{"id":3005,"date":"2018-11-15T15:39:06","date_gmt":"2018-11-15T15:39:06","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=3005"},"modified":"2018-12-29T13:51:07","modified_gmt":"2018-12-29T13:51:07","slug":"semira-adamu-20-apres-entretien-realisatrice-pauline-fonsny","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/semira-adamu-20-apres-entretien-realisatrice-pauline-fonsny\/","title":{"rendered":"Semira Adamu, 20 ans apr\u00e8s. Entretien avec la r\u00e9alisatrice Pauline Fonsny pour son film \u00ab\u00a0\u00c0 l&rsquo;usage des vivants\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<h4><b>Alors que nous comm\u00e9morons les vingt ans de la mort de Semira Adamu &#8211; jeune femme nig\u00e9riane, demandeuse d\u2019asile et tu\u00e9e par des policiers belges &#8211; le premier film de la r\u00e9alisatrice Pauline Fonsny, <\/b><b><i>\u00c0 l\u2019usage des vivants <\/i>(co-produit par le GSARA)<\/b><b>, revient sur ce pass\u00e9 douloureux pour mieux d\u00e9noncer la politique mortif\u00e8re actuelle de l\u2019\u00c9tat Belge \u00e0 l\u2019encontre de celles et ceux cherchant \u00e0 rester en vie.<\/b><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3016\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants01.png\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants01.png 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants01-300x168.png 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants01-600x337.png 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants01-210x118.png 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n<p><b>Peux-tu nous raconter l&rsquo;origine du projet du film <\/b><b><i>\u00c0 l\u2019usage des vivants<\/i><\/b><b> ? L\u2019ann\u00e9e 2018 marque le triste anniversaire de la mort de Semira Adamu. Il est \u00e0 la fois un film hommage et un film qui d\u00e9nonce une situation contemporaine.<br \/>\n<\/b><\/p>\n<p>Semira Adamu est arriv\u00e9e en Belgique en mars 1998. Elle avait 20 ans et fuyait le Nig\u00e9ria o\u00f9 l\u2019on voulait la marier de force \u00e0 un homme, d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9, de plus de 60 ans. D\u00e8s son arriv\u00e9e, elle est arr\u00eat\u00e9e et plac\u00e9e au centre ferm\u00e9 127bis, \u00e0 Steenokkerzeel, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019a\u00e9roport de Zaventem. Pendant les 6 mois qu\u2019elle a pass\u00e9s l\u00e0-bas, elle va \u00eatre en contact avec les membres du Collectif Contre les Expulsions (CCLE) qui vont tout faire pour la soutenir dans sa r\u00e9sistance et sa volont\u00e9 de trouver la libert\u00e9. En guerri\u00e8re, elle va affronter cinq tentatives d\u2019expulsions, mais mourra lors de la 6\u00e8me, \u00e9touff\u00e9e sous un coussin par les policiers, le 22 septembre 1998, dans l\u2019avion qui devait l\u2019envoyer \u00e0 Lom\u00e9, au Togo.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Vingt ans apr\u00e8s cet assassinat d\u2019\u00c9tat, la comm\u00e9moration de ces faits est l&rsquo;occasion pour un grand nombre d&rsquo;associations, de collectifs et d\u2019individus autonomes de se ressaisir de cette histoire pour exhumer la figure de Semira Adamu, rappeler le pr\u00e9sent de son combat, aborder la politique migratoire actuelle et la question des centres ferm\u00e9s en Belgique. Une situation qui est loin d\u2019avoir \u00e9volu\u00e9 dans le bon sens.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Concr\u00e8tement, l\u2019impulsion de d\u00e9part du film est un texte que Ma\u00efa Chauvier, qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s proche de cette histoire, a \u00e9crit. Ma\u00efa a form\u00e9 le groupe Recital Boxon par le biais duquel j\u2019ai d\u00e9couvert ce texte sur Semira. Nous parlions depuis un moment de mettre en image ses mots, que son texte puisse avoir sa propre vie, en dehors de la sc\u00e8ne. Puis l\u2019\u00e9nergie collective qui a \u00a0\u00e9merg\u00e9e dans le cadre de la pr\u00e9paration des comm\u00e9morations du 20\u00e8me anniversaire de la mort de Semira m\u2019a v\u00e9ritablement permis d\u2019enclencher le travail, en septembre 2017.\u00a0Sans cette dynamique collective, le film n\u2019existerait pas. