{"id":657,"date":"2014-12-17T16:36:02","date_gmt":"2014-12-17T16:36:02","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/causes\/?p=657"},"modified":"2015-03-02T14:24:16","modified_gmt":"2015-03-02T14:24:16","slug":"vivre-mort-manu-bonmariage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/vivre-mort-manu-bonmariage\/","title":{"rendered":"Vivre sa mort, un film de Manu Bonmariage"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Vivre sa mort<\/em>, le dernier film de Manu Bonmariage, livre un regard crois\u00e9 sur le combat de deux hommes pour le droit de mourir dans la dignit\u00e9. Un cin\u00e9ma-direct bas\u00e9 sur une tr\u00e8s belle relation de confiance entre un r\u00e9alisateur et ses sujets pour nous plonger au c\u0153ur de nos questionnements ultimes \u2013 Rencontre avec l&rsquo;homme \u00e0 la cam\u00e9ra de <em>Strip-tease<\/em> et du film <em>Les Amants d&rsquo;assises<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/pieta1-e1418938531104.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-706\" src=\"https:\/\/gsara.tv\/causes\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/pieta1-e1418938531104.jpg\" alt=\"pieta\" width=\"700\" height=\"415\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Comment est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e du film <em>Vivre sa mort<\/em> dont le sujet principal porte sur le combat pour l\u2019euthanasie ?<\/strong><\/p>\n<p>Je pr\u00e9sentais mon film <em>La terre amoureuse<\/em> qui a eu un tr\u00e8s grand succ\u00e8s dans les salles de cin\u00e9ma des villes comme Stavelot, Li\u00e8ge, Namur, Virton et aussi \u00e0 Hotton dans le cin\u00e9ma de mon enfance. Hotton, c\u2019est un petit bled perdu pr\u00e8s de Marche. Lors de la derni\u00e8re s\u00e9ance, Philippe, un de mes neveux, vient m\u2019accoster avec une demande particuli\u00e8re. \u201cManu, je veux que tu me fasses un film comme \u00e7a !\u201d, me dit-il. Je lui r\u00e9ponds, \u201cPhilippe, tu n\u2019es pas paysan !\u201d. Il me r\u00e9torque qu\u2019il est de nouveau pr\u00e9occup\u00e9 par son cancer qu\u2019il pensait remis \u00e0 toujours et qui reprend d\u2019attaque. C\u2019est la premi\u00e8re fois que quelqu\u2019un avec un probl\u00e8me aussi important et douloureux que le cancer, m\u2019interpelle et me demande de venir le filmer. Philippe \u00e9tait s\u00e9duit par <em>La terre amoureuse<\/em> et par tout ce que ce film repr\u00e9sentait. Il en a profit\u00e9 pour me dire qu\u2019il aimerait que je r\u00e9alise quelque chose de similaire dans lequel on sent son combat pour une cause.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, j\u2019ai pu lire que Gabriel Ringlet, un cur\u00e9 que je connais vaguement, s\u2019occupait de l\u2019accompagnement \u00e0 l\u2019euthanasie de Christian de Duve. Je lui t\u00e9l\u00e9phone pour savoir s&rsquo;il suit une autre personne avec l\u2019espoir de pouvoir la filmer. Je lui demande \u00e9galement pourquoi en tant qu\u2019 homme d\u2019\u00e9glise, il accepte de soutenir ce type de demande. Il me r\u00e9pond qu\u2019il est pr\u00eatre mais aussi libre penseur. Je trouve \u00e7a bien\u00a0! Je suis d\u2019origine chr\u00e9tienne mais je suis devenu ath\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 Dieu (<em>rires<\/em>). Ringlet accompagne effectivement un autre malade, Manu, qui deviendra le deuxi\u00e8me personnage du film. Il est aussi atteint