{"id":4220,"date":"2022-10-31T12:07:29","date_gmt":"2022-10-31T11:07:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.causestoujours.be\/?p=4220"},"modified":"2022-10-31T12:07:30","modified_gmt":"2022-10-31T11:07:30","slug":"quelle-valeur-historique-et-ou-journalistique-pour-les-images-tournees-a-laide-de-smartphones","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/quelle-valeur-historique-et-ou-journalistique-pour-les-images-tournees-a-laide-de-smartphones\/","title":{"rendered":"Quelle valeur historique et\/ou journalistique pour les images tourn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aide de smartphones ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans toutes les mains, dans toutes les poches, les smartphones pr\u00e9cipitent notre immersion dans l\u2019\u00e8re num\u00e9rique, \u00e0 l\u2019instar de la num\u00e9risation forcen\u00e9e des services ou de la crise sanitaire. Les smartphones ou le symbole de notre complicit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution technologique, l\u2019interface entre l\u2019humain et l\u2019information personnalis\u00e9e, d\u00e9contextualis\u00e9e, g\u00e9olocalis\u00e9e, consomm\u00e9e. Au-del\u00e0 d\u2019un usage passif, ces extensions quasi <em>cronenbergiennes <\/em>du corps humain sont le vecteur pour tout \u00e0 chacun du partage d\u2019informations (photos, vid\u00e9os, sons) que l\u2019on jugera bon de jeter en p\u00e2ture \u00e0 la face du monde, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un chaton trop<em> kawa\u00ef <\/em>ou d\u2019images d\u2019exactions militaires.<\/p>\n\n\n\n<p>De cette orgie de pixels, des enqu\u00eateurs, des chercheurs, des journalistes ou m\u00eame des citoyens effectuent un devoir logique de filtrage, de v\u00e9rification, de hi\u00e9rarchisation, d\u2019attention \u00e0 certaines informations qui risqueraient d\u2019\u00eatre noy\u00e9es dans la masse. Leurs remises en contexte et autres commentaires \u00e9clair\u00e9s sont plus que jamais essentiels pour mettre en valeur une partie de ces informations, dont le mode de diffusion amoindrit la puissance d\u2019impact, ou <em>a contrario<\/em>, essentiels pour d\u00e9monter certaines autres infos plac\u00e9es en t\u00eate de gondole par les algorithmes opaques du net. Encore une fois, il s\u2019agit de prendre le temps de s\u2019extraire du flux, de r\u00e9fl\u00e9chir, de ralentir, alors que l\u2019ensemble de la culture technologique \u00e9l\u00e8ve la rapidit\u00e9 en vertu.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette introduction, am\u00e8re reflet d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui peine \u00e0 reprendre son souffle apr\u00e8s la pand\u00e9mie, remettons en contexte. Le 10 juin dernier le GSARA a organis\u00e9, dans le cadre du 5\u00e8me \u00ab&nbsp;Festival <em>online<\/em> des r\u00e9alit\u00e9s sociales COUPE CIRCUIT&nbsp;\u00bb, une \u00e9mission de r\u00e9flexion autour de la valeur journalistique et\/ou historique des images tourn\u00e9es \u00e0 l\u2019aide des smartphones. En compagnie d\u2019Aur\u00e9lie Aubert (Ma\u00eetresse de conf\u00e9rences en sciences de l\u2019information et de la communication, sp\u00e9cialiste du journalisme num\u00e9rique &#8211; Universit\u00e9 Paris 8), Ga\u00ebtan Gras (Enseignant et journaliste, Institut des Hautes \u00c9tudes des Communications Sociales) et Philippe Dam (Directeur plaidoyer aupr\u00e8s de l\u2019Union Europ\u00e9enne pour l\u2019ONG Human Rights Watch) nous avons parl\u00e9 d\u2019objectivit\u00e9 journalistique, de <em>fake news<\/em>, de journalisme citoyen. L\u2019\u00e9mission est disponible en <em>replay,<\/em> mais nous vous proposons ici d\u2019en extraire quelques morceaux choisis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LES IMAGES MISES EN DOUTE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un contexte de crise doubl\u00e9 de l\u2019afflux perp\u00e9tuel de sources d\u2019informations, les images tourn\u00e9es \u00e0 l\u2019aide de smartphones sont constamment soumises \u00e0 suspicion, mises en doute. En tant que t\u00e9moignages d\u2019\u00e9v\u00e9nements, ce nouveau type d\u2019images pose-il de nouvelles questions ou s\u2019agit-il de vieilles probl\u00e9matiques adapt\u00e9es \u00e0 de nouveaux moyens&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Aur\u00e9lie Aubert&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Les fausses informations, les rumeurs, en un mot la propagande, \u00e7a a toujours exist\u00e9. Certes les images sont