{"id":3669,"date":"2021-04-07T14:19:54","date_gmt":"2021-04-07T13:19:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.causestoujours.be\/?p=3669"},"modified":"2021-04-27T11:49:23","modified_gmt":"2021-04-27T10:49:23","slug":"alain-bergala","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/alain-bergala\/","title":{"rendered":"\u00ab Les algorithmes, c&rsquo;est le contraire de la p\u00e9dagogie ! \u00bb &#8211; Entretien avec Alain Bergala"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Nous nous sommes entretenus avec Alain Bergala, <strong>cin\u00e9aste<\/strong><\/strong>, <strong>critique de cin\u00e9ma<\/strong>, <strong>ancien r\u00e9dacteur en chef et \u00e9diteur aux <em>Cahiers du cin\u00e9ma<\/em><\/strong>, <strong>essayiste et enseignant de cin\u00e9ma \u00e0 Paris III et \u00e0 la FEMIS. Figure incontournable dans le d\u00e9veloppement d&rsquo;une p\u00e9dagogie autour de la transmission du cin\u00e9ma, il a \u00e9t\u00e9 le conseiller de Jack Lang en 2000 pour l&rsquo;\u00e9laboration du plan de cinq ans d&rsquo;introduction des arts dans les enseignements fondamentaux. L&rsquo;auteur de <\/strong><em><strong>L\u2019hypoth\u00e8se cin\u00e9ma. Petit trait\u00e9 de transmission du cin\u00e9ma \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole et ailleurs<\/strong><\/em> <strong>nous retrace l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9ducation au cin\u00e9ma en France et sa filiation avec l&rsquo;\u00e9ducation populaire. Bergala nous raconte \u00e9galement son combat pour une approche p\u00e9dagogique centr\u00e9e sur la cr\u00e9ation \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de celle qui privil\u00e9gie les savoirs analytiques surplombants ou les pratiques telles que le story-board,<\/strong> <strong>contraires<\/strong> <strong>\u00e0 une d\u00e9marche cin\u00e9matographique libre et vivante. Alors qu&rsquo;actuellement nos vies sont r\u00e9duites \u00e0 l&rsquo;espace num\u00e9rique, nous sommes interpell\u00e9s par ses r\u00e9flexions sur les plateformes de diffusion en ligne accentuant, selon lui, la<\/strong> <strong>grande amn\u00e9sie. Mais pour lutter contre l&rsquo;oubli, l&rsquo;\u00e9cole serait-elle aujourd&rsquo;hui, encore plus que jamais, le dernier lieu pour une rencontre avec le cin\u00e9ma ?  <\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/abbas-kiarostami1-1024x671.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3741\" width=\"900\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/abbas-kiarostami1-1024x671.jpeg 1024w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/abbas-kiarostami1-300x197.jpeg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/abbas-kiarostami1-768x503.jpeg 768w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/abbas-kiarostami1-210x138.jpeg 210w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/abbas-kiarostami1.jpeg 1200w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption><em>O\u00f9 est la maison de mon ami ?<\/em>, 1987, Abbas Kiarostami<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:2px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>En France, comment na\u00eet l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma et quelle(s) forme(s) prend-elle au cours de son histoire ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En France, l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma a une grande importance et une origine historique qui remonte aux lendemains de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Le contexte de l\u2019\u00e9poque a permis \u00e0 des personnes aux sensibilit\u00e9s politiques tr\u00e8s diff\u00e9rentes \u2013 principalement les catholiques et les communistes qui avaient combattu ensemble dans la R\u00e9sistance \u2013 de r\u00e9ussir \u00e0 faire des choses ensemble et \u00e0 se respecter. Alors que le mot d\u2019ordre \u00e9tait \u00ab&nbsp;Plus jamais \u00e7a&nbsp;!&nbsp;\u00bb, le cin\u00e9ma s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme le medium le plus propice pour ceux qui s\u2019adonnaient \u00e0 l\u2019\u00e9ducation populaire. Tout le monde pouvait voir les films et les comprendre. Cela permettait de s\u2019adresser autant aux ouvriers qu&rsquo;aux intellectuels. Il n&rsquo;y a pas eu de doute l\u00e0-dessus. On n\u2019a pas pens\u00e9 d&rsquo;abord la litt\u00e9rature ou d&rsquo;abord la peinture. L\u2019outil le plus d\u00e9mocratique \u00e9tait le cin\u00e9ma. Dans les mouvements d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, les r\u00e9seaux d\u2019associations tels que \u00ab&nbsp;Travail et Culture&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Peuple et Culture&nbsp;\u00bb ont entrepris un travail consid\u00e9rable en \u00e9ducation au cin\u00e9ma afin de faire passer, certes, des discours mais aussi d\u2019analyser des films en tant que films et parler de cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont tr\u00e8s vite compris qu&rsquo;il ne suffisait pas de se servir du cin\u00e9ma comme d&rsquo;un vecteur mais qu&rsquo;il fallait que les gens prennent conscience de la sp\u00e9cificit\u00e9 du cin\u00e9ma. La Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 aussi, \u00e0 cette p\u00e9riode-l\u00e0, un lieu de transmission important. Henri Langlois ne voulait pas seulement montrer des films. Il voulait transmettre le cin\u00e9ma aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations. Et il a r\u00e9ussi car son travail a permis \u00e0 la Nouvelle Vague d\u2019\u00e9clore. Ce fut donc une \u00e9poque durant laquelle on a th\u00e9oris\u00e9 sur la transmission du cin\u00e9ma. Il y a un tr\u00e8s beau livre qui s&rsquo;intitule <em>Regard neuf sur le cin\u00e9ma<\/em> qui nous enseigne, entre autres, comment cr\u00e9er un cin\u00e9-club, analyser un film. Il y a aussi le manifeste de \u00ab&nbsp;Peuple et Culture&nbsp;\u00bb. On est en 1945 ! Ce sont des jeunes textes absolument magnifiques sur la culture populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand ce moment de l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9, il y a eu le d\u00e9veloppement des grandes f\u00e9d\u00e9rations de cin\u00e9-club. Et, en France, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 un moment tr\u00e8s important qui a dur\u00e9 trois d\u00e9cennies \u00e0 peu pr\u00e8s. Jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision a mis un coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 cette pratique. J\u2019ai connu cet \u00e2ge d\u2019or du cin\u00e9-club. Il y avait des milliers de films en 16 millim\u00e8tres, dans les cin\u00e9math\u00e8ques r\u00e9gionales de la Ligue de l\u2019enseignement, que les enseignants ou les animateurs pouvaient se procurer et diffuser tr\u00e8s facilement partout sur le territoire. La culture, elle \u00e9tait r\u00e9elle, concr\u00e8te et se diffusait sur place. Les cin\u00e9-clubs poursuivirent la logique des grands mouvements d&rsquo;\u00e9ducation populaire de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Et, ceci explique pourquoi, en France, la question de \u00ab&nbsp;Que faire du cin\u00e9ma dans la transmission&nbsp;?\u00bb est tr\u00e8s ancienne et \u00e9toff\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><em>Malheureusement, il n\u2019y a plus cette id\u00e9e de s&rsquo;adresser en m\u00eame temps \u00e0 des ouvriers et \u00e0 des intellectuels, avec les m\u00eames m\u00e9thodes d\u2019approche du cin\u00e9ma.