, 1996<\/p>\n<p>Klaus Schwab, \u00ab\u00a0The Fourth Industrial Revolution\u00a0\u00bb, <em>Foreign Affairs<\/em>, d\u00e9cembre 2015\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.weforum.org\/agenda\/2016\/01\/the-fourth-industrial-revolution-what-it-means-and-how-to-respond\/\">https:\/\/www.weforum.org\/agenda\/2016\/01\/the-fourth-industrial-revolution-what-it-means-and-how-to-respond\/<\/a>.<\/p>\n<p>Klaus Schwab, <em>La quatri\u00e8me r\u00e9volution industrielle<\/em>, \u00e9ditions Dunod, Paris, 2017.<\/p>\n<p>Adam Smith, <em>Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations<\/em>, \u00e9ditions Gallimard, Paris, 1976, p.33.<\/p>\n<hr \/>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>\u00a0<span lang=\"en-GB\">Klaus Schwab, \u00ab\u00a0The Fourth Industrial Revolution\u00a0\u00bb, Foreign Affairs, d\u00e9cembre 2015\u00a0: https:\/\/www.weforum.org\/agenda\/2016\/01\/the-fourth-industrial-revolution-what-it-means-and-how-to-respond\/.<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>\u00a0<span lang=\"en-GB\">Carl Benedikt Frey and Michael Osborne, \u00ab\u00a0The Future of Employment\u00a0: How Susceptible Are Jobs to Computerisation\u00a0?\u00a0\u00bb, University of Oxford, 17 septembre 2013\u00a0: https:\/\/www.oxfordmartin.ox.ac.uk\/downloads\/academic\/future-of-employment.pdf.<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>\u00a0L\u2019Organisation de Coop\u00e9ration et de D\u00e9veloppement Economique (OCDE) regroupe les trente pays d\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme les plus riches dans le monde.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>\u00a0<span lang=\"en-GB\">Melanie Arntz, Terry Gregory and Ulrich Zierahn, \u00ab\u00a0The Risk of Automation for Jobs in OECD Countries\u00a0\u00bb, OECD Social, Employment and Migration Working Papers, n\u00b0189, 2016\u00a0: https:\/\/dx.doi.org\/10.1787\/5jlz9h56dvq7-en.<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>\u00a0Jeremy Rifkin, La Fin du travail, La D\u00e9couverte, Paris, 1996.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>\u00a0Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, \u00e9ditions Gallimard, Paris, 1976, p.33.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a>\u00a0Il se peut que la compagnie utilisatrice reporte ce prix sur les consommateurs. Ce seront les clients qui devront consacrer des revenus pour financer ce tarif suppl\u00e9mentaire. On en vient \u00e0 la situation d\u00e9crite par la suite.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a>\u00a0Souvent les firmes qui pourraient continuer \u00e0 op\u00e9rer avec des machines compl\u00e8tement amorties les vendent pour investir dans de nouvelles plus performantes et r\u00e9cup\u00e8rent ainsi de l\u2019argent. Mais de nouveau, il faut qu\u2019il y ait eu une production ailleurs pour cr\u00e9er un revenu qui sera capable de se consacrer \u00e0 l\u2019achat de ces instruments.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a>\u00a0<span lang=\"en-GB\">William Stanley Jevons, The Theory of Political Economy, Augustus Kelley, Bookseller, New-York, 5<\/span><span lang=\"en-GB\">\u00e8me<\/span><span lang=\"en-GB\"> \u00e9dition 1965, p.li\u00a0: https:\/\/mises.org\/system\/tdf\/The%20Theory%20of%20Political%20Economy_2.pdf?file=1&amp;type=document.<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<ul>\n<li><a name=\"_Hlk495951361\"><\/a> <a href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a>\u00a0William Stanley Jevons, L\u2019\u00e9conomie politique, Librairie Germer Bailli\u00e8re Et Cie, 2\u00e8me \u00e9dition, 1878, p.50\u00a0: https:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/jevons_w_stanley\/economie_politique\/jevons_economie_politique.pdf.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a>\u00a0William Stanley Jevons, op. cit., p.73.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a>\u00a0C\u2019est clairement un des axes centraux de la th\u00e9orie n\u00e9oclassique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a>\u00a0Karl Marx et Friedrich Engels, Le Manifeste du parti communiste, 1847\u00a0: https:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1847\/00\/kmfe18470000b.htm.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a>\u00a0Les termes \u00ab\u00a0productif\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0non productif\u00a0\u00bb ne sont pas \u00e9quivalents \u00e0 la notion d\u2019industrie de la comptabilit\u00e9 nationale, ni \u00e0 la production uniquement de biens. Comme on le verra par la suite, ils sont associ\u00e9s \u00e0 la notion de marchandise.