{"id":3222,"date":"2019-04-01T15:43:16","date_gmt":"2019-04-01T15:43:16","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=3222"},"modified":"2019-08-28T16:31:52","modified_gmt":"2019-08-28T16:31:52","slug":"chez-jolie-coiffure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/chez-jolie-coiffure\/","title":{"rendered":"Chez Jolie Coiffure &#8211; Interview de Rosine Mbakam"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Le dernier film de Rosine Mbakam, <em>Chez Jolie coiffure <\/em>(co-produit par le GSARA), dresse le portrait de Sabine et de son salon de coiffure dans le c\u0153ur du quartier Matonge \u00e0 Bruxelles. Ce film huis clos nous livre une parole de femmes, non consensuelle, sur leurs rapports en tant qu\u2019africaines \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 belge. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gr\u00e2ce \u00e0 des choix ing\u00e9nieux de r\u00e9alisation, ce documentaire est une tentative de r\u00e9duire la distance entre deux mondes qui ne se rencontrent habituellement pas. Il est aussi un antidote au regard colonial que subissent encore aujourd\u2019hui ces travailleuses et travailleurs issus de l\u2019immigration africaine. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-vimeo wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/294956047?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"720\" height=\"405\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen\" allowfullscreen title=\"Bande-annonce Chez jolie coiffure\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>\n<strong>Pouvez-nous\nnous raconter l&rsquo;origine du projet et votre rencontre avec Sabine qui\ntient le salon de coiffure \u00ab&nbsp;Chez Jolie Coiffure&nbsp;\u00bb dans\nla galerie \u00e0 Matonge&nbsp;? <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p> Apr\u00e8s mes \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;INSAS, je voulais r\u00e9aliser un film dans la galerie Matonge. Je ressentais le besoin de parler de ces femmes qui y travaillent. Elles viennent pour certaines du m\u00eame quartier que celui dans lequel j\u2019ai v\u00e9cu au Cameroun. Je voulais croiser et filmer nos parcours. Par contre, je connaissais mal cette galerie et j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 une amie de m\u2019y introduire. Gr\u00e2ce \u00e0 elle, j\u2019ai pu rencontrer Sabine \u00e0 qui j\u2019ai expliqu\u00e9 mon projet de film. Mon but n\u2019\u00e9tait pas de filmer la coiffure africaine que je connaissais d\u00e9j\u00e0. Je voulais principalement capter ce qu\u2019elles ne racontent pas toujours \u00e0 savoir, leur parcours, leur ressenti. Leur laisser la possibilit\u00e9 de parler sans langue de bois sur la culture africaine et europ\u00e9enne. Je voulais avant tout filmer des femmes et une parole de femme. Le salon de coiffure importait peu et \u00e7a aurait pu \u00eatre un autre commerce.  <\/p>\n\n\n\n<p> <strong>Le film est un huis clos o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9couvre le quotidien de ce salon de coiffure, celui de Sabine et aussi celui de la galerie qui est toujours hors champ. Est-ce que ce dispositif \u00e9tait d\u00e8s le d\u00e9part une \u00e9vidence ? Pouvez-vous nous expliquer ce choix de r\u00e9alisation et aussi \u00e9ventuellement ses contraintes et ses avantages ? <\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Au\nd\u00e9part,\nj&rsquo;avais l&rsquo;intention de filmer l&rsquo;ext\u00e9rieur du\nsalon, dans la\ngalerie. Je\nvoulais capter le flux des personnes et cette chor\u00e9graphie qui en\n\u00e9manait. Tr\u00e8s rapidement, j&rsquo;ai\ncompris que je ne pouvais pas filmer ce\nlieu car je\nme faisais agresser\n\u00e0\nchaque fois que je mettais la cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du salon. Il\ns\u2019agit d\u2019un lieu\nun peu complexe et\nles\ngens s\u2019y\nsentent\nen ins\u00e9curit\u00e9. L\u2019ext\u00e9rieur\nrepr\u00e9sente pour eux la police, les touristes. Amener\nune cam\u00e9ra ne les s\u00e9curise pas. J\u2019ai\n\u00e9t\u00e9 contrainte de filmer uniquement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du salon de\ncoiffure.