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je connaissais \u00e9galement C\u00e9line de Vos et les maquettes des centres ferm\u00e9s qu\u2019elle avait r\u00e9alis\u00e9es, au d\u00e9part, comme projet de fin d\u2019\u00e9tude \u00e0 La Cambre. Je l&rsquo;ai contact\u00e9e et je lui ai propos\u00e9 de rejoindre le projet avec ses maquettes qui devaient r\u00e9soudre le probl\u00e8me de l\u2019interdiction de filmer en centres ferm\u00e9s\u2026 Elle a tout de suite \u00e9t\u00e9 enthousiaste \u00e0 l\u2019id\u00e9e de pouvoir faire vivre ses maquettes sans que sa pr\u00e9sence constante soit n\u00e9cessaire. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ces deux mati\u00e8res, le texte de Ma\u00efa et les maquettes de C\u00e9line, sont des actes que je trouve tr\u00e8s forts et auxquels j&rsquo;avais envie de rendre hommage&#8230;<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3017\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants02.png\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants02.png 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants02-300x168.png 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants02-600x337.png 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants02-210x118.png 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n<p><b>Ton travail s&rsquo;inscrit dans un travail de m\u00e9moire. Es-tu d&rsquo;accord avec cette analyse ? Selon toi, quel est l&rsquo;\u00e9tat actuel du travail de m\u00e9moire fait sur Semira Adamu ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Oui, je suis d\u2019accord. \u201cL\u2019affaire Semira\u201d avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s fortement m\u00e9diatis\u00e9e en 1998. Le r\u00e9cit dominant de cette histoire \u00e9tait celui de l\u2019\u00c9tat belge que les m\u00e9dias avaient relay\u00e9. \u00a0Pour le travail d&rsquo;\u00e9criture, j&rsquo;ai eu l\u2019occasion de regarder toutes les images qui avaient \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9es par la RTBF \u00e0 ce moment-l\u00e0. J\u2019ai pu constater que, m\u00eame si le jour de la mort de Semira, la question de la responsabilit\u00e9 \u00e9tait encore ouverte, petit \u00e0 petit, le discours m\u00e9diatique avait d\u00e9vi\u00e9 et fini par \u00eatre recouvert int\u00e9gralement par la version officielle de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 savoir que le CCLE \u00e9tait responsable de la mort de Semira. En les paraphrasant, cela dit ceci : le CCLE a fait croire \u00e0 la \u201cna\u00efve\u201d Semira qu\u2019elle pouvait s&rsquo;en sortir en r\u00e9sistant. Les militants sont donc les v\u00e9ritables fautifs, car sans eux, Semira n\u2019aurait pas r\u00e9sist\u00e9 et si elle n\u2019avait pas r\u00e9sist\u00e9 elle ne serait pas morte\u2026 Ce n\u2019est donc pas le coussin qu\u2019on lui a coll\u00e9 sur le visage et qui l\u2019a emp\u00each\u00e9 de respirer qui l\u2019aurait tu\u00e9e, mais le fait qu\u2019elle y ait r\u00e9sist\u00e9&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ce n\u2019est pas la violence de l\u2019\u00c9tat, mais la r\u00e9sistance \u00e0 cette violence qui tuerait&#8230;Et \u00e7a allait encore plus loin, car apr\u00e8s sa mort, les politiques ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller \u201cv\u00e9rifier\u201d l\u2019histoire de Semira. Ce qui est dingue, c&rsquo;est de ne pas l&rsquo;avoir fait avant ! Ils ont fini par conclure qu\u2019elle mentait et les m\u00e9dias, d\u2019une seule voix, ont r\u00e9pandu cette parole, \u00e0 savoir que Semira Adamu \u00e9tait une menteuse et une prostitu\u00e9e. Ce dernier point n\u2019a, en soi, rien d\u2019insultant, mais dans ce cas il a servi le m\u00e9pris.\u00a0C\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de justifier sa mort et de se d\u00e9responsabiliser totalement. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En 2002, il y a eu deux proc\u00e8s : le proc\u00e8s des gendarmes qui ont tu\u00e9 Semira et celui du CCLE qui \u00e9tait accus\u00e9 d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;actions militantes. La justice a renvoy\u00e9 dos \u00e0 dos les policiers et les membres du Collectif dans une sorte d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de jugement. Tous sortant de l&rsquo;affaire avec les m\u00eames peines. Des peines de prison de plus ou moins une ann\u00e9e, avec sursis pour tout le monde. Pour tous ceux qui avaient v\u00e9cu cette histoire de pr\u00e8s, la justice n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 faite. Et sans justice on ne peut enterrer dignement les morts. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Avec le film, le d\u00e9sir \u00e9tait de continuer \u00e0 faire exister ce r\u00e9cit et d\u2019emp\u00eacher que le discours dominant sur cette histoire soit le discours de l\u2019\u00c9tat. De poursuivre, accompagner, le travail des militants.\u00a0En partant de l\u2019id\u00e9e que la seule forme de m\u00e9moire pertinente est celle qui sert \u00e0 forger les armes pour am\u00e9liorer le pr\u00e9sent et pr\u00e9parer l\u2019avenir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La situation actuelle est alarmante et nous avons besoin de retrouver une force collective. On apprend qu&rsquo;il y a des projets de construction de centres ferm\u00e9s. En 2021, il y en aura normalement trois nouveaux. L&rsquo;objectif du gouvernement est de doubler les places en centre ferm\u00e9 pour cette date-l\u00e0. Suite \u00e0 la mort de Semira, le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur, Louis Tobback, avait d\u00e9missionn\u00e9. En faisant cela, il y avait quand m\u00eame, tout en \u00e9tant minimale, une reconnaissance de la faute de l\u2019\u00c9tat. Pourtant, la Belgique n&rsquo;a retenu aucune le\u00e7on, mise \u00e0 part, tr\u00e8s hypocritement, dans les textes de lois o\u00f9 fut inscrit l&rsquo;interdiction d&rsquo;obstruer les voies respiratoires lors des expulsions. La technique du coussin est aujourd\u2019hui interdite, mais les expulsions n\u2019en sont pas moins violentes. Se retrouver pieds et poings li\u00e9s, la bouche scotch\u00e9e, port\u00e9 comme un sac, attach\u00e9 \u00e0 un si\u00e8ge et renvoy\u00e9 vers un pays qu\u2019on a fui ou qu\u2019on ne conna\u00eet pas,\u00a0sans avoir le droit de refuser, reste une violence inou\u00efe. Sans parler des conditions de d\u00e9tention en centres ferm\u00e9s, au sein desquels les protestations, les gr\u00e8ves de la faim et\u00a0dont les fr\u00e9quents suicides nous rappellent l\u2019inhumanit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><b>Concernant la mati\u00e8re filmique, peux-tu nous parler de tes intentions ? Tu m\u00e9langes sc\u00e8nes film\u00e9es \u00e0 Steenokkerzeel, maquettes des diff\u00e9rents centres ferm\u00e9s, images d&rsquo;archives de Semira et deux voix de femmes qui structurent la narration.<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 du texte de Ma\u00efa, il y a le t\u00e9moignage de Semira Adamu dont je n\u2019ai pas encore parl\u00e9. Il est lu par une amie et peintre nig\u00e9riane, Obi Okigbo. Ce texte, qui est un condens\u00e9 des lettres et conversations t\u00e9l\u00e9phoniques de Semira aux membres du CCLE, c\u2019est Ma\u00efa qui me l\u2019a fait d\u00e9couvrir, dans le livre <\/span><a href=\"https:\/\/lesbarbelesdelahonte.wordpress.com\/\"><i><span style=\"font-weight: 400;\">Les Barbel\u00e9s de la honte<\/span><\/i><\/a><span style=\"font-weight: 400;\">. Ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 par le CCLE \u00e0 l\u2019\u00e9poque et rassemble une s\u00e9rie de t\u00e9moignages de personnes enferm\u00e9es. En le d\u00e9couvrant j\u2019ai tout de suite su qu\u2019il devait absolument trouver une place dans le film. Si je faisais un film sur cette histoire, je ne pouvais pas ne pas laisser place \u00e0 la voix de Semira. ll ne fallait surtout pas que je reproduise ce qui avait \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 Semira, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9touffer et l\u2019emp\u00eacher de crier. Et, au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;\u00e9criture et du montage, cette voix a pris de plus en plus d\u2019importance dans le film. Il y a donc deux textes : celui de Ma\u00efa (en voix-off) et celui de Semira (en voix in incarn\u00e9 par Obi).