{"id":320,"date":"2014-06-12T12:10:03","date_gmt":"2014-06-12T12:10:03","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=320"},"modified":"2014-09-24T15:19:11","modified_gmt":"2014-09-24T15:19:11","slug":"linformation-suniformise-t-constats-perspectives-marc-sinnaeve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/linformation-suniformise-t-constats-perspectives-marc-sinnaeve\/","title":{"rendered":"L\u2019information s\u2019uniformise-t-elle ?  Constats et perspectives avec Marc Sinnaeve"},"content":{"rendered":"<h2><strong>D\u00e9cryptage<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Bien que le d\u00e9bat de la libert\u00e9 d\u2019expression puisse encore \u00eatre soulev\u00e9 et sujet \u00e0 controverse, comme le montrent les exemples de l\u2019affaire Dieudonn\u00e9 ou des caricatures de Mahomet, il n\u2019y a pas en Europe de censure autoritaire \u00e0 proprement parler dans les m\u00e9dias. Mais cette libert\u00e9 est-elle le garant de m\u00e9dias qui soient de vrais leviers d\u00e9mocratiques ? Comment fonctionne v\u00e9ritablement l\u2019information aujourd\u2019hui ? Comment les m\u00e9dias repr\u00e9sentent-ils le monde et ses enjeux\u00a0? Il n\u2019est pas rare que la population se m\u00e9fie du discours m\u00e9diatique, qu\u2019elle apostrophe volontiers d\u2019un \u00ab\u00a0Vous les m\u00e9dias\u2026\u00a0\u00bb, comme le diss\u00e8que Jean-Fran\u00e7ois Kahn dans son dernier ouvrage <em>L&rsquo;horreur m\u00e9diatique<\/em><sup><a id=\"ref1\" href=\"#fn1\">1<\/a><\/sup>. D\u2019o\u00f9 vient ce sentiment de d\u00e9senchantement de la part du public ?<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/INTERVIEW.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-327 size-full\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/INTERVIEW.png\" alt=\"INTERVIEW\" width=\"500\" height=\"342\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/INTERVIEW.png 500w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/INTERVIEW-300x205.png 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/INTERVIEW-210x143.png 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><br \/>\n<b>Marc Sinnaeve, journaliste pendant 10 ans, Pr\u00e9sident du d\u00e9partement Journalisme de l\u2019IHECS pendant 15 ans, et actuellement toujours enseignant, analyse ici les m\u00e9canismes de fabrication de l\u2019information et leurs cons\u00e9quences, non sans \u00e9voquer quelques pistes pour repenser les m\u00e9dias. <\/b><\/p>\n<p>Tout ce qui rel\u00e8ve de l\u2019alternative subit une sorte de censure d\u00e9mocratique, non pens\u00e9e en tant que telle et non voulue, mais bien r\u00e9elle. Tout ce qui s\u2019oppose \u00e0 Madame TINA &lsquo;There is no alternative\u2019 a peu droit de cit\u00e9 dans les m\u00e9dias. Ou alors, le propos ou l\u2019acteur concern\u00e9, se voit tant\u00f4t marginalis\u00e9, tant\u00f4t disqualifi\u00e9 comme relevant de l\u2019id\u00e9ologie. Ce qui sous-entend que le discours m\u00e9diatique ne le serait en rien, lui, id\u00e9ologique. A d\u00e9faut d\u2019un vrai pluralisme, il existe malgr\u00e9 tout une r\u00e9elle pluralit\u00e9 de contenus dans l\u2019information. Pourtant, la perception qu\u2019en ont le public, les citoyens est pour ainsi dire univoque. On se rejoint dans une m\u00e9fiance collective \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l&rsquo;ensemble des m\u00e9dias, vus comme une caste. Mais si l\u2019on peut nuancer son propos, par ailleurs fondamentalement correct, selon moi, il est plus important encore de comprendre les ressorts du ph\u00e9nom\u00e8ne. En distinguant la tendance croissante \u00e0 l\u2019uniformisation que d\u00e9crit Jean-Fran\u00e7ois Kahn, d\u2019une part, et la perception, amplifi\u00e9e, de celle-ci qu\u2019en a ou que peut en avoir le public, d\u2019autre part.<\/p>\n<p><strong>Cette perception est aliment\u00e9e au premier chef, moins par la ressemblance et la r\u00e9currence de certains contenus, que par les aspects formels de la r\u00e9alisation, de la production et de la diffusion des informations. De quoi parle-t-on\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Des dispositifs de pr\u00e9sentation, d\u2019accroche, de th\u00e9\u00e2tralisation ou de dramatisation, de spectacularisation, en t\u00e9l\u00e9vision surtout (face-cam\u00e9ra, directs, \u00e9crans coup\u00e9s, bandes d\u00e9filantes, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ou gravit\u00e9 convenue du ton, mimiques rituelles du pr\u00e9sentateur du JT). Des crit\u00e8res de s\u00e9lection et de hi\u00e9rarchisation de ce qui fait l\u2019actualit\u00e9, la m\u00eame un peu partout, d\u2019ailleurs, malgr\u00e9 un nombre infini de possibilit\u00e9s de conduites ou de sommaires diff\u00e9rents, ensuite. Des cadrages de l\u2019information, qui correspondent \u00e0 des cadres d\u2019interpr\u00e9tation du r\u00e9el, pour la plupart inconscients, et en nombre r\u00e9duit, auxquels recourent les journalistes pour traiter l\u2019actualit\u00e9, encore. Dans la m\u00eame veine que les cadrages, les mots choisis pour \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb l\u2019actualit\u00e9 en occultent d\u2019autres, tabous ou jug\u00e9s obsol\u00e8tes.