{"id":3575,"date":"2020-11-15T10:28:07","date_gmt":"2020-11-15T10:28:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gsara.be\/causestoujours\/?p=3575"},"modified":"2020-11-25T11:53:27","modified_gmt":"2020-11-25T11:53:27","slug":"taxe-gafa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/taxe-gafa\/","title":{"rendered":"Taxe GAFA : enjeux et d\u00e9fis"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Un an apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/www.gsara.be\/causestoujours\/comment-taxer-les-geants-du-web\/\">l\u2019entretien<\/a> qu\u2019il nous avait accord\u00e9, Eduardo Traversa fait le point avec nous sur les \u00e9volutions des n\u00e9gociations en cours sur la taxe GAFA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>En octobre dernier, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, dans sa d\u00e9claration de politique g\u00e9n\u00e9rale, a annonc\u00e9 son intention de s\u2019emparer de la question de la taxe GAFA d\u2019ici 2023, sans accord au niveau de l\u2019OCDE ou europ\u00e9en d\u2019ici l\u00e0.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un peu le jeu des poup\u00e9es russes. Il y a le niveau de l\u2019OCDE, et puis de l\u2019Union Europ\u00e9enne, et puis enfin celui de la Belgique. L\u2019enjeu de la taxe GAFA, c\u2019est qu\u2019on part du constat qu\u2019il y a certaines soci\u00e9t\u00e9s qui sont en situation de quasi-monopole, et dont les b\u00e9n\u00e9fices tr\u00e8s importants ne sont pas capt\u00e9s par un imp\u00f4t pour des questions d\u2019inadaptations des r\u00e8gles fiscales. Toutefois, il faut pouvoir adopter une nouvelle mesure dans une politique fiscale coh\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un point de vue de la d\u00e9claration, 2023, c\u2019est une \u00e9ternit\u00e9 \u00e0 ce niveau-l\u00e0. La d\u00e9claration est plus symbolique qu\u2019autre chose. Le plus important, c\u2019est que la position de la Belgique soit tr\u00e8s claire et qu\u2019elle ne freine pas. Au cours de la derni\u00e8re l\u00e9gislation, elle avait \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re au niveau europ\u00e9en \u00e0 adopter un ambitieux plan sur l\u2019\u00e9vasion fiscale.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Quid d\u2019une solution nationale en Belgique ? La d\u00e9put\u00e9e Vanessa Matz a fait une proposition dans ce sens en 2019.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce faisant, elle a repris la proposition de la commission de 2018 qu\u2019elle a adapt\u00e9e. C\u2019est important pour donner soutien \u00e0 la proposition au niveau europ\u00e9en que les parlements nationaux fassent leur boulot. Donc la proposition, symboliquement, elle est importante parce qu\u2019elle montre que d\u2019un point de vue belge, on veut r\u00e9fl\u00e9chir sur la mani\u00e8re d\u2019affronter la th\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je crois qu\u2019il faut la voir aussi comme un point de d\u00e9part. Depuis cette proposition de 2018, les choses ont un peu \u00e9volu\u00e9. L\u2019id\u00e9e est de s\u2019inscrire dans une logique europ\u00e9enne. Et donc, si la commission revoit sa proposition originaire, la Belgique va probablement devoir revoir la sienne. C\u2019est donc important de d\u00e9poser cette proposition pour pouvoir lancer le d\u00e9bat. Quand Vanessa Matz l\u2019a fait, elle a eu quelques soutiens de la part de parlementaires. Et en termes de faisabilit\u00e9, d\u2019incidence, il y a eu un avis de l\u2019administration des Finances, mais je trouve dommage le fait que cela n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 pris s\u00e9rieusement par le gouvernement. Cr\u00e9er un imp\u00f4t nouveau, c\u2019est difficile. Pour des raisons li\u00e9es \u00e0 l\u2019opinion publique, mais aussi pour des motifs techniques. Ce n\u2019est pas \u00e9vident de rendre un imp\u00f4t efficace. Ce qu\u2019il faut donc vraiment, c\u2019est s\u2019assurer de sa faisabilit\u00e9, et donc c\u2019est important qu\u2019il y ait une intervention gouvernementale, et surtout que l\u2019administration puisse s\u2019emparer de la proposition, et discuter avec les partis int\u00e9ress\u00e9s, sur la meilleure mani\u00e8re de mettre en \u0153uvre cette taxe.