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a>\u00a0Rappelons que les d\u00e9finitions de la comptabilit\u00e9 nationale sont les suivantes\u00a0: le secteur primaire concerne les produits issus directement de la nature\u00a0; le secondaire est la transformation de ces biens en objets de consommation (et de production permettant de fabriquer d\u2019autres biens de consommation)\u00a0; enfin, le tertiaire est tout le reste et non le secteur des services (m\u00eame si celui-ci est largement compris dans ce reste).<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a>\u00a0L\u2019exemple am\u00e9ricain est repris parce qu\u2019on y dispose de statistiques sur le long terme et il est symptomatique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a>\u00a0Chiffres et calculs sur base de Bureau of Labor Statistics.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a>\u00a0La moindre d\u00e9viance peut avoir des cons\u00e9quences dommageables. Si les portes ne sont pas rigoureusement align\u00e9es avec le reste de la carrosserie, elles vont prendre le vent et ce sera une perte d\u2019efficience et un bruit permanent insoutenable pour les passagers.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a>\u00a0En France, ce service est m\u00eame gratuit.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a>\u0002 Le PIB est la richesse marchande et mon\u00e9taire cr\u00e9\u00e9e en un temps donn\u00e9 (un an par exemple) sur un territoire pr\u00e9cis\u00e9 (un pays). Mais on n\u2019y fait aucune distinction entre ce qui enrichit r\u00e9ellement le territoire et ce qui est un transfert de ressources d\u2019une cat\u00e9gorie de personnes \u00e0 l\u2019autre.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a>\u00a0<span lang=\"en-GB\">Melanie Arntz, Terry Gregory and Ulrich Zierahn, op. cit., p.19.<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a>\u00a0Le \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb pharmaceutique fonctionne de la sorte\u00a0: une firme d\u00e9pose un brevet pour une mol\u00e9cule cens\u00e9e soigner une maladie pr\u00e9cise\u00a0; cette action donne un droit exclusif de vingt ans \u00e0 cette entreprise de d\u00e9velopper tout m\u00e9dicament sur cette base\u00a0; mais elle doit \u00e9tablir des tests pour juger de la pertinence et de la non-toxicit\u00e9 du produit, notamment sur des patients humains\u00a0; cela dure environ dix ans\u00a0; reste dix ans pendant lesquels la soci\u00e9t\u00e9 peut demander le prix qu\u2019elle veut pour le m\u00e9dicament homologu\u00e9 et lanc\u00e9 sur le march\u00e9. Avec ce \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb, les taux de profit des firmes pharmaceutiques sont largement au-dessus de ceux des autres secteurs.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a>\u00a0Recherche et d\u00e9veloppement.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote24\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a>\u00a0Karl Marx et Friedrich Engels, op. cit.\u00a0: https:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1847\/00\/kmfe18470000a.htm.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote25\">\n<ul>\n<li><a href=\"#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a>\u00a0Selon Karl Marx, les moyens de production repr\u00e9sentent tous les instruments qui permettent de produire, \u00e0 savoir les terrains, les b\u00e2timents, les machines, les outils\u2026 En gros, ce sont les usines, les bureaux, les entreprises.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notre d\u00e9marche dans cet article ne sera pas d\u2019estimer la r\u00e9alit\u00e9 ou non d\u2019une disparition du travail et de l\u2019av\u00e8nement des entreprises sans salari\u00e9s, mais de la possibilit\u00e9 de son d\u00e9veloppement dans le cadre du capitalisme. En effet, celui-ci se d\u00e9veloppe \u00e0 partir de l\u2019exploitation des forces de travail. Comment peut-il continuer \u00e0 progresser, alors que la recherche de la comp\u00e9titivit\u00e9 et donc de la productivit\u00e9 pousse les entreprises \u00e0 \u00e9pargner toujours davantage de main-d\u2019\u0153uvre par quantit\u00e9 produite ?<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":2670,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,176],"tags":[],"class_list":["post-2632","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier","category-exploitation-programmee-du-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2632","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2632"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2632\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2668,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2632\/revisions\/2668"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2670"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2632"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2632"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2632"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}