<\/p>\n<p>Il faut pointer aussi la r\u00e9ticence ou l\u2019incapacit\u00e9 croissante \u00e0 probl\u00e9matiser les faits d\u2019actualit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 faire ressortir le sens plus large d\u2019un \u00e9v\u00e9nement, susceptible de \u00ab\u00a0parler\u00a0\u00bb au plus grand nombre, davantage susceptible d\u2019\u00eatre int\u00e9ress\u00e9 par ce sens commun que par le fait isol\u00e9 en lui-m\u00eame. Faute de probl\u00e9matisation, l\u2019actualit\u00e9 prend la forme d\u2019un alignement de faits sans lien, qui ne font sens que par le ressort tr\u00e8s al\u00e9atoire de l\u2019analogie\u00a0: une explosion de gaz qui souffle un b\u00e2timent \u00e0 Li\u00e8ge, et l\u2019explosion d\u2019une voiture, comme acte terroriste, \u00e0 Bagdad, finissent par cr\u00e9er un m\u00eame sentiment diffus d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 infond\u00e9 en regard de l\u2019absence de risque effective. Les dispositifs en question sont rigoureusement les m\u00eames d\u2019une cha\u00eene \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un support \u00e0 l\u2019autre, la presse \u00e9crite et, dans une moindre mesure, la radio ayant emprunt\u00e9 beaucoup aux codes de la t\u00e9l\u00e9vision. Ces \u00e9l\u00e9ments constituent ce que j\u2019appelle la bo\u00eete noire de l\u2019information, la musique sans partition ou la cuisine sans recettes de la pratique journalistique. Quand on re\u00e7oit des images du typhon aux Philippines par exemple, on a l\u2019impression de les avoir d\u00e9j\u00e0 vues, car cela renvoie \u00e0 des mises en forme et des cadrages familiers. De m\u00eame qu\u2019\u00e0 un mode op\u00e9ratoire de traitement connu, car r\u00e9duit, souvent, \u00e0 sa plus simple expression\u00a0: les faits, la pr\u00e9sentation des cons\u00e9quences des faits, la r\u00e9action aux faits et aux cons\u00e9quences, le constat de d\u00e9solation et l\u2019appel \u00e0 l\u2019aide, au courage ou \u00e0 l\u2019entraide pour s\u2019en sortir.<\/p>\n<p>Ces dispositifs de traitement formels visent, sans le dire, \u00e0 capter l\u2019attention du public, en jouant sur sa participation \u00e9motionnelle et en s\u2019effor\u00e7ant de susciter, de la sorte, chez lui un r\u00e9flexe ou un sentiment d\u2019identification. Mais \u00e0 mon sens, ils confortent plut\u00f4t le public dans ses a priori et ses id\u00e9es re\u00e7ues. Et dans un mouvement de repli sur soi plut\u00f4t que d\u2019ouverture aux autres. Je m\u2019explique\u00a0: des cadrages indiff\u00e9renci\u00e9s, r\u00e9currents, g\u00e9n\u00e9reraient, selon moi, de l\u2019indiff\u00e9rence \u00e9motionnelle \u00e0 l\u2019\u00e9gard du sort d\u2019autrui. D\u2019une part, en raison du sentiment d\u2019impuissance que fait na\u00eetre la pr\u00e9sentation, strictement cadr\u00e9e, du seul spectacle des drames du monde\u00a0; ceux-ci sont objets de spectacle qui occupent notre temps de cerveau disponible, davantage que sujets de r\u00e9flexion qui nous pr\u00e9occupent. D\u2019autre part, la surconsommation des m\u00eames modes de pr\u00e9sentation des affaires du monde emp\u00eache tout m\u00e9canisme d\u2019empathie. L\u2019empathie, c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 de se mettre \u00e0 la place de l\u2019autre (ce qui n\u2019est pas la compassion), de deviner ce qu\u2019il pense ou de ressentir \u00e0 sa place, exige que l\u2019on quitte sa propre sph\u00e8re de pens\u00e9e ou d\u2019\u00e9motion, son ego protecteur. Cela ne peut se faire que par le biais d\u2019un choc cognitif ou \u00e9motionnel qui nous mette en porte-\u00e0-faux par rapport \u00e0 tout ce que nous connaissons ou ressentons d\u00e9j\u00e0 (nos a priori ou nos pressentiments, donc). Une exp\u00e9rience men\u00e9e par des chercheurs de New York a ainsi montr\u00e9 que l&#8217;empathie fonctionne davantage chez des sujets qui ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 une \u0153uvre de fiction litt\u00e9raire de qualit\u00e9, que chez des sujets qui n\u2019y ont pas \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s. La raison en serait que l\u2019\u0153uvre d\u2019art, par son caract\u00e8re singulier, in\u00e9dit, nous pousse \u00e0 nous poser des questions, et \u00e0 chercher les r\u00e9ponses en dehors de ce qui nous est d\u00e9j\u00e0 connu. Or, ce m\u00e9canisme d\u2019ext\u00e9riorisation (hors de soi) est pr\u00e9cis\u00e9ment la condition n\u00e9cessaire \u00e0 la mise en marche des m\u00e9canismes de l\u2019empathie en nous\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire ce qui nous pousse \u00e0 aller vers l\u2019autre.<\/p>\n<p>Si on extrapole ceci au domaine de l\u2019information, nous deviendrions plus facilement indiff\u00e9rents aux images d&rsquo;actualit\u00e9 et au sort d\u2019autrui, non pas par \u00e9go\u00efsme mais en raison des \u00e9ternels m\u00eames cadrages, de l\u2019\u00e9ternel retour du m\u00eame. Ph\u00e9nom\u00e8ne amplifi\u00e9 par les dynamiques d\u2019information en continu que multiplient les nouvelles possibilit\u00e9s techniques.<\/p>\n<p>L\u2019essayiste Fran\u00e7ois Brune montre comment la fi\u00e8vre m\u00e9diatique autour d\u2019un drame ou d\u2019une catastrophe, loin de donner prise sur le r\u00e9el ou de susciter un effet d\u2019identification, produit au contraire sur le public un effet de prostration d\u00e9mobilisateur : \u00ab\u00a0Le public n\u2019est l\u00e0 que pour regarder, s\u2019\u00e9mouvoir et se taire, \u00e9crit Brune. Et moins il se sent acteur en face du tragique du monde contemporain, plus s\u2019accentue en lui le besoin compensateur d\u2019en consommer le spectacle. Pulsion consommatrice, pulsion compensatrice<sup><a id=\"ref2\" href=\"#fn2\">2<\/a><\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>La mise en forme de l\u2019information a un impact important sur notre r\u00e9ception de l\u2019information et in fine sur notre prise sur le monde. Il importe alors de s\u2019interroger sur la vision du monde v\u00e9hicul\u00e9e dans les diff\u00e9rents m\u00e9dias \u00ab\u00a0centraux\u00a0\u00bb. Cette vision, affirmez-vous, se caract\u00e9rise en g\u00e9n\u00e9ral par une adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli. Moins en raison d\u2019un quelconque parti pris id\u00e9ologique intentionnel, que suite \u00e0 la combinaison d\u2019une s\u00e9rie de facteurs qui favorisent le recours aux \u00e9ternels m\u00eames cadrages de l\u2019information, rarement pens\u00e9s ou interrog\u00e9s, moins encore remis en question. Les paradigmes pr\u00e9gnants de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, de la r\u00e9activit\u00e9, du court, de l\u2019\u00e9v\u00e9nementiel et du spectaculaire, pour ne citer qu\u2019eux, conduisent en fin de compte \u00e0 une vision \u00ab\u00a0positiviste\u00a0\u00bb du monde\u00a0: celui-ci ne peut \u00eatre que tel que les m\u00e9dias le montrent.