\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>Le dispositif s\u2019est finalement dirig\u00e9 vers le huis clos avec la contrainte de devoir filmer dans huit m\u00e8tres carr\u00e9s avec des miroirs de part et d&rsquo;autre. J\u2019essayais de faire en sorte de ne pas appara\u00eetre \u00e0 l\u2019image mais c\u2019\u00e9tait compliqu\u00e9 d\u2019y parvenir. Au fur et \u00e0 mesure, je trouvais ma place dans le salon et cela me rendait l\u00e9gitime \u00e0 l&rsquo;image. Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 un an dans ce salon, je suis devenue petit \u00e0 petit comme une amie avec qui l\u2019on discute. Globalement, la contrainte majeure \u00e9tait la taille de la pi\u00e8ce qui se remplissait vite. Je n\u2019avais pas de nombreux choix de plans \u00e0 faire ou d&rsquo;angles de vue vari\u00e9s. Quand le salon \u00e9tait rempli de monde, j&rsquo;attendais que l&rsquo;espace se vide pour pouvoir bouger. <\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>Quel\na \u00e9t\u00e9 le temps du tournage ? \u00c0 quel point avez-vous \u00e9crit ce\nfilm&nbsp;? La tension monte au fur et \u00e0 mesure des contr\u00f4les de\npolice dans la galerie. Aviez-vous anticip\u00e9 ces \u00e9v\u00e9nements pour\nconstruire la narration&nbsp;? <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>\nJ&rsquo;ai\nfilm\u00e9 pendant un an de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re. Je n\u2019avais pas\n\u00e9norm\u00e9ment \u00e9crit au pr\u00e9alable mais mes intentions \u00e9taient\nclaires. Je voulais capter l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, les regards et la\ns\u00e9paration des deux mondes. Celui de la communaut\u00e9 face \u00e0\nl\u2019ext\u00e9rieur qui est l\u2019Europe, l\u2019europ\u00e9en, le Blanc. Je\nvoulais aussi capter la pr\u00e9carit\u00e9, la solidarit\u00e9 des filles et cet\nespace qui fonctionne comme un havre de paix o\u00f9 elles peuvent dire\nle fond de leurs pens\u00e9es. D\u2019autres sujets ont \u00e9merg\u00e9 comme celui\nde la religion, du blanchiment de la peau. Avant tout,  je voulais\nraconter leurs probl\u00e8mes et leur parcours personnel. Je savais que\nle salon \u00e9tait un d\u00e9p\u00f4t de parole, un lieu o\u00f9 les gens se\nconfient. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nTr\u00e8s\nvite, j\u2019ai per\u00e7u la pr\u00e9sence de la police. J\u2019ai film\u00e9 de\nnombreuses s\u00e9quences o\u00f9 l\u2019on voit des patrouilles de policiers\navec les chiens. R\u00e9ussir \u00e0 avoir dans le film la descente avec les\narrestations constitue quelque chose de tr\u00e8s fort pour moi. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Il\ny a eu\nun\ntravail\nde\nmontage important\ncar\nce sont essentiellement des\nid\u00e9es que j&rsquo;ai capt\u00e9es. Je\nn\u2019avais\npas forc\u00e9ment\nun\nfilm dans ma t\u00eate allant\ndu\nd\u00e9but jusqu&rsquo;\u00e0 la fin. Ce film, je l&rsquo;ai construit au montage. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>\u00c0\nplusieurs moments, le film aborde la r\u00e9alit\u00e9 de femmes noires\nafricaines, ici camerounaises, qui sont pass\u00e9es par le Liban avant\nd&rsquo;entrer en Europe. C&rsquo;est notamment l&rsquo;histoire de Sabine. Elles sont\nemmen\u00e9es pour y travailler comme domestiques et finissent\ns\u00e9questr\u00e9es, violent\u00e9es, viol\u00e9es. Pouvez-vous nous parler de\ncette r\u00e9alit\u00e9 que subissent de nombreuses femmes&nbsp;? <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses n&rsquo;ont vraiment pas chang\u00e9. Les ann\u00e9es passent