du cancer. Finalement, c\u2019est la femme de Manu, Jean Tina, qui me rappelle pour me dire qu\u2019ils seraient enchant\u00e9s de servir \u00e0 faire le film que je souhaite r\u00e9aliser. Je suis content \u00e0 partir du moment o\u00f9 les gens sont impr\u00e9gn\u00e9s par ce qu\u2019ils veulent faire et vivre pour obtenir non pas un t\u00e9moignage mais un v\u00e9cu. C\u2019est le v\u00e9cu qui m\u2019int\u00e9resse et le t\u00e9moignage d\u00e9borde par apr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Lorsque Philippe vous a demand\u00e9 de r\u00e9aliser ce film, c\u2019\u00e9tait directement avec la demande et l\u2019espoir de pouvoir filmer son euthanasie s\u2019il y avait droit\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Il \u00e9tait taraud\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de pouvoir acc\u00e9der \u00e0 une euthanasie. Il \u00e9tait impr\u00e9gn\u00e9 beaucoup plus que moi sur le plan chr\u00e9tien. Il savait tr\u00e8s bien qu\u2019en faisant cette demande, il allait trouver des oppositions. Philippe connaissait tous mes aspects un peu libertaires et il se doutait que je n\u2019allais pas \u00eatre au service de l\u2019\u00e9glise catholique. C\u2019est ce qui m\u2019a int\u00e9ress\u00e9. Trouver la man\u0153uvre qu&rsquo;on allait d\u00e9ployer dans ce milieu profond\u00e9ment religieux. J\u2019ai toujours quelque chose \u00e0 revendiquer par rapport \u00e0 l\u2019asservissement religieux dont on fait partie quand on na\u00eet dans des familles profond\u00e9ment catholiques ou autres.<\/p>\n<p>Par contre, je crois surtout que Philippe a voulu laisser un souvenir \u00e0 sa famille. Il trouvait que mes films \u00e9taient souvent empreints d\u2019une certaine \u00e9motion et que \u00e7a constituerait un cadeau pour ses proches. Il y a une grande \u00e9motion qui se r\u00e9pand dans cette petite famille et qui est diff\u00e9rente de ce que l\u2019on vit avec Manu et Jean Tina qui est tr\u00e8s beau aussi. Je ne savais pas au d\u00e9part que le cancer allait \u00eatre le motif principal du film. Immanquablement, je trouvais que \u00e7a valait la peine de recentrer sur ce parall\u00e9lisme entre Manu et Philippe, tous les deux atteints d\u2019une m\u00eame maladie. Philippe est anim\u00e9 par la famille, l\u2019amour des siens et de Dieu. Lorsque je lui demande si finalement Dieu n\u2019est peut-\u00eatre pas responsable de ce qu\u2019il vit, il me r\u00e9pond qu\u2019au contraire, il ne l\u2019a m\u00eame pas remerci\u00e9 pour tout ce qu\u2019il a eu comme moments de joie. C\u2019est incroyable des r\u00e9actions pareilles ! Je suis \u00e0 la fois \u00e9mu et r\u00e9volt\u00e9 lorsque j\u2019entends \u00e7a.<\/p>\n<p>Manu parle de sa maladie de mani\u00e8re beaucoup plus m\u00e9dicale. C\u2019est \u00e7a que je trouve pertinent. Ce parall\u00e9lisme qui les rend tr\u00e8s contrast\u00e9s. Ils vivent la chose de fa\u00e7on tr\u00e8s diff\u00e9rente. C\u2019est ce qui fait la force du r\u00e9cit. J\u2019\u00e9tais convaincu qu\u2019il fallait rester \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce qui se passait qui \u00e9tait suffisamment riche pour ne pas remettre une couche de commentaire.