« 12 ans et plus de 60 documentaires. Ça fait un fameux paquet d’images sur