{"id":3554,"date":"2020-11-23T18:52:41","date_gmt":"2020-11-23T18:52:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gsara.be\/causestoujours\/?p=3554"},"modified":"2020-11-26T12:28:38","modified_gmt":"2020-11-26T12:28:38","slug":"hommage-a-gilbert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/hommage-a-gilbert\/","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Gilbert"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>C&rsquo;est avec tristesse que nous avons appris le d\u00e9c\u00e8s de Gilbert Cardon, personnage central du film de Benjamin Hennot, <em>La jungle \u00e9troite<\/em>. Ce documentaire, co-produit par le GSARA en 2013, nous plonge dans le jardin luxuriant et l&rsquo;esprit malicieux de cet ancien syndicaliste de combat, pilier de l\u2019association Fraternit\u00e9s ouvri\u00e8res, qui aimait clamer \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re bouffer de la merde ensemble que du Bio tout seul \u00bb.<br>Une grande figure de l&rsquo;\u00e9ducation populaire \u00e0 qui nous rendons hommage en compagnie de Benjamin Hennot qui lui d\u00e9die un texte et de la productrice Marie Kervyn (YC Aligator Film). Nous vous proposons de (re)-d\u00e9couvrir <em>L&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire de Gilbert<\/em> et <em>La jungle \u00e9troite<\/em> en acc\u00e8s libre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><br>Par Benjamin Hennot, r\u00e9alisateur de&nbsp;<em>La jungle \u00e9troite<\/em>&nbsp;et de&nbsp;<em>L&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire de Gilbert<\/em>. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Tout moi v\u00e9hicule l&rsquo;esprit des autres : ses id\u00e9es, son souffle, son pass\u00e9.&nbsp;<br>C&rsquo;est seulement gr\u00e2ce \u00e0 cette capacit\u00e9 de migration psychique (&#8230;) que quelque chose comme une communaut\u00e9 est possible. <\/p><cite>Emanuele Coccia,&nbsp;<em>M\u00e9tamorphoses<\/em>, Paris, Payot et Rivages, 2020, p. 134<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Initi\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation par Philippe Simon, j&rsquo;ai finalis\u00e9 en 2013 un documentaire de cr\u00e9ation pr\u00e9sentant l&rsquo;association des Fraternit\u00e9s ouvri\u00e8res \u00e0 travers la personnalit\u00e9 truculente de Gilbert Cardon. Le film s&rsquo;intitule&nbsp;<em>La jungle \u00e9troite<\/em>, que j&rsquo;ai pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 plus de cinquante reprises et qui circule encore. La parole de Gilbert \u00e9tant aussi riche et prodigue que son jardin-verger ou que le grainier de l&rsquo;association, avec l&rsquo;aide de complices, j&rsquo;ai fabriqu\u00e9 un second film,&nbsp;<em>L&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire de Gilbert<\/em>, r\u00e9f\u00e9rence narquoise \u00e0 l&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire d\u00e9di\u00e9 au philosophe fran\u00e7ais Gilles Deleuze. Mais l\u00e0 o\u00f9 Deleuze fabriquait des concepts, Gilbert avait, lui, \u00e9labor\u00e9 une pens\u00e9e bas\u00e9e sur l&rsquo;exp\u00e9rience : une sagesse, une sagesse populaire qui n&rsquo;a rien \u00e0 envier aux penseurs contemporains les plus saillants.<br>C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de ma formation en agriculture biologique que j&rsquo;ai d\u00e9couvert Gilbert et sa compagne Josine aux Fraternit\u00e9s ouvri\u00e8res \u00e0 Mouscron, qui me sont aussit\u00f4t apparues comme le seul endroit d\u00e9sirable en ce domaine, pour la raison tr\u00e8s simple que l&rsquo;association est nourrie de motivations qui pr\u00e9c\u00e8dent et exc\u00e8dent les vagues de la permaculture et du bio. Si les Fraternit\u00e9s ouvri\u00e8res constituent une des plus belles r\u00e9ussites de l&rsquo;\u00e9ducation populaire, c&rsquo;est qu&rsquo;elles sont rest\u00e9es, justement, populaires, se d\u00e9fendant tant de l&rsquo;esth\u00e9tique que des id\u00e9ologies de la classe moyenne.