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Ce travail n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cela a \u00e9t\u00e9 un peu fait dans la mesure o\u00f9 l\u2019administration a pu rendre un avis assez d\u00e9taill\u00e9, qui a fait en sorte que Vanessa Matz a adapt\u00e9 sa proposition. C\u2019\u00e9tait une tr\u00e8s bonne chose. Mais il faudrait une concertation beaucoup plus grande, d\u00e8s le d\u00e9part. C\u2019est important que parlement et administration puissent travailler de mani\u00e8re beaucoup plus proche, beaucoup plus intense. Cela passe par le gouvernement. Il n\u2019y a pas vraiment eu de soutien gouvernemental \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>L\u2019Open VLD \u00e9tait le plus oppos\u00e9 \u00e0 cette proposition, parti du Premier Ministre actuel.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi je disais qu\u2019il faudrait lire la d\u00e9claration gouvernementale comme une position de principe plut\u00f4t que comme une promesse de la mettre en \u0153uvre. L\u2019Open VLD est, traditionnellement, le parti le plus anti-imp\u00f4t et est contre tout type de nouvelle forme d\u2019imposition et syst\u00e9matiquement pour toute baisse d\u2019imp\u00f4t. C\u2019est dans son ADN et c\u2019est difficile d\u2019imaginer qu\u2019il va soutenir, sauf contraint et forc\u00e9 dans le cadre d\u2019une harmonisation europ\u00e9enne, la cr\u00e9ation de cette taxe.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Et, justement, au niveau international, o\u00f9 en est-on&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Avec la crise sanitaire, on ne peut pas dire que la fiscalit\u00e9 du digital est rest\u00e9e LA priorit\u00e9 des gouvernements. Des n\u00e9gociations continuent \u00e0 avoir lieu. Ce que l\u2019on constate, en particulier au niveau de l\u2019OCDE, c\u2019est que les pays ont tendance \u00e0 s\u2019\u00e9loigner des taxations des entreprises digitales uniquement, pour travailler sur une r\u00e9forme beaucoup plus g\u00e9n\u00e9rale, sur la mani\u00e8re dont les \u00e9tats se r\u00e9partissent la comp\u00e9tence de l\u2019imposition sur les b\u00e9n\u00e9fices des multinationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci \u00e9tant dit, cela n\u2019emp\u00eache pas certains \u00e9tats d\u2019avoir adopt\u00e9 des imp\u00f4ts qui sont exclusivement ax\u00e9s sur certaines op\u00e9rations r\u00e9alis\u00e9es par des entreprises digitales, comme l\u2019Autriche, la France, ou l\u2019Italie. Mais cela reste une minorit\u00e9. Et l\u2019espoir de beaucoup de pays est d\u2019arriver \u00e0 un consensus international. C\u2019est aussi la position de l\u2019Union europ\u00e9enne. L\u2019objectif g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est de donner plus de pouvoir d\u2019imposition aux juridictions dites de march\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019endroit des pays d\u2019o\u00f9 sont issus les consommateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La plus grande avanc\u00e9e se situe au niveau des services de vid\u00e9os \u00e0 la demande, dits VOD. Il faut savoir qu\u2019il y a un cadre europ\u00e9en des services audiovisuels, dont des directives qui r\u00e8glent diff\u00e9rents aspects des services de m\u00e9dias, cadre \u00e9dict\u00e9 en 2018 et en train d\u2019\u00eatre mis en \u0153uvre par diff\u00e9rents amendements. Il est notamment pr\u00e9vu que les services audiovisuels via internet peuvent \u00eatre soumis \u00e0 l\u2019obligation de contribuer directement dans les productions, soit de contribuer dans un fonds. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une logique purement fiscale.<\/p>\n\n\n\n<p>On parle d\u2019un segment, mais les choses bougent quand m\u00eame. Et avec la Covid, il s\u2019agit d\u2019un segment en pleine expansion. Cela montre que l\u2019Union europ\u00e9enne et les \u00c9tats membres sont en train de r\u00e9guler, sous une forme particuli\u00e8re des g\u00e9ants du Net, en leur imposant des contraintes. On peut penser \u00e0 Netflix, mais aussi \u00e0 Disney+, et Amazon Prime par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Comment l\u2019Europe a r\u00e9ussi \u00e0 mettre cela en place&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019est bas\u00e9e sur un cadre existant. Depuis longtemps, l\u2019obligation existe pour les diff\u00e9rents op\u00e9rateurs de m\u00e9dia de contribuer \u00e0 la production audiovisuelle. Ce qui a \u00e9t\u00e9 fait, c\u2019est d\u2019\u00e9tendre cette obligation sur base des \u00e9volutions technologiques. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, en Autriche, le cadre de la taxe sur la publicit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu sur internet.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la taxation des GAFA, le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019un imp\u00f4t nouveau. C\u2019est toujours plus facile d\u2019\u00e9tendre ce qui existe que de cr\u00e9er quelque chose de nouveau. Et puis \u00e9videmment, il y a aussi des raisons g\u00e9opolitiques. On parle d\u2019entreprises essentiellement am\u00e9ricaines.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>A ce propos, que peut-on attendre du changement de pr\u00e9sidence am\u00e9ricaine&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aura certainement moins d\u2019agressivit\u00e9. Joe Biden est beaucoup plus multilat\u00e9raliste que le pr\u00e9sident sortant. Les \u00c9tats-Unis vont probablement recommencer \u00e0 n\u00e9gocier au niveau de l\u2019OCDE. Mais il ne faut pas oublier qu\u2019ils ont toujours \u00e9t\u00e9 unilat\u00e9ralistes. Sauf, dans une moindre mesure, sous Obama, ils ont sign\u00e9 tr\u00e8s peu d\u2019accords internationaux. Il ne faut pas penser que du jour au lendemain, ils vont signer un accord d\u00e9favorable aux entreprises am\u00e9ricaines.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Pour revenir \u00e0 l\u2019Europe, en juillet dernier, la justice europ\u00e9enne a cass\u00e9 la d\u00e9cision de la Commission, donnant raison \u00e0 Apple. Comment comprendre cette d\u00e9cision&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8rement, ce n\u2019est pas d\u00e9finitif puisqu\u2019un appel a \u00e9t\u00e9 introduit. Mais la position de la Commission est compliqu\u00e9e puisqu\u2019elle a perdu trois recours sur quatre. On verra ce que dira l\u2019appel. Si encore une fois, la commission est d\u00e9bout\u00e9e, il faudra se demander si sa strat\u00e9gie \u00e9tait la bonne. Et se demander aussi si l\u2019outil fiscal est le meilleur outil pour r\u00e9guler le comportement des soci\u00e9t\u00e9s multinationales&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, je pense que cela passe davantage par des r\u00e8gles en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9s intellectuelles et de protection de vie priv\u00e9e. En obligeant, par exemple, des soci\u00e9t\u00e9s multinationales \u00e0 informer l\u2019utilisateur des donn\u00e9es dont elles disposent et de permettre \u00e0 l\u2019utilisateur de ne pas consentir \u00e0 la diffusion de ces donn\u00e9es. En mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9s intellectuelles, il faudrait que les logiciels et brevets utilis\u00e9s ne soient pas exclusifs. Il faut permettre \u00e0 l\u2019ensemble des autres entreprises pr\u00e9sentes sur le march\u00e9 d\u2019utiliser les m\u00eames logiciels et les m\u00eames droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Il s\u2019agit donc de revoir le droit \u00e0 la concurrence, et le droit de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qui, pour l\u2019instant, est beaucoup trop protecteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Un moment donn\u00e9, il faut mieux utiliser les outils existants, ou autrement. Par exemple, quand une entreprise arrive \u00e0 une certaine taille, il faut lui interdire de racheter des concurrents, r\u00e9els ou potentiels. Cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait. Facebook qui rach\u00e8te Whatsapp, c\u2019est probl\u00e9matique. Le droit \u00e0 la concurrence peut \u00eatre mieux utilis\u00e9 pour limiter certains exc\u00e8s. Et c\u2019est une comp\u00e9tence exclusive de la Commission. Son pouvoir est total en la mati\u00e8re. Comme en 2005, o\u00f9 elle a bloqu\u00e9 une fusion entre Honeywell et General Electric, ou en 2019, entre Siemens et Alstom. C\u2019est donc un outil tr\u00e8s puissant entre les mains de la Commission europ\u00e9enne, qu\u2019il faut adapter au digital. Le probl\u00e8me, c\u2019est que la Commission a une jurisprudence qui est bas\u00e9e sur le volume des parts de march\u00e9. Et les r\u00e8gles en mati\u00e8re de d\u00e9termination du march\u00e9 ne sont pas adapt\u00e9es \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s qui peuvent, du jour au