{"id":3666,"date":"2021-04-07T14:16:59","date_gmt":"2021-04-07T13:16:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.causestoujours.be\/?p=3666"},"modified":"2021-04-21T14:24:04","modified_gmt":"2021-04-21T13:24:04","slug":"ecole-et-culture-leducation-au-cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/ecole-et-culture-leducation-au-cinema\/","title":{"rendered":"\u00c9cole et culture. Quelle \u00e9ducation au cin\u00e9ma en F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Genevi\u00e8ve Van Cauwenberge, docteur en Philosophie et Lettres de l\u2019ULi\u00e8ge et PhD en \u00e9tudes cin\u00e9matographiques de la New York University, a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Li\u00e8ge les premiers cours sur le cin\u00e9ma documentaire. Elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 charg\u00e9e des cours de Didactique des arts du spectacle et d&rsquo;Education aux m\u00e9dias (ULB &amp; ULi\u00e8ge). Dans cet entretien, Van Cauwenberge revient sur le d\u00e9veloppement de la politique \u00e9ducative en mati\u00e8re de cin\u00e9ma, impuls\u00e9e par le monde culturel qui \u0153uvra d\u00e8s les ann\u00e9es 1960 pour une transmission cin\u00e9matographique. Aujourd&rsquo;hui inscrite dans les programmes scolaires, l&rsquo;\u00e9ducation au cin\u00e9ma suscite diff\u00e9rentes tensions p\u00e9dagogiques et r\u00e9pond \u00e0 diff\u00e9rentes finalit\u00e9s didactiques. Est-ce que celle-ci, pour autant, occupe une place privil\u00e9gi\u00e9e au sein de l&rsquo;\u00e9cole ? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9ducation au cin\u00e9ma en F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles : diff\u00e9rentes conceptions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, Le Conseil Sup\u00e9rieur de l\u2019Education aux M\u00e9dias a constitu\u00e9 un <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.csem.be\/sites\/default\/files\/files\/http___www_csem_cfwb_be_index_php_eID%3Dtx_nawsecuredl%26u%3D0%26file%3Dfileadmin_sites_cem_upload_cem_super_editor_cem_editor_publications_repertoire_cinema_ROC_2013.pdf\" target=\"_blank\">r\u00e9pertoire<\/a> des intervenants dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma en F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles. La lecture de ce document, disponible en ligne et qui repose sur des informations fournies par les op\u00e9rateurs eux-m\u00eames, fait appara\u00eetre la richesse et la multiplicit\u00e9 des formations propos\u00e9es. Il peut d\u00e9concerter de prime abord par l\u2019\u00e9clatement apparent du champs dont il semble t\u00e9moigner, n\u00e9anmoins, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s et au risque de simplifier un peu, il est l\u2019expression de deux conceptions diff\u00e9rentes du cin\u00e9ma en fonction desquelles les diverses initiatives d\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma peuvent \u00eatre cat\u00e9goris\u00e9es. La premi\u00e8re, h\u00e9rit\u00e9e de la cin\u00e9philie, envisage le cin\u00e9ma en tant qu\u2019art et en propose une approche culturelle et esth\u00e9tique, la seconde l\u2019inscrit dans le cadre plus large d\u2019une \u00e9ducation aux m\u00e9dias.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019attachera uniquement ici \u00e0 l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma en tant qu\u2019art et on examinera plus particuli\u00e8rement son approche dans l\u2019enseignement secondaire aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma comme pratique artistique s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans les programmes scolaires, elle a longtemps \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e essentiellement par des institutions culturelles telles que la Cin\u00e9math\u00e8que Royale de Belgique ((aujourd\u2019hui nomm\u00e9e \u201cCinematek\u201d), les maisons de la culture et les cin\u00e9-clubs puis par les cin\u00e9mas d\u2019art et d\u2019essai. M\u00eame si elle s\u2019en distingue ouvertement, l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019\u00e9cole est l\u2019h\u00e9riti\u00e8re du travail men\u00e9 par les acteurs du monde culturel. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>La contribution des lieux culturels au d\u00e9veloppement d&rsquo;une \u00e9ducation au cin\u00e9ma (1960-1980)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 60, la Cin\u00e9math\u00e8que Royale de Belgique a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la transmission de la culture cin\u00e9matographique. En 1962, sous l\u2019impulsion de son conservateur de l\u2019\u00e9poque, Jacques Ledoux, le Mus\u00e9e du cin\u00e9ma a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour rendre les collections de la Cin\u00e9math\u00e8que accessibles au public et lui permettre ainsi de d\u00e9couvrir les chefs-d\u2019oeuvre de l\u2019art cin\u00e9matographique. Plusieurs cin\u00e9astes belges dont Chantal Akerman, ont t\u00e9moign\u00e9 de l\u2019importance de la fr\u00e9quentation du Mus\u00e9e du cin\u00e9ma dans leur formation de cin\u00e9aste.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cin\u00e9math\u00e8que a par ailleurs d\u00e9velopp\u00e9 une politique \u00e9ducative, en proposant des cours de cin\u00e9ma au Mus\u00e9e et en cr\u00e9ant le Service National des Cin\u00e9-Clubs qui centralisait les informations sur la distribution des films, fournissait de la documentation aux animateurs de cin\u00e9-clubs (parfois difficile d\u2019acc\u00e8s avant l\u2019arriv\u00e9e d\u2019internet) et organisait des week-ends de formation et des stages cin\u00e9matographiques d\u2019\u00e9t\u00e9. Ces stages, fr\u00e9quent\u00e9s non seulement par les animateurs de cin\u00e9-clubs et leurs membres mais aussi par des \u00e9tudiants des \u00e9coles de cin\u00e9ma, constituaient des lieux de rencontre et d\u2019\u00e9changes intenses autour du cin\u00e9ma. Renomm\u00e9 Service de Culture Cin\u00e9matographique, l\u2019asbl poursuit aujourd\u2019hui ses activit\u00e9s dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma \u00e0 destination du jeune public et du public adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1976, s\u2019inscrivant dans la politique de d\u00e9centralisation culturelle en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la Cin\u00e9math\u00e8que a cr\u00e9\u00e9 la D\u00e9centralisation des films classiques et contemporains qui mettait \u00e0 disposition des cin\u00e9-clubs de province des copies 16 mm de grands classiques du cin\u00e9ma figurant dans ses collections. On ne saurait trop insister sur le r\u00f4le essentiel des cin\u00e9-clubs dans les ann\u00e9es 60\/70. Les cin\u00e9-clubs d\u2019\u00e9cole en particulier, anim\u00e9s par des enseignants passionn\u00e9s et b\u00e9n\u00e9voles ont permis la rencontre des jeunes avec un cin\u00e9ma non commercial et une \u00e9ducation de leur regard au contact d\u2019oeuvres fortes. Il s\u2019agissait de former le go\u00fbt des \u00e9l\u00e8ves par la fr\u00e9quentation d\u2019oeuvres de qualit\u00e9 en esp\u00e9rant qu\u2019ils se d\u00e9tourneraient ensuite par eux-m\u00eames des productions m\u00e9diocres pour leur pr\u00e9f\u00e9rer les \u00ab\u00a0bons films\u00a0\u00bb. Les projections \u00e9taient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019une introduction et suivies d\u2019un d\u00e9bat qui portait souvent davantage sur le contenu du film que sur ses qualit\u00e9s esth\u00e9tiques mais ils avaient le m\u00e9rite de faire na\u00eetre, parfois, des questions de cin\u00e9ma, gr\u00e2ce \u00e0 la confrontation des oeuvres projet\u00e9es au fil des semaines. L\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma demande du temps, se fait sur la dur\u00e9e. Le fonctionnement des cin\u00e9-clubs, avec ses projections hebdomadaires, y \u00e9tait propice.