mais il perdure en Europe un esclavage moderne. Il y a 60 ans, on faisait des expositions avec des \u00eatres humains et aujourd\u2019hui, des touristes viennent dans la galerie Matonge pour y observer d&rsquo;autres personnes. Leur regard est le m\u00eame que celui port\u00e9 lors des expositions universelles en France en 1937 ou en Belgique en 1958. Que ce soit l&rsquo;esclavage au Liban ou ici en Belgique,  la situation est pareille. On exploite les plus d\u00e9munies, les plus faibles. Ces femmes quittent leur pays o\u00f9 elles vivent une situation tr\u00e8s pr\u00e9caire. Cette fragilit\u00e9 engendre de l\u2019exploitation. Les parcours de ces femmes sont similaires malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences. Certaines sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es dans des fili\u00e8res de prostitution, d\u2019autres comme Sabine deviennent domestiques chez des particuliers. Il s\u2019agit toujours d\u2019une exploitation. <\/p>\n\n\n\n<p>Au\nd\u00e9part, je ne connaissais\npas l&rsquo;histoire de Sabine. Gr\u00e2ce\n\u00e0 elle,\nj\u2019ai\npu d\u00e9couvrir\nl\u2019existence de cette\nfili\u00e8re libanaise\nqui\nrecrute des filles au Cameroun pour les envoyer au Liban. Je ne\npensais pas que mon film allait parler d\u2019esclavage.\nSabine\na pris l\u2019avion pour aller se faire exploiter au Liban. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>Le\nfilm aborde \u00e9galement la th\u00e9matique des travailleurs.euses sans\npapiers. <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p> Dans les journaux, je pouvais lire que les travailleurs sans papiers sont ici pour profiter du syst\u00e8me et prendre le travail des Belges. Je voulais montrer que ces personnes se font en r\u00e9alit\u00e9 exploiter. Ces femmes ne peuvent ni se plaindre, ni revendiquer leurs droits. En retour, des employeurs en profitent. Leur situation pr\u00e9caire, elles gagnent peu. Ce travail ne leur garantit aucune s\u00e9curit\u00e9. Le matin, la premi\u00e8re arriv\u00e9e dans le salon aura du boulot. Sans papiers, elles ne sont pas reconnues. Elles ne peuvent pas non plus se former.  Une jeune fille qui passe une journ\u00e9e au salon sans avoir de travail se retrouvera tr\u00e8s vite sans argent. A quoi sera-t-elle livr\u00e9e ? \u00c0 la prostitution pour vivre. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un cercle vicieux o\u00f9 la pr\u00e9carit\u00e9 engendre d\u2019autres probl\u00e8mes.  <\/p>\n\n\n\n<p>\nJe\nvoulais aussi montrer que les travailleurs.euses sans papiers\ntravaillent et investissent dans notre soci\u00e9t\u00e9. Sabine et les\nautres investissent de leur argent, de leur \u00e9nergie et de leur\nintelligence. Il fallait que le spectateur passe du temps avec elle\npour comprendre cela. La position de la cam\u00e9ra \u00e9tait choisie pour\nque le spectateur ne regarde pas avec une certaine distance,\ncontrairement aux touristes, et vive la situation de Sabine de\nl\u2019int\u00e9rieur. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>Il\nest int\u00e9ressant de constater que l&rsquo;homme est toujours une figure\next\u00e9rieure, faisant irruption dans le salon pour tr\u00e8s vite\ndispara\u00eetre \u00e0 l\u2019image. Pouvez-vous nous parler de ce choix de\nr\u00e9alisation&nbsp;? <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>\nJe\ncherchais une parole de femmes sans pour autant exclure celle des\nhommes. Je ne voulais pas non plus d\u00e9finir la place de l&rsquo;homme dans\nle film. De plus, les quelques hommes qui venaient se coiffer,\ninteragissaient tr\u00e8s peu avec les autres personnes du salon.\nFinalement, le seul filon \u00e0 exploiter \u00e9tait celui des vendeurs\nambulants qui venaient vendre ou d\u00e9poser quelque chose et ainsi\nd\u00e9veloppaient une relation avec les filles du salon. Ces vendeurs\nam\u00e8nent une dimension \u00e0 la fois dr\u00f4le et triste dans le film. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>Un\ndes moments forts du film est celui des visites touristiques dans la\ngalerie Matonge.  En tant que spectateur, il est difficile de ne pas\n\u00eatre perturb\u00e9 tant ces s\u00e9quences sont empreintes de colonialisme. \nComment expliquez-vous l\u2019existence de telles visites touristiques&nbsp;?\n<\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>Il\ny a pourtant\nune\nhistoire qui devrait permettre de\nre-questionner\nle\nregard colonial. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement,\nnous sommes dans\nun syst\u00e8me qui\nne le suscite pas et on\nse permet de venir observer\ndes \u00eatre\nhumains\ncomme s\u2019ils\n\u00e9taient des\nanimaux.\nLe\nbut du film est\naussi\nde forcer les\nspectateurs\n\u00e0 se questionner en tant que \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb dans la soci\u00e9t\u00e9.\nLe film est l\u00e0 pour nous rappeler \u00e0 l&rsquo;ordre et dire non \u00e0\nce genre de pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour\npouvoir\nd\u00e9construire,\nil faut dans\nun premier temps se\nquestionner. Commencer\n\u00e0 interroger notre langage. Si\non arr\u00eatait\nd\u00e9j\u00e0\nde dire \u00ab&nbsp;les migrants&nbsp;\u00bb et de\nne\npas enfermer des\n\u00eatres humains dans\ndes termes et\ndes\nexpressions, cela\npermettrait de marquer un pas. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Auparavant,\n\u00e0\nchaque fois que je passais dans cette galerie, j&rsquo;\u00e9tais mal \u00e0 l&rsquo;aise\nsans\ncomprendre la raison. J\u2019ai enfin compris lorsque j&rsquo;ai\npos\u00e9 la cam\u00e9ra de\nl\u2019autre c\u00f4t\u00e9.\nJ&rsquo;ai compris que leur regard me mettait mal \u00e0 l&rsquo;aise. Je\nne le percevais pas r\u00e9ellement lorsque j\u2019\u00e9tais confondue\navec eux et prise\ndans ce flux de personnes traversant la galerie.\nCes visites organis\u00e9es font\npartie des visites touristiques\nqui consistent \u00e0 aller observer des\nfilles africaines coiffer\nd\u2019autres africaines. Il y a aussi des sorties scolaires dans cette\ngalerie.<\/p>\n\n\n\n<p>En\nse pla\u00e7ant de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on ressent cette violence v\u00e9cue\npar les coiffeuses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les\ncoiffeuses \u00e9voquent \u00e9galement un reportage de la RTBF, <\/strong><em><strong>16\nmariages et 14 enterrements<\/strong><\/em><strong>\nqui a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement r\u00e9voltant \u00e0 leurs yeux. Pouvez-vous\nexpliquer <\/strong><strong>la\nraison <\/strong><strong>?<\/strong>\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>Ce\nreportage traite de la th\u00e9matique de vieux Belges rencontrant des\njeunes\nfilles camerounaises\nsur Internet.\nLe\nreportage nous explique ensuite que ces hommes seraient tu\u00e9s une\nfois arriv\u00e9s au Cameroun pour se marier avec ces femmes. Le\ntraitement journaliste de la RTBF \u00e9tait de\ndire\n: \u00ab\u00a0<em>R<\/em><em>egardez\nces barbares qui tuent des pauvres belges<\/em>\u00ab\u00a0.\nC&rsquo;est assimiler les camerounaises \u00e0 des tueuses de\nBlancs.\nIl\ns\u2019agit de partir\ndu particulier pour stigmatiser\nune\ncommunaut\u00e9. Les\ncoiffeuses dans le film reviennent sur ce reportage afin de\ncontre-balancer le discours de la RTBF. Elles\nrappellent avant tout que ces\nhommes qui n&rsquo;ont\nplus de vie sexuelle ici en Belgique, partent\nexploiter sexuellement des jeunes filles pr\u00e9caires en Afrique.\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est\npour cette raison que Sabine parle de la \u00ab&nbsp;t\u00e9l\u00e9vision des\nBelges&nbsp;\u00bb. Elle ne se sent pas prise en compte et\nestime\nque ce n&rsquo;est pas une t\u00e9l\u00e9vision pour elle. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>Pouvez-vous\nrevenir sur une phrase que Sabine prononce dans le film \u00e0 savoir\n\u00ab&nbsp;<em>C\u2019est notre petit Matonge et ils veulent nous\nl\u2019enlever<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>\nMatonge\nest un quartier o\u00f9 ces femmes africaines peuvent s\u2019exprimer et\nvenir se ressourcer. Lorsque Sabine dit \u00ab&nbsp;<em>notre petit\n<\/em><em>M<\/em><em>atongue, on veut nous l&rsquo;enlever<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;,\ncela signifie leur enlever tout ce qui les fait vivre. On parle\nnotamment dans le film d&rsquo;une personne travaillant dans la galerie et\nqui du jour au lendemain se retrouve en centre ferm\u00e9. Cela veut\naussi dire : \u00ab&nbsp;<em>si on m&rsquo;enl\u00e8ve de l\u00e0, je ne suis rien. Je\nvais me retrouv<\/em><em>er<\/em><em> dans un centre ferm\u00e9 et il n&rsquo;y aura\nplus personne pour m&rsquo;\u00e9couter&nbsp;<\/em>\u00bb. Ce n\u2019est pas seulement\nune question d\u2019argent mais aussi une question de s\u00e9curit\u00e9. Ces\nfemmes des salons de coiffure se sentent un peu comme au pays car\nelles s&rsquo;organisent entre elles et cr\u00e9ent un syst\u00e8me de solidarit\u00e9.\nMalheureusement, on veut leur enlever tout ce qui leur permet de\nvivre aujourd\u2019hui. Le lendemain d\u2019une descente de police dans la\ngalerie, il n\u2019y a plus personne. Les gens ont peur et n\u2019osent\nplus venir se faire coiffer. C&rsquo;est aussi dire qu&rsquo;on veut nous enlever\nnotre gagne-pain, notre maison, nos amis, notre famille. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>Est-ce\nque ce film permet selon vous de rendre compte de deux univers qui ne\nse rencontrent pas ? <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>Il\ns\u2019agissait de montrer\nl&rsquo;absurdit\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9\nl\u2019on\narrive \u00e0 cr\u00e9er\ndes endroits pour mieux nous\ns\u00e9parer.\nO\u00f9\nest la rencontre\n? Aucun\nBlanc\nne pousse la porte. M\u00eame le facteur s\u2019encourt\nau moment de donner le courrier.<\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>Quel\nest votre point de vue sur l&rsquo;attitude de la Belgique face \u00e0 son\npass\u00e9 colonial ? <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>\nOn\npeut en parler autant qu\u2019on veut dans les m\u00e9dias mais tant qu&rsquo;il\nn&rsquo;y aura pas une volont\u00e9 politique de d\u00e9construire la colonisation\net de l\u2019enseigner, rien ne changera. Il y a aussi un complexe\nvis-\u00e0-vis du Blanc dans les communaut\u00e9s noires. Lorsqu\u2019on veut\ndevenir Blanc, on a int\u00e9gr\u00e9 que le Blanc \u00e9tait meilleur. Enfant,\nquand j&rsquo;imaginais une histoire, j&rsquo;imaginais des personnages blancs.\nJe ne voyais pas assez de Noirs \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Je suis en train\nde d\u00e9construire et d\u00e9coloniser mon regard cin\u00e9matographique. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>Avez-vous\npu voir d\u2019autres films sur la galerie Matonge&nbsp;? <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;en ai vu quelques-uns avec l&rsquo;impression qu&rsquo;ils effleuraient une r\u00e9alit\u00e9 sans jamais entrer en profondeur. Il y a un fantasme sur cette galerie et de nombreuses personnes veulent uniquement en montrer un aspect folklorique.Tu ne peux pas montrer ce lieu sans conna\u00eetre ce que tu veux filmer.  <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Propos recueillis par Aur\u00e9lie Ghalim<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dernier film de Rosine Mbakam, Chez Jolie coiffure (co-produit par le GSARA), dresse le portrait de Sabine et de son salon de coiffure dans le c\u0153ur du quartier Matonge \u00e0 Bruxelles. 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