<\/em><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>On peut aussi noter que l\u2019id\u00e9e principale qui circule de l\u2019apr\u00e8s-guerre jusqu\u2019\u00e0 la fin des cin\u00e9-clubs, \u00e9tait que le cin\u00e9ma ne devait pas \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la culture petite bourgeoise, ou \u00e0 une petite \u00e9lite. C&rsquo;\u00e9tait une culture r\u00e9ellement populaire o\u00f9 tout le monde se m\u00e9langeait. Andr\u00e9 Bazin, qui est le p\u00e8re spirituel des Cahiers du cin\u00e9ma, a \u00e9volu\u00e9 dans ce contexte et est repr\u00e9sentatif de cette tendance. Catholique, il \u00e9crivait pourtant dans le journal du Parti communiste. Il pouvait donner des cours tr\u00e8s brillants devant des intellectuels et, ensuite, se rendre \u00e0 l&rsquo;usine pour y projeter des films et parler de cin\u00e9ma avec les ouvriers. \u00c7a s&rsquo;est perdu aujourd&rsquo;hui, en France. Malheureusement, il n\u2019y a plus cette id\u00e9e de s&rsquo;adresser en m\u00eame temps \u00e0 des ouvriers et \u00e0 des intellectuels, avec les m\u00eames m\u00e9thodes d\u2019approche du cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la t\u00e9l\u00e9vision a triomph\u00e9 dans les foyers fran\u00e7ais, les gens n&rsquo;avaient plus \u00e0 fr\u00e9quenter un cin\u00e9-club puisqu&rsquo;ils avaient les films \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 chez eux. Ce mouvement des cin\u00e9-clubs s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 et l&rsquo;\u00e9ducation nationale a pris le relais d\u2019une certaine mani\u00e8re. Mais le probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9ducation nationale, c&rsquo;est qu&rsquo;elle ne sort pas trop de ses fronti\u00e8res. Elle fait un tr\u00e8s bon travail mais uniquement en interne. Il n\u2019y a aucune volont\u00e9 d&rsquo;essaimer en-dehors de l&rsquo;\u00e9cole ou en dehors de l&rsquo;universit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle a \u00e9t\u00e9 votre vision et celle de Jack Lang, avec qui vous avez collabor\u00e9 en 2000 et 2022, dans la mise en place d\u2019une \u00e9ducation au cin\u00e9ma en milieu scolaire ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors que Jack Lang, dont l\u2019ADN \u00e9tait celui de Ministre de la Culture, a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 Ministre de l\u2019\u00e9ducation, cela a constitu\u00e9 une mutation importante pour le cin\u00e9ma dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif fran\u00e7ais. Il a toujours voulu que le cin\u00e9ma soit consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole comme un art et non comme un enseignement.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part, je ne connaissais pas Jack Lang mais on a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement d&rsquo;accord sur une s\u00e9rie de choses lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9ducation nationale. Et, notamment, sur la priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire. Et, aussi sur l&rsquo;id\u00e9e qu\u2019il fallait ensuite poursuivre une \u00e9ducation au cin\u00e9ma au coll\u00e8ge, au lyc\u00e9e et \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9. Ce syst\u00e8me a fonctionn\u00e9. A la FEMIS, quand une nouvelle promotion arrivait, des \u00e9l\u00e8ves me racontaient avoir d\u00e9couvert le cin\u00e9ma \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire, par exemple dans un cin\u00e9ma qui participait au dispositif \u00c9cole et cin\u00e9ma. Le lien, il se faisait tr\u00e8s r\u00e9ellement. Avec le Ministre, on a donc mis l\u2019accent sur le primaire car la rencontre avec le cin\u00e9ma, elle est d\u00e9cisive \u00e0 ce moment-l\u00e0. On peut \u00e9videmment rencontrer le cin\u00e9ma au coll\u00e8ge mais le moment fondateur, selon moi, o\u00f9 un enfant d\u00e9couvre d&rsquo;un seul coup le cin\u00e9ma, c&rsquo;est quand il est petit. C&rsquo;est pour cette raison qu\u2019on a voulu, avec Jack Lang, cr\u00e9er des classes de cin\u00e9ma dans un maximum d&rsquo;\u00e9coles primaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Ailleurs, dans d\u2019autres pays, je vois aussi des choses tr\u00e8s int\u00e9ressantes mais qui sont \u00e0 chaque fois d\u00e9velopp\u00e9es par des personnes isol\u00e9es, de mani\u00e8re dispers\u00e9e, sans que cela soit impuls\u00e9 et soutenu par un minist\u00e8re. A l\u2019inverse, Jack Lang a donn\u00e9 une impulsion initiale forte pour l\u2019\u00e9ducation aux arts et cela a facilit\u00e9 les choses. Les profs pouvaient choisir leurs heures, sortir de l&rsquo;\u00e9cole. Il y a eu une lib\u00e9ration du carcan scolaire. Et, surtout, une l\u00e9gitimation. Je crois que dans aucun pays autant qu\u2019en France, il y a eu cette volont\u00e9 de dire que le cin\u00e9ma \u00e9tait important. Aussi important que les autres enseignements et que l&rsquo;\u00e9cole devait en faire quelque chose. Apr\u00e8s, comme souvent h\u00e9las, l&rsquo;histoire a recul\u00e9. Au milieu des ann\u00e9es 2000, la droite est revenue et ils ont amoindri ce qu\u2019on avait cr\u00e9\u00e9, avec moins de cr\u00e9dits, moins de formation d\u2019enseignants, moins de libert\u00e9 de man\u0153uvre. Aujourd&rsquo;hui, on est dans une situation un peu triste. Le pouvoir essaie m\u00eame de s&rsquo;attaquer aux options cin\u00e9ma et aux autres options facultatives. Le grignotage est permanent et fait un peu honteusement.<\/p>\n\n\n\n<p>Je travaille depuis tr\u00e8s longtemps sur le dispositif \u00ab&nbsp;Le cin\u00e9ma, 100 ans de jeunesse&nbsp;\u00bb qui est \u00e0 la fois national et international. On a invent\u00e9 en 30 ans une m\u00e9thode p\u00e9dagogique qui a essaim\u00e9 dans beaucoup de pays. La direction de la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise vient de d\u00e9cider de l\u2019arr\u00eater, sans vraie raison. Vous voyez, la r\u00e9gression est partout en ce moment, et se cache volontiers derri\u00e8re la pand\u00e9mie pour faire ses mauvais coups. La lutte pour la l\u00e9gitimit\u00e9 du cin\u00e9ma \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole n\u2019est jamais gagn\u00e9e. La situation en France n\u2019est donc pas tr\u00e8s glorieuse actuellement mais heureusement l\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma est encore solidement implant\u00e9e dans les t\u00eates. Beaucoup d\u2019enseignants ne l\u00e2cheront pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Certains ont parfois \u00e9t\u00e9 r\u00e9ticents \u00e0 l\u2019introduction du cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019\u00e9cole. L\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma n\u2019a pas toujours eu que des d\u00e9fenseurs.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Auparavant, il n\u2019y avait que la salle de cin\u00e9ma pour permettre aux enfants de voir les films, tous ensemble. Sortir une classe pour aller au cin\u00e9ma l&rsquo;apr\u00e8s-midi pose toujours des probl\u00e8mes dits de s\u00e9curit\u00e9, d&rsquo;organisation, d&#8217;emploi du temps. En France, le dispositif \u00ab&nbsp;Ecole et cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb met en lien une quantit\u00e9 de classes et de salles de cin\u00e9mas qui font un travail incroyable. Un certain nombre de films dont les copies sont tir\u00e9es par le CNC permet \u00e0 un certain nombre d&rsquo;\u00e9tablissements et de salles de cin\u00e9mas de travailler ensemble. M\u00eame dans une petite ville, il suffit qu&rsquo;il y ait deux classes \u00ab&nbsp;\u00c9cole et cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb et un cin\u00e9ma qui accepte que les enfants viennent voir un film l&rsquo;apr\u00e8s-midi. \u00c7a arrange tout le monde, les salles qui font un peu de rentr\u00e9e d\u2019argent et les \u00e9coles qui peuvent aller voir des films en salle. \u00ab&nbsp;Ecole et cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb est un dispositif unique au monde. \u00c7a co\u00fbte peu. Il faut juste l&rsquo;organiser. Ce qui co\u00fbte un peu cher ce sont les copies. Mais d\u00e9sormais gr\u00e2ce aux DCP, on n\u2019est plus face au probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il fallait tirer des copies chimiques et les faire circuler.