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 70, les cin\u00e9-clubs connurent une baisse de fr\u00e9quentation qui n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019accentuer au cours de la d\u00e9cennie suivante. Divers facteurs expliquent cette d\u00e9sertion, on citera, entre autres, la concurrence de la t\u00e9l\u00e9vision qui a remplac\u00e9 la salle comme lieu de d\u00e9couverte des films, l\u2019arriv\u00e9e de la video, les exigences croissantes des spectateurs en mati\u00e8re de qualit\u00e9 des copies, le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat du public pour les classiques du cin\u00e9ma, la d\u00e9motivation d\u2019une partie des animateurs b\u00e9n\u00e9voles. A cette \u00e9poque, des initiatives ont vu le jour pour redynamiser les cin\u00e9-clubs et assurer la diffusion d\u2019un cin\u00e9ma exigeant que les salles de cin\u00e9ma commerciales ne montraient pas. Par exemple, l\u2019ann\u00e9e 1979 a vu la cr\u00e9ation de l\u2019asbl CIN\u00e9DIT \u00e0 l\u2019initiative du distributeur bruxellois Cin\u00e9libre.<\/p>\n\n\n\n<p>Se d\u00e9finissant comme un super cin\u00e9-club, CIN\u00e9DIT organisait en partenariat avec des cin\u00e9-clubs ou avec des institutions culturelles, \u00e0 Bruxelles et en province, des projections de films contemporains dits \u201cdifficiles\u201d que les cin\u00e9mas commerciaux ne se risquaient pas \u00e0 programmer. A la diff\u00e9rence de la plupart des autres cin\u00e9-clubs, CIN\u00e9DIT avait des vis\u00e9es \u00e9ducatives affirm\u00e9es. La projection du film \u00e9tait accompagn\u00e9e d\u2019une rencontre avec le r\u00e9alisateur qui expliquait sa d\u00e9marche, ses choix, parlait des conditions de r\u00e9alisation de son projet cin\u00e9matographique. La programmation, tr\u00e8s pointue, s\u2019attachait \u00e0 l\u2019oeuvre de r\u00e9alisateurs trop peu connus alors, tels que Ren\u00e9 Allio, Edvard Munch ou Ulrike Ottinger ou portait sur des films qui proposaient une ouverture sur l\u2019ailleurs. CIN\u00e9DIT se d\u00e9marquait du travail de la cin\u00e9math\u00e8que en se focalisant sur des r\u00e9alisateurs contemporains et ne cachait pas ses affinit\u00e9s avec les go\u00fbts des r\u00e9dacteurs des <em>Cahiers du cin\u00e9ma<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 80, les salles d\u2019art et d\u2019essai ont pris la rel\u00e8ve des cin\u00e9-clubs sans que ceux-ci ne disparaissent toutefois totalement. Par exemple, CIN\u00e9DIT s\u2019est recentr\u00e9 sur un seul lieu, le cin\u00e9ma Arenberg pour y poursuivre son travail de diffusion d\u2019un cin\u00e9ma d\u2019auteur et d\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma.<br>A Li\u00e8ge, Les Grignoux ont repris le cin\u00e9ma Le Parc<em> <\/em>(en 1982), assur\u00e9 la diffusion d\u2019un cin\u00e9ma non commercial et d\u00e9velopp\u00e9 un programme \u00e9ducatif \u00e0 destination des \u00e9coles, Ecran Large sur Tableau Noir. Les enjeux \u00e9conomiques de la mise en place de ces programmes p\u00e9dagogiques ne peuvent \u00eatre ignor\u00e9s. Le public scolaire constitue, on le sait, un moyen de remplir les salles de cin\u00e9ma d\u2019art et d\u2019essai en qu\u00eate de spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le cin\u00e9ma \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole : une difficile l\u00e9gitimit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le succ\u00e8s croissant des matin\u00e9es scolaires t\u00e9moigne sans nul doute d\u2019un int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00e9cole pour cette activit\u00e9 culturelle ponctuelle. Qu\u2019en est-il par contre de l\u2019enseignement du cin\u00e9ma dans le cadre des cours?