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">A ces deux textes s\u2019ajoutent les maquettes qui viennent interroger une absence, celle de l\u2019int\u00e9rieur de l&rsquo;espace \u00ab centre ferm\u00e9 \u00bb, qu\u2019il sera toujours v\u00e9ritablement impossible pour moi, belge et blanche, d\u2019\u00e9prouver de la m\u00eame mani\u00e8re que pour des sans papiers auxquels il est destin\u00e9. Et puis, il y les images tourn\u00e9es \u00e0 Steenokkerzeel, dans les champs, le village et devant le centre. Elles parlent au pr\u00e9sent de l&rsquo;approche, de la progression vers l\u2019espace carc\u00e9ral, de la construction de l\u2019enfermement de l\u2019espace, la logique mortif\u00e8re qui r\u00e8gne dans notre syst\u00e8me. Une logique qui confond la vie et l\u2019ordre et qui tend \u00e0 an\u00e9antir toute possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9chapp\u00e9e et de r\u00e9sistance. En tournant autour de Steenokkerzeel, je charriais tout mon bagage cin\u00e9matographique, dont je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 me d\u00e9partir, notamment, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Nuit et brouillard <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">d\u2019Alain Resnais et <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sud<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> de Chantal Akerman.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le film n&rsquo;a pas arr\u00eat\u00e9 de se redessiner en montage. Comment, avec ces deux t\u00e9moignages \u00e0 disposition, les maquettes de C\u00e9line et mon \u0153il de monteuse, je pouvais tisser tout \u00e7a ensemble pour faire film ?<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3018\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants03.png\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants03.png 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants03-300x168.png 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants03-600x337.png 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants03-210x118.png 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n<p><b>Filmer autour du centre ferm\u00e9 n&rsquo;est non plus pas tol\u00e9r\u00e9 ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Tant que tu es dans le village il n\u2019y a pas de probl\u00e8me, mais d\u00e8s que tu approches trop pr\u00e8s du centre, \u00e0 tout instant, tu peux te faire arr\u00eater et ta cam\u00e9ra embarquer. En fait, la rue dans laquelle est construit le complexe \u201c127\u201d (qui comprend le 127bis, Le Caricole et maintenant aussi des pr\u00e9fabriqu\u00e9s pour enfermer des familles avec enfants), qui se trouve au milieu des champs, est annonc\u00e9e comme propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Sur cette base-l\u00e0, c\u2019est compliqu\u00e9 d\u2019\u00eatre libre de filmer&#8230; Mais dans les faits, cela d\u00e9pend du niveau de tension du moment. Parfois, ils te laissent tranquille. Parfois pas.<\/span><\/p>\n<p><b>Comment as-tu pens\u00e9 l&rsquo;utilisation des images d&rsquo;archives ? Quel est le statut pour toi de ces images ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les images d&rsquo;archives n\u2019\u00e9taient pas du tout cens\u00e9es \u00eatre l\u00e0 au d\u00e9part. D&rsquo;autant plus que toute la d\u00e9marche du film \u00e9tait de proposer une autre parole et d\u2019autres images que celles m\u00e9diatiques qui rejoignent le discours politique officiel. Je tenais \u00e0 assumer un discours situ\u00e9. Je trouve la pr\u00e9tention m\u00e9diatique \u00e0 l&rsquo;objectivit\u00e9 \u00e9puisante. Ce leurre qu&rsquo;on ne finit pas de d\u00e9noncer et qui persiste comme une parole d\u2019un pass\u00e9 qui n&rsquo;arrive pas \u00e0 mourir. J&rsquo;avais besoin d&rsquo;assumer une parole militante. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e8s lors probl\u00e9matique pour moi d&rsquo;utiliser les images des m\u00e9dias qui sont, \u00e0 l\u2019origine, les images prises par les policiers ! Cela m&rsquo;a beaucoup questionn\u00e9. Est-ce que je peux \u00e9thiquement utiliser ces images et surtout les images de l\u2019assassinat par rapport \u00e0 la m\u00e9moire de Semira ? Qu&rsquo;est-ce que je montre de Semira ? Est-ce que je la montre comme r\u00e9sistante et\/ou comme victime ? Ces questions se posent actuellement dans les milieux d\u00e9coloniaux avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faut arr\u00eater de montrer les racis\u00e9s dans des positions de victime et des positions humiliantes\u00b9<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">. Dans la version qui a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e au cin\u00e9ma Nova, il y avait encore une s\u00e9quence vid\u00e9o en entier montrant le moment o\u00f9 les policiers s\u2019acharnent particuli\u00e8rement sur Semira. Cette s\u00e9quence, j&rsquo;ai finalement d\u00e9cid\u00e9 de la modifier pour la diffuser en image arr\u00eat\u00e9e. En faisant cela, j\u2019ai choisi de ne pas montrer telles quelles les images prises par les policiers, mais de me les r\u00e9approprier.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3019\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants04.png\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants04.png 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants04-300x168.png 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants04-600x336.png 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants04-210x118.png 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je sais que certaines personnes consid\u00e8rent que ces images attestent de ce qui s&rsquo;est pass\u00e9, de la violence des faits et de l\u2019implacable \u00e9vidence de l\u2019assassinat. Dans ce cadre, pour elles, il faut les montrer. Seulement, je sais aussi que l\u2019image ne suffit pas pour voir. A chaque fois, on en revient au m\u00eame pass\u00e9 quand ces questions se posent. Et \u00e0 l\u2019exemple de ces photographies a\u00e9riennes des camps prises en 1944 par les am\u00e9ricains qui cherchaient les usines allemandes. Comme le dit Farocki, si on ne cherche pas les camps, on ne les voit pas. C\u2019est aussi ce dont parle Elsa Dorlin dans son livre <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Se d\u00e9fendre, une philosophie de la violence<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, lorsqu\u2019elle parle du meurtre film\u00e9 de Rodney King, en 1991, \u00e0 Los Angeles : \u201c <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">les images ne parlent jamais d\u2019elles-m\u00eames, qui plus est dans un monde o\u00f9 la repr\u00e9sentation de la violence est l\u2019une des mati\u00e8res les plus pris\u00e9es par la culture visuelle<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">\u201d. On essaye toujours de se repr\u00e9senter un spectateur id\u00e9al. Mais \u00e7a ne fonctionne pas comme \u00e7a. On a chacun notre seuil de sensibilit\u00e9, et surtout notre perception qui est in\u00e9vitablement situ\u00e9e. Ces images de l&rsquo;assassinat, m\u00eame en les ayant mont\u00e9es, je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 les regarder. Chaque fois que je les voyais, mes yeux se fermaient. Il y avait deux possibilit\u00e9s : soit le spectateur voit, comme moi, le meurtre en acte et alors je lui demande de regarder ce qui moi-m\u00eame me fait fermer les yeux et lui impose une violence extr\u00eame; soit il ne le voit pas, et ce n\u2019est pas en montrant ces images brutes qu\u2019il va mieux voir. J\u2019ai alors opt\u00e9 pour une troisi\u00e8me voie : affirmer une intervention sur ces images, en allant vers la mort de l\u2019image, le pixel et l\u2019obscurit\u00e9.\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Et ce, afin d&rsquo;aborder cette violence de la seule mani\u00e8re qui me paraissait juste : avec l\u2019absence de lumi\u00e8re et donc d\u2019images.