{"id":2765,"date":"2018-04-26T13:48:30","date_gmt":"2018-04-26T13:48:30","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=2765"},"modified":"2018-07-10T10:38:29","modified_gmt":"2018-07-10T10:38:29","slug":"idriss-gabel-mathieu-volpe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/idriss-gabel-mathieu-volpe\/","title":{"rendered":"\u00ab DANS LA RENCONTRE, C\u2019EST L\u00c0 QU\u2019IL Y A UN FILM \u00bb  Filmer les migrations : entretien crois\u00e9 Idriss Gabel et Mathieu Volpe"},"content":{"rendered":"<p><strong>Doublement prim\u00e9 au festival Filmer \u00e0 tout prix de 2017, <em>Kal\u00e8s<\/em> de Laurent Van Lancker, documentaire tourn\u00e9 au c\u0153ur de la jungle de Calais, essaie de \u00ab\u00a0mettre \u00e0 jour la vitalit\u00e9 r\u00e9sistante au milieu d\u2019un enfer\u00a0\u00bb. D\u00e9butant depuis quelques semaines une exploitation remarqu\u00e9e dans les salles belges, <em>Je n\u2019aime plus la mer<\/em> d\u2019Idriss Gabel a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 au centre d\u2019accueil Croix-rouge de Natoye. Il y croque les portraits d\u2019une dizaine d\u2019enfants h\u00e9berg\u00e9s en attente d\u2019une r\u00e9ponse \u00e0 leur demande de statut de r\u00e9fugi\u00e9s (le GSARA de Li\u00e8ge a particip\u00e9 \u00e0 la production). Dans leur sillage, plusieurs films retenus par l\u2019atelier cin\u00e9ma du GSARA pour 2018 traitent eux-aussi des vagues migratoires qui secouent ce d\u00e9but de si\u00e8cle.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2856\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/gabel-volpe-1.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"511\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/gabel-volpe-1.jpg 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/gabel-volpe-1-300x219.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/gabel-volpe-1-600x438.jpg 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/gabel-volpe-1-210x153.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n<p>Mouvements citoyens, \u0153uvres documentaires, fictionnelles ou encore l\u2019atelier mis sur pieds par nos partenaires Cinemaximiliaan, les r\u00e9cits et t\u00e9moignages de d\u00e9racinements, de parcours migratoires ou d\u2019accueil se multiplient. Comment et pourquoi se saisir de ce sujet\u00a0? Pour en parler, nous avons r\u00e9uni deux documentaristes aux approches diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Idriss Gabel a suivi la formation du centre d\u2019insertion socio-professionnelle du GSARA de Li\u00e8ge et y donne d\u00e9sormais cours d\u2019\u00e9ducation aux m\u00e9dias. Monteur et assistant du r\u00e9alisateur Thierry Michel, il r\u00e9alise ensuite <em>Snoezelen, un monde en qu\u00eate de sens<\/em> (2015),\u00a0<em>Kolwezi on air<\/em> (2016) et aujourd\u2019hui, <em>Je n\u2019aime plus la mer<\/em>.<\/p>\n<p>Mathieu Volpe s\u2019est fait remarquer avec le court-m\u00e9trage <em>Le Secret du serpent<\/em> (2014). Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019atelier cin\u00e9ma du GSARA, il termine actuellement <em>L\u2019image noire,<\/em> court-m\u00e9trage documentaire tourn\u00e9 au Ghetto de Rignano, un bidonville situ\u00e9 dans les campagnes pr\u00e8s de Foggia (dans le sud de l\u2019Italie) o\u00f9 chaque \u00e9t\u00e9 viennent s\u2019installer environ 3000 saisonniers, pour la plupart d\u2019origine africaine. Morceaux choisis.<\/p>\n<p><strong>La rencontre avec le sujet<\/strong><\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> : Moi j\u2019\u00e9tais fascin\u00e9, cin\u00e9matographiquement parlant, par les bidonvilles et ce que je pouvais en apercevoir dans certains documentaires. C\u2019\u00e9tait ma seule fen\u00eatre sur cette r\u00e9alit\u00e9. (\u2026) Et puis un ami m\u2019a mis en contact avec le directeur accueil r\u00e9fugi\u00e9s de la Croix-rouge en Belgique (\u2026) Je suis all\u00e9 le rencontrer \u00e0 Natoye, o\u00f9 il m\u2019a parl\u00e9 de ces enfants qu\u2019on ne pr\u00e9vient pas du d\u00e9part et dont le monde change en l\u2019espace d\u2019une