<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps, le cin\u00e9ma a \u00e9t\u00e9 tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019\u00e9cole et rel\u00e9gu\u00e9 aux activit\u00e9s parascolaires. L\u2019\u00e9cole s\u2019en m\u00e9fiait, le soup\u00e7onnait de favoriser la violence chez les jeunes, de les exposer pr\u00e9cocement \u00e0 des images \u00e9rotiques et de les avilir moralement. A ces r\u00e9ticences s\u2019ajoutait la faible l\u00e9gitimit\u00e9 dont le 7\u00e8me art b\u00e9n\u00e9ficiat. Beaucoup d\u2019enseignants le consid\u00e9raient comme un art mineur au regard d\u2019autres formes d\u2019expression artistique telles que la musique, le th\u00e9\u00e2tre et les arts plastiques. Au d\u00e9part, l\u2019entr\u00e9e du cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019\u00e9cole fut le fait de quelques enseignants cin\u00e9philes qui ont pris l\u2019initiative de montrer occasionnellement des films \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves, en leur enseignant parfois quelques \u00e9l\u00e9ments du langage cin\u00e9matographique.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin des ann\u00e9es 70, alors que l&rsquo;audiovisuel prenait une importance grandissante dans la vie des jeunes, le d\u00e9sir sinon la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un apprentissage du langage du cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019\u00e9cole s\u2019est impos\u00e9 sans que toutes les r\u00e9sistances soient lev\u00e9es, loin de l\u00e0. La t\u00e9l\u00e9vision scolaire a tent\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 cette demande en proposant aux \u00e9coles une s\u00e9rie de trois \u00e9missions pr\u00e9sent\u00e9es par Ren\u00e9 Michelems et intitul\u00e9es : Initiation au langage cin\u00e9matographique- La grammaire du cin\u00e9ma. Ces \u00e9missions dont le titre r\u00e9v\u00e8le le caract\u00e8re quelque peu normatif, ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9es sur support vid\u00e9o par la M\u00e9diath\u00e8que (d\u00e9sormais PointCulture) dans les ann\u00e9es 80\/90, avant de tomber dans l\u2019oubli. Aujourd\u2019hui, le cin\u00e9ma a trouv\u00e9 sa place dans le cadre des cours de fran\u00e7ais, d\u2019histoire, de philosophie et d\u2019\u00e9ducation \u00e0 la citoyennet\u00e9. La plupart des professeurs utilisent les films comme support \u00e0 l\u2019apprentissage de leur mati\u00e8re, cet usage du cin\u00e9ma permet de rendre leurs enseignements plus vivants mais ne sert pas le cin\u00e9ma. C\u2019est dans le cadre du cours d\u2019art d\u2019expression et du cours d\u2019\u00e9ducation artistique<a href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a> que le cin\u00e9ma constitue un v\u00e9ritable objet d\u2019\u00e9tude. On notera n\u00e9anmoins qu\u2019il y est inclus dans un ensemble plus large &#8211; l\u2019audiovisuel &#8211; et que son enseignement y est associ\u00e9 \u00e0 l\u2019enseignement d\u2019autres modes d\u2019expression artistique<a href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a>. Peut-on d\u00e8s lors consid\u00e9rer comme acquise la reconnaissance du cin\u00e9ma comme mati\u00e8re d\u2019apprentissage \u00e0 l\u2019\u00e9cole ? Pas vraiment. L\u2019avenir du cours d\u2019arts d\u2019expression pose en effet probl\u00e8me. Lors de la mise en oeuvre du d\u00e9cret relatif aux titres et fonctions (2019), son remplacement par trois cours d\u2019expression distincts : th\u00e9\u00e2trale (2 p\u00e9riodes par semaine), musicale (1 p\u00e9riode par semaine) et plastique (1 p\u00e9riode par semaine) a, en effet, \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e. Force est de constater que le cin\u00e9ma dispara\u00eetrait alors du programme d\u2019\u00e9tude des arts d\u2019expression. C\u2019est un recul qu\u2019on ne pourrait que d\u00e9plorer. Mais, il est difficile de savoir ce qu\u2019il en est dans les faits.