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous \u00e9crivez que pendant trop longtemps, on a privil\u00e9gi\u00e9 le discours analytique qui consistait \u00e0 d\u00e9cortiquer un film comme un squelette. Vous vous inscrivez plut\u00f4t \u00e0 l&rsquo;encontre de cette mani\u00e8re d&rsquo;approcher le cin\u00e9ma.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><em>Le cin\u00e9ma est d&rsquo;abord un art avant d\u2019\u00eatre un langage\u00a0!<\/em><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>La France est un cas un peu particulier. Nous sommes rationalistes et volontiers analytiques. A l&rsquo;\u00e9poque, ceux qui assuraient l&rsquo;\u00e9ducation au cin\u00e9ma avaient re\u00e7u une formation fortement influenc\u00e9e par le structuralisme et la linguistique. Bien qu\u2019arm\u00e9s intellectuellement de ce bagage th\u00e9orique rigoureux sur le cin\u00e9ma, ils ne savaient pas trop quoi en faire face aux \u00e9l\u00e8ves. Tout le monde se crispait en pensant que pour enseigner le cin\u00e9ma, il fallait transmettre un savoir solide, donc \u00e9tay\u00e9 sur les sciences du langage. Nous, on a dit non&nbsp;! Ce n&rsquo;est pas le savoir qui compte en premier. Il viendra par la suite. Ce qui compte, c&rsquo;est de permettre cette rencontre avec le cin\u00e9ma. Le motif d\u2019ordre, c&rsquo;\u00e9tait : le cin\u00e9ma est d&rsquo;abord un art avant d\u2019\u00eatre un langage&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Et l&rsquo;art, \u00e7a se rencontre par une exp\u00e9rience directe. Au mus\u00e9e, on regarde un tableau et on peut \u00eatre touch\u00e9 par lui sans que personne ne nous l\u2019explique en amont. L&rsquo;id\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait de gommer ce c\u00f4t\u00e9 rationaliste et p\u00e9dagogiste fran\u00e7ais et de dire \u00ab&nbsp;<em>n&rsquo;ayez pas peur<\/em>&nbsp;\u00bb. L&rsquo;art, \u00e7a se rencontre d\u2019abord, directement. Et apr\u00e8s, on voit ce qu&rsquo;on en fait.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adulte, lui, est l\u00e0 pour favoriser cette rencontre. Cette politique \u00e9tait valable aussi pour la musique. A l&rsquo;\u00e9poque, le cin\u00e9ma n\u2019\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9 d&rsquo;abord comme un art mais avant tout comme un langage et un moyen de communication. On a choqu\u00e9 pas mal de gens avec notre proposition. Notamment, parce qu\u2019on affirmait que le professeur de lettres, par exemple, n&rsquo;\u00e9tait pas forc\u00e9ment le mieux plac\u00e9 pour prodiguer une \u00e9ducation au cin\u00e9ma au lyc\u00e9e. On voulait que \u00e7a soit avant tout des adultes volontaires qui aiment sinc\u00e8rement le cin\u00e9ma. On \u00e9tait oppos\u00e9s et je reste oppos\u00e9 au fait que des professeurs soient form\u00e9s et enseignent toute leur vie le cin\u00e9ma et n\u2019enseignent que \u00e7a&nbsp;! Tous ces gens qui avaient fait des \u00e9tudes de cin\u00e9ma voulaient qu\u2019on cr\u00e9e un CAPES (concours de recrutement des enseignants du second degr\u00e9)<strong> <\/strong>pour qu\u2019ils puissent enseigner le cin\u00e9ma toute leur vie. Si on avait permis \u00e7a, il y aurait eu deux ann\u00e9es durant lesquelles plein de professeurs de cin\u00e9ma auraient \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s et ensuite, ils seraient rest\u00e9s \u00e0 ce poste toute leur carri\u00e8re. Ils seraient devenus comme leurs coll\u00e8gues des autres disciplines. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une vraie bagarre. J&rsquo;ai des coll\u00e8gues universitaires qui ont demand\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0 ma d\u00e9mission de l&rsquo;Universit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le cin\u00e9ma \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole peut-il \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une autre discipline ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Non. Et pareil pour les autres arts. Pendant ces ann\u00e9es-l\u00e0, il y avait des profs qui \u00e9taient fous furieux par rapport \u00e0 ce qu\u2019on pr\u00e9conisait avec le Ministre. On soutenait les enseignants de math ou de gym qui voulaient donner une initiation \u00e0 la musique alors qu&rsquo;il y avait d\u00e9j\u00e0 un professeur de musique. Ou encore, des enseignants qui emmenaient leurs \u00e9l\u00e8ves admirer des \u0153uvres d&rsquo;art sans que le prof d&rsquo;arts plastiques soit concern\u00e9. Que ce soit un Ministre qui dise \u00e7a, vous imaginez la contradiction&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que les gens n&rsquo;ont pas support\u00e9, c&rsquo;est que le Ministre, cens\u00e9 d\u00e9fendre l&rsquo;institution de l&rsquo;\u00e9ducation, dise \u00ab&nbsp;<em>ce n\u2019est pas grave si vous n\u2019\u00eates pas prof de cin\u00e9ma ou de musique<\/em>&nbsp;\u00bb. C&rsquo;\u00e9tait une tout autre conception de la p\u00e9dagogie. Je ne regrette pas du tout. A titre personnel, je m&rsquo;ennuierais beaucoup si partout o\u00f9 je vais, je voyais les m\u00eames profs occuper les m\u00eames postes depuis 20 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait important de d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e que n\u2019importe quel enseignant, peu importe sa discipline, pouvait permettre une rencontre avec le cin\u00e9ma. Et, \u00e7a marchait&nbsp;! Les professeurs qui se sont engag\u00e9s dans cette \u00e9ducation aux arts et au cin\u00e9ma ne le faisaient pas dans le cadre d&rsquo;une discipline. Lorsque les \u00e9l\u00e8ves voyaient leur prof de gym leur parler de cin\u00e9ma, cela cr\u00e9ait un autre rapport que si \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 leur prof de lettres. En France, traditionnellement, c&rsquo;est le professeur de lettres qui parle de cin\u00e9ma. Ici, c\u2019\u00e9tait sur base de volontariat. Personne n&rsquo;\u00e9tait exclu. Il suffit qu\u2019un prof dans un coll\u00e8ge dise&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>j\u2019aimerais avoir une classe cin\u00e9ma<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de donner de la libert\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9tablissement. Si, pour faire la classe de cin\u00e9ma, il fallait deux heures et demie, on faisait en sorte que le prof obtienne ce temps-l\u00e0 pour qu\u2019il puisse aller filmer avec les \u00e9l\u00e8ves. Il y avait une tr\u00e8s grande tol\u00e9rance dans l&rsquo;institution afin de bouger les lignes, les emplois du temps, de faciliter les sorties. Tout ce qui bloque en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;\u00e9ducation artistique \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Et, \u00e7a a march\u00e9&nbsp;! S\u2019il y a une vraie volont\u00e9 du Minist\u00e8re, \u00e9videment que \u00e7a fonctionne ! Le proviseur pouvait enfin permettre ce type d\u2019activit\u00e9s car il se disait&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Je peux le faire si le Ministre dit qu&rsquo;on doit le faire<\/em>&nbsp;\u00bb. Je pense que c&rsquo;est le seul cas au monde o\u00f9 un Ministre a permis la mise en place d\u2019une \u00e9ducation aux arts de ce type. Le cin\u00e9ma est un art et une culture, il faut l&rsquo;approcher en tant que tel. J\u2019observe encore trop souvent une p\u00e9dagogie qui approche le cin\u00e9ma en tant que savoir et langage avant tout.