&nbsp;Les Fraternit\u00e9s ouvri\u00e8res sont un monde \u00e0 la texture accueillante, un espace o\u00f9 les milieux populaires se sentent \u00e0 l&rsquo;aise, aux antipodes des lieux fabriqu\u00e9s par et pour les \u00e9lites culturelles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Autonomie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Certes, les Fraternit\u00e9s ouvri\u00e8res proposent une tension vers l&rsquo;autonomie alimentaire, accessible \u00e0 toutes et tous. On peut y apprendre le greffage et la taille des fruitiers, le jardinage en bonne intelligence avec le vivant, la reproduction de semences. Et en combinant les bonnes volont\u00e9s, on peut instaurer des achats group\u00e9s d&rsquo;arbres dont le prix chute alors, ou mettre sur pied un grainier offrant plus de six mille vari\u00e9t\u00e9s de semences. De la vraie richesse.<br>Et il n&rsquo;est pas faux que si s&rsquo;auto-organisait dans chaque quartier un lieu semblablement tourn\u00e9 vers l&rsquo;autonomie (et non la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;industrie), on accueillerait chaque interruption de l&rsquo;\u00e9conomie avec moins de t\u00e9tanie.<br>Cependant, moi, lorsque je participais aux r\u00e9unions de jardinage des Fraternit\u00e9s ouvri\u00e8res, qui sont autant de s\u00e9ances d&rsquo;auto-apprentissage collectif, ce que je notais, c&rsquo;\u00e9taient les r\u00e9flexions de Gilbert, fruits \u00e0 saveur piquante, m\u00fbris tout au long de ses quelque cinquante ann\u00e9es de pratiques syndicales, associatives, horticoles et jardini\u00e8res.<br>Gilbert d\u00e9fendait toujours une conception de l&rsquo;existence partageuse et jouisseuse, o\u00f9 l&rsquo;art de s&rsquo;associer dans la simplicit\u00e9 garantit le bonheur, une sorte d&rsquo;<em>empowerment<\/em>&nbsp;entre pauvres, caract\u00e9ristique de la th\u00e9ologie de la Lib\u00e9ration. La derni\u00e8re C\u00e8ne \u00e9tait d&rsquo;ailleurs un mod\u00e8le que Gilbert actualisait \u00e0 coups de bi\u00e8re de Brunehaut et de conversations \u00e0 b\u00e2tons rompus. Mais l&rsquo;\u00e9pisode o\u00f9 le plus c\u00e9l\u00e8bre des agitateurs expulse les marchands du Temple prenait parfois le dessus. J&rsquo;ai vu des jeunes visiteurs aux dents longues que Gilbert mettait en garde : \u00ab\u00a0Si tu veux te faire du fric, faut pas venir ici !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Passeur<\/strong><br><br>Si notre \u00e9poque ne manque pas de sp\u00e9cialistes, d&rsquo;experts et autres cr\u00e9atures de silos, en revanche, elle manque cruellement de sagesse, et de sages. S&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait hostile \u00e0 toute reconnaissance, Gilbert aurait m\u00e9rit\u00e9 le titre de \u00ab\u00a0ma\u00eetre\u00a0\u00bb, un ma\u00eetre dans l&rsquo;art de lier, mieux : un ma\u00eetre \u00e8s relations intersp\u00e9cifiques.<br>\u00ab\u00a0Le but premier, disait-il, ce n&rsquo;est pas de transmettre des savoirs de jardinage, des savoirs techniques, des savoirs bio. Le but premier, c&rsquo;est au niveau des relations entre les gens. Mais je ne croyais jamais arriver \u00e0 des relations avec des plantes, avec des semis, avec la nature&#8230; ah \u00e7a, non! C&rsquo;est une d\u00e9couverte progressive. Au d\u00e9part, c&rsquo;\u00e9tait au niveau des relations humaines, le reste, je ne m&rsquo;y attendais pas, c&rsquo;\u00e9tait secondaire. Maintenant, je mets tout \u00e7a ensemble!\u00a0\u00bb (<em>L&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire de Gilbert<\/em>, \u00ab\u00a0R\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0relation\u00a0\u00bb).