beaucoup plus accessibles, et c\u2019est aussi techniquement beaucoup plus facile de les trafiquer. Aujourd\u2019hui nous avons des m\u00e9canismes pour d\u00e9monter ces fausses informations, notamment le fact-checking dans les r\u00e9dactions, m\u00eame si paradoxalement cela met davantage en valeur certaines fausses informations. C\u2019est \u00e0 dire votre journal pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 fait un focus sur une fake news pour essayer de la d\u00e9monter et \u00e7a lui donne plus de publicit\u00e9, \u00e7a c\u2019est un peu nouveau. (\u2026) Mais la m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis des m\u00e9dias est ancienne. On consid\u00e8re que l\u2019\u00e2ge d\u2019or de la presse s\u2019est arr\u00eat\u00e9 en 1914. \u00c0 cette date pr\u00e9cise, les m\u00e9dias ont commenc\u00e9 \u00e0 raconter n\u2019importe quoi sur la guerre 14-18 et c\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 qu\u2019on voit baisser la confiance dans les m\u00e9dias. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le manque de confiance dans les \u00e9lites, qu\u2019elles soient politiques, journalistiques, dans la justice, l\u2019enseignement, cela date des ann\u00e9es 80, 90 et puis \u00e7a s\u2019accentue. Nous sommes dans un mouvement de fond. (&#8230;) L\u2019\u00e9ducation aux m\u00e9dias est centrale, on voit bien que nos \u00e9tudiants ont parfois du mal \u00e0 rep\u00e9rer d\u2019o\u00f9 vient l\u2019information parce qu\u2019elle est tr\u00e8s courte, d\u00e9contextualis\u00e9e. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les m\u00e9dias sont victimes de leur succ\u00e8s, c\u2019est \u00e0 dire que l\u2019on consomme de plus en plus d\u2019informations. Plus vous avez de gens qui consomment, plus vous avez de possibilit\u00e9s de vous tromper, de mal interpr\u00e9ter.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE BIAIS SUBJECTIF<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Via smartphone ou ordinateur, le nombre de filmeurs, r\u00e9dacteurs et diffuseurs d\u2019informations a explos\u00e9. Chaque utilisateur du web, avec son v\u00e9cu, ses valeurs, ses intentions dans l\u2019usage des r\u00e9seaux sociaux (sa recherche plus ou moins grande de l\u2019attention), peut produire de l\u2019information. Nous sommes donc face \u00e0 l\u2019expression d\u2019un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, et les r\u00e9cepteurs d\u2019informations doivent prendre en compte ce biais subjectif individualis\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 un journal, un m\u00e9dia, poss\u00e8de sa propre ligne \u00e9ditoriale, sa propre coloration id\u00e9ologique qui \u00e9tait connue par le r\u00e9cepteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Aur\u00e9lie Aubert&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em> M\u00eame le journaliste professionnel est subjectif, il arrive avec ses valeurs, avec ce \u00e0 quoi il est form\u00e9, ce \u00e0 quoi il croit, le m\u00e9dia pour lequel il travaille\u2026 M\u00eame quand on pense travailler avec des informations neutres telles que des donn\u00e9es de g\u00e9olocalisation, en r\u00e9alit\u00e9 ce sont des donn\u00e9es qui appartiennent \u00e0 quelqu\u2019un. Si un journaliste veut utiliser une base de donn\u00e9es d\u2019un organisme public, les h\u00f4pitaux ou la police d\u2019une ville, ces donn\u00e9es sont construites, via une mani\u00e8re de les avoir collect\u00e9es, compil\u00e9es. L\u2019information n\u2019est jamais totalement neutre, on la r\u00e9cup\u00e8re via des donn\u00e9es d\u2019un satellite et si l\u2019\u00c9tat veut vous en barrer l\u2019acc\u00e8s il le peut bien s\u00fbr. La neutralit\u00e9 totale n\u2019existe pas.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan Gras&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;D\u2019ailleurs souvent on pr\u00e9f\u00e8re le terme \u00ab&nbsp;honn\u00eatet\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 celui de \u00ab&nbsp;subjectivit\u00e9&nbsp;\u00bb. \u00c0 partir du moment o\u00f9 un journaliste traite une information il arrive avec un bagage priv\u00e9 et professionnel dans son traitement. Ce qu\u2019on attend de lui c\u2019est plut\u00f4t une honn\u00eatet\u00e9 vis \u00e0 vis des faits relat\u00e9s. Nous ne sommes&nbsp; jamais \u00e0 l\u2019abri d\u2019une manipulation. Les m\u00e9tadonn\u00e9es peuvent \u00eatre trafiqu\u00e9es par exemple. Il y a toujours une distance \u00e0 avoir vis \u00e0 vis du fait avant de le transformer en information.