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Je vous donner un exemple\u00a0: quand il est question de social, de pr\u00e9carisation, d\u2019in\u00e9galit\u00e9s, de pauvret\u00e9, etc., il en ressort une vision essentialis\u00e9e des \u2018pauvres\u2019. La figure embl\u00e9matique du pauvre, le SDF, est repr\u00e9sent\u00e9e comme un fait divers (et fait d&rsquo;hiver aussi). Elle n\u2019est jamais reli\u00e9e \u00e0 ou inscrite dans une question publique o\u00f9 sont pr\u00e9sents les enjeux, notamment celui du logement et du mal-logement, ou encore celui de l\u2019appauvrissement de cat\u00e9gories enti\u00e8res de la population, ou la probl\u00e9matique des in\u00e9galit\u00e9s sociales (notamment en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s au logement\u2026 ce qui est \u00e0 l\u2019origine, il faut le rappeler, de l\u2019\u00e9clatement de la crise bancaire aux \u00c9tats-Unis en 2007-2008). Ces enjeux ne sont jamais abord\u00e9s parce qu&rsquo;ils sont plus difficilement illustrables. \u00c7a rel\u00e8ve d\u2019un r\u00e9el invisible, non palpable. On ne peut pas \u2018toucher\u2019 un pouvoir d\u2019achat ou des in\u00e9galit\u00e9s sociales, \u00e9conomiques, culturelles, tandis qu\u2019un SDF oui. Int\u00e9grer une ou des probl\u00e9matiques dans un sujet d\u2019information, plut\u00f4t que seulement un \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb, demande en outre davantage de temps, de place et de capital culturel.<\/p>\n<p>Joue, aussi, le mode de traitement devenu \u00e9v\u00e9nementiel de l\u2019actualit\u00e9. Celui-ci s\u2019appuie moins sur l\u2019exposition d\u2019une pluralit\u00e9 de faits et d\u2019\u00e9l\u00e9ments entourant un sujet donn\u00e9, que sur l\u2019impact de l\u2019unicit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u2013 ou ce qui est pr\u00e9sent\u00e9, pour ainsi dire chaque jour, comme tel. Impact encore amplifi\u00e9 par le volume croissant de l\u2019espace ou du temps \u00e9ditorial consacr\u00e9\u00a0\u00e0 ce qui est \u00e9rig\u00e9 en \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb. L\u2019impact \u00e9v\u00e9nementiel est entretenu \u00e9galement par le \u00ab\u00a0bruit\u00a0\u00bb qu\u2019il fait retentir aussi\u00a0: y contribuent sa r\u00e9p\u00e9tition en boucle sur tous les m\u00e9dias (dont ceux d\u2019information continue qui tendent \u00e0 influer fortement sur les autres) pendant toute la journ\u00e9e, sa \u00ab\u00a0feuilletonnisation\u00a0\u00bb, son intensit\u00e9 dramatique ou dramatis\u00e9e, son traitement toujours plus \u00ab\u00a0r\u00e9actif\u00a0\u00bb, en direct, de plus en plus souvent, sous forme d\u2019\u00e9ditions sp\u00e9ciales ou d\u2019alertes sur GSM\u2026 Pareil journalisme \u00e9v\u00e9nementiel est amplifi\u00e9 aujourd\u2019hui par les m\u00e9dias d\u2019information continue, par les plates-formes d\u2019information num\u00e9riques, par les r\u00e9seaux sociaux, et par la course-poursuite que les m\u00e9dias traditionnels ont engag\u00e9e pour ne pas \u00eatre distanc\u00e9s et perdre ainsi leur l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Paradoxalement, les flux croissants de l\u2019information permanente laisse peu de place \u00e0 autre chose que la r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame\u00a0: en p\u00e2tissent l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de la pluralit\u00e9 des faits qui existent autour de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, ainsi que leur analyse, c\u2019est-\u00e0-dire leur mise en rapport, ou leur contextualisation, c\u2019est-\u00e0-dire leur insertion dans des processus de g\u00e9n\u00e9ralisation, d\u2019analogie, d\u2019inf\u00e9rence, d\u2019implication\u2026<\/p>\n<p>Dans cette approche, l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00ab\u00a0surgit\u00a0\u00bb, pour ainsi dire, ex-nihilo. Il n\u2019est jamais consid\u00e9r\u00e9 comme le produit de la permanence ou de la structure, c\u2019est-\u00e0-dire du r\u00e9el dont la dynamique n\u2019appara\u00eet pas aux journalistes, mais comme une rupture, une discontinuit\u00e9, une transgression ou un d\u00e9sordre par rapport \u00e0 l\u2019ordre \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb des choses. L\u2019\u00e9v\u00e9nement m\u00e9diatique, de ce point de vue, explique bien le sociologue Alain Accardo, c\u2019est une sorte de dysfonctionnement, d\u2019\u00a0\u00ab accident\u00a0\u00bb, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un \u00ab\u00a0tsunami\u00a0\u00bb, d\u2019un \u00ab\u00a0attentat\u00a0\u00bb ou d\u2019une \u00ab\u00a0crise bancaire\u00a0\u00bb, qu\u2019il convient de \u00ab\u00a0d\u00e9noncer\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0d\u00e9plorer\u00a0\u00bb, mais qui, je cite Accardo, \u00ab\u00a0ne sauraient remettre en cause la logique objective de fonctionnement d\u2019un syst\u00e8me fondamentalement sain, qu\u2019il convient de d\u00e9fendre envers et contre tout<sup><a id=\"ref3\" href=\"#fn3\">3<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Puisque c\u2019est presque toujours a priori un \u00ab\u00a0accident\u00a0\u00bb qui survient, l\u2019\u00e9v\u00e9nement, dans la trame m\u00e9diatique, peut alors \u00eatre d\u2019autant plus facilement pr\u00e9sent\u00e9, non comme le produit d\u2019un ensemble de facteurs, mais comme une rupture, \u00e0 la fois de l\u2019ordre des choses et de la routine journalistique. Ainsi d\u00e9coup\u00e9 du terreau vital qui le produit, l\u2019\u00e9v\u00e9nement d\u2019actualit\u00e9 n\u2019est tout simplement plus irrigu\u00e9 ou irrigable de&#8230; son sens\u00a0profond ; il se trouve litt\u00e9ralement d\u00e9vitalis\u00e9. Alors, naturellement, il se fige, dans l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 du temps de l\u2019information en continu, et il devient lui-m\u00eame un instantan\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire un clich\u00e9. Et un clich\u00e9, c\u2019est aussi comme cela que l\u2019on appelle un st\u00e9r\u00e9otype.