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est lors du montage que vous avez d\u00e9cid\u00e9 de faire correspondre les deux personnages ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai mont\u00e9 avec Anne Claessen de la RTBF avec qui je n\u2019avais plus travaill\u00e9 depuis vingt ans, depuis <em>Les Amants d\u2019assises<\/em>. J\u2019aime beaucoup le montage et j\u2019aime \u00eatre avec quelqu\u2019un qui comprend assez vite. La conduite du sc\u00e9nario est dans le montage et je cherche tout ce qui enrichit cette conduite que je souhaite. Le parall\u00e9lisme entre Manu et Philippe s\u2019installe car on a une force qui se dessine et je tiens \u00e0 ce qu\u2019elle soit appliqu\u00e9e de la fa\u00e7on la plus \u00e9mouvante possible. J\u2019ai \u00e9galement choisi une assistante fran\u00e7aise car j\u2019aime bien les fran\u00e7ais, non pas parce qu\u2019ils sont fran\u00e7ais mais parce que ma fa\u00e7on de voir et de penser est plus sensorielle qu&rsquo;intellectuelle. Ils ont un autre regard et une plus grande distanciation. C\u2019est nous qui avons invent\u00e9 <em>Strip-tease<\/em>. Lorsqu\u2019on l\u2019a lanc\u00e9 en France, j\u2019ai eu beaucoup de difficult\u00e9 \u00e0 rentrer dans le jeu. Mais j\u2019aime aussi travailler avec des personnes qui pensent diff\u00e9remment que moi.<\/p>\n<p>Le montage a eu beaucoup d\u2019importance. Il m&rsquo;a permis d&rsquo;orienter le combat du film. Pour moi, un film doit toujours \u00eatre une recherche approfondie qui n\u00e9cessite \u00e0 un certain moment une prise de position. J\u2019aime que \u00e7a soit senti d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s sensible et tr\u00e8s \u00e9motionnelle. J\u2019aime que les gens soient \u00a0atteints par ce qu\u2019ils vivent et qu\u2019ils soient les principaux protagonistes dans l\u2019action qu&rsquo;ils m\u00e8nent afin d&rsquo;aller jusqu\u2019au bout d\u2019un travail. Soit vers les assises comme dans <em>Les Amants d\u2019assises<\/em> ou alors vers la mort comme ici. En tout cas, vers une forme de victoire sur ce qui les taraude et dont ils sont les principaux d\u00e9fenseurs.<\/p>\n<p><strong>Comment d\u00e9finiriez-vous votre rapport au documentaire\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Je fonctionne avec ce que j\u2019appelle le cin\u00e9ma-direct qui n\u2019est pas documentaire. Un jour, j\u2019\u00e9tais dans un festival o\u00f9 ils avaient d\u00e9fini sur un t-shirt que l\u2019on portait : \u201cle documentaire est un regard subjectif sur l\u2019autre\u201d. Tu es cin\u00e9aste et tu as un regard subjectif sur l\u2019autre\u00a0! Jamais je n\u2019aurais pu imaginer le docu de cette fa\u00e7on-l\u00e0. Je l\u2019imaginais autrement. Je sais bien que dans le cadre de <em>Strip-tease<\/em>, on \u00e9pousait facilement le regard de celui qu\u2019on filmait parce qu\u2019on savait qu\u2019il allait bousculer les choses.<\/p>\n<p><strong>Vous ne vous reconnaissez pas dans cette d\u00e9finition du documentaire ?<\/strong><\/p>\n<p>Non du tout ! Par contre, je ne suis pas enti\u00e8rement d\u2019accord avec la d\u00e9marche de <em>Strip-tease<\/em>. Mais je trouvais qu\u2019elle \u00e9tait tout de m\u00eame bouscoulante et int\u00e9ressante. Je voulais justement ne pas faire tout le temps <em>Strip-tease<\/em>. Ceux qu\u2019on filme, je veux que \u00e7a soit eux qui nous dominent et imposent leur regard.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que l\u2019on constate notamment avec les personnages de Philippe et Manu dans Vivre sa mort. On se laisse emmener par eux deux.