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00c9CEPTION \/ D\u00c9CONTEXTUALISATION<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019interaction entre l\u2019\u00e9metteur et le r\u00e9cepteur n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi rapide. Avec nos nouveaux modes de consommation, les images se trouvent d\u00e9contextualis\u00e9es et leur force souvent amoindrie. Dans son film <strong><em>Un Pays qui se tient sage<\/em><\/strong> (2020), le journaliste David Dufresne projette des images de violences polici\u00e8res et propose \u00e0 des t\u00e9moins de les commenter. Il s\u2019agit de sortir ces documents de leur usage direct et individuel, pour leur redonner leur puissance, leur importance. Le r\u00f4le du journaliste reste donc central pour reprendre ces informations, les remettre en contexte et prendre le temps de l\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Extrait du film \u00ab&nbsp;UN PAYS QUI SE TIENT SAGE&nbsp;\u00bb de David Dufresne.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"04_TEASER_UN_PAYS_QUI_SE_TIENT_SAGE.mp4\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/725573973?h=5e12cd606b&amp;dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"720\" height=\"405\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan Gras&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est toute l\u2019importance du travail journalistique qui est effectu\u00e9. Toute l\u2019importance de la recontextualisation des informations. Il faut prendre le temps de l\u2019analyse et du traitement et ce m\u00eame si cela devient de plus en plus compliqu\u00e9 dans le contexte journalistique parce qu\u2019effectivement, cela demande un gros investissement de d\u00e9tacher des journalistes pour faire ce travail de fond. On en arrive au probl\u00e8me socio-\u00e9conomique de la presse&nbsp;: a-t-elle encore les \u00e9paules financi\u00e8res pour fournir ce travail au long cours&nbsp;? Selon moi, c\u2019est un combat \u00e0 deux vitesses. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 on traite l\u2019information tr\u00e8s rapidement pour expliquer en temps r\u00e9el ce qui se passe et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 il y a ce travail sur le temps long, davantage dans l\u2019analyse.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au del\u00e0 de la transmission d\u2019informations, Philippe Dam, de l\u2019ONG <em>Human Rights Watch,<\/em> donne un exemple qui d\u00e9montre l\u2019importance historique de ce travail de recherche au long cours&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Aujourd\u2019hui Human Rights Watch a sorti un rapport sur les attaques \u00e0 Tcherniguiv au nord de l\u2019Ukraine, on a pris trois mois pour enqu\u00eater, documenter, r\u00e9colter des preuves, interroger des victimes, utiliser certains contenus vid\u00e9os et photos pour arriver \u00e0 ces conclusions. Et c\u2019est fondamental que notre organisation ou les m\u00e9dias prenions ce temps pour pr\u00e9senter ces informations et fassions en sorte que ces informations soient encore valables plusieurs semaines, plusieurs mois apr\u00e8s les faits eux-m\u00eames. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019avoir les informations brutes mais aussi revenir en arri\u00e8re pour avoir une analyse plus construite, plus globale sur ce qui s\u2019est pass\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019<em>OPEN SOURCE INTELLIGENCE<\/em> ou OSINT.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des missions de Philippe Dam au sein de <em>Human Rights Watch <\/em>consiste \u00e0 constituer des dossiers judiciaires recevables devant une cour p\u00e9nale internationale. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les images collect\u00e9es sur internet constituent un nouvel apport primordial: <em>\u00ab&nbsp;Nous documentons les violations des droits humains. Pour nous, l\u2019imagerie, les vid\u00e9os s\u2019ajoutent aux preuves initiales (t\u00e9moignages des victimes, expertises de terrain), on utilise les photos et les vid\u00e9os r\u00e9colt\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux mais aussi sur des canaux tels que Telegram, ou encore de l\u2019imagerie satellite afin de corroborer ces sources. Dans ce but, nous avons cr\u00e9\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es un \u00ab&nbsp;Digital Investigation Lab&nbsp;\u00bb dans lequel des experts proc\u00e8dent \u00e9tape par \u00e9tape pour collecter ces documents et les utiliser