<\/p>\n<p>En r\u00e9sultent une pr\u00e9sentation et une conception \u00ab\u00a0positiviste\u00a0\u00bb du monde qui est \u00ab\u00a0tel qu\u2019il est\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire tel que le fixent les journalistes dans leurs sujets. Du coup, le SDF se trouve confin\u00e9 dans sa repr\u00e9sentation m\u00e9diatique, ramen\u00e9 \u00e0 sa seule apparence cathodique, aussi furtive que r\u00e9ductrice. Cela conduit tout droit \u00e0 une essentialisation des SDF, des pauvres et de la pauvret\u00e9. Les pauvres sont pauvres, dans l\u2019information, parce qu\u2019ils sont\u2026 pauvres, parce qu\u2019on les montre seulement comme pauvres. R\u00e9gis Debray l\u2019\u00e9nonce de cette mani\u00e8re: \u00ab\u00a0Tout ce qui \u00e9chappe aux m\u00e9dias, c\u2019est tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, tout ce qui exc\u00e8de et tout ce qui succ\u00e8de\u00a0\u00bb. Je trouve cette formule tr\u00e8s juste. Demain le soleil sera l\u00e0. C\u2019est un invariant, mais inexistant dans le chef des m\u00e9dias. Autrement dit, le monde est tel qu\u2019il nous appara\u00eet. D\u2019o\u00f9 le mythe de l\u2019objectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Se contenter de d\u00e9crire le monde \u00ab\u00a0tel qu\u2019il est\u00a0\u00bb (tel qu\u2019il est per\u00e7u et fix\u00e9, en fait, par le journalisme d\u2019actualit\u00e9) explique aussi l\u2019adh\u00e9sion instinctive des m\u00e9dias aux discours institutionnels. Parce que les institutions sont l\u00e0 pour baliser le r\u00e9el qu\u2019il leur revient de baliser, pour dire ce qui est et ce qu\u2019il en est de la soci\u00e9t\u00e9 et des r\u00e8gles du vivre-ensemble. Elles ne sont pas l\u00e0 pour \u00e9largir le cadre de vue ou donner \u00e0 voir le r\u00e9el en mouvement, dans sa complexit\u00e9. Mais les institutions, elles-m\u00eames, pourtant, ont aussi un pass\u00e9, elles changent. Prenons l&rsquo;exemple du droit de vote, du suffrage universel. Si on le consid\u00e8re comme une institution, le vote \u00e9tait bien \u00e0 un moment donn\u00e9 une utopie totale. Or, d\u2019autres institutions \u00e0 ce moment-l\u00e0 \u00e9taient charg\u00e9es de l\u00e9gitimer des faits institu\u00e9s, de dire qu\u2019il en \u00e9tait ainsi, et pas autrement. Ce qui est absent, le plus souvent, de la lecture m\u00e9diatique, en fin de compte, ce sont les rapports, les interactions, les associations, les croisements, bref, les processus liants de transversalit\u00e9. Autrement dit, l\u2019information tend \u00e0 d\u00e9couper et \u00e0 d\u00e9coupler, davantage qu\u2019\u00e0 mettre en commun ou en r\u00e9seau.<\/p>\n<p>Cela explique aussi, \u00e0 mon sens, pourquoi la parole des associations ou des organisations non gouvernementales, les propos non officiels ou dissidents, apparaissent presque toujours \u00ab\u00a0suspects\u00a0\u00bb\u00a0; ils passent pour militants, ce qui les exposerait \u00e0 une approche plus critique ou circonspecte de la part des journalistes. C\u2019est, certes, la logique m\u00eame du bon journalisme. En revanche, au nom, justement, du poids des faits institu\u00e9s dans le travail de repr\u00e9sentation journalistique du monde, la parole institutionnelle, elle, se voit de moins en moins accueillie avec la m\u00eame m\u00e9fiance. Elle appara\u00eet moins sujette \u00e0 caution et sera en g\u00e9n\u00e9ral moins expos\u00e9e \u00e0 la contradiction. En tout \u00e9tat de cause, on ne se posera pas la question de savoir si on doit ou non en rendre compte. Alors que lorsqu\u2019il assiste \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement organis\u00e9 par un acteur du milieu associatif, le journaliste se posera toujours, \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb, la question de savoir si sa d\u00e9marche ne verse pas dans le militantisme.<\/p>\n<p><strong>S\u2019observe aussi une tendance \u00e0 l\u2019installation d\u2019une vision m\u00e9caniste et lin\u00e9aire de l\u2019information, \u00e0 l\u2019\u00e9viction de la r\u00e9elle controverse, \u00e0 la d\u00e9politisation du traitement de l\u2019information, c\u2019est-\u00e0-dire la disparition d\u2019un regard politique comme outil privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019une vision transversale, d\u00e9cloisonn\u00e9e et complexe des choses. Parall\u00e8lement \u00e0 cela, la sph\u00e8re politique telle qu\u2019elle est pr\u00e9sent\u00e9e dans les m\u00e9dias centraux constitue un aspect de la vie \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, et est souvent r\u00e9duite \u00e0 ses dimensions les plus th\u00e9\u00e2trales. Quel impact ce traitement a-t-il sur nos repr\u00e9sentations du monde ?