<br>Dans son jardin d&rsquo;\u00e0 peine quinze ares, qui s&rsquo;offre comme une exp\u00e9rience immersive d&rsquo;initiation \u00e0 l&rsquo;abondance, on compte plus de deux mille fruitiers, des millions de bact\u00e9ries, d&rsquo;innombrables insectes, des oiseaux ; dans les locaux de l&rsquo;association, entre les milliers de semences, on croise des membres, des amis,&nbsp;de la famille et la centaine de visiteurs hebdomadaires &#8211; jardiniers curieux venus de Lille, Gand ou Verviers. Devenu passeur entre les r\u00e8gnes, devenu sorcier de la coop\u00e9ration intersp\u00e9cifique, Gilbert passait sa vie \u00e0 intensifier le tissage entre toutes ces formes de vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M\u00eame pas mort<\/strong><br><br>Un arbre qu&rsquo;on abat poursuit sa vie souterraine ; comment une existence aux rhizomes si vigoureux s&rsquo;interromprait-elle avec la mort clinique de l&rsquo;individu ? Gilbert n&rsquo;avait-il pas lui-m\u00eame envisag\u00e9 sereinement la prolongation de la vie qui l&rsquo;animait sous d&rsquo;autres formes vivantes ?<br>\u00ab\u00a0Je sais que toute chose meurt et rena\u00eet ; \u00e7a, j&rsquo;y crois profond\u00e9ment. Et c&rsquo;est malheureux, je trouve, qu&rsquo;il faut des cercueils qu&rsquo;il faut prot\u00e9ger. Moi j&rsquo;aimerais mieux \u00eatre enterr\u00e9 dans mon jardin, directement servir de nourriture et d&rsquo;\u00eatre recycl\u00e9. Pourquoi priver les vers de terre et les bact\u00e9ries de 130 kilos ?\u00a0\u00bb (<em>La jungle \u00e9troite<\/em>)<br>Consid\u00e9rant son corps comme l&rsquo;enveloppe transitoire d&rsquo;une Vie qui se red\u00e9ploie \u00e0 l&rsquo;infini,&nbsp;Gilbert n&rsquo;avait pas attendu&nbsp;les publications&nbsp;d&rsquo;Emanuele Coccia pour adopter une vision panth\u00e9iste de l&rsquo;existence. \u00ab\u00a0Nous ne pouvons que devenir d&rsquo;autres vivants\u00a0\u00bb, \u00e9crit Coccia dans&nbsp;<em>M\u00e9tamorphoses<\/em>.&nbsp;\u00ab\u00a0M\u00eame la cr\u00e9mation semble nous donner l&rsquo;illusion que notre corps restera intouchable, alors qu&rsquo;il sera, dans ce cas aussi, nourriture pour d&rsquo;autres &#8211; en premier lieu des arbres qui s\u00e9questrent tout le carbone qui se lib\u00e8rera de notre corps\u00a0\u00bb (Emanuele Coccia, p.127).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Arbre de transmission<\/strong><br><br>Il n&rsquo;y a pas que la vie cellulaire, mol\u00e9culaire, biologique, qui se recompose ind\u00e9finiment. La pens\u00e9e, la forme-de-vie, l&rsquo;esprit aussi. Ainsi la pens\u00e9e de Gilbert ne cesse-t-elle de percoler. Combien de collectifs de jardiniers, combien de permaculteurs sont venus se frotter aux orties de Gilbert-tseu ? Le film&nbsp;<em>La jungle \u00e9troite<\/em>, depuis sa sortie en 2013, n&rsquo;a cess\u00e9 de circuler, d&rsquo;associations de jardiniers en squat qu\u00e9b\u00e9cois, de s\u00e9minaire bruxellois en colloque li\u00e9geois, en passant par des journ\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes organis\u00e9es par \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9cole de la terre\u00a0\u00bb dans le Limousin.<br>S&rsquo;il int\u00e9resse les universitaires, les philosophes, les collectifs et tous ceux et celles qui se posent des questions, c&rsquo;est que Gilbert ne s&rsquo;est jamais arr\u00eat\u00e9 de penser, en d\u00e9fiant constamment le monde-tel-qu&rsquo;il-ne-va-pas. Esprit finement critique, \u00e0 la fois provocateur et accueillant, avec un sens de la formule consomm\u00e9 et un talent de conteur \u00e9difiant, Gilbert \u00e9tait une conf\u00e9rence gesticul\u00e9e permanente. Qui nous manquera.<br>S&rsquo;il suscite une telle attention, c&rsquo;est aussi que Gilbert r\u00e9pondait, en paroles et en actes, au&nbsp;probl\u00e8me anthropologique central de la Modernit\u00e9 occidentale : la s\u00e9paration cat\u00e9gorique entre l&rsquo;humain et la nature, sur laquelle se sont construits aussi bien le lib\u00e9ralisme que le marxisme &#8211; les premiers r\u00e9duisant la nature \u00e0 de la valeur marchande, les seconds \u00e0 de la valeur d&rsquo;usage.