<\/span><\/p>\n<p><b>Les images de l&rsquo;assassinat ont-elles \u00e9galement \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9es durant le proc\u00e8s ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Oui. Des images qui peuvent d\u2019ailleurs servir \u00e0 charge ou \u00e0 d\u00e9charge en fonction de la mani\u00e8re dont on les voit. Ce que j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 trouver ce sont des images film\u00e9es de la vid\u00e9o de l\u2019assassinat, elle-m\u00eame diffus\u00e9e pendant le proc\u00e8s. Ce ne sont pas les images originales, qui appartiennent \u00e0 la police. Tout ce qui existe ce sont des extraits sur YouTube. Le proc\u00e8s s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 avec la projection de la vid\u00e9o de l&rsquo;assassinat tourn\u00e9e par les policiers eux-m\u00eames. Ils ont film\u00e9 pour prouver qu&rsquo;ils avaient suivi la proc\u00e9dure, c\u2019est-\u00e0-dire respect\u00e9 la loi. Pour en revenir au meurtre de Rodney King dont parle Elsa Dorlin, et qui a \u00e9t\u00e9 film\u00e9 par un passant au moment des faits, on voit comment de telles images peuvent \u00eatre lues de mani\u00e8res tout \u00e0 fait truqu\u00e9es. Durant le proc\u00e8s des policiers, alors que tout le monde \u00e9tait persuad\u00e9 que la vid\u00e9o allait servir \u00e0 charge des policiers, car elle montrait avec \u00e9vidence le meurtre, la vid\u00e9o s\u2019est finalement retrouv\u00e9e \u00e0 leur d\u00e9charge car les avocats des policiers l\u2019ont diffus\u00e9e en arr\u00eatant les images et en montrant plan par plan que leurs actions n&rsquo;\u00e9taient que la suite logique de la proc\u00e9dure l\u00e9gale. Et on constate exactement la m\u00eame chose dans l\u2019affaire Semira&#8230; <\/span><\/p>\n<p><b>Quel regard poses-tu aujourd&rsquo;hui sur les centres ferm\u00e9s, 20 ans apr\u00e8s la mort de Semira Adamu ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La situation est catastrophique. Leur d\u00e9lire d\u2019enfermer et d\u2019expulser permet la cr\u00e9ation de projets qui co\u00fbtent extr\u00eamement chers et ne r\u00e9solvent absolument rien. Ils participent \u00e0 la normalisation de la pens\u00e9e d\u2019extr\u00eame-droite. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La mort de Mawda Shawri a eu lieu pendant la fabrication du film et elle a r\u00e9sonn\u00e9 de mani\u00e8re extr\u00eamement violente. Vingt ans plus tard, la police continue \u00e0 tuer des personnes migrantes et, cette fois-ci, une enfant de 2 ans ! Un mois plus tard, on f\u00eatait carr\u00e9ment l&rsquo;inauguration des annexes, appel\u00e9es unit\u00e9s familiales, dans lesquelles on enferme principalement des femmes et des\u00a0enfants. Ma vision est plut\u00f4t tr\u00e8s sombre, mais d\u2019une obscurit\u00e9 qui nous impose de r\u00e9agir.<\/span><\/p>\n<p><b>Y a-t-il toujours un contact fort entre les personnes enferm\u00e9es et les militants comme cela a pu \u00eatre le cas en 1998 ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Aujourd&rsquo;hui, <a href=\"https:\/\/www.gettingthevoiceout.org\/\">Getting the Voice Out<\/a> et le <a href=\"https:\/\/regularisation.canalblog.com\/\">CRER<\/a>, travaillent \u00e0 cela. Ce sont des militants supers qui passent un temps dingue \u00e0 t\u00e9l\u00e9phoner b\u00e9n\u00e9volement aux personnes enferm\u00e9es dans les centres. Ils recueillent leurs t\u00e9moignages, les publient sur internet et, parall\u00e8lement \u00e0 cela, font tout ce qu\u2019ils peuvent pour aider ces personnes \u00e0 sortir de l\u00e0. Ils font un boulot immense et sont trop peu nombreux pour la charge de travail.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La r\u00e9pression est tr\u00e8s dure aujourd&rsquo;hui et il y a un grand d\u00e9sespoir. Les forces polici\u00e8res tirent des le\u00e7ons des actions militantes et d\u00e9placent les lignes de fronti\u00e8re. Le 127bis a \u00e9t\u00e9 construit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des pistes de l\u2019a\u00e9roport et depuis 2012, avec le Caricole, il y a un passage qui m\u00e8ne directement aux pistes. En cas de manifestation, rassemblement ou blocage, ils ont la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der facilement \u00e0 l\u2019a\u00e9roport. Ils r\u00e9fl\u00e9chissent beaucoup \u00e0 ces questions-l\u00e0. Leur grand probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il y a des personnes sur le territoire qui ne veulent pas partir d&rsquo;elles-m\u00eames. \u00ab\u00a0<em>Comment fait-on ? Jusqu&rsquo;o\u00f9 peut-on aller dans la violence \u00e0 leur encontre ?<\/em>\u00a0\u00bb Cela d\u00e9bat, par exemple, sur le fait de pouvoir ou non leur donner des m\u00e9dicaments pour les endormir. Toutes les pistes de r\u00e9flexion sont bonnes pour eux.