<\/strong><\/p>\n<p>Dans les m\u00e9dias, le politique est r\u00e9duit \u00e0 son \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb. On reproche au monde politique de ne pas s\u2019occuper des pr\u00e9occupations des gens\u00a0; ce n\u2019est pas vrai. Qu\u2019il les traite bien ou mal, en fonction de la perception de chacun, c&rsquo;est une autre question, mais il les traite. Les m\u00e9dias ne montrent malheureusement que la th\u00e9\u00e2tralisation (les luttes pour le pouvoir, les affrontements de position), la mise en strat\u00e9gie (comment se positionnent les uns et les autres, plut\u00f4t que pourquoi), ou encore le management fonctionnel,gestionnaire, d\u00e9connect\u00e9 de toute finalit\u00e9 ou de volont\u00e9 \u00ab\u00a0positive\u00a0\u00bb de prise en mains du pr\u00e9sent ou\/et de construction de l\u2019avenir. Tout se passe aussi, sous l\u2019\u0153il des m\u00e9dias, comme si la politique \u00e9tait un aspect de la vie sociale parmi d\u2019autres, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du culturel, de l\u2019\u00e9conomique, du sportif, du judiciaire, du scientifique etc. Alors que la chose politique, c\u2019est ce qui se trouve \u00e0 l\u2019intersection de l\u2019ensemble\u00a0et est en charge du vivre-ensemble et des choix que suppose celui-ci\u00a0; \u00e0 ce titre, c\u2019est l\u2019instance qui op\u00e8re les arbitrages entre toutes les composantes et les acteurs de celles-ci.<\/p>\n<p>Or, le d\u00e9bat politique est peu ou prou m\u00e9diatis\u00e9 dans la seule perspective de la conqu\u00eate du pouvoir, via les petits jeux du positionnement entre partis, de la communication et de l\u2019\u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale toujours \u00e0 venir. Le milieu politique lui-m\u00eame tend \u00e0 se laisser enfermer dans cette logique, d\u00e9pensant une partie importante de son \u00e9nergie \u00e0 couvrir des enjeux de strat\u00e9gie, sur base de la demande des m\u00e9dias ou des attentes de ceux-ci. En revanche, il est assez peu question, dans la m\u00e9diatisation, de l\u2019action gouvernementale (moins encore parlementaire) proprement dit. Les r\u00e9alisations sont beaucoup moins trait\u00e9es qu\u2019une controverse entre partis, par exemple, dont on oublie d\u2019ailleurs assez vite la substance m\u00eame, pour ne retenir que l\u2019\u00e9cume de l\u2019affrontement (entre majorit\u00e9 et opposition, ou au sein m\u00eame de la majorit\u00e9). L\u2019action gouvernementale sur le fond, en dehors de r\u00e9ponses ponctuelles \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre urgence, correspond, il est vrai, \u00e0 un autre temps, \u00e0 un autre tempo de la vie politique. Qu\u2019\u00e9pouse bien moins facilement le temps m\u00e9diatique de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, de l\u2019instantan\u00e9it\u00e9, du direct\u2026 On \u00e9voquera volontiers ce que le politique fait mal ou ne fait pas assez en d\u00e9signant nomm\u00e9ment le ou les responsables \u00e0 l\u2019opprobre public (parfois ou souvent de fa\u00e7on l\u00e9gitime). Mais un accord gouvernemental portant sur une r\u00e9alisation effective, quelle que soit la mati\u00e8re, retiendra moins l\u2019attention (et la paternit\u00e9 en sera rarement mentionn\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment), sous pr\u00e9texte que le sujet ne serait pas assez passionnant, qu\u2019il serait trop \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb ou qu\u2019il risquerait d\u2019ennuyer le public.<\/p>\n<p>On retrouve ici l\u2019id\u00e9e centrale de la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab\u00a0capter\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0capturer\u00a0\u00bb l\u2019audience (que l\u2019on vend aux annonceurs). Ceci explique que, dans la logique de marketing qui dicte tout d\u00e9sormais, les contenus m\u00eames de l\u2019information se doivent d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0captivants\u00a0\u00bb. Et ils le deviennent par le choix de certains types de sujets (et l\u2019abandon syst\u00e9matique d\u2019autres), par les cadrages, par le traitement\u2026M\u00e9dia h\u00e9g\u00e9monique dans le paysage de l\u2019information, la t\u00e9l\u00e9vision, parce qu\u2019elle est un outil de \u00ab\u00a0monstration\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0show\u00a0\u00bb, plus que de r\u00e9flexion, a fortement contribu\u00e9, de ce point de vue, a la transformation de l\u2019information en un produit \u00ab\u00a0attractif\u00a0\u00bb. Elle a consid\u00e9rablement \u0153uvr\u00e9 \u00e0 l\u2019ouverture de l\u2019\u00e2ge du \u00ab\u00a0spectacle\u00a0\u00bb total. \u00ab\u00a0Spectacle\u00a0\u00bb veut d\u2019ailleurs dire \u00ab\u00a0vision\u00a0\u00bb, ici, sur \u00e9cran (t\u00e9l\u00e9). Et le propos central du spectacle, c\u2019est le divertissement, l\u2019amusement. Cela ne veut pas dire que l\u2019information \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision est un amusement, mais bien que la t\u00e9l\u00e9vision fait du divertissement le mode de pr\u00e9sentation naturel de toute exp\u00e9rience ou occurrence sociale.<\/p>\n<p>En mettant ainsi le monde \u00ab\u00a0en sc\u00e8ne\u00a0\u00bb davantage qu\u2019\u00ab\u00a0en question\u00a0\u00bb, le discours m\u00e9diatique central rend improbable une compr\u00e9hension des d\u00e9terminants de l\u2019actualit\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e. Il v\u00e9hicule de la sorte, selon Erik Neveu, \u00ab\u00a0une vision du monde d\u00e9f\u00e9rente pour l\u2019ordre \u00e9tabli<sup><a id=\"ref4\" href=\"#fn4\">4<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>On touche ici \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment tr\u00e8s important au niveau des effets de l\u2019information v\u00e9hicul\u00e9e et qui est \u00e0 mettre en lien avec les producteurs de l\u2019information. La pratique journalistique s\u2019est professionnalis\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1950, avec l&rsquo;av\u00e8nement de la t\u00e9l\u00e9vision en particulier. La situation actuelle qui en d\u00e9coule se caract\u00e9rise par un changement de r\u00e9f\u00e9rents pour les journalistes, un pouvoir accru des m\u00e9dias en m\u00eame temps qu\u2019une d\u00e9responsabilisation de leur parole.