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au-del\u00e0 de la volont\u00e9 du Ministre, est-ce que les enseignants eux-m\u00eames y trouvaient leur compte&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On faisait des r\u00e9am\u00e9nagements. Si quelqu\u2019un prenait en charge le cin\u00e9ma, il pouvait faire des am\u00e9nagements avec ses coll\u00e8gues. S\u2019il avait besoin de la moiti\u00e9 de la classe, les autres coll\u00e8gues prenaient l&rsquo;autre moiti\u00e9. C\u2019est ce qui manque terriblement dans l&rsquo;\u00e9ducation nationale. Je ne sais pas chez vous, en Belgique, mais en France, il \u00e9tait quasiment impossible de faire \u00e7a. Apr\u00e8s tout, ce n\u2019\u00e9tait pas du volontarisme puisque \u00e7a a fonctionn\u00e9. Personne n\u2019\u00e9tait l\u00e9s\u00e9. La seule preuve, c&rsquo;est celle du r\u00e9el. Les choses se sont bien pass\u00e9es et ce qui pouvait para\u00eetre comme une id\u00e9e utopique \u00e9tait une id\u00e9e r\u00e9alisable et elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire une heure par semaine de cin\u00e9ma, entre15h30 et 16h20, \u00e7a ne veut rien dire pour moi. Si un jour, l&rsquo;enseignant a besoin de montrer un film en entier, il ne tiendra pas dans une heure de cours (qui sont en r\u00e9alit\u00e9 50 minutes). Ma politique est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;extrait. Mais parfois, il faut pouvoir montrer un film en entier. Il faut de la souplesse. Il en va de m\u00eame pour les arts plastiques. Si un enseignant veut conduire ses \u00e9l\u00e8ves dans un mus\u00e9e, en une heure, il ne peut rien faire. Le module d\u2019une heure est un carcan terrible. On a essay\u00e9 de casser cette contrainte, d&rsquo;assouplir. Heureusement qu&rsquo;il y avait la parole minist\u00e9rielle qui a accord\u00e9 de la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 l\u2019affaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous plaidez pour une p\u00e9dagogie centr\u00e9e sur la cr\u00e9ation. Autant comme spectateur que comme cr\u00e9ateur d&rsquo;images et de sons. Pouvez-vous nous l&rsquo;expliquer ? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, approcher un film, ce n\u2019est pas seulement approcher le sc\u00e9nario ou la forme. On a toujours int\u00e9r\u00eat \u00e0 se mettre dans la t\u00eate du r\u00e9alisateur. Comment s\u2019est-il pris pour faire cette sc\u00e8ne ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je travaille beaucoup avec les extraits car ils nous permettent de comprendre l\u2019acte de cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, dans <em>Moonrise Kingdom<\/em>, un couple d\u2019enfants se retrouve sur une plage d\u00e9serte. Cette s\u00e9quence est g\u00e9niale pour montrer une mani\u00e8re de s\u2019y prendre pour faire du cin\u00e9ma. Lorsqu\u2019on regarde cette sc\u00e8ne, on ne voit pas seulement l\u2019histoire. On comprend r\u00e9ellement ce qui se passe dans la t\u00eate de Wes Anderson. Il y a la plage, les objets amen\u00e9s (la tente, le tourne disque, etc.). \u00c0 partir d\u2019un&nbsp;\u00ab&nbsp; plan au sol&nbsp;\u00bb du site du tournage, on peut tr\u00e8s vite remonter en arri\u00e8re dans la pens\u00e9e de la cr\u00e9ation, comprendre les choix qui ont \u00e9t\u00e9 les siens, et ceux qu\u2019il aurait pu faire. Les \u00e9l\u00e8ves s\u2019av\u00e8rent tr\u00e8s capables de d\u00e9couvrir et de comprendre de l\u2019int\u00e9rieur ces choix de r\u00e9alisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois aussi \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 la comparaison d&rsquo;extraits. Si on revient \u00e0 notre couple sur la plage dans le film d\u2019Anderson, on peut le mettre en parall\u00e8le, par exemple, avec un extrait de <em>Monika<\/em> d\u2019Ingmar Bergman. La situation est similaire\u00a0: un couple quitte son milieu, la ville, pour se retrouver dans la nature sauvage. Et, je peux continuer, et montrer encore 3 ou 4 films o\u00f9 l\u2019on retrouve un contexte et une situation semblables. Il y a aussi la sc\u00e8ne sur l\u2019\u00eele de Porquerolles dans <em>Pierrot le fou<\/em>. De cette mani\u00e8re, on peut voir successivement comment Bergman, Godard et Anderson s\u2019y prennent pour filmer un couple d\u00e9barquant dans un lieu sauvage et coup\u00e9 du reste du monde. Pour moi, c\u2019est la plus belle mani\u00e8re d\u2019approcher le cin\u00e9ma. C\u2019est ce que j\u2019ai toujours pratiqu\u00e9 partout o\u00f9 je vais, de la France au Japon. Je montre 4 sc\u00e8nes d\u2019une situation similaire sans rien dire. Et les jeunes trouvent par eux-m\u00eames. Je ne dis pas \u00ab\u00a0<em>Voil\u00e0, il faut comprendre ceci<\/em>\u00a0\u00bb. La p\u00e9dagogie n\u2019est plus dans la parole ou un savoir surplombant. Elle est dans la pr\u00e9paration et la mise en rapport d\u2019extraits.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><em>Comprendre ce qui se passe dans la t\u00eate d\u2019un r\u00e9alisateur augmente notre go\u00fbt pour le cin\u00e9ma.<\/em><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est tr\u00e8s r\u00e9jouissant pour nous, enseignants, d\u2019exp\u00e9rimenter que le savoir n&rsquo;est pas forc\u00e9ment initial. On part d&rsquo;abord de leur savoir, de leur compr\u00e9hension \u00e0 eux. Ce n&rsquo;est pas ass\u00e9ner une v\u00e9rit\u00e9 sur une sc\u00e8ne ou un film. Cette m\u00e9thode est celle de \u00ab&nbsp;Le cin\u00e9ma, 100 ans de jeunesse&nbsp;\u00bb qui, en d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e, r\u00e9unit des groupes de participants compos\u00e9s \u00e0 chaque fois d\u2019un enseignant et d\u2019un intervenant du cin\u00e9ma. Pendant deux jours, je leur parle du sujet de l&rsquo;ann\u00e9e. Ils re\u00e7oivent aussi un DVD avec 90 extraits. Ce qui nous a pris \u00e9videmment beaucoup de temps \u00e0 pr\u00e9parer. Lorsqu\u2019ils arrivent devant la classe, ils choisissent les extraits qui semblent correspondre \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge des \u00e9l\u00e8ves. C&rsquo;est une m\u00e9thode universelle. J&rsquo;ai le souvenir d&rsquo;avoir fait \u00e7a dans un grand cin\u00e9ma \u00e0 Rio. J&rsquo;avais m\u00e9lang\u00e9 des extraits que j&rsquo;avais l&rsquo;habitude de montrer et des extraits de films br\u00e9siliens. \u00c7a s&rsquo;est incroyablement bien pass\u00e9. Les jeunes des favelas n&rsquo;ont pas chahut\u00e9, ils \u00e9taient tous excit\u00e9s pour r\u00e9pondre, pour dire ce qu&rsquo;ils avaient compris. Je n\u2019ai jamais eu d&rsquo;\u00e9chec car cette m\u00e9thode s&rsquo;appuie sur les \u00e9l\u00e8ves eux-m\u00eames et leur travail qui consiste \u00e0 faire un rapprochement entre les extraits. Comprendre ce qui se passe dans la t\u00eate d\u2019un r\u00e9alisateur augmente notre