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9ducation au cin\u00e9ma : diff\u00e9rentes finalit\u00e9s didactiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait se rendre dans les \u00e9coles, interroger les professeurs et assister aux cours pour observer la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma s\u2019y d\u00e9roule. Faute de temps, on se bornera ici \u00e0 la lecture des r\u00e9f\u00e9rentiels de comp\u00e9tences, r\u00e9dig\u00e9s au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 dans la foul\u00e9e du d\u00e9cret mission de 1997, pour tenter de d\u00e9gager quelques lignes de force de l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma en communaut\u00e9 Wallonie-Bruxelles<a href=\"#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>On y rep\u00e8re tout d\u2019abord une tension entre une m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis du cin\u00e9ma, profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans le monde de l\u2019enseignement, on l\u2019a dit plus haut, et une croyance dans le pouvoir \u00e9mancipateur du cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Apprendre \u00e0 d\u00e9crypter les images<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019image fait peur, elle est susceptible de manipuler les \u00e9l\u00e8ves et de les induire en erreur. Il importe donc de leur faire comprendre que toute image est une repr\u00e9sentation et non une reproduction du r\u00e9el et qu\u2019elle est l\u2019expression d\u2019un point de vue. Empruntant au vocabulaire de la s\u00e9miologie, les programmes de cours pr\u00e9conisent d\u2019apprendre aux \u00e9l\u00e8ves \u00e0 d\u00e9coder les images (filmiques et autres) pour d\u00e9velopper leur aptitude \u00e0 les regarder avec un recul critique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Cr\u00e9er<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une vision beaucoup plus positive du cin\u00e9ma coexiste avec cette m\u00e9fiance \u00e0 son \u00e9gard. L\u2019\u00e9cole con\u00e7oit le cin\u00e9ma non seulement comme une menace mais aussi comme un instrument de socialisation et de construction identitaire. Ce sont surtout les ateliers de cr\u00e9ation qui permettent d\u2019atteindre ces objectifs. Fond\u00e9s sur la conviction que chacun a en soi un potentiel cr\u00e9atif qui demande \u00e0 s\u2019ext\u00e9rioriser pourvu qu\u2019on lui en donne les moyens, ils sont ax\u00e9s sur la d\u00e9couverte de soi et l\u2019\u00e9panouissement de la personnalit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves. La sensibilit\u00e9 et l\u2019imagination sont privil\u00e9gi\u00e9es. Dans cette perspective, le savoir sur le cin\u00e9ma &#8211; l\u2019histoire et l\u2019analyse de films &#8211; n\u2019est enseign\u00e9 que s\u2019il est utile \u00e0 l\u2019accomplissement du projet de cr\u00e9ation. On est loin de l\u2019acquisition d\u2019un savoir encyclop\u00e9dique et gratuit sur le cin\u00e9ma, encourag\u00e9e par les cin\u00e9-clubs. Comme le constate Alain Kerlan, il semblerait que \u201cla rencontre avec les chefs-d\u2019oeuvre, sommets de l\u2019accomplissement humain passe d\u00e9sormais par la rencontre de chacun avec lui-m\u00eame comme artiste potentiel\u201d<a href=\"#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9alis\u00e9s dans le cadre de l\u2019\u00e9cole, les travaux de cr\u00e9ation sont n\u00e9anmoins rigoureusement encadr\u00e9s. C\u2019est l\u00e0 toute la diff\u00e9rence entre les productions que les jeunes r\u00e9alisent en dehors de l\u2019\u00e9cole et les travaux qu\u2019ils font en classe. Dans le cadre scolaire, la r\u00e9alisation d\u2019un film est un exercice con\u00e7u par un enseignant qui poursuit des objectifs de formation et donne lieu \u00e0 de nombreux apprentissages.