<\/strong><\/p>\n<p>Sa profession, le respect des r\u00e8gles de la profession, l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 certaines valeurs d\u00e9ontologiques, etc. vont devenir le r\u00e9f\u00e9rent premier pour les journalistes. Auparavant, l\u2019objet m\u00eame de l\u2019information, qu\u2019il soit politique, culturel, sportif, avec un point de vue\/une vision engag\u00e9e, \u00e9tait plus central qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui dans l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0engagement\u00a0\u00bb du journalisme. Les choses ont chang\u00e9\u00a0: ce qui importe aujourd\u2019hui, ce sont moins les faits eux-m\u00eames et la meilleure fa\u00e7on possible de les traiter, que la \u00ab\u00a0performance\u00a0\u00bb en regard des crit\u00e8res d\u2019excellence que se donne la profession. On est d\u2019abord journaliste, aujourd\u2019hui, avant d\u2019\u00eatre journaliste politique.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution vers une plus grande exigence professionnelle individuelle et une adh\u00e9sion aux valeurs du m\u00e9tier plus forte impliquent une forme de d\u00e9responsabilisation \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde. On se dit qu\u2019on n\u2019est jamais que journaliste. Alors que, parall\u00e8lement, le pouvoir d&rsquo;influence des m\u00e9dias s\u2019est accru consid\u00e9rablement. Auparavant l\u2019information \u00e9tait un contre-pouvoir parce qu\u2019il fallait aller la chercher, r\u00e9sister aux pouvoirs qui ne voulaient pas la diffuser. Aujourd\u2019hui, l&rsquo;info est tellement abondante qu\u2019on tend m\u00eame parfois \u00e0 la fuir. On assiste ainsi avec la professionnalisation \u00e0 ce que j\u2019appellerais une \u00ab\u00a0d\u00e9responsabilisation politique\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde. C\u2019est ce qui explique que beaucoup de journalistes pr\u00e9tendent fonctionner de mani\u00e8re \u201cd\u00e9sid\u00e9ologis\u00e9e\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire en se m\u00e9fiant de tout propos id\u00e9ologique ou ce qu\u2019ils per\u00e7oivent comme tels. Or, c\u2019est moins \u00e0 une d\u00e9sid\u00e9ologisation que l\u2019on assiste qu\u2019\u00e0 une d\u00e9politisation. Et un traitement d\u00e9politis\u00e9 renforce en fin de compte ce qui est id\u00e9ologiquement institu\u00e9\u00a0: les politiques \u00e9conomiques actuelles, qui sont pour la croissance, pour l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire et les r\u00e9formes structurelles du march\u00e9 de l\u2019emploi.<\/p>\n<p>Se poser des questions, remettre en cause le mod\u00e8le dominant et donc politiser le traitement de l\u2019information en adoptant un regard pluriel, en croisant, en confrontant n\u2019est plus gu\u00e8re possible. Ou c\u2019est abandonn\u00e9, en presse \u00e9crite et en radio principalement, aux plumes et aux voix ext\u00e9rieures\u00a0: les tribunes ou cartes blanches, les chroniques, voire certaines interviews. Mais il est \u00e9tonnant de noter \u00e0 quel point existe une forte \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 entre ces propos ext\u00e9rieurs et les propos tenus par les journalistes eux-m\u00eames.<br \/>\nLe traitement m\u00eame de ceux qui se risquent \u00e0 remettre un certain ordre \u00e9tabli en cause, \u00e0 la r\u00e9former, tout b\u00eatement, sont susceptibles, eux, de se faire (dis)qualifi\u00e9s d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0id\u00e9ologues\u00a0\u00bb. Ce qui, \u00e0 l\u2019instar, de \u00ab\u00a0sociologues\u00a0\u00bb est un concept connot\u00e9 n\u00e9gativement dans le langage journalistique. Exemple: les affaires des r\u00e9mun\u00e9rations de Didier Bellens (ex-Belgacom) et de Johnny Thijs (l\u2019ancien directeur de BPost). La volont\u00e9 d\u2019une des composantes du gouvernement de limiter la r\u00e9mun\u00e9ration des CEO des entreprises publiques autonomes, ne visait pas uniquement comme on l\u2019a dit \u00e0 diminuer les salaires extravagants des top-managers, mais aussi \u00e0 r\u00e9duire les \u00e9carts de r\u00e9mun\u00e9ration et les in\u00e9galit\u00e9s salariales \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une m\u00eame entreprise. Ceci a \u00e9t\u00e9 dit, certes, mais ce n\u2019est pas ce qui a domin\u00e9 le traitement m\u00e9diatique de l\u2019affaire. La question centrale pos\u00e9e \u00e9tait\u00a0: \u00ab\u00a0 Jusqu\u2019o\u00f9 un pouvoir public \u2013 nota bene pourtant actionnaire majoritaire \u2013 peut-il intervenir dans les affaires d\u2019une entreprise publique autonome\u00a0?\u00a0\u00bb Par \u00ab\u00a0jusqu\u2019o\u00f9\u00a0?\u00a0\u00bb il faut aussi entendre \u00ab\u00a0jusqu\u2019\u00e0 combien\u00a0\u00bb peut-il diminuer la r\u00e9mun\u00e9ration d\u2019un top-manager (sous-entendu\u00a0: sans nuire \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de la gestion de l\u2019entreprise)\u00a0? \u00bb. Une fois encore, le cadrage principal retenu par la majorit\u00e9 des m\u00e9dias et la plupart du temps a \u00e9t\u00e9 le m\u00eame\u00a0: celui du \u00ab\u00a0combien\u00a0?\u00bb, de l\u2019accumulation de la valeur, de la gestion efficiente\u2026 Il l\u2019a manifestement emport\u00e9 tr\u00e8s largement sur celui de la justice (salariale). Et lorsque le ministre socialiste Labille, dans l\u2019un et l\u2019autre cas, a tranch\u00e9 dans le sens du limogeage dans un cas, de la r\u00e9duction d\u2019\u00e9moluments dans l\u2019autre, il a \u00e9t\u00e9 tax\u00e9 d\u2019id\u00e9ologue\u2026 alors qu\u2019il ne faisait qu\u2019appliquer, en gros, une d\u00e9cision du gouvernement.