\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00eatre humain ne semble avoir aucune importance pour eux&#8230;<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3020\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants05.png\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants05.png 700w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants05-300x168.png 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants05-600x337.png 600w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/usage-vivants05-210x118.png 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n<p><b>Selon toi, y a-t-il un manque de connaissance sur ces lieux ? Ton film revient sur plusieurs dates cl\u00e9s. Avais-tu la volont\u00e9 d&rsquo;expliquer ? Le titre du film est <\/b><b><i>A l&rsquo;usage des vivants<\/i><\/b><b>.<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">C&rsquo;\u00e9tait important pour moi que le film ne soit pas dat\u00e9. M\u00eame si je parle d&rsquo;une histoire vieille de vingt ans, cela ne veut pas dire qu&rsquo;elle ne concerne pas le pr\u00e9sent. Au contraire. Pendant le montage, il me manquait la question de l&rsquo;expansion des centres ferm\u00e9s. En 1988, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 le premier espace en Belgique, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l\u2019a\u00e9roport de Zaventem, pour enfermer les personnes dont la \u201crecevabilit\u00e9 sur le territoire\u201d \u00e9tait en question. Depuis cette date, on a poursuivi cette logique et construit encore et encore des centres ferm\u00e9s. Quand je parle de cette histoire de Semira, il ne s&rsquo;agissait surtout pas de dire \u00ab<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00e7a c&rsquo;est pass\u00e9, c&rsquo;est horrible, c&rsquo;\u00e9tait il y a vingt ans<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00bb. Je voulais qu\u2019on se souvienne de Semira pour penser le pr\u00e9sent. Ce r\u00e9cit devrait nous servir \u00e0 \u00e9valuer la situation et \u00e0 agir en cons\u00e9quence aujourd\u2019hui pour demain. Car \u00e7a n&rsquo;en finit plus de mourir autour de nous.\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">On peut m\u00eame dire, de mani\u00e8re inclusive, que <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">nous<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> n\u2019en finissons plus de mourir. Dans la mesure o\u00f9 c\u2019est l\u2019humanit\u00e9 qui se meurt. Mais c\u2019est double, car, tr\u00e8s concr\u00e8tement, je ne risque pas la mort comme les exil\u00e9s la risque.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Va-t-on enfin prendre conscience que cette logique carc\u00e9rale, la fermeture des fronti\u00e8res, l&rsquo;exclusion et la d\u00e9portation m\u00e8nent \u00e0 la mort ? Il <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e9tait<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> important que cette dimension soit pr\u00e9sente dans le film.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Au d\u00e9part, le film s&rsquo;intitulait <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Semira<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> mais cela ancrait ce r\u00e9cit dans un individu particulier. Je voulais que ce film parle au pr\u00e9sent \u00e0 ceux qui sont en vie, ou \u00e0 ceux qui pourraient le redevenir en se r\u00e9veillant. Car enfermer des gens n\u2019est pas tellement probl\u00e9matique \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on s\u2019enferme soi-m\u00eame. On est dans un rapport \u00e0 la vie et \u00e0 l&rsquo;existence compl\u00e8tement hallucinant. Et jusqu\u2019au bout, je me suis demand\u00e9e comment terminer le film sans que les spectateurs restent paralys\u00e9s par la froideur chirurgicale de toute cette vie qu&rsquo;on nous propose ? Une amie me disait : \u00ab C<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">&lsquo;est une machine redoutable mais il ne faudrait surtout pas se dire qu&rsquo;elle est invincible<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00bb. C\u2019est exactement cela. Le film ne sert \u00e0 rien s&rsquo;il ne tend pas vers la possibilit\u00e9 d\u2019une victoire, ou du moins d\u2019une reprise de souffle. Le