<\/p>\n<p>Oui, bien s\u00fbr. Je les laisse faire. Je veux qu\u2019ils m\u2019am\u00e8nent \u00e0 \u00eatre dans leur combat et de leur fa\u00e7on particuli\u00e8re. Je me fais un plaisir de les accompagner et peut-\u00eatre de deviner ce qui sous-tend leurs \u00e9motions et leurs choix. Je suis petit parmi eux. C\u2019est pour cette raison que j\u2019ai voulu \u00eatre seul lors du tournage et ne pas \u00eatre omnipr\u00e9sent avec une perche et toute une \u00e9quipe. Pouvoir leur mettre des micros au bon moment et au bon endroit, dans un \u00e9tat de libert\u00e9 d\u2019approche \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n<p><strong>Il s\u2019agit d\u2019\u00eatre effac\u00e9 \u2026<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un effacement qui n\u2019en est pas tout \u00e0 fait un. Je suis pr\u00e9sent. Ma pr\u00e9sence, ils finissent par la prendre comme une communion. J\u2019avais un peu peur par rapport \u00e0 la famille de Manu et j\u2019ai tout de suite compris. J&rsquo; ai film\u00e9 le fr\u00e8re, \u201cl\u2019Opus Dei\u201d. Je l\u2019ai supprim\u00e9 au montage car on sent qu\u2019il n\u2019a pas envie d\u2019\u00eatre film\u00e9. Je l\u2019\u00e9vitais d\u2019une fa\u00e7on simple mais s\u2019il \u00e9tait dedans, je le supprimais par la suite au montage. Je sentais qu\u2019il \u00e9tait pr\u00e9sent d\u2019une fa\u00e7on r\u00e9vuls\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Il ne validait pas le choix de Manu. Il \u00e9tait contre l\u2019euthanasie ?<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr qu&rsquo;il \u00e9tait contre. Il n\u2019y avait pas d\u2019agression mais il y avait en m\u00eame temps comme une g\u00e8ne. Il m\u2019avait demand\u00e9 de ne pas le filmer. Mais c\u2019\u00e9tait difficile pour moi de l&rsquo;\u00e9viter \u00e0 chaque fois.<\/p>\n<p><strong>Philippe vous le connaissiez. Manu vous le rencontrez pour le projet du film.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est via Gabriel Ringlet que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis en contact avec Manu. La premi\u00e8re fois que je le vois, c\u2019est lorsqu\u2019il monte l\u2019escalier et sort du jardin. D\u00e8s que j\u2019arrive chez Manu, je le filme. C\u2019est ce que l\u2019on voit au d\u00e9but du film.<\/p>\n<p><strong>Il n\u2019y a m\u00eame pas eu de rencontre au pr\u00e9alable&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Je ne fais pas trop de rencontre au pr\u00e9alable de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. J\u2019aime bien que les personnes voient les choses en direct. Je pr\u00e9f\u00e8re que l\u2019on me voit avec mon outil. Je ne suis pas l\u00e0 pour faire des beaux discours. Philippe et Manu savaient que j\u2019ai un c\u00f4t\u00e9 un petit peu provocateur dans le style de <em>Strip-tease<\/em> mais qui n\u2019est pas m\u00e9chant. Je ne suis pas l\u00e0 pour d\u00e9molir, je suis l\u00e0 parce que \u00e7a m\u2019interpelle et je vais vers les gens quand eux-m\u00eames sont dans un \u00e9tat de r\u00e9flexion et de prise de conscience de ce qui est fondamentalement la vie, amusante \u00e0 certains moments et triste \u00e0 d\u2019autres. Je voulais ce contraste dans le film <em>Vivre sa mort<\/em>. Il y a des moments durant lesquels on a envie de rigoler aussi.<\/p>\n<p><strong>Ce n\u2019\u00e9tait pas plus difficile de filmer Philippe qui fait partie de votre famille et d\u2019\u00eatre investi directement par la situation que du c\u00f4t\u00e9 de Manu qui vous permettait peut-\u00eatre d&rsquo;avoir une plus grande distance ?