<br>Depuis que Philippe Descola a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 cette impasse dans son livre&nbsp;<em>Par del\u00e0 nature et culture<\/em>, les marxiens les plus ouverts s&rsquo;efforcent de penser les relations entre l&rsquo;humain et le non-humain. A Vinciane Despret, qui venait de publier&nbsp;<em>Habiter en oiseau<\/em>, je racontais la relation de complicit\u00e9 que Gilbert entretenait avec les oiseaux de son jardin, tel qu&rsquo;il le raconte dans&nbsp;<em>L&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire de Gilbert<\/em>, \u00e0 la lettre \u00ab\u00a0B\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0Belle mort\u00a0\u00bb : Gilbert avait pos\u00e9 des pots remplis de bi\u00e8re pour pi\u00e9ger les limaces ; les oiseaux s&rsquo;y sont abreuv\u00e9s, et lorsque Gilbert revient au jardin, il remarque tr\u00e8s vite quelque chose d&rsquo;inhabituel dans leur comportement, comme on le ferait avec tout proche compagnon.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jamais malade<\/strong><br><br>Lorsqu&rsquo;on s&rsquo;enqu\u00e9rait avec trop d&rsquo;insistance de sa sant\u00e9, Gilbert s&rsquo;en indignait comiquement : \u00ab\u00a0On est dans un hospice de vieux, ici, ou quoi ?\u00a0\u00bb<br>Le lecteur curieux trouvera, dans&nbsp;<em>L&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire de Gilbert<\/em>, quelques fragments o\u00f9 Gilbert met en \u00e9vidence, \u00e0 coups d&rsquo;anecdotes cocasses, l&rsquo;indigence fondamentale de la m\u00e9decine m\u00e9caniste, qui pr\u00e9tend soigner des corps sans s&rsquo;occuper de leur \u00e9tat psychique &#8211; tout en prescrivant du placebo \u00e0 tours de bras.<br>Gilbert ne manquait jamais de pointer l&rsquo;importance du mental. Se tenir, toujours, du c\u00f4t\u00e9 de la vitalit\u00e9. Se pr\u00e9server de l&rsquo;imaginaire de la maladie. Ainsi Gilbert disait-il en substance que \u00ab\u00a0ceux qui choisissent du bio en pensant \u00e0 leur sant\u00e9 sont obs\u00e9d\u00e9s par la mort\u00a0\u00bb. Quoi de plus morbide en effet que de r\u00e9duire les plaisirs de la table \u00e0 une nomenclature d&rsquo;alicaments ? Gilbert voyait bien ce qu&rsquo;il y avait de mortif\u00e8re dans cette d\u00e9gradation di\u00e9t\u00e9tico-sanitaire de l&rsquo;art culinaire et du savoir-ripailler : se nourrir doit \u00eatre une f\u00eate, une communion heureuse. Face aux puristes venus s&rsquo;extasier devant la biodiversit\u00e9 vertigineuse du jardin-verger et du grainier, il avait pris l&rsquo;habitude de lancer cette cinglante confession : \u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e8re bouffer de la merde ensemble que du Bio tout seul\u00a0\u00bb.<br>Dans une soci\u00e9t\u00e9 qui ressemble de plus en plus \u00e0 un grand h\u00f4pital un brin carc\u00e9ral, la parole de Gilbert ne cessera de nous faire du bien \u00e0 l&rsquo;\u00e2me. Dans un monde funeste o\u00f9 l&rsquo;on incite tout un chacun \u00e0 se consid\u00e9rer et \u00e0 se traiter comme un malade, Gilbert restera le plus roboratif des viatiques.<br>Le moindre des hommages que l&rsquo;on puisse lui rendre serait de faire consister la vie, et de s&rsquo;organiser contre les tendances funestes qui pr\u00e9tendent nous assigner \u00e0 la&nbsp;<em>t\u00e9l\u00e9vie<\/em>&nbsp;au nom de la pure survie clinique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Communaut\u00e9<\/strong><br><br>L&rsquo;ali\u00e9n\u00e9 contemporain n&rsquo;a pas lien : uniquement des possessions et des attributs, que la mort lui enl\u00e8vera d\u00e9finitivement! Aussi l&rsquo;individu lib\u00e9ral, essentiellement narcissique, est-il p\u00e9trifi\u00e9 d&rsquo;angoisse face \u00e0 la mort, jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00eaver d&rsquo;immortalit\u00e9 (pour les plus nantis).&nbsp;Celui qui est li\u00e9 \u00e0 des multitudes vivantes ne redoute gu\u00e8re la mort : sa vie se prolonge autant dans ses \u00e9mules et ses amis que dans les arbres qu&rsquo;il a plant\u00e9s.