go\u00fbt pour le cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-2 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"550\" src=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Moonrise-Kingdom-2012-2-02-1024x550.jpeg\" alt=\"\" data-id=\"3745\" data-link=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/alain-bergala\/moonrise-kingdom-2012-2-02\/\" class=\"wp-image-3745\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Moonrise-Kingdom-2012-2-02-1024x550.jpeg 1024w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Moonrise-Kingdom-2012-2-02-300x161.jpeg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Moonrise-Kingdom-2012-2-02-768x413.jpeg 768w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Moonrise-Kingdom-2012-2-02-1536x826.jpeg 1536w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Moonrise-Kingdom-2012-2-02-210x113.jpeg 210w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Moonrise-Kingdom-2012-2-02.jpeg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"658\" src=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Monika-1024x658.jpg\" alt=\"\" data-id=\"3746\" data-link=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/alain-bergala\/monika\/\" class=\"wp-image-3746\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Monika-1024x658.jpg 1024w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Monika-300x193.jpg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Monika-768x493.jpg 768w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Monika-210x135.jpg 210w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Monika.jpg 1230w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/li><\/ul><figcaption class=\"blocks-gallery-caption\"><em>Moonrise Kingdom<\/em>, 2012, Wes Anderson \/ <em>Monika<\/em>, 1953, Ingmar Bergam<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"288\" src=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/pierrot.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3748\" srcset=\"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/pierrot.jpeg 512w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/pierrot-300x169.jpeg 300w, https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/pierrot-210x118.jpeg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><figcaption><em>Pierrot le Fou<\/em>, 1965, Jean-Luc Godard<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:2px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Cette p\u00e9dagogie que vous d\u00e9fendez s&rsquo;inscrit dans les principes de l&rsquo;\u00c9ducation populaire et l&rsquo;\u00e9ducation nouvelle, avec la volont\u00e9 de se mettre \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les \u00e9l\u00e8ves. C\u2019est une \u00e9tape primordiale si on veut s\u2019inscrire dans une \u00e9ducation au cin\u00e9ma&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut casser la verticalit\u00e9 de l&rsquo;enseignement qui est quand m\u00eame une chose p\u00e9nible et vieillotte. Commencer par l&rsquo;horizontalit\u00e9. L\u2019adulte sait des choses. Il a une exp\u00e9rience. Il a vu 100 fois plus de films que ses \u00e9l\u00e8ves. Et, \u00e9videmment, il est important qu\u2019il fasse b\u00e9n\u00e9ficier les jeunes de son exp\u00e9rience. Mais dans un premier temps, il est important de partir dans un rapport d\u2019horizontalit\u00e9. Ensuite, il pourra amener son savoir. En France, comme partout ailleurs, il y a encore de nombreuses personnes qui d\u00e9boulent dans une classe pour se mettre \u00e0 expliquer l\u2019\u00e9chelle des plans. \u00c7a ne sert strictement \u00e0 rien. Ce n\u2019est pas parce qu&rsquo;on commence \u00e0 nommer les plans qu&rsquo;on comprend le cin\u00e9ma. Par la suite, au tournage, on peut dire en passant \u00ab&nbsp;<em>tient \u00e7a s&rsquo;appelle un plan am\u00e9ricain<\/em>&nbsp;\u00bb mais commencer par \u00e7a est totalement absurde. En plus, on a une culture de films qui n&rsquo;est pas la leur. Ce que je fais souvent c&rsquo;est, par exemple, avec l&rsquo;\u00eele d\u00e9serte, leur demander d\u2019apporter d\u2019autres exemples de films dans lesquels on retrouve une situation similaire. \u00c7a ouvre l&rsquo;\u00e9change \u00e0 leur propre culture.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette analyse de cr\u00e9ation en tant que spectateur permet-elle d\u2019aller plus facilement vers un acte de cr\u00e9ation pour l\u2019\u00e9l\u00e8ve&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand ils passeront \u00e0 la r\u00e9alisation, ils se rappelleront comment des cin\u00e9astes ont pu traiter une situation similaire. Ils vont se poser de vraies questions et ne pas faire comme on fait dans les mauvaises classes, r\u00e9aliser un story-board, une pratique qui n\u2019a aucun sens. Un cin\u00e9aste ne pense jamais la sc\u00e8ne avec une succession d&rsquo;images. Il faut penser globalement la situation, les axes. L&rsquo;id\u00e9al, au moment du tournage avec un groupe de jeunes, c\u2019est de retrouver la vraie fa\u00e7on de penser le tournage qui est celle des cin\u00e9astes. Je me suis battu pendant des ann\u00e9es contre le story-board. Au BAC de cin\u00e9ma, il y avait une \u00e9preuve de story-board. Quand j&rsquo;\u00e9tais au Minist\u00e8re, j&rsquo;ai beaucoup cri\u00e9 et ils ont fini par l&rsquo;enlever. Je dois dire que pour moi c&rsquo;est criminel d\u2019enseigner le story-board. Le story-board n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec ce qu&rsquo;il y a dans la t\u00eate d&rsquo;un r\u00e9alisateur qui fait son film. A part si c&rsquo;est un cin\u00e9aste hollywoodien qui fait des effets sp\u00e9ciaux et filme des fus\u00e9es spatiales. Mais en r\u00e9alit\u00e9 dans un tournage normal, il n&rsquo;y a pas besoin de ce document. \u00c7a tue tout. Si les enfants arrivent avec le plan d\u00e9j\u00e0 dessin\u00e9, ils ne regardent plus rien. Ils ne regardent plus la lumi\u00e8re, ils ne regardent plus le d\u00e9cor. Ils recopient le story-board, ce qui est le contraire du cin\u00e9ma. Au cin\u00e9ma, on cherche \u00e0 comprendre sur place comment on va filmer une situation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Selon vous, qu\u2019est-ce qui pousse les enseignants \u00e0 adopter ces pratiques que vous critiquez comme celle du story-board&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que c&rsquo;est la peur. La peur de se dire \u00ab&nbsp;<em>apr\u00e8s tout, je ne sais pas plus qu&rsquo;eux comment faire un film<\/em>&nbsp;\u00bb. C&rsquo;est un r\u00e9flexe normal d&rsquo;enseignant pour se prot\u00e9ger. De se dire qu&rsquo;il existe des bases solides auxquelles s\u2019en remettre. Cette peur, elle dispara\u00eet si on est ouvert et si on comprend que se reposer sur un savoir n\u2019est pas la bonne m\u00e9thode. C&rsquo;est pour cette raison aussi que dans le cadre de \u00ab&nbsp;Le cin\u00e9ma, 100 ans de jeunesse&nbsp;\u00bb, il y a les \u00e9l\u00e8ves de&nbsp;la classe, le professeur et un intervenant ext\u00e9rieur. Il n&rsquo;y a plus ce face-\u00e0-face terrible entre l\u2019enseignant et ses \u00e9l\u00e8ves. Il y a une troisi\u00e8me personne. Cette triangulation permet de d\u00e9complexer les choses, de cr\u00e9er une circulation des id\u00e9es. Seul avec ses \u00e9l\u00e8ves, le professeur a peur de ne pas savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;intervenant ext\u00e9rieur est pr\u00e9sent toute l&rsquo;ann\u00e9e. Il ne vient pas uniquement au moment du tournage. Il participe \u00e0 tout le projet, du visionnage des extraits \u00e0 la r\u00e9flexion sur le projet de film jusqu\u2019au tournage. Il n&rsquo;est pas du tout parachut\u00e9 \u00e0 un moment technique. Il intervient en tant que personne travaillant dans le cin\u00e9ma. En France, il y a des structures que je n\u2019affectionne pas beaucoup et qui font appel, par exemple, \u00e0 un sc\u00e9nariste pour expliquer pendant deux heures \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves comment faire un sc\u00e9nario. Apr\u00e8s, on envoie le chef op. pour faire pareil. C&rsquo;est une esp\u00e8ce de self-service qui n&rsquo;a aucun sens. C&rsquo;est une fa\u00e7on de dire \u00ab&nbsp;<em>Vous voyez, on est bons. On fait venir les bonnes personnes au bon moment<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce n\u2019est pas \u00e7a le cin\u00e9ma. Il n&rsquo;y a pas de bons moments. C&rsquo;est un processus complet du premier jour jusqu\u2019au dernier. Les \u00e9l\u00e8ves, une fois qu&rsquo;ils ont entendu tous ces professionnels, ils n&rsquo;ont rien retenu. Ils ont besoin de personnes qui s\u2019inscrivent r\u00e9ellement dans la continuit\u00e9 de l\u2019\u00e9laboration de leur projet \u00e0 eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Jack Lang avait \u00e9t\u00e9 longtemps Ministre de la Culture. Lorsqu\u2019il devient Ministre de l&rsquo;\u00e9ducation, connaissant tr\u00e8s bien le fonctionnement de son ancien minist\u00e8re, il propose \u00e0 la Culture ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je fournis des profs et vous fournissez les intervenants et vous les payez<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce n&rsquo;est jamais arriv\u00e9 dans l&rsquo;histoire de la France que deux minist\u00e8res payent ensemble la m\u00eame chose. Surtout qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;\u00c9ducation nationale et la Culture n&rsquo;arr\u00eatent pas de se tirer dans les pattes (<em>rires<\/em>). Et l\u00e0, \u00e7a a march\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens tr\u00e8s bien de ce moment. Les d\u00e9l\u00e9gations r\u00e9gionales de la culture (DRAC) connaissaient les techniciens de cin\u00e9ma de leur r\u00e9gion et leur proposaient de participer \u00e0 un projet d\u2019\u00e9ducation au cin\u00e9ma. Et, ils les payaient. En plus, pour les techniciens, \u00e7a comptait dans leurs heures en tant qu&rsquo;intermittents. Tout le monde \u00e9tait gagnant. \u00c9videmment, quand tout le monde est gagnant, \u00e7a marche !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle \u00e9tait l\u2019ambition des rencontres internationales, \u00ab&nbsp;Le cin\u00e9ma, 100 ans de jeunesse&nbsp;\u00bb, qui malheureusement risque de s\u2019arr\u00eater cette ann\u00e9e&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le cin\u00e9ma, 100 ans de jeunesse&nbsp;\u00bb permet de faire essaimer ce dispositif dans des classes partout dans le monde. Dans la limite du possible. Toutes les participants doivent pouvoir tenir dans la grande salle de la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise. En d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e, je fais la formation dans cette salle et \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, les \u00e9l\u00e8ves viennent de tous les pays pour regarder les films des uns et des autres. H\u00e9las, ce programme risque de s\u2019arr\u00eater car la direction de la Cin\u00e9math\u00e8que a d\u00e9cid\u00e9 de sa suspension. C\u2019\u00e9tait une belle exp\u00e9rience. Les profs et les intervenants se retrouvaient. Il y avait vraiment le sentiment d&rsquo;un v\u00e9ritable \u00e9change et d\u2019une formation commune. C&rsquo;\u00e9tait notre condition pour que \u00e7a ne devienne pas abstrait. Je pense que l&rsquo;\u00e9ducation au cin\u00e9ma ne peut pas se faire sans pr\u00e9sentiel. Evidemment, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est une situation tragique que nous vivons avec la crise sanitaire. Et, cela va favoriser le renoncement \u00e0 plein de choses. Finalement, les institutions vont nous dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vous voyez, \u00e7a marchait bien en ligne. Pourquoi voulez-vous perdre du temps et de l&rsquo;argent \u00e0 faire venir les gens, \u00e0 les rassembler&nbsp;? D\u00e9sormais, il y a Zoom&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb. Je pense que cette situation va nous faire du mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Je donne souvent des conf\u00e9rences. Et, \u00e0 pr\u00e9sent je les fais sur Zoom. Pour moi, il n&rsquo;y a pas de p\u00e9dagogie sans un rapport personnel entre l&rsquo;enseignant et ses \u00e9l\u00e8ves. Une de mes id\u00e9es fixes, c&rsquo;est qu&rsquo;on enseigne avant tout ce que l\u2019on est. Un enseignement ne passe pas par une image et une voix abstraite. Finalement, j&rsquo;ai appris des choses gr\u00e2ce \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019\u00eatre et de parler de certaines personnes que j\u2019ai rencontr\u00e9es \u00e0 un moment de mon parcours. Pourtant, je n&rsquo;aimais pas forc\u00e9ment toutes leurs id\u00e9es. Les id\u00e9es, apr\u00e8s tout, ce n&rsquo;est pas le plus important dans notre rapport \u00e0 l&rsquo;art. Dans l&rsquo;art, ce sont les affects.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le DVD est un support qui vous tient \u00e0 c\u0153ur. Vous proposez l&rsquo;id\u00e9e de cette mallette de DVD dans l&rsquo;\u00e9cole pour pouvoir continuellement y chercher des films ou des extraits. Est-ce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, son utilisation vous semble toujours pertinente avec l&rsquo;arriv\u00e9e des grands catalogues ou encore d\u2019une plateforme telle que YouTube ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui encore, je continue \u00e0 croire au support physique. Je vais aussi sur les plateformes mais il n&rsquo;y a aucun rapport entre un film que je rattrape en ligne ou celui que je poss\u00e8de en DVD \u00e0 la maison. Le film sur la plateforme, je le vois, je l&rsquo;oublie. Et si jamais je veux travailler dessus, faire des arr\u00eats sur image, je ne peux pas. Je travaille beaucoup par captures. On nous dit aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il n&rsquo;y aura plus rien de physique. Si c&rsquo;est vrai, \u00e7a sera terrible pour la p\u00e9dagogie. Le digital a effectivement \u00e9t\u00e9 la grande mutation. \u00c7a a pris un certain temps mais l\u00e0, on y est ! On est dans l&rsquo;\u00e8re absolue du digital. D\u00e9j\u00e0 en 2000, lorsque je disais au Minist\u00e8re que je voulais faire des DVD, des avant-gardistes me r\u00e9torquaient \u00ab&nbsp;<em>\u00e7a sera p\u00e9rim\u00e9 dans trois ans<\/em>&nbsp;\u00bb. Heureusement, j&rsquo;ai tenu bon.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, aujourd&rsquo;hui, les jeunes n&rsquo;ont pratiquement plus aucun rapport avec la fa\u00e7on dont on recevait les films auparavant. La salle \u00e9tait le seul lieu o\u00f9 on \u00e9tait oblig\u00e9s d&rsquo;\u00eatre assis pour avoir acc\u00e8s au dispositif cin\u00e9ma. On ne pouvait ni couper ni zapper. Le dispositif de la s\u00e9ance de cin\u00e9ma est en voie de disparition totale.