nuit. Lors du voyage, les parents sont oblig\u00e9s de leur mentir pour qu\u2019ils continuent \u00e0 avancer : leur promettre une maison, une piscine\u2026 Ces enfants culpabilisent, prenant cet exil pour une punition divine, cons\u00e9quence de l\u2019une de leurs b\u00eatises. Par la suite, il faudra les convaincre de leur innocence. <strong>Soudainement, j\u2019ai pris conscience que j\u2019\u00e9tais dans l\u2019image du r\u00e9fugi\u00e9 et non pas au c\u0153ur du sujet<\/strong>. Peu importe l\u2019emballage, fiction ou documentaire, ce que je voulais, c\u2019\u00e9tait donner la parole aux enfants, proposer un film qui se mette \u00e0 leur niveau, o\u00f9 l\u2019on pourrait d\u00e9couvrir tout ce prisme dont je n\u2019avais pas conscience jusque-l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Mathieu<\/strong> : J\u2019accompagnais une troupe de com\u00e9diens dans le sud de l\u2019Italie. Un jour on a d\u00e9barqu\u00e9 dans ce bidonville, le ghetto, et pour dire vrai, je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9 par la mis\u00e8re. Ce qui m\u2019a vraiment frapp\u00e9, c\u2019est le d\u00e9paysement. Moi qui ai grandi en Italie, d\u2019un coup je me retrouvais dans un village africain perdu au milieu de nulle part. (\u2026) Il existe peu d\u2019images de cet endroit, les gens ne voulaient pas se faire filmer. J\u2019ai utilis\u00e9 l\u2019image comme pr\u00e9texte pour aller l\u00e0-bas, dans le sens o\u00f9 je me demandais ce qu\u2019allaient provoquer mon appareil photo et ma cam\u00e9ra Super 8. Ce que je trouve magnifique, c\u2019est que finalement <strong>l\u2019image est un moyen de rencontrer des gens<\/strong> et d\u2019aller plus loin qu\u2019un journaliste en reportage pendant deux heures.<\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> : <strong>Une cam\u00e9ra, ce n\u2019est pas quelquechose de neutre<\/strong>. Elle cr\u00e9e des relations, elle peut les fausser aussi, en inhibant les gens par exemple. Chaque fois, l\u2019objet vient changer la relation et en tant que r\u00e9alisateur, il faut l\u2019assumer. Moi j\u2019ai fait un travail avec les enfants pour qu\u2019ils m\u2019acceptent, qu\u2019ils me fassent confiance et qu\u2019au-del\u00e0 du dispositif, un lien se cr\u00e9e\u2026<\/p>\n<p><strong>Mathieu<\/strong> : Oui, c\u2019est plus que de simplement recueillir leurs t\u00e9moignages.<\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> : D\u2019ailleurs, j\u2019ai fait trois centres pour trouver le groupe o\u00f9 il y a eu coup de foudre entre les personnages et moi. \u00c0 Natoye, en une apr\u00e8s-midi, je me suis pris une claque terrible. \u00c0 chaque centre, je faisais faire un truc diff\u00e9rent aux enfants, un exercice avec la cam\u00e9ra, ou avec le micro, et l\u00e0 j\u2019avais choisi comme axe d\u2019entr\u00e9e de faire des dessins. Je leur ai demand\u00e9 de me dessiner \u00ab\u00a0un chouette souvenir\u00a0\u00bb. (\u2026) Puis je leur ai mis la cam\u00e9ra en mains, je voulais qu\u2019ils s\u2019interrogent r\u00e9ciproquement sur leurs \u0153uvres, \u00e0 leur fa\u00e7on. Et ce qu\u2019ils se sont dit, d\u2019enfant \u00e0 enfant, ce qu\u2019ils appelaient un souvenir qui valait la peine d\u2019\u00eatre partag\u00e9, \u00e9taient des choses si dures : la perte d\u2019un proche, le voyage\u2026 C\u2019est l\u00e0 qu\u2019un enfant a dit \u00ab\u00a0<em>Je n\u2019aime plus la mer<\/em>\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas normal qu\u2019un enfant puisse dire \u00e7a. Ils ont dit \u00e7a si platement\u2026 \u00c7a m\u2019a choqu\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment.<\/p>\n<p><strong>Une approche immersive<\/strong><\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> : Il y a eu quatre mois entre cette rencontre et le d\u00e9but du tournage. La premi\u00e8re fois dans ce centre, j\u2019avais sorti un appareil photo, et il posait un probl\u00e8me. Autant les adultes ne voulaient pas \u00eatre photographi\u00e9s, autant les enfants voulaient absolument \u00eatre dedans\u00a0! (\u2026) Tout le travail a \u00e9t\u00e9 de leur mettre la cam\u00e9ra en mains et de les amener \u00e0 s\u2019exprimer sans r\u00e9veiller les traumatismes. Une psychologue \u00e9tait pr\u00e9sente lors des moments cl\u00e9s des ateliers qu\u2019on a mis en place, quand il s\u2019agissait vraiment d\u2019ouvrir la parole. Ensemble, ils ont parl\u00e9 du mot \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb, du mot \u00ab\u00a0voyage\u00a0\u00bb, alimentant ainsi ma r\u00e9flexion, mes \u00e9crits\u2026 <strong>Je voulais d\u00e9mythifier la cam\u00e9ra, le montage, qu\u2019ils comprennent tout le processus<\/strong>. Des ateliers pratiques ont transform\u00e9 cette cam\u00e9ra en un objet amical. (\u2026) C\u2019est un pacte que l\u2019on fait ensemble \u00e0 ce moment-l\u00e0 avec les enfants, les familles et toute l\u2019institution. Un pacte qui dit\u00a0:\u00ab <em>cette cam\u00e9ra ne sera jamais intrusive, elle ne regardera jamais ce que vous n\u2019avez pas envie de montrer<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Mathieu<\/strong> : Oui, et une fois que tu as tir\u00e9 \u00e7a au clair, il n\u2019y a plus de probl\u00e8mes.\u00a0M\u00eame si ce pacte est parfois difficile \u00e0 respecter, ces probl\u00e8mes sont attractifs pour un r\u00e9alisateur\u2026 Il faut trouver ses limites.<\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> : \u00a0Oui il faut se trouver, en r\u00e9alisation, sur chaque film. C\u2019est vraiment important. (\u2026)\u00a0Quand le tournage a commenc\u00e9, je me suis rendu compte qu\u2019il ne fallait pas arr\u00eater cette immersion, ces ateliers ont donc continu\u00e9 tout le long du tournage, devenant une forme d\u2019exutoire. En effet, parfois, quand on tourne, on a quand m\u00eame un peu oppress\u00e9 la personne, il y a parfois des non-dits, besoin d\u2019en parler, d\u2019arr\u00eater la cam\u00e9ra\u2026 Parler avant et apr\u00e8s pour continuer ce lien.<\/p>\n<p><strong>Mathieu<\/strong> : En\u00a02014, quand j\u2019ai d\u00e9couvert le ghetto, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 un moment marquant mais aussi frustrant car je n\u2019avais aucune image physique de ce que j\u2019avais v\u00e9cu. J\u2019y ai repens\u00e9 pendant un an puis j\u2019y suis all\u00e9 quasiment sur un coup de t\u00eate. (\u2026) Je ne savais pas combien de temps j\u2019allais y rester mais il fallait vraiment cr\u00e9er ce lien pour que les gens comprennent mon projet. Eux \u00e9taient terroris\u00e9s par les journalistes qui venaient prendre quelques clich\u00e9s de tout ce qui n\u2019allait pas, la boue, les conditions des baraques, qui essayaient d\u2019avoir des images des mafieux qui emmenaient les gens au travail\u2026 Moi ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e7a qui m\u2019int\u00e9ressait. Ce que j\u2019avais vu le jour de ma d\u00e9couverte c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s beau. Il y avait eu de beaux \u00e9changes qui ont \u00e9t\u00e9 beaucoup plus loin que juste\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0On est dans la mis\u00e8re.\u00a0\u00bb J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019en y restant plus que quelques jours, c\u2019est \u00e7a qui allait se r\u00e9v\u00e9ler. Finalement il y a eu un terrain commun, on partageait des choses, des playlists\u2026 <strong>C\u2019est dans l\u2019attente que les choses se sont nou\u00e9es<\/strong>. Ils attendaient que le travail commence dans les champs de tomates, et moi j\u2019attendais que quelque chose se passe qui me dise qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 l\u2019aise pour qu\u2019on fasse des images. (&#8230;) Quand ils ont vu ma pers\u00e9v\u00e9rance \u00e0 rester sur place malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, ils ont compris que je ne faisais pas un \u00ab\u00a0safari dans la mis\u00e8re\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p><strong>Contre l\u2019image attendue<\/strong><\/p>\n<p>Idriss : Pour les enfants, le centre d\u2019accueil \u00e9tait tr\u00e8s joyeux. Ils s\u2019\u00e9clatent, c\u2019est une plaine de jeux, les escaliers deviennent des toboggans&#8230; Tout est transform\u00e9 en jeu si bien que quand j\u2019ai remis les premiers rushes \u00e0 la productrice elle m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>ben \u00e7a va ils n\u2019ont pas l\u2019air traumatis\u00e9s\u00a0!