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves sont soumis \u00e0 une s\u00e9rie de contraintes : respecter les \u00e9tapes que suppose tout travail scolaire, se concentrer sur leurs t\u00e2che et prendre le temps avant d\u2019agir<a href=\"#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a>. La perspective du produit fini, le d\u00e9sir de voir le film aboutir, facilite l\u2019adh\u00e9sion des jeunes \u00e0 ces exigences.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>S\u2019auto\u00e9valuer<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les ateliers de r\u00e9alisation permettent aussi de d\u00e9velopper la r\u00e9flexivit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves. Ils sont amen\u00e9s \u00e0 \u00e9valuer non seulement leur production mais aussi leur comportement au sein du groupe. Se sont-ils impliqu\u00e9s dans le travail ? Ont-ils collabor\u00e9 efficacement avec les autres ? Ont-ils accept\u00e9 les critiques et ont-ils su dialoguer calmement pour faire valoir leurs id\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Les partenariats avec le monde culturel<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les enseignants sont vivement encourag\u00e9s \u00e0 susciter la collaboration de cin\u00e9astes professionnels pour la r\u00e9alisation d\u2019un projet de film. Le d\u00e9cret Culture-\u00c9cole<em> <\/em>(mars 2006) leur permet en effet de les inviter gratuitement, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019op\u00e9ration Cin\u00e9astes en classe<em>.<\/em> Inspir\u00e9 d\u2019Ecrivains en classe, le dispositif fut lanc\u00e9 en 2016. Des r\u00e9alisateurs se rendent dans les \u00e9coles, parlent aux \u00e9l\u00e8ves de leur m\u00e9tier et leur expliquent le geste de cr\u00e9ation. L\u2019op\u00e9ration permet de belles rencontres, tr\u00e8s stimulantes entre les artistes et les jeunes. Mais elle est aussi le reflet de la conception que se font les politiques de l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma qui rel\u00e8verait davantage de l\u2019animation que de la p\u00e9dagogie. L\u2019invitation d\u2019un cin\u00e9aste en classe peut poser probl\u00e8me. Car, comme l\u2019a bien montr\u00e9 Philippe Meirieu, le professeur et l\u2019artiste ob\u00e9issent \u00e0 des logiques diff\u00e9rentes, l\u2019enseignant est porteur d\u2019une logique de formation, l\u2019artiste est dans une logique de cr\u00e9ation. \u201cLa difficult\u00e9 des relations entre l\u2019artiste et l\u2019enseignant est consubstantielle. Si chacun veut garder son identit\u00e9 forte, il y aura une tension. Cette tension peut \u00eatre f\u00e9conde \u00e0 condition que chacun apprenne \u00e0 se respecter, \u00e0 ne pas phagocyter la d\u00e9marche de l\u2019autre en le vivant comme un concurrent. Ce qui est difficile, c\u2019est que chacun garde sa sp\u00e9cificit\u00e9 tout en travaillant ensemble\u201d<a href=\"#sdfootnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le partenariat entre la culture et l\u2019\u00e9cole ne se limite pas \u00e0 l\u2019op\u00e9ration Cin\u00e9astes en classe.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Prix des lyc\u00e9ens du Cin\u00e9ma belge francophone, con\u00e7u sur le mod\u00e8le du Prix des lyc\u00e9ens de Litt\u00e9rature, permet aux \u00e9l\u00e8ves de d\u00e9couvrir le cin\u00e9ma belge. Par ailleurs, les sorties au cin\u00e9ma et autres lieux culturels font officiellement partie du programme de cours : le \u201cvrai cin\u00e9ma\u201d est le cin\u00e9ma en salle et il faut le faire red\u00e9couvrir aux \u00e9l\u00e8ves (avec l\u2019espoir de fid\u00e9liser de futurs spectateurs). Les dossiers p\u00e9dagogiques fournis par les organisateurs des matin\u00e9es scolaires aident