dans une recherche qui soit cr\u00e9dible et approfondie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La plupart des donn\u00e9es utilis\u00e9es sont dites Open Source c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019elles sont disponibles librement et ouvertement sur internet. Nous n\u2019utilisons pas seulement ces donn\u00e9es, mais parfois d\u2019autres qui nous sont fournies directement par les victimes. Les d\u00e9fis sont nombreux: d\u2019abord ceux de la collection de ces images, comment agr\u00e9ger le contenu afin qu\u2019il soit utilisable dans le cadre de nos enqu\u00eates&nbsp;? Pas simple de collecter ces documents de la mani\u00e8re la plus inclusive, mais aussi la plus \u00e9troite possible, parce que documenter l\u2019ensemble de ces sources peut devenir compl\u00e8tement ing\u00e9rable pour des petites \u00e9quipes d\u2019experts qui ensuite analysent leurs contenus.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan Gras pr\u00e9cise&nbsp;: <em>\u00ab L\u2019Open Source exploite toutes les sources d\u2019informations qui sont accessibles au public. Principalement num\u00e9riques, elles peuvent \u00eatre parfois physiques, des archives, une biblioth\u00e8que, des journaux, c\u2019est un condens\u00e9 de toutes ces informations qui sont librement accessibles pour le public. Ce qui diff\u00e9rencie un simple utilisateur d\u2019experts tels que ceux du Digital Investigation Lab de Human Rights Watch, ce sont aussi les capacit\u00e9s physiques et technologiques pour automatiser certains processus de r\u00e9colte et de traitement de ces informations, \u00e9tant donn\u00e9e la quantit\u00e9 de donn\u00e9es qu\u2019il y a de temps en temps \u00e0 aspirer.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Outre le d\u00e9fi technique de la collecte pure, Philippe Dam d\u00e9taille le processus de v\u00e9rification des images&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Par la suite, nos analyses consistent \u00e0 v\u00e9rifier que ces images n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es de fa\u00e7on malveillante, \u00e0 les authentifier en utilisant des m\u00e9tadonn\u00e9es qui confirment l\u2019heure ou le lieu de captation de ces images, gr\u00e2ce entre autres \u00e0 des caract\u00e9ristiques visuelles, comme par exemple le climat, la lumi\u00e8re, qui peuvent confirmer l\u2019heure \u00e0 laquelle l\u2019image a \u00e9t\u00e9 faite.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ensemble de ces pratiques d\u2019utilisation et de recoupement des donn\u00e9es <em>Open Source<\/em> pour v\u00e9rifier des informations est appel\u00e9 commun\u00e9ment OSINT, pour \u00ab&nbsp;<em>Open Source Intelligence&nbsp;\u00bb, <\/em>Ga\u00ebtan Gras d\u00e9taille: \u00ab <em>\u00c0 la base c\u2019est une discipline emprunt\u00e9e aux services de renseignements, mais elle est d\u00e9sormais utilis\u00e9e par n\u2019importe qui&nbsp;: un service R.H. qui veut v\u00e9rifier les comp\u00e9tences d\u2019un potentiel candidat, les forces de l\u2019ordre pour faire de la reconnaissance sur une cible, et maintenant les journalistes qui en ont emprunt\u00e9 certaines techniques pour r\u00e9colter des informations ou nourrir leurs r\u00e9cits.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour d\u00e9crire pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019est le \u00ab<em>&nbsp;Journalisme Open Source&nbsp;<\/em>\u00bb, nous nous penchons sur le cas du site web de journalisme d\u2019investigation <em>BellingCat<\/em> qui publie des r\u00e9sultats d\u2019enqu\u00eates de journalistes professionnels et citoyens sur les zones de guerre, les violations des droits de l\u2019homme et la criminalit\u00e9 financi\u00e8re. L\u2019un de leurs coups d\u2019\u00e9clat fut de constituer une s\u00e9rie de preuves inculpant des miliciens s\u00e9paratistes pro-russes combattant en Ukraine dans la trag\u00e9die du crash du vol Amsterdam-Kuala Lumpur de Malaysia Airlines en 2014. L\u2019extrait suivant est particuli\u00e8rement \u00e9loquent sur leurs m\u00e9thodes :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"03_TEASER_BELLINGCAT_LES_COMBATTANTS_DE_LA_LIBERTE.mp4\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/725578928?h=d2927ea292&amp;dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"720\" height=\"405\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Entre fascination pour la m\u00e9thode et peur de la surveillance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, la fronti\u00e8re entre document \u00ab&nbsp;Open Source&nbsp;\u00bb ou document prot\u00e9g\u00e9 semble particuli\u00e8rement poreuse, questionnable, facilement outrepass\u00e9e ou remise en question.