<br>L&rsquo;avenir de l&rsquo;association ? L&rsquo;avenir du jardin-verger ? L&rsquo;avenir du grainier ? Ma\u00eetre Gilbert ne s&rsquo;en souciait gu\u00e8re : \u00ab\u00a0Plusieurs m&rsquo;ont pos\u00e9 la question du suivi. Mais des personnes m&rsquo;ont dit : toute chose na\u00eet et meurt. Alors depuis, je ne m&rsquo;en fais plus. Il faut peut-\u00eatre m\u00eame que je m&rsquo;en aille pour que quelque chose de nouveau red\u00e9marre et peut-\u00eatre quelque chose de mieux, et donc, la question ne se pose plus\u00a0\u00bb (<em>La jungle \u00e9troite<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Benjamin Hennot<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;AB\u00c9C\u00c9DAIRE DE GILBERT<\/strong><br>Benjamin Hennot<br>52&prime; &#8211; Belgique &#8211; 2013<br>Produit par Benjamin Hennot<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-vimeo wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/138726097?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"640\" height=\"372\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Gilbert Cardon a \u00e9t\u00e9 ouvrier-syndicaliste pendant trente ans, ce qui lui a notamment valu de se retrouver sur les listes noires de toutes les usines du nord de la France. Il y a quarante ans, avec sa femme Josine et d&rsquo;autres amis, ils ont fond\u00e9 Fraternit\u00e9s Ouvri\u00e8res. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;association propose des r\u00e9unions de jardinage et un grainier riche de plus de 6.500 vari\u00e9t\u00e9s de semences. Elle entretient aussi un luxuriant jardin-verger exp\u00e9rimental, en plein centre de Mouscron (Hainaut, Belgique), qui compte plus de 2.000 arbres fruitiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ab\u00e9c\u00e9daire lui donne l&rsquo;occasion d&rsquo;aborder divers sujets en rapport avec leur savoir-faire, leurs pratiques (en agriculture non conventionnelle, bio ou permaculture) et leur philosophie de vie.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>LA JUNGLE \u00c9TROITE (p.p.c.m)<\/strong><br>Benjamin Hennot<br>57&prime; &#8211; Belgique &#8211; 2013<br>Produit par Underworld, CPC, GSARA. Avec le soutien de la F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-vimeo wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/72327775?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"640\" height=\"360\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019association mouscronnoise \u00ab\u00a0Fraternit\u00e9s ouvri\u00e8res\u00a0\u00bb, aujourd\u2019hui, ce sont des jardins-vergers sauvages, un grainier comptant six mille vari\u00e9t\u00e9s de semences, des cours et des ateliers gratuits. Son passeur, porte-parole et cheville ouvri\u00e8re, c\u2019est Gilbert. Tous les jardiniers curieux de Lille, Bruxelles ou Gand, tous ceux et celles qui veulent lier social et jardinage passent l\u00e0 pour se frotter \u00e0 sa parole et \u00e0 son jardin, roboratifs et luxuriants. Et lui, l\u2019ancien d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical, il leur dit : \u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e8re bouffer de la merde \u00e0 plusieurs plut\u00f4t que de manger du bon tout seul\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Benjamin Hennot, r\u00e9alisateur de \u00ab\u00a0La jungle \u00e9troite\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0L&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire de Gilbert\u00a0\u00bb. <\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":3555,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[197,196,198],"class_list":["post-3554","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-uncategorized","tag-fraternites-ouvrieres","tag-gilbert-cardon","tag-jungle-etroite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3554","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3554"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3554\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3618,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3554\/revisions\/3618"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3555"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3554"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3554"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3554"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}