{"id":90,"date":"2014-06-13T09:18:32","date_gmt":"2014-06-13T09:18:32","guid":{"rendered":"https:\/\/gsara.tv\/~causes\/?p=90"},"modified":"2014-09-24T22:36:44","modified_gmt":"2014-09-24T22:36:44","slug":"edito-pluralisme-limagination-table","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.causestoujours.be\/edito-pluralisme-limagination-table\/","title":{"rendered":"Le pluralisme et l&rsquo;imagination, \u00e0 table !"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: left;\"><strong>\u00c9dito<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Face aux \u00e9normes d\u00e9fis socio-\u00e9conomiques et environnementaux, nous sommes nombreux \u00e0 souhaiter entendre, par m\u00e9dias interpos\u00e9s, d\u2019autres visions, d\u2019autres narrations, d\u2019autres \u201csons de cloches\u201d. D\u2019autres sources d\u2019enchantement aussi (plut\u00f4t que d\u2019envo\u00fbtement) qui nous feraient repenser les conditions de la r\u00e9appropriation d&rsquo;une possibilit\u00e9 de changement. Mais comme l\u2019affirme Jean-Fran\u00e7ois Kahn dans son dernier livre <em>L&rsquo;horreur m\u00e9diatique<\/em>, \u201cl&rsquo;imp\u00e9ratif d\u00e9mocratique, qui exige une confrontation pluraliste de propositions et d&rsquo;arguments, a \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9 de certaines consciences\u201d<sup><a id=\"ref1\" href=\"#fn1\">1<\/a><\/sup>.<\/strong><\/p>\n<p>Une information libre, vivante, pluraliste et accessible est l&rsquo;ADN de toute d\u00e9mocratie. Les m\u00e9dias d\u2019information sont un levier de prise de conscience et d\u2019action et l\u2019espace pour l\u2019expression de la pluralit\u00e9 des opinions et des \u00e9changes d\u2019id\u00e9es qui nourrissent l\u2019espace public. Au cours du XXe si\u00e8cle, la pratique journalistique s\u2019est professionnalis\u00e9e, diversifi\u00e9e, am\u00e9lior\u00e9e et les moyens techniques offrent aujourd\u2019hui des potentialit\u00e9s in\u00e9dites. Pourtant, les m\u00e9dias dominants font l\u2019objet de r\u00e9currentes critiques d\u2019une partie des citoyens. Ils sont per\u00e7us comme une entit\u00e9 en soi, comme une caste m\u00e9diatico-politique, privil\u00e9giant l\u2019\u00e9v\u00e9nementiel \u00e0 l\u2019analyse, soumettant nos cerveaux et nos multiples \u00e9crans \u00e0 d\u2019incessants flux d\u2019informations et visant \u00e0 produire davantage d\u2019audience que des opinions. Souvent les m\u00e9dias dominants v\u00e9hiculent aussi une pens\u00e9e uniformis\u00e9e avec un retour en force du politiquement ou socialement correct et du bien-pensant.<\/p>\n<p>Les m\u00e9dias ne constituent \u00e9videmment pas un bloc indiff\u00e9renci\u00e9 et il est \u00e9vident que les r\u00e9seaux sociaux et Internet ont modifi\u00e9 la donne mais le pouvoir de repr\u00e9sentation que d\u00e9tiennent les m\u00e9dias dominants traditionnels leur permettent en effet d&rsquo;imposer au public leurs normes particuli\u00e8res de vision. Partie int\u00e9grante du quotidien, ils influencent nos modes de pens\u00e9e, nos conceptions du monde et nos actes. \u00ab\u00a0 <em>Ce que nous savons du cours des choses est tributaire de ce que la machine m\u00e9diatique veut bien nous relater : comme la caverne de Platon, des \u00e9v\u00e9nements, nous ne percevons, par journalistes interpos\u00e9s, que leur ombre port\u00e9e\u00a0<\/em> \u00bb selon Pascal