\u00a0<\/em>\u00bb (&#8230;) Mais non, ils veulent vivre\u00a0! Ce que j\u2019ai remarqu\u00e9, en r\u00e9ponse \u00e0 ce traumatisme du d\u00e9racinement, c\u2019est une envie effr\u00e9n\u00e9e de jouer \u00e0 tout moment\u2026<\/p>\n<p><strong>Mathieu<\/strong> : Peut-\u00eatre pour un adulte ce quotidien est tr\u00e8s trash. Mais pour l\u2019enfant, m\u00eame dans un bidonville, cela fait partie de la vie. (\u2026) Tout comme eux, <strong>nous, r\u00e9alisateurs, devons \u00e9chapper au mis\u00e9rabilisme<\/strong>. Je me souviens, c\u2019\u00e9tait \u00e0 la fin de mon s\u00e9jour, un travailleur est venu vers moi et m\u2019a demand\u00e9 de le photographier parce qu\u2019il \u00e9tait couvert de boue, un bidon en mains. J\u2019ai refus\u00e9 parce que pour moi c\u2019\u00e9tait l\u2019image attendue. Quand on a une cam\u00e9ra, on laisse des traces. Il faut penser\u00a0: est-ce que dans le futur, on sera fier de l\u2019image qu\u2019on a laiss\u00e9e ?<\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> : Un film c\u2019est une trace d\u2019histoire. Que veut-on faire exactement quand on fait un film\u00a0? Moi dans mon travail, je lutte au quotidien contre les caricatures, et m\u00eame contre mon propre regard caricatural. Tu parlais du clich\u00e9 de l\u2019africain sale avec son bidon etc. Dans 99\u00a0% des cas tout le monde tombe dans ce clich\u00e9. Ce qui est int\u00e9ressant c\u2019est d\u2019aller chercher dans ce 1\u00a0%, l\u00e0 o\u00f9 il y a vraiment le fond des choses, l\u2019humain.<\/p>\n<p><strong>Mathieu<\/strong> : Moi je trouve que c\u2019est m\u00eame plus que le 1\u00a0%\u2026 C\u2019est le 1\u00a0% pour nous mais si tu creuses un peu plus tu te rends compte que c\u2019est le 99\u00a0%\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> : Tu as raison bien s\u00fbr\u00a0! <strong>Nous devons faire l\u2019effort d\u2019aller chercher le vrai<\/strong>. C\u2019est \u00e7a qui influence mon travail. Ce travail de distance avec la cam\u00e9ra, ces choix. Filme-t-on la boue ou la personne qui nous parle\u00a0? C\u2019est un travail permanent avec le chef op\u00e9rateur, le preneur de son, il faut leur faire comprendre ce qu\u2019on est venu chercher pour r\u00e9fl\u00e9chir ensemble, pour chaque situation, au bon axe, \u00e0 la bonne distance et aller chercher ce que la personne a partager et les \u00e9motions vraies, pas fabriqu\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>La forme ad\u00e9quate<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2775\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/JNPLM_image-700.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/JNPLM_image-700.jpg 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/JNPLM_image-700-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/JNPLM_image-700-600x338.jpg 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/JNPLM_image-700-210x118.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> : J\u2019ai choisi de filmer en 2.35. C\u2019est l\u00e0 que \u00e7a prend tout l\u2019\u00e9cran, en salle, c\u2019est un maximum d\u2019impact \u00e9motionnel. Moi \u00e7a ravive des coups de foudre que j\u2019ai eus avec des films durant l\u2019enfance. Tous les films ne s\u2019y pr\u00eatent pas, mais pour <em>Je n\u2019aime plus la mer<\/em>, je trouve que cela repr\u00e9sentait bien la claque que je me suis pris avec ces enfants lors de cette apr\u00e8s-midi de dessin. Je voulais faire la m\u00eame chose dans la salle. Je voulais immerger l\u2019audience, qu\u2019elle ne trouve pas d\u2019\u00e9chappatoire dans le cadre ou la distance&#8230; Pour que les spectateurs soient oblig\u00e9s de se poser la question\u00a0: \u00ab\u00a0Et si \u00e7a m\u2019arrivait \u00e0 moi\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Mathieu<\/strong> : Dans