lendemain, envahir un march\u00e9 sur lequel elles ne sont pas pr\u00e9sentes, qui n\u2019ont pas de chiffres d\u2019affaires \u00e9normes, comme Whatsapp, et qui n\u2019ont pas de position dominante sur un march\u00e9 donn\u00e9. Il faut donc adapter les crit\u00e8res par rapport \u00e0 ce que l\u2019on conna\u00eet actuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce n\u2019est qu\u2019ensuite que l\u2019aspect fiscal peut alors suivre. Il faut s\u2019assurer que les b\u00e9n\u00e9fices qui sont g\u00e9n\u00e9r\u00e9s dans un pays ne puissent pas librement se retrouver par un, deux, trois, quatre passages dans un paradis fiscal, ou dispara\u00eetre compl\u00e8tement de la carte. Il y a des r\u00e8gles de coordination qui doivent \u00eatre adopt\u00e9es. Mais ce n\u2019est pas par la fiscalit\u00e9 uniquement qu\u2019on va r\u00e9soudre la question de la r\u00e9gulation des soci\u00e9t\u00e9s multinationales. Il y a plusieurs outils et il faut tous les utiliser.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>En quoi une meilleure taxation fiscale peut aider \u00e0 lutter contre l\u2019optimisation fiscale&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le m\u00eame combat dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019optimiser la coordination entre syst\u00e8mes fiscaux nationaux. Dans les deux cas, il faut un meilleur \u00e9change d\u2019informations, ce qui va \u00eatre utile pour lutter \u00e0 la fois contre des ph\u00e9nom\u00e8nes de fraude et d\u2019optimalisation. Et puis, il faut aussi adopter des r\u00e8gles communes pour rendre inutiles ou inefficaces des tentatives d\u2019optimisation. Par exemple, et l\u2019OCDE et la Commission travaillent dessus pour le moment, il y a toute une s\u00e9rie de r\u00e8gles qui autorisent le transfert de paiements d\u2019un pays \u00e0 un autre sans que ce paiement ne soit tax\u00e9 dans le pays de la soci\u00e9t\u00e9 qui paie. Pourquoi&nbsp;? Parce que des r\u00e8gles internationales, des directives europ\u00e9ennes concernant des int\u00e9r\u00eats ou des redevances, sont bas\u00e9es sur l\u2019id\u00e9e que, th\u00e9oriquement, le paiement sera impos\u00e9 dans le pays qui re\u00e7oit le paiement parce qu\u2019on veut \u00e9viter la double imposition. Mais, il faut savoir que certaines de ces r\u00e8gles ne contiennent pas la condition que le paiement soit effectivement impos\u00e9 dans le pays du b\u00e9n\u00e9ficiaire. Cela doit changer. L\u2019\u00e9tat de la soci\u00e9t\u00e9 qui paie doit limiter les cas o\u00f9 il n\u2019impose pas ce paiement aux situations o\u00f9 ce dernier est effectivement impos\u00e9 dans le pays de la soci\u00e9t\u00e9 qui re\u00e7oit. Cela semble logique, mais ce n\u2019est pas le cas pour le moment. Tant que ces conditions ne sont pas impos\u00e9es, cela reste toujours tr\u00e8s efficace pour toute soci\u00e9t\u00e9 multinationale de faire en sorte de transf\u00e9rer toute une s\u00e9rie de b\u00e9n\u00e9fices sous la forme de paiement divers vers les pays qui ne taxent pas. Changer, cela permettrait de rendre inutile le recours aux paradis fiscaux. Mais le probl\u00e8me des paradis fiscaux n\u2019est pas que fiscal. Il y a un probl\u00e8me en termes d\u2019opacit\u00e9, d\u2019argent noir, provenant de la criminalit\u00e9 organis\u00e9e et du terrorisme, etc. La transparence des paradis fiscaux est aussi un vrai enjeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l\u2019aspect purement fiscal, on ne pourra jamais interdire \u00e0 un \u00c9tat de ne pas avoir d\u2019imp\u00f4t des soci\u00e9t\u00e9s. Mais ce qu\u2019on peut faire, c\u2019est dire \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 qui a recours \u00e0 un pays dont le taux d\u2019imposition est inexistant ou inf\u00e9rieur, qu\u2019elle sera tax\u00e9e dans le pays o\u00f9 elle r\u00e9alise le paiement.