<\/strong><\/p>\n<p>Philippe me conna\u00eet mieux et sait tr\u00e8s bien que je suis tr\u00e8s allergique \u00e0 toutes ces histoires de religion et que je suis plut\u00f4t un r\u00e9volt\u00e9. Par exemple, lorsqu\u2019on voit Philippe dans cet h\u00f4pital et qu\u2019il va mourir, on assiste au discours du Pape et on voit la main de Philippe qui l\u00e2che. Il \u00e9tait un peu m\u00e9fiant mais il savait aussi que je n&rsquo;allais pas me g\u00eaner pour \u00eatre tel que je suis.<\/p>\n<p>J\u2019accorde plus d\u2019importance \u00e0 l\u2019\u00e9motion du moment qu\u2019\u00e0 la pens\u00e9e. Pour moi, c\u2019est l\u2019aspect imm\u00e9diat des choses. J\u2019aime ce c\u00f4t\u00e9 instinctif des choses qui me permet d\u2019\u00eatre capable ou pas de filmer d\u2019une fa\u00e7on qui prendra du sens. Manu quand je le vois, c\u2019est lui qui devient ma\u00eetre tout de suite. J\u2019ai toujours la cam\u00e9ra au poing et c\u2019est Manu qui prend la ma\u00eetrise tout de suite lorsqu\u2019il monte l\u2019escalier. Je d\u00e9couvrais la maison. Je n\u2019avais jamais \u00e9t\u00e9 dans cette maison et je n\u2019avais jamais vu Jean Tina. Je dois \u00eatre pr\u00e9sent d\u2019une fa\u00e7on qui n\u2019est pas abusive mais plut\u00f4t constructive . \u00c7a, ils le sentent tout de suite. Cet accompagnement est naturel chez moi. C\u2019est l\u2019avantage d\u2019\u00eatre seul par rapport aux \u00e9quipes. Cette cam\u00e9ra qui fait partie de toi, que tu peux l\u00e2cher, elle continue \u00e0 filmer. Une relation s&rsquo;installe et permet de faire un avec elle et ceux que je filme par extension.<\/p>\n<p><strong>Comment r\u00e9ussir \u00e0 filmer la souffrance\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est poignant. Finalement, je ne la prends pas comme difficult\u00e9. Pourtant, je suis un \u00e9motif actif primaire (<em>rires<\/em>). Je dois faire attention car je ne peux pas l\u00e2cher prise. J\u2019ai l\u2019habitude de prendre un peu de recul. Ce qui est utile dans ces moments-l\u00e0, c\u2019est que celui qui en face de toi sait que tu as un attachement cons\u00e9quent. Un attachement qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement une d\u00e9termination \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 mais qui enrichit la relation avec ceux avec qui tu esp\u00e8res pouvoir aboutir.<\/p>\n<p>Je peux avoir du recul mais l\u2019\u00e9motion me parcourt davantage que je ne le crois. D\u2019ailleurs, j\u2019ai du faire attention au montage et lors du visionnement. Il fallait prendre encore un peu plus de recul par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9motion qui ressuscitait \u00e0 chaque fois.<\/p>\n<p><strong>Par rapport \u00e0 cette prise de distance, la cam\u00e9ra n\u2019est-elle pas aussi d&rsquo;une certaine mani\u00e8re une protection ? \u00catre effac\u00e9 derri\u00e8re l\u2019outil&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019aime me retirer et m\u2019effacer mais en m\u00eame temps j\u2019aime le faire et rester aussi avec la cam\u00e9ra sur les genoux. Ceux que je filme finissent pas sentir qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une forme d\u2019amiti\u00e9 pour cet objet qui n\u2019est pas destin\u00e9 au voyeurisme. Elle est destin\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9motion. J\u2019\u00e9vite