Durand, professeur \u00e0 la facult\u00e9 de Philosophie et Lettres de l\u2019ULg (co-directeur de l\u2019ouvrage collectif <em>M\u00e9dias et Censure. Figures de l\u2019orthodoxie<\/em><sup><a id=\"ref2\" href=\"#fn2\">2<\/a><\/sup>). Les m\u00e9dias nous imposent leur ordre du jour (leur agenda) et la fa\u00e7on de poser les questions. Ils pr\u00e9tendent vouloir raconter le monde \u00ab\u00a0 tel qu&rsquo;il est\u00a0 \u00bb mais il n&rsquo;est qu&rsquo;une s\u00e9lection non objective\u00a0 de l&rsquo;actualit\u00e9\u00a0 : il s\u00e9lectionne, il hi\u00e9rarchise, il traite et met en sc\u00e8ne l&rsquo;information. Par l\u00e0, il oriente et influence l&rsquo;opinion publique.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;auteur structuraliste Tristan Todorov, un r\u00e9cit se d\u00e9clenche quand il y a un manque ou un m\u00e9fait. Un r\u00e9cit est d\u00e9clench\u00e9 par une rupture de la norme (catastrophe naturelle,..) ou la transgression d&rsquo;un interdit (vol, effraction,..). Mais \u00e0 partir de quel moment y a-t-il suffisamment rupture pour \u00e9voquer un \u00e9v\u00e9nement ou un fait de soci\u00e9t\u00e9\u00a0 ? Exercent-ils ainsi un pouvoir de stigmatisation (ou de cons\u00e9cration), d\u2019intimidation (ou de r\u00e9duction au silence), de cadrage des probl\u00e8mes (et donc des solutions), d\u2019incitation (ou de dissuasion) ? Existe-t-il une id\u00e9ologie m\u00e9diatique, une doxa m\u00e9diatique comme certains le pr\u00e9tendent ? Jean-Fran\u00e7ois Kahn parle de \u201cverrouillage mental\u201d, \u201cd\u2019unicit\u00e9\u201d, de \u201cconsensus\u201d, d\u2019id\u00e9ologie m\u00e9diatique de la social-d\u00e9mocratie. Selon Acrimed (Action-Critique-M\u00e9dias), un journalisme de march\u00e9 ne peut qu\u2019\u00eatre favorable \u00e0 une pens\u00e9e de march\u00e9, les m\u00e9dias \u00e9tant manag\u00e9s comme des entreprises avec des principes de rentabilit\u00e9, de lisibilit\u00e9, d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Il nous semble donc essentiel aujourd\u2019hui de nous demander si les zones interdites s\u2019\u00e9largissent et quelle est la place accord\u00e9e aux voix alternatives voire contestataires et d\u00e9rangeantes dans les m\u00e9dias traditionnels\u00a0? Quel est l&rsquo;espace m\u00e9diatique r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la radicale remise en cause de l&rsquo;ordre \u00e9tabli et \u00e0 la promotion des mod\u00e8les alternatifs\u00a0?\u00a0Y-a-t-il une ligne rouge que les journalistes ne peuvent d\u00e9passer ? Les m\u00e9dias nous frappent-ils d&rsquo;angoisse paralysante et d\u2019impuissance ? Nous forcent-ils \u00e0 la r\u00e9signation ?<\/p>\n<p>Ces questions feront l&rsquo;objet de la prochaine campagne du Gsara (avec un focus sur le traitement m\u00e9diatique de la d\u00e9croissance \u00e9conomique et d\u00e9mographique) parce qu\u2019il est important que nous soyons arm\u00e9s pour d\u00e9crypter le langage m\u00e9diatique et en comprendre les effets sur le public, pour comprendre les situations et les enjeux complexes du monde, pour s\u2019approprier les probl\u00e8mes que les m\u00eames experts voudraient confisquer pour en refaire des questions publiques et politiques, pour encourager les d\u00e9bats d\u2019id\u00e9es contradictoires, pour cr\u00e9er des \u00e9missions impertinentes et ind\u00e9pendantes comme pouvait le faire Michel Polac \u00e0 une \u00e9poque malheureusement r\u00e9volue de la t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 Pierre Desproges et Coluche \u00e9taient invit\u00e9s sur les plateaux t\u00e9l\u00e9.