<\/p>\n\n\n\n<p>La jeune g\u00e9n\u00e9ration actuelle ne regarde plus la t\u00e9l\u00e9. Il n\u2019y a plus qu\u2019Internet&nbsp;! On trouve pl\u00e9thore d&rsquo;images et d&rsquo;extraits sur YouTube, par exemple. Toute une mine incroyable de choses. Mais qu&rsquo;est-ce que cr\u00e9e YouTube dans les t\u00eates ? Selon moi, cela cr\u00e9e surtout de l\u2019amn\u00e9sie malgr\u00e9 l\u2019excitation que \u00e7a procure. Je peux passer une heure \u00e0 zapper dans tous les sens, mais \u00e0 la fin, qu\u2019est-ce qu\u2019il me reste&nbsp;? Rien&nbsp;! Je saute d\u2019un truc \u00e0 l\u2019autre de fa\u00e7on totalement dispersive.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ax\u00e9 sur la vitesse. Or, la p\u00e9dagogie c&rsquo;est le contraire. La p\u00e9dagogie, c&rsquo;est ralentir. Si on ne ralentit pas, on ne fait pas du bon travail. Ralentir aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est la chose la moins naturelle au monde. En plus, Internet ne permet pas de d\u00e9couvrir des choses hors de sa tranche d\u2019\u00e2ge et de ses likes. Un jeune, aujourd\u2019hui, ne va pas d\u00e9couvrir sur Internet un film d\u2019Abbas Kiarostami. Il verra la culture du moment qui lui est d\u00e9sign\u00e9e par des algorithmes ! Les algorithmes, c&rsquo;est le contraire de la p\u00e9dagogie&nbsp;! Si vous avez vu \u00e7a et \u00e7a, voil\u00e0 ce que vous devriez voir. On vous propose ce que vous \u00eates cens\u00e9 d\u00e9j\u00e0 conna\u00eetre et aimer. La p\u00e9dagogie doit au contraire amener les objets bizarres, inconnus de celui qui les re\u00e7oit afin de lui ouvrir l&rsquo;esprit sur autre chose. Avec \u00ab&nbsp;Ecole et cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb, on prend une classe et on l\u2019emm\u00e8ne voir un film de Kiarostami au cin\u00e9ma. Au bout de dix minutes, ils sont captiv\u00e9s. Mais jamais sur Internet, ils ne trouveront une proposition qui n&rsquo;est pas d\u00e9j\u00e0 dans leur mode de penser les images. C&rsquo;est le contraire absolu de ce que nous faisons. Comme je l\u2019ai dit, quand je travaille avec une classe, j&rsquo;am\u00e8ne plein d&rsquo;extraits de films. Ce sont des films auxquels ils n\u2019auraient jamais eu acc\u00e8s dans leur tourniquet en ligne. Le travail p\u00e9dagogique devient, d\u00e8s lors, de plus en plus n\u00e9cessaire face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, c\u2019est une fausse id\u00e9e de dire \u00ab&nbsp;<em>il y a tout sur YouTube <\/em>\u00bb. \u00c7a ne sert \u00e0 rien qu&rsquo;il y ait tout&nbsp;! On circule tr\u00e8s vite et au final, c&rsquo;est comme s&rsquo;il n\u2019y avait rien. Et surtout, YouTube ne cr\u00e9e aucune connexion entre les choses. Sauf, effectivement, les suggestions de l\u2019algorithme. Mais les suggestions nous enferment. Je le vois bien sur mon ordi quand la Fnac me propose d&rsquo;acheter deux DVD par rapport \u00e0 ce que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 achet\u00e9. \u00c7a ne sort pas d&rsquo;un millim\u00e8tre. La situation d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec la situation d&rsquo;il y a 20 ou 30 ans. Le rapport des jeunes au cin\u00e9ma n&rsquo;a plus rien \u00e0 avoir avec le n\u00f4tre. Il y a eu un moment o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision jouait le r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire. On pouvait voir des films et aussi les voir en famille. Aujourd&rsquo;hui, tout \u00e7a est pulv\u00e9ris\u00e9. Il y a une culture par classe d&rsquo;\u00e2ge et par int\u00e9r\u00eat qui est essentiellement r\u00e9gl\u00e9e par et pour la consommation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quels seraient, selon vous, les bons usages \u00e0 faire de YouTube dans le cadre d\u2019une \u00e9ducation au cin\u00e9ma&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00e9dagogie du cin\u00e9ma, il faut qu&rsquo;elle invente des choses pour faire face \u00e0 cette dure r\u00e9alit\u00e9. Je voudrais un jour \u00e9crire sur les solutions \u00e0 proposer pour pouvoir utiliser YouTube. Pour le moment, on ne peut rien en faire. YouTube a ses propres r\u00e8gles. Je pense qu&rsquo;il y aurait peut-\u00eatre une p\u00e9dagogie \u00e0 d\u00e9velopper et une mani\u00e8re de circuler sur YouTube de mani\u00e8re int\u00e9ressante. Il faudrait apprendre sur YouTube comment faire des connexions et des liens entre les extraits. Comment peut-on chercher autre chose&nbsp;? C&rsquo;est \u00e7a qui serait int\u00e9ressant. Mais tout est fait pour que \u00e7a ne soit pas utilis\u00e9 de cette mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, on pourrait demander aux jeunes d&rsquo;aller chercher sur YouTube des sc\u00e8nes qui ressemblent \u00e0 cette situation de notre couple isol\u00e9 dans une nature sauvage. On peut aussi faire une approche via l&rsquo;acteur ou l&rsquo;actrice. On peut aller de diff\u00e9rents extraits avec le m\u00eame acteur. Il faut trouver un moyen de connecter et d\u2019engranger quelque chose. Pour le moment, \u00e7a n\u2019engrange rien d\u2019autre que le fait de mettre 10.000 likes \u00e0 une vid\u00e9o. Je suis le 10.001\u00e8me. Je m&rsquo;agglom\u00e8re \u00e0 un go\u00fbt qui est celui de ma classe sociale, de la culture de ma petite communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 la collection \u00ab&nbsp;L&rsquo;Eden de cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb, \u00e7a marchait. Aujourd&rsquo;hui encore, il y a plein de gens qui s&rsquo;en servent. La CNDP (Centre National de Documentation P\u00e9dagogique) a arr\u00eat\u00e9 la collection car ils ne voulaient plus renouveler les droits des films. Pour \u00e9viter l\u2019ill\u00e9galit\u00e9, ils ont mis les DVD \u00e0 la casse. C\u2019est un scandale ! Qui aurait pu savoir qu&rsquo;il y avait des DVD qui circulaient encore. Heureusement, il y en a beaucoup dans les biblioth\u00e8ques, les m\u00e9diath\u00e8ques que les gens peuvent encore aller consulter. D&rsquo;o\u00f9 la force des supports physiques. Un DVD, on peut encore le trouver dans une m\u00e9diath\u00e8que. Si c&rsquo;\u00e9tait dans le nuage, on ne trouverait plus rien. Les choses s&rsquo;\u00e9vanouissent et disparaissent. \u00c7a n&rsquo;a plus aucune existence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous \u00e9mettez une critique s\u00e9v\u00e8re envers le court-m\u00e9trage qui, selon vous, est un des genres les plus codifi\u00e9s. Pourtant, on y a massivement recours dans les \u00e9coles de cin\u00e9ma.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a ne s&rsquo;arrange pas ! Il y a, par exemple, ce concours du court-m\u00e9trage de 3 minutes en ce moment. J&rsquo;en regarde quelques-uns et c&rsquo;est l&rsquo;horreur. C&rsquo;est tout sauf du cin\u00e9ma. C&rsquo;est de la frime. Pour moi, c&rsquo;est la fin du cin\u00e9ma, ce genre de concours. Le probl\u00e8me du court-m\u00e9trage est qu\u2019il exag\u00e8re les codes de par sa dur\u00e9e. Cela donne une id\u00e9e caricaturale du cin\u00e9ma. A la FEMIS, je disais \u00e0 mes \u00e9tudiants \u00ab&nbsp;<em>Faites des films courts, mais laissez tomber l\u2019id\u00e9e que ce sont des courts-m\u00e9trages<\/em>&nbsp;\u00bb. On peut faire un film de 10 minutes qui est un vrai film. Si on se dit&nbsp;\u00ab&nbsp; j<em>e vais adopter les codes du court-m\u00e9trage&nbsp;<\/em>\u00bb, on est foutus. Il y a des lois qui r\u00e9gulent ce genre. Dans les festivals du court-m\u00e9trage, je retrouve souvent \u00e7a. C&rsquo;est tr\u00e8s rare qu&rsquo;il y ait un film libre et de vrai cin\u00e9ma. L&rsquo;id\u00e9e, c&rsquo;est de s\u00e9duire vite. De parler du sujet dont il faut parler aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;alibi