mon film de fin d\u2019\u00e9tudes, sur des souvenirs personnels, il y avait beaucoup de Super 8 et de photos argentiques. Pour moi c\u2019\u00e9tait naturel de continuer comme \u00e7a parce qu\u2019au bidonville il s\u2019agissait aussi des souvenirs personnels : des liens qui se cr\u00e9ent. C\u2019\u00e9tait MON exp\u00e9rience, avec une petite cam\u00e9ra et le personnage. De plus, le Super 8 rassurait tous les gens que je rencontrais parce qu\u2019ils \u00e9taient terrifi\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e que mes images se retrouvent instantan\u00e9ment sur internet. Donc quand ils voyaient mon mat\u00e9riel, \u00e7a allait\u2026<\/p>\n<p><strong>Passer le miroir<\/strong><\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> : La politique europ\u00e9enne fait tout pour que l\u2019accueil soit difficile. Vraiment, apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 ces enfants et leurs parents, \u00e7a a termin\u00e9 d\u2019enlever mes derni\u00e8res caricatures. Au bout du compte, ce papa et cette maman on leur a dit: \u00ab\u00a0Tout ce qui a toujours eu un sens pour toi va t\u2019\u00eatre enlev\u00e9, ou alors il faut que tu partes\u00a0\u00bb. C\u2019est un des pires choix \u00e0 faire. Pour le moment, nos d\u00e9mocraties nous pr\u00e9servent de devoir faire de tels choix mais par exemple, ici en Belgique, mon arri\u00e8re grand-m\u00e8re a fait le choix de fuir devant les allemands. La guerre, la pr\u00e9carit\u00e9, rien n\u2019est jamais tr\u00e8s loin\u2026 C\u2019est humain. Se poser la question citoyenne, politique de l\u2019accueil, c\u2019est se projeter tr\u00e8s loin dans l\u2019avenir de l\u2019Europe pour savoir ce qu\u2019on veut vraiment.<\/p>\n<p><strong>Mathieu<\/strong> : Le changement peut se faire dans les gens qui regardent le film mais tu ne peux pas l\u2019imposer. J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on ne peut pas faire un film pour dire: \u00ab\u00a0Regardez\u00a0! Il faut vraiment s\u2019int\u00e9resser \u00e0 eux\u00a0!\u00a0\u00bb. <strong>J\u2019utilise la r\u00e9alisation pour cr\u00e9er du lien, le fait d\u2019avoir une cam\u00e9ra me motive \u00e0 aller vers l\u2019inconnu, vers l\u2019autre, c\u2019est vraiment un moteur<\/strong>. Et quand on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ces r\u00e9alit\u00e9s, on a l\u2019impression parfois d\u2019aller de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, de franchir une fronti\u00e8re et de s\u2019apercevoir que la vie est plus complexe. On est toujours surpris.<\/p>\n<p><strong>Idriss<\/strong> :\u00a0\u00ab\u00a0\u00c7a rejoint le travail que j\u2019expliquais plus t\u00f4t sur les caricatures. Ce rapport entre nos a priori face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Moi je trouve \u00e7a merveilleux de pouvoir passer le miroir comme tu dis, et donc que ce film serve de passerelle. On ne peut pas tous aller dans un centre d\u2019accueil \u00e0 la rencontre d\u2019\u00eatres humains. C\u2019est \u00e7a que je propose \u00e0 travers ce film.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mathieu<\/strong> : Avec la rencontre, on n\u2019est pas dans un discours. Quand on est dans un discours, tu pr\u00eaches les convaincus. Alors que si tu arrives \u00e0 <strong>montrer qu\u2019il y a un humain derri\u00e8re cette rencontre\u2026<\/strong> Voil\u00e0, un moment, c\u2019est un p\u00e8re, c\u2019est une m\u00e8re. Il est r\u00e9fugi\u00e9 certes mais c\u2019est secondaire. Dans la rencontre, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il y a un film, pas dans un discours.<\/p>\n<p><strong>Propos recueillis et mis en forme par Olivier Grinnaert.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Doublement prim\u00e9 au festival Filmer \u00e0 tout prix de 2017, Kal\u00e8s de Laurent Van Lancker, documentaire tourn\u00e9 au c\u0153ur de la jungle de Calais, essaie de \u00ab\u00a0mettre \u00e0 jour la vitalit\u00e9 r\u00e9sistante au milieu d\u2019un enfer\u00a0\u00bb. 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