<\/p>\n<p>Il est vital que nos m\u00e9dias restent un r\u00e9el contre-pouvoir et que des observateurs critiques des m\u00e9dias comme le Gsara restent un contre-contre-pouvoir, de lutter contre la \u00ab clandestinit\u00e9 \u00bb de certaines questions sociales, contre l\u2019oubli et contre le manque de participation de certains publics aux discours v\u00e9hicul\u00e9s.<\/p>\n<p>D&rsquo;ici-l\u00e0, nous vous proposons un dossier sp\u00e9cial constitu\u00e9 de 3 rubriques :<\/p>\n<p>&#8211; <strong>\u00ab\u00a0Opinion \u00bb<\/strong> avec les interviews de deux journalistes, Martine Cornil et Philippe Dutilleul, qui durant leur longue exp\u00e9rience \u00e0 la RTBF ont \u0153uvr\u00e9 \u00e0 des programmes de qualit\u00e9 et de service public.<\/p>\n<p>&#8211;<strong> \u00ab\u00a0D\u00e9cryptage \u00bb<\/strong> avec deux articles sur le travail d&rsquo;analyse de Marc Sinnaeve et de Christine Servais. Ils d\u00e9crivent les m\u00e9canismes de fabrication de l&rsquo;information, sa mise en forme, le fonctionnement des m\u00e9dias, l&rsquo;influence du langage m\u00e9diatique et la responsabilit\u00e9 des journalistes et du public.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>\u00ab R\u00e9inventer les m\u00e9dias\u00a0\u00bb<\/strong>\u00a0: \u00e0 quoi bon comprendre, si ce n\u2019est pour agir\u00a0? Faire des constats sur le traitement m\u00e9diatique de l\u2019information, en d\u00e9crypter les rouages, n\u2019a de sens pour nous que si cela nous offre les cl\u00e9s pour am\u00e9liorer les m\u00e9dias. Il est, \u00e0 notre sens, important de montrer qu\u2019il est possible de cr\u00e9er, d\u2019am\u00e9liorer, de r\u00e9inventer des m\u00e9dias \u00e0 l\u2019image de ce que l\u2019on souhaite. Parmi la multitude des choix possibles, deux projets sont pr\u00e9sent\u00e9s, \u00ab\u00a0ZIN TV\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0What The Fake\u00a0\u00bb, qui se distinguent chacun \u00e0 sa mani\u00e8re des formats m\u00e9diatiques \u2018classiques\u2019 et prennent leur source dans une r\u00e9flexion critique sur les m\u00e9dias et l\u2019information. Faisant \u00e9chos aux aspirations \u00e9voqu\u00e9es dans la rubrique \u00ab\u00a0D\u00e9cryptage \u00bb, ces deux projets proposent des nouvelles formes de production de l\u2019information, utilise la cr\u00e9ativit\u00e9 pour r\u00e9inventer les contenus, les formats, les formes de production des m\u00e9dias.<\/p>\n<p><strong>Julie Van der Kar<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><sup id=\"fn1\">1. [JEAN-FRAN\u00c7OIS KAHN, <em>L&rsquo;horreur m\u00e9diatique<\/em>, Plon, 2014]<\/sup>\u21a9<br \/>\n<sup id=\"fn2\">2. [PASCAL DURAND (sous la direction de), <em>M\u00e9dias et censure. Les figures de l\u2019orthodoxie<\/em>, Li\u00e8ge, \u00c9ditions de l\u2019ULG, 2004., Plon, 2014]<\/sup>\u21a9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face aux \u00e9normes d\u00e9fis socio-\u00e9conomiques et environnementaux, nous sommes nombreux \u00e0 souhaiter entendre, par m\u00e9dias interpos\u00e9s, d\u2019autres visions, d\u2019autres narrations, d\u2019autres \u201csons de cloches\u201d. 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