<\/p>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan Gras&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;L\u2019OSINT n\u2019est pas un syst\u00e8me de hacking, on ne p\u00e9n\u00e8tre pas dans des syst\u00e8mes, on ne p\u00e9n\u00e8tre pas sur des plateformes prot\u00e9g\u00e9es par des logins, par des mots de passe ou un quelconque syst\u00e8me d\u2019authentification. (\u2026) D\u00e8s qu\u2019on identifie un syst\u00e8me d\u2019identification ou qu\u2019on voit \u00ab&nbsp;intranet&nbsp;\u00bb dans l\u2019URL, ce genre de signaux d\u2019alerte, c\u2019est le moment de s\u2019arr\u00eater, l\u2019\u00e9tape \u00e0 ne pas franchir pour rester dans les clous de la l\u00e9galit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>UN OUTIL SUPPL\u00c9MENTAIRE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Certains observateurs y voient l\u2019avenir du journalisme et nous irions vers la fin de l\u2019envoi de journalistes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. De ce fait, tout ce qui n\u2019est pas traduisible en donn\u00e9es num\u00e9riques est-il condamn\u00e9 \u00e0 n\u2019\u00eatre repris nulle part, effac\u00e9 de la m\u00e9moire collective, de l\u2019histoire officielle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Aur\u00e9lie Aubert&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;Je ne pense pas du tout que cela vienne remplacer le journalisme traditionnel, bien au contraire. j\u2019ai tendance \u00e0 penser que tous ces types de journalisme peuvent tout \u00e0 fait cohabiter. On a besoin&nbsp; de journalistes qui savent traiter les documents en Open Source, et on a besoin de journalistes sur le terrain. La guerre en Ukraine l\u2019a montr\u00e9, ce sont des journalistes tr\u00e8s exp\u00e9riment\u00e9s qui vont sur place, qui ram\u00e8nent les images, ce sont celles l\u00e0 que l\u2019on voit majoritairement via la t\u00e9l\u00e9vision (qui reste le m\u00e9dia principal) et on a tendance \u00e0 surestimer tout ce qu\u2019il y a sur le web. (\u2026) Il y aura toujours besoin de journalistes qui vont sur le terrain. Il est n\u00e9cessaire de comprendre d\u2019o\u00f9 viennent les vid\u00e9os partag\u00e9es, comment elles ont \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9es, par quel biais elles parviennent aux journalistes, etc. Tout \u00e7a ce sont des choses qu\u2019il faut apprendre et cela s\u2019apprend de plus en plus dans les \u00e9coles de journalisme. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Philippe Dam&nbsp;: <em>\u00ab Les photos, les vid\u00e9os seules, d\u2019apr\u00e8s notre perspective, ne peuvent pas constituer des preuves uniques, elles s\u2019ajoutent, permettent de compiler plusieurs faisceaux d\u2019indices qui nous permettent d\u2019arriver \u00e0 nos conclusions. La recherche sur le terrain est essentielle pour le travail que nous menons et que m\u00e8nent d\u2019autres enqu\u00eateurs que ce soient des journalistes, d\u2019autres O.N.G.s ou les procureurs de syst\u00e8mes judiciaires nationaux ou internationaux.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019INT\u00c9GRALIT\u00c9 DE LA VID\u00c9O&nbsp;:<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"&amp;Eacute;mission D&amp;eacute;bat 2\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/719073151?h=2250e667f1&amp;dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"720\" height=\"405\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Propos recueillis et mis en forme par Olivier Grinnaert<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans toutes les mains, dans toutes les poches, les smartphones pr\u00e9cipitent notre immersion dans l\u2019\u00e8re num\u00e9rique, \u00e0 l\u2019instar de la num\u00e9risation forcen\u00e9e des services ou de la crise sanitaire.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":4221,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-4220","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4220"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4220\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4242,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4220\/revisions\/4242"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4221"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.causestoujours.be\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}