tr\u00e8s fort justement de chercher un point de vue et de voler des images. Je ne dis pas que je ne fais pas des plans \u00e0 distance durant lesquels on ne m\u2019a pas vu mais je ne suis pas un voleur d\u2019images. Je suis plut\u00f4t une personne qui a le souci du v\u00e9cu \u00e9motionnel de l\u2019autre. Je ne suis pas le personnage encombrant \u00e0 tout prix. Je me m\u00e9fie tr\u00e8s fort aussi de ce voyeurisme o\u00f9 l\u2019on ne fait que passer derri\u00e8re sa cam\u00e9ra. Il n\u2019y a pas d&rsquo;accommodement avec ceux que l\u2019on filme dans des \u00e9tats douloureux. \u00a0Pour <em>Vivre sa mort<\/em>, je ne voulais pas que \u00e7a soit du reportage. Dans toute ma carri\u00e8re, c\u2019est le film o\u00f9 je me suis trouv\u00e9 le plus en relation affective avec les personnages.<\/p>\n<p>\u00c7a a \u00e9t\u00e9 le film le plus dur que j&rsquo;ai pu r\u00e9aliser. \u00a0<em>La terre amoureuse<\/em> \u00a0m\u2019avait beaucoup \u00e9mu aussi car je voulais retourner dans mon village d\u2019enfance et voir ce qu\u2019\u00e9taient devenus ceux qui sentaient la bouse de vache. C\u2019est sur cette \u00e9motion-l\u00e0 que Philippe est venu vers moi pour faire ce film. J\u2019ai senti qu\u2019il ouvrait une porte que je n\u2019aurais pas prise autrement. Je sentais que \u00e7a devait \u00eatre un film o\u00f9 l\u2019\u00e9motion devait surgir de fa\u00e7on spontan\u00e9e et pas avec de longues interviews. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019\u00e0 aucun moment le voyeurisme ne rentre en jeu dans ce film. C\u2019\u00e9tait ma principale crainte et c\u2019est ce que je voulais \u00e9viter \u00e0 tout prix. Je me laissais faire.<\/p>\n<p><strong>La derni\u00e8re sc\u00e8ne. Comment a-t-elle \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e ? Ce jour-l\u00e0, vous saviez que vous veniez filmer l\u2019euthanasie de Manu. Vous saviez directement o\u00f9 vous placer et o\u00f9 placer la cam\u00e9ra ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai choisi le seul endroit o\u00f9 je pouvais ne pas \u00eatre g\u00eanant, c\u2019est-\u00e0-dire au pied du lit derri\u00e8re Manu. Immanquablement, cette pi\u00e8ce \u00e9tait petite. Heureusement, il y avait une porte derri\u00e8re moi o\u00f9 je pouvais me mettre dans l\u2019abstraction totale. Ce que j\u2019ai v\u00e9cu jusqu\u2019au bout avec eux fut une harmonie.<\/p>\n<p><strong>Propos recueillis par S\u00e9verine Konder et Aur\u00e9lie Ghalim\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>AVANT-PREMI\u00c8RE LE 28 F\u00c9VRIER \u00c0 BOZAR CINEMA<\/p>\n<p>R\u00e9alisation : Manu Bonmariage<br \/>\nImage : Manu Bonmariage<br \/>\nSon : Manu Bonmariage<br \/>\nMontage : Anne Claessens<br \/>\nMixage\u00a0: Lo\u00efc Villiot<br \/>\nMusique: Matthieu Thonon<br \/>\n\u00c9talonnage\u00a0: Alain Mohy<\/p>\n<p>Dur\u00e9e : 75\u2019<br \/>\nGenre : Documentaire<br \/>\nLangue VO : Fran\u00e7ais<br \/>\nFormat : DCP<br \/>\nDate de production : Octobre 2014<\/p>\n<p>Produit par Azimut Production (Thomas van Zuylen)<br \/>\nEn coproduction avec la RTBF et L\u2019Atelier Cin\u00e9ma GSARA<br \/>\nAvec le soutien de La F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dernier film de Manu Bonmariage nous livre un regard crois\u00e9 sur le combat de deux hommes pour le droit de mourir dans la dignit\u00e9. 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