<\/p>\n<p><strong>Nous ne sommes pas dans un contexte de censure directe, certes. D&rsquo;autres voix, d\u2019autres sons de cloches peuvent s\u2019exprimer ou \u00eatre entendus, mais ils n\u2019occuperont pas la m\u00eame place, ni ne recevront la m\u00eame l\u00e9gitimit\u00e9. L\u2019exemple du d\u00e9bat \u00e0 l\u2019\u0153uvre autour de l\u2019efficacit\u00e9 m\u00eame des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 est particuli\u00e8rement repr\u00e9sentatif \u00e0 ce sujet.<\/strong><\/p>\n<p>Il sera tr\u00e8s tr\u00e8s rare qu&rsquo;une parole un peu diff\u00e9rente soit mont\u00e9e en Une, m\u00eame si elle peut \u00eatre pr\u00e9sente dans un journal. Prenons le cas du FMI qui, pour diff\u00e9rentes raisons, a remis en cause l\u2019approche europ\u00e9enne de la crise, dont le rythme \u00e9lev\u00e9 de l\u2019assainissement budg\u00e9taire impos\u00e9. Le m\u00eame FMI, auparavant, avait fait aveu d\u2019une m\u00e9prise intervenue dans ses calculs math\u00e9matiques sur les effets de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, etc. Il en a \u00e9t\u00e9 question, bien entendu, dans les pages \u00e9conomiques des journaux. Pendant un jour ou deux \u00e0 chaque fois. Mais pas davantage. Or, ce type d\u2019aveu, \u00e9manant d\u2019un des si\u00e8ges de pouvoir mondial du capitalisme, ce n\u2019est pas rien. C\u2019est \u00e9norme comme information. Cela aurait d\u00fb faire la une, engendrer un d\u00e9bat majeur sur les contradictions internes du syst\u00e8me. Et susciter un fr\u00e9missement dans les lignes \u00e9ditoriales d\u00e9fendues en la mati\u00e8re. Or, rien, ou presque. Rien, non plus, ou si peu, sur le lien qui est syst\u00e9matiquement \u00e9tabli entre mesures de redressement des finances publiques et n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9formes structurelles des march\u00e9s de l\u2019emploi. Il n\u2019y a, a priori, aucun lien entre ce qui rel\u00e8ve de la politique budg\u00e9taire d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de politiques \u00e9conomiques, de l\u2019autre. Seule la Commission europ\u00e9enne, via le lien fait entre \u00ab\u00a0two-pack\u00a0\u00bb (budget) et \u00ab\u00a0six-pack\u00a0\u00bb (orientations \u00e9conomiques), \u00e9tablit ce lien\u2026 sans jamais le dire. Barroso peut bien parler, effectivement, \u00e0 propos de la gouvernance europ\u00e9enne, telle qu\u2019elle est con\u00e7ue aujourd\u2019hui, de \u00ab\u00a0r\u00e9volution silencieuse\u00a0\u00bb. Et le silence demeure, non pas parce que les journalistes sont vendus au \u00ab\u00a0grand capital\u00a0\u00bb ou sont d\u2019affreux ultralib\u00e9raux, la plupart sont de gauche\u00a0! Mais ils continuent de taper sur le m\u00eame clou, uniquement parce qu\u2019il rel\u00e8ve d\u2019un fait institutionnellement valid\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Des m\u00e9canismes, tant\u00f4t tr\u00e8s concrets tant\u00f4t moins perceptibles et identifiables, d\u00e9finissent ainsi le traitement de l\u2019information. Et celui-ci a un impact central sur notre compr\u00e9hension des choses, l\u2019interpr\u00e9tation que l\u2019on donne aux \u00e9v\u00e9nements et aussi sur la mani\u00e8re dont on agit dans la soci\u00e9t\u00e9. Au vu de tout cela, il est primordial de se questionner sur la mani\u00e8re dont on peut influer l\u00e0-dessus et sur ce qu\u2019il y a lieu de faire. Mais tout changement profond implique une remise en question profonde et personnelle des journalistes et une r\u00e9invention des formes de production dans les grands m\u00e9dias.<\/strong><\/p>\n<p>On le voit bien, c&rsquo;est tr\u00e8s difficile \u00e0 changer en raison de la combinaison de tous ces m\u00e9canismes, ceux qui sont assez visibles &#8211; les moyens de production &#8211; et ceux qui sont plus int\u00e9rioris\u00e9s. C\u2019est \u00e9galement parce que la profession, quoi qu\u2019elle puisse dire de sa pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0ext\u00e9riorit\u00e9\u00a0\u00bb (ou objectivit\u00e9), est tr\u00e8s int\u00e9gr\u00e9e aux logiques de l\u2019\u00e9poque, qu\u2019elle contribue d\u2019ailleurs, sans s\u2019en rendre compte \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer (chaque nouveau mod\u00e8le de portable de la marque \u00e0 la pomme fait l\u2019objet d\u2019une couverture de presse plus rentable qu\u2019une campagne de publicit\u00e9). Au vu de cet ancrage profond, je ne crois pas \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019introduire un changement significatif dans les grands m\u00e9dias, m\u00eame si les choses ne sont pas immuables. D\u2019ailleurs, qui aujourd\u2019hui est le contre-pouvoir des m\u00e9dias ? Je ne crois pas dans la capacit\u00e9, \u00e0 moyen terme, de modifier, de mani\u00e8re significative, le cours majeur des m\u00e9dias. Car nous y participons tous, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre.<\/p>\n<p>Il ne peut y avoir d\u2019issue qu\u2019\u00e0 travers un processus d\u2019hybridation. Les professionnels de la m\u00e9diasph\u00e8re vivent et pensent un peu trop entre eux. Si on veut qu\u2019il y ait de la transformation, il faut de la confrontation, du m\u00e9lange. Il y a trop peu de contre-pouvoir. Les m\u00e9dias sont un des pouvoirs les plus autocentr\u00e9s, les plus autor\u00e9f\u00e9rentiels. Ils ne se rendent pas compte qu\u2019ils \u00e9touffent. Et les acteurs qui viennent de l\u2019ext\u00e9rieur, pour pouvoir entrer dans la bulle \u00ab\u00a0reine\u00a0\u00bb, acceptent de respirer le m\u00eame air. Ils s\u2019autocensurent pour \u00eatre dans les clous. Et les journalistes n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 cette dynamique. Sinon, lorsqu\u2019ils ont ou prennent conscience, ils s\u2019en vont, ou ils acceptent de rester \u00e0 des postes d\u2019assistants. Les \u00e9coles de journalisme participent \u00e0 \u00e7a, d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>Par contre, je crois et je pr\u00f4ne qu&rsquo;on r\u00e9invente les modalit\u00e9s et les formes de la production