les enseignants \u00e0 exploiter ensuite les films en classe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019\u00e9ducation cin\u00e9matographique comme \u00e9ducation \u00e0 la citoyennet\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le prix des lyc\u00e9ens du Cin\u00e9ma belge francophone contribue \u00e0 faire conna\u00eetre au jeune public un cin\u00e9ma national et contemporain. N\u00e9anmoins, le programme des cours pr\u00e9conise aussi l\u2019ouverture \u00e0 d\u2019autres cin\u00e9matographies. Tisser des liens entre des productions cin\u00e9matographiques issues d\u2019horizons divers, confronter les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 favorise la tol\u00e9rance et le dialogue interculturel. L\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma comme vecteur de coh\u00e9sion sociale, un beau projet pourvu que l\u2019\u00e9cole dispose des moyens de le concr\u00e9tiser !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Propos recueillis pas Aur\u00e9lie Ghalim<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\"><a href=\"#sdfootnote1anc\">1<\/a><sup>\u0002<\/sup> Du 2e et 3e degr\u00e9 de l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral et de transition.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\"><a href=\"#sdfootnote2anc\">2<\/a><sup>\u0002<\/sup> A l\u2019enseignement des arts plastiques, des arts d\u2019expression, des arts graphiques et de la musique -dans le cadre du cours d\u2019arts plastiques- et \u00e0 l\u2019enseignement du langage sonore et visuel, du langage plastique et du langage verbal et corporel -dans le cadre du cours d\u2019arts d\u2019expression-<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\"><a href=\"#sdfootnote3anc\">3<\/a><sup>\u0002<\/sup> Voir R\u00e9f\u00e9rentiels de comp\u00e9tences, les comp\u00e9tences terminales sur le portail de l\u2019enseignement en F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\"><a href=\"#sdfootnote4anc\">4<\/a><sup>\u0002<\/sup> Alain Kerlan, \u00ab\u00a0L\u2019art pour \u00e9duquer. La dimension esth\u00e9tique dans le projet de formation post-moderne\u00a0\u00bb, in <em>Education et soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, n \u00b019, 2007\/1, p.92.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\"><a href=\"#sdfootnote5anc\">5<\/a><sup>\u0002<\/sup> Ga\u00eble Henri-Panabi\u00e8re, Fanny Renard et Daniel Thin, \u00ab&nbsp;Des d\u00e9tours pour un retour ? Pratiques p\u00e9dagogiques et socialisatrices en ateliers relais\u201d, in <em>Revue fran\u00e7aise de p\u00e9dagogie<\/em>, n\u00b0183, avril-mai-juin 2013.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\"><a href=\"#sdfootnote6anc\">6<\/a><sup>\u0002<\/sup> Philippe Meirieu, \u00ab Un \u00e9crivain dans la classe pour quoi faire ? \u00bb, <em>Livre et Lire (ARALD)<\/em>, en<br>ligne : https:\/\/www.meirieu.com\/ARTICLES\/ecrivaindans%20la%20classe.pdf <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00eame si elle s\u2019en distingue ouvertement, l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019\u00e9cole est l\u2019h\u00e9riti\u00e8re du travail men\u00e9 par les acteurs du monde culturel.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":3675,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,199],"tags":[],"class_list":["post-3666","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier","category-cinema-une-pedagogie-de-la-rencontre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3666"}],"version-history":[{"count":70,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3666\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3963,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3666\/revisions\/3963"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3675"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}