film doit nous servir au pr\u00e9sent. <\/span><\/p>\n<p><b>Qui est Pascal Marchand \u00e0 qui le film est notamment d\u00e9di\u00e9 ? <\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pascal Marchand \u00e9tait un membre du CCLE. Je ne l&rsquo;ai pas connu. Ma\u00efa en parle comme d\u2019une tr\u00e8s grande personne et belle personne. Il s&rsquo;est retrouv\u00e9e en prison peu de temps apr\u00e8s la mort de Semira et a fait une gr\u00e8ve de la faim en prison lors de son enfermement. Une gr\u00e8ve durant laquelle les gardiens lui ont impos\u00e9, durant trois jours, une gr\u00e8ve de la soif. Lorsqu\u2019il est sorti, il \u00e9tait fortement diminu\u00e9 physiquement et est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;un arr\u00eat cardiaque un an plus tard. En plus de la mort de Semira, il y a aussi eu celle de Pascal. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 directement par la police mais c&rsquo;est une mort, disons, collat\u00e9rale. Le texte de Ma\u00efa \u00e9tait d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Pascal. Pour les besoins du film, j&rsquo;ai d\u00fb r\u00e9am\u00e9nager le texte et supprimer des parties, dont le passage sur Pascal. C&rsquo;\u00e9tait important qu&rsquo;il existe d\u2019une certaine mani\u00e8re dans le film car, partout dans le monde, des personnes meurent, assassin\u00e9es, ou non, au cours de luttes pour l\u2019\u00e9mancipation.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><b>As-tu de nombreux souvenirs de septembre 1998 ? As-tu d\u00e9couvert des choses que tu ignorais en faisant ce film ?<\/b><\/p>\n<p>J&rsquo;ai un tr\u00e8s vague souvenir. Semira Adamu r\u00e9sonnait dans mon oreille comme un nom d\u00e9j\u00e0 entendu. Pour moi, il \u00e9tait important de faire ce cin\u00e9ma-l\u00e0 face \u00e0 l&rsquo;urgence d&rsquo;une actualit\u00e9 qui n\u00e9cessite un discours construit et engag\u00e9. J\u2019essaie de proposer un cin\u00e9ma militant avec une r\u00e9flexion formelle. C\u2019\u00e9tait compliqu\u00e9 de trouver l\u2019\u00e9quilibre entre la po\u00e9sie du texte de Ma\u00efa et ma volont\u00e9 d\u2019\u00e9mettre un discours politique affirm\u00e9. Je ne suis pas certaine d\u2019y \u00eatre tout \u00e0 fait arriv\u00e9e\u2026 Aujourd&rsquo;hui, dans le \u201cmilieu\u201d, \u00a0le terme \u201ccin\u00e9ma militant\u201d est utilis\u00e9 comme une insulte, comme adjectif pour qualifier un cin\u00e9ma qui se passerait d&rsquo;interroger la forme. Mais il s\u2019agit surtout, pour beaucoup de r\u00e9alisateurs, d\u2019une mani\u00e8re de se d\u00e9responsabiliser des questions v\u00e9ritablement politiques.<\/p>\n<p><b>Propos recueillis par Aur\u00e9lie Ghalim<\/b><\/p>\n<h6>\u00b9<a href=\"https:\/\/mondafrique.com\/colonialisme-la-scandaleuse-publication-dimages-abjectes\/\">https:\/\/mondafrique.com\/colonialisme-la-scandaleuse-publication-dimages-abjectes\/<\/a><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que nous comm\u00e9morons les vingt ans de la mort de Semira Adamu \u2013 jeune femme nig\u00e9riane, demandeuse d\u2019asile et tu\u00e9e par des policiers belges \u2013 le premier film de la r\u00e9alisatrice Pauline Fonsny, <i>\u00c0 l\u2019usage des vivants<\/i> (co-produit par le GSARA), revient sur ce pass\u00e9 douloureux pour mieux d\u00e9noncer la politique mortif\u00e8re actuelle de l\u2019\u00c9tat Belge \u00e0 l\u2019encontre de celles et ceux cherchant \u00e0 rester en vie.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":3013,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3005","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-portrait"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3005","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3005"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3005\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3126,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3005\/revisions\/3126"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3013"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3005"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3005"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3005"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}