d\u2019information. L\u2019impulsion peut \u2013 ou doit \u2013 d\u2019ailleurs venir de l\u2019ext\u00e9rieur. \u00c7a demande de la cr\u00e9ativit\u00e9. Sortir du formatage, du travail \u00e0 la cha\u00eene des r\u00e9dactions web (ou autres), du taylorisme pour cr\u00e9er l\u2019industrie de la transition \u00e9nerg\u00e9tique de l\u2019information\u00a0: celle qui parviendra \u00e0 singulariser les cr\u00e9ations \u00e0 partir d\u2019un autre carburant que la seule r\u00e9activit\u00e9. L\u2019information, on l\u2019a oubli\u00e9 en raison de sa massification (massification des flux, pas du public), est un bien pr\u00e9cieux. A traiter comme tel. Internet, de ce point de vue, met \u00e0 notre port\u00e9e la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er une ou des intelligences collectives, hybrides, qui sont la condition m\u00eame de la vie, et pas de la survie. De la vie au pluriel, c\u2019est-\u00e0-dire aussi plus proche de l\u2019Autre. Une forme de coproduction de l\u2019information par des syst\u00e8mes d\u2019intelligence collective, valid\u00e9e en dernier ressort par la d\u00e9marche journalistique des professionnels est sans doute une voie possible.<\/p>\n<p>Les journalistes qui accepteront de travailler avec des r\u00e9seaux d\u2019informateurs et de coproducteurs autres que les sources institutionnelles pourront faire la diff\u00e9rence, apporter autre chose si on leur en donne l\u2019espace et la possibilit\u00e9. Dans l\u2019esprit de la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie Internet\u00a0\u00bb bien d\u00e9crite par Dominique Cardon. Cette forme de partage et de collectivit\u00e9 est un \u2018nous\u2019 qui peine, pour l\u2019instant, \u00e0 s\u2019imposer au \u2018je\u2019 tr\u00e8s affirm\u00e9 des journalistes, qui se croient souvent encore les seuls acteurs l\u00e9gitimes de l\u2019information.<\/p>\n<p><strong>Avec le d\u00e9veloppement des possibilit\u00e9s offertes par Internet, un processus irr\u00e9versible s\u2019est engag\u00e9\u00a0: la prise de parole des citoyens, r\u00e9elle forme d\u2019expression d\u00e9mocratique. Celle-ci, avec toutes ces d\u00e9rives possibles, est toutefois une entame dans le pouvoir absolu des m\u00e9dias, qui \u00e0 terme, peut faire lentement \u00e9voluer les choses. On observe d\u00e9j\u00e0 un changement dans les pratiques de l\u2019information d\u2019une partie de la population, qui, comme vous dites, se traduit par une diversification et une sp\u00e9cialisation en groupes d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais implique \u00e9galement un \u00e9parpillement.<\/strong><\/p>\n<p>De plus en plus, les gens vont chercher des niches d\u2019information, soit dans la presse sp\u00e9cialis\u00e9e, soit dans la presse alternative, soit via des m\u00e9dias en ligne sp\u00e9cifiques. Mais le prix \u00e0 payer est une fragmentation relative\u00a0: les publics \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9clatent\u00a0\u00bb dans des m\u00e9dias qui ont moins de visibilit\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un des grands paradoxes\u00a0: tous ceux qui continuent \u00e0 consulter ou \u00e0 consommer les grands m\u00e9dias n\u2019en sont pas pour autant satisfaits. C\u2019est la limite bien connue des chiffres d\u2019audience. On a beau critiquer \u00ab\u00a0les m\u00e9dias\u00a0\u00bb, on continue \u00e0 se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9coute ou \u00e0 regarder les JT. Moins pour comprendre le monde que pour \u00ab\u00a0\u00eatre au courant\u00a0\u00bb de ce qui \u00ab\u00a0risque encore de nous tomber dessus\u00a0\u00bb dans un monde m\u00e9diatis\u00e9 anxiog\u00e8ne. Cela participe du mythe techniciste de la gestion, de la ma\u00eetrise. Quand on est au courant de ce qui arrive, on croit pouvoir s&rsquo;en pr\u00e9munir.<\/p>\n<p><strong>Propos recueillis par Lynn Dewitte.<\/strong><\/p>\n<p><sup id=\"fn1\">1. [JEAN-FRAN\u00c7OIS KAHN, <em>L&rsquo;horreur m\u00e9diatique<\/em>, Plon, 2014]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn2\">2. [<em>De l\u2019id\u00e9ologie aujourd\u2019hui<\/em>, Parangon\/Vs, 2005. Lire aussi, du m\u00eame auteur, \u00ab\u00a0Les M\u00e9dias pensent comme moi\u00a0!\u00a0\u00bb, <em>Fragments du discours anonyme<\/em>, L\u2019Harmattan, 1997]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn\">3. [<em>Journalistes au quotidien. Outils pour une socioanalyse des pratiques journalistiques<\/em>, Le Mascaret, 1995]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn\">4. [<em><em>Sociologie du journalisme<\/em>, La D\u00e9couverte, coll. Rep\u00e8res, 2004.]<\/em><\/sup>\u21a9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marc Sinnaeve, journaliste pendant 10 ans, Pr\u00e9sident du d\u00e9partement Journalisme de l\u2019IHECS pendant 15 ans, et actuellement toujours enseignant, analyse ici les m\u00e9canismes de fabrication de l\u2019information et leurs cons\u00e9quences, non sans \u00e9voquer quelques pistes pour repenser les m\u00e9dias.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":323,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,16],"tags":[],"class_list":["post-320","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier","category-dominance-et-medias"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/320","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=320"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/320\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":354,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/320\/revisions\/354"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/323"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=320"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=320"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=320"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}