du contenu devient pr\u00e9pond\u00e9rant et sert \u00e0 montrer qu&rsquo;on est \u00e0 la mode en parlant de ceci ou de cela. La forme est, elle aussi, hyper cod\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je disais toujours aux jeunes d\u00e9butants&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Si vous avez 12 minutes, faites 12 minutes de vrai cin\u00e9ma. Peu importe qu\u2019il y ait une chute ou pa<\/em>s&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Je comprendrai mieux qui vous \u00eates et le cin\u00e9ma que vous voulez faire<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Si vous faites un \u00ab&nbsp;court-m\u00e9trage&nbsp;\u00bb, vous serez contraints et \u00e7a ne sera plus vous. Ce seront les lois du court-m\u00e9trage qui <\/em><em>feront<\/em><em> votre film<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part, le recours au court-m\u00e9trage dans les \u00e9coles de cin\u00e9ma est li\u00e9 \u00e0 un probl\u00e8me d&rsquo;argent. M\u00eame la FEMIS, une \u00e9cole qui n\u2019est pas sans le sou, ne pouvait pas payer des longs ou moyens m\u00e9trages. Aujourd&rsquo;hui, gr\u00e2ce au digital, c&rsquo;est plus facile. Aussi, les enseignants ne vont pas r\u00e9ussir \u00e0 voir chaque trimestre 25 longs m\u00e9trages. D\u00e9sormais, \u00e0 la FEMIS, les \u00e9tudiants peuvent r\u00e9aliser un long m\u00e9trage en derni\u00e8re ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le court-m\u00e9trage \u00e7a s&rsquo;imite. Si on montre des court-m\u00e9trages aux jeunes, ils vont faire pareil. Ce qui veut dire un gros sc\u00e9nario qui est un probl\u00e8me majeur de ce genre. On ne peut pas d\u00e9velopper un sc\u00e9nario en 10 minutes. Autant faire autre chose. Autant filmer des choses en ayant envie de filmer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour forger un go\u00fbt, il est important de faire le cin\u00e9ma petit \u00e0 petit, de prendre le temps. Par contre, l\u2019\u00e9cole a toujours tendance \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le rythme, se sentant continuellement en retard et en manque de temps. Comment r\u00e9soudre cette contradiction&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La question du temps est essentielle. M\u00eame sur les tournages, la question du montage est insoluble. Dans le syst\u00e8me scolaire, on ne peut pas prendre le temps et, en plus, faire un montage \u00e0 plusieurs. La phase du montage, elle est faite par le prof ou par l&rsquo;intervenant m\u00eame si les \u00e9l\u00e8ves observent le processus. C&rsquo;est d\u00e9loyal de dire \u00e0 une classe qu\u2019elle pourra monter le film. C&rsquo;est la phase qui souffre toujours le plus dans la fabrication du film. Dans le cadre des horaires scolaires, on ne peut pas. Mais l&rsquo;action du temps, pour moi, elle est absolument fondamentale. Si on court apr\u00e8s le temps, on ne fait plus grand chose de bien. Faire peu mais lentement. Apprivoiser le cin\u00e9ma prend du temps. Selon moi, la p\u00e9dagogie doit faire deux choses primordiales : ralentir et cr\u00e9er des liens. Ce qui reste au final dans la t\u00eate des jeunes, ce sont les liens qu&rsquo;on les a aid\u00e9s \u00e0 cr\u00e9er. Sinon c&rsquo;est YouTube. Si on voit quelque chose qui n&rsquo;est reli\u00e9 \u00e0 rien, \u00e7a disparait aussi vite. \u00c7a rejoint la grande amn\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment enseigner le cin\u00e9ma \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole alors que cette institution peut \u00eatre le symbole de l&rsquo;enfermement et de l&rsquo;obligation&nbsp;? Certains plaident, \u00e0 l\u2019inverse, pour une approche buissonni\u00e8re du cin\u00e9ma.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que l&rsquo;\u00e9cole est, par nature, le bon lieu pour approcher le cin\u00e9ma ? J\u2019ai entendu cette question au moins 20 000 fois avec l\u2019argument qui disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>l&rsquo;\u00e9cole, \u00e7a rend tout scolaire&nbsp;<\/em>\u00bb, le cin\u00e9ma il faut le rencontrer librement, hors de l\u2019\u00e9cole. Justement, notre id\u00e9e c&rsquo;\u00e9tait de dire que l&rsquo;\u00e9cole n&rsquo;est pas forc\u00e9ment toujours scolaire. On peut irriguer dans l&rsquo;\u00e9cole une autre fa\u00e7on d&rsquo;approcher l&rsquo;art sans que ce soit scolaire. C&rsquo;est pour cette raison qu\u2019on ne voulait pas de prof de cin\u00e9ma afin d&rsquo;\u00e9viter le scolarisme dans cette affaire. C&rsquo;est idiot de dire qu\u2019on ne d\u00e9couvre pas le cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Le seul endroit aujourd&rsquo;hui o\u00f9 un jeune de 13 ans qui vit en banlieue, sans un acc\u00e8s proche \u00e0 une salle, peut d\u00e9couvrir le cin\u00e9ma, c\u2019est justement l&rsquo;\u00e9cole. La vraie utopie, ce n&rsquo;est pas de dire \u00ab&nbsp;<em>Ils n\u2019ont qu&rsquo;\u00e0 se d\u00e9merder. Il y a des films qui passent, ils n\u2019ont qu&rsquo;\u00e0 aller sur Paris<\/em>&nbsp;\u00bb. Pour voir quelque chose, il faut savoir que \u00e7a existe, le d\u00e9sirer et qu\u2019une personne vous l&rsquo;ait d\u00e9sign\u00e9. Seule l&rsquo;\u00e9cole peut le faire. En r\u00e9alit\u00e9, ce sont les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques qui r\u00e9gissent aujourd&rsquo;hui la circulation des objets culturels et la consommation pour une tranche d&rsquo;\u00e2ge donn\u00e9e, et qui enferment les jeunes. Ce n&rsquo;est pas un bon argument de dire ce n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de faire d\u00e9couvrir le cin\u00e9ma. Si l&rsquo;\u00e9cole ne le fait pas, cela revient \u00e0 dire qu&rsquo;on laisse les jeunes se faire happer par la consommation et le mim\u00e9tisme. Ce n&rsquo;est pas eux qui font le choix, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9conomie. C&rsquo;est la puissance de tir de ceux qui sortent un film dans 100 salles. Pour moi l&rsquo;\u00e9cole, c&rsquo;est le vrai bon lieu. Pas parce que c&rsquo;est le meilleur mais parce ce qu&rsquo;il n\u2019y en a pas d&rsquo;autres.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9las, les choses que j&rsquo;entrevoyais se sont \u00e0 peu pr\u00e8s toutes r\u00e9alis\u00e9es concernant la d\u00e9mat\u00e9rialisation des supports et la consommation culturelle. Evidemment sur Internet, la pression de la consommation est devenue encore plus grande. La situation ne s&rsquo;est pas vraiment arrang\u00e9e mais heureusement, il y a encore une grande force chez celles et ceux qui travaillent \u00e0 une \u00e9ducation au cin\u00e9ma. Ce n&rsquo;est pas perdu. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, je suis all\u00e9 dans le Sud-Ouest pr\u00e9senter <em>Pierrot le fou<\/em> \u00e0 une classe de Secondes. J\u2019avais un peu peur, car c\u2019est tellement loin de leur culture, mais les jeunes ont beaucoup plus de capacit\u00e9 qu\u2019on pense \u00e0 recevoir les choses si on les montre dans de bonnes conditions. Il ne faut surtout pas renoncer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Propos recueillis par Aur\u00e9lie Ghalim<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous nous sommes entretenus avec Alain Bergala, cin\u00e9aste, critique de cin\u00e9ma, ancien r\u00e9dacteur en chef et \u00e9diteur aux Cahiers du cin\u00e9ma, essayiste et enseignant de cin\u00e9ma \u00e0 Paris III et \u00e0 la FEMIS. 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