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Certains en Europe craignent que la taxe GAFA entrave les start-up naissantes. \u00c0 ce propos, la faillite r\u00e9cente de FNG, dans des conditions de fraude fiscale, interroge sur la strat\u00e9gie europ\u00e9enne. Qu\u2019en est-il du dynamisme europ\u00e9en en la mati\u00e8re&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je crois peu que l\u2019outil fiscal est la cause. Peut-\u00eatre qu\u2019il participe \u00e0 l\u2019ambiance g\u00e9n\u00e9rale, mais le fait que des start-up sont moins dynamiques en Europe qu\u2019en Californie, ce n\u2019est pas une question de fiscalit\u00e9. Par d\u00e9finition, une start-up, au d\u00e9but, elle n\u2019a que des d\u00e9penses, donc elle n\u2019est pas tax\u00e9e. La question est de savoir le r\u00e9gime de l\u2019\u00e9ventuelle plus-value quand elle est revendue. On revient \u00e0 la question du droit \u00e0 la concurrence. Si on veut limiter l\u2019impact de certains g\u00e9ants du web, est-ce qu\u2019il faut faciliter la revente de start-up aux GAFA? C\u2019est le r\u00eave de tout entrepreneur de revendre sa start-up quelques millions d\u2019euros. Mais dans une logique de politique d\u2019\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale, est-ce que c\u2019est positif&nbsp;? Que syst\u00e9matiquement, toute innovation aille grossir les gros&nbsp;? Et l\u00e0, il y a enjeu fiscal aussi. Est-ce qu\u2019on doit exon\u00e9rer les plus-values des start-up qui revendent \u00e0 ces g\u00e9ants&nbsp;? Ou ne vaut-il pas mieux trouver des m\u00e9canismes pour que ces start-up puissent grandir et se d\u00e9velopper elles-m\u00eames&nbsp;? Et \u00e9ventuellement, par des incitants fiscaux. Il faut voir de quel c\u00f4t\u00e9 on est, et quel int\u00e9r\u00eat on d\u00e9fend. Il y a une question culturelle aussi. En Europe, il faut pouvoir cr\u00e9er des lieux g\u00e9ographiques o\u00f9 des innovateurs se rencontrent et d\u00e9veloppent des id\u00e9es, et les accompagner avec un syst\u00e8me rapide de financement. Aux \u00c9tats-Unis, on finance les initiatives \u00e9conomiques essentiellement par du capital \u00e0 risque. Ici, on passe plut\u00f4t par un financement par les banques, qui n\u2019est pas rapide et qui ne participe pas aux risques. Les banques ont tendance \u00e0 pr\u00eater avec des garanties, et quand on est une start-up, on ne peut pas donner ces garanties. La question, c\u2019est comment faire pour avoir acc\u00e8s \u00e0 un financement rapide pour des petites soci\u00e9t\u00e9s qui pr\u00e9sentent un risque.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Pour finir, l\u2019OCDE a r\u00e9cemment annonc\u00e9 un d\u00e9lai suppl\u00e9mentaire avant d\u2019arriver \u00e0 un accord et renvoie au printemps 2021. Peut-on esp\u00e9rer qu\u2019une solution soit trouv\u00e9e d\u2019ici l\u00e0&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019OCDE vient de publier deux rapports sur les deux grandes actions qu\u2019elle se propose de d\u00e9finir, appel\u00e9e <em>Pilier 1<\/em> et <em>Pilier 2<\/em>. \u00c0 mon avis, il y a plus de chances de parvenir un accord sur le second, qui s\u2019occupe de la question des r\u00e8gles anti-abus. Cela permettrait aux \u00e9tats d\u2019intervenir quand des paiements sont effectu\u00e9s vers des pays qui taxent en-dessous d\u2019un certain montant Mais la r\u00e9forme fondamentale de l\u2019imposition des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 l\u2019on cr\u00e9erait une base imposable dans l\u2019\u00e9tat du march\u00e9, dans l\u2019\u00e9tat des consommateurs, cela va \u00eatre tr\u00e8s compliqu\u00e9. Mais on ne sait jamais. Il y a toujours des choses impr\u00e9visibles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Propos recueillis par Nadid Belaatik<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un an apr\u00e8s l\u2019entretien qu\u2019il nous avait accord\u00e9, Eduardo Traversa fait le point avec nous sur les \u00e9volutions des n\u00e9gociations en cours sur la taxe GAFA En octobre dernier, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, dans sa d\u00e9claration de politique g\u00e9n\u00e9rale, a annonc\u00e9<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":3581,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3575","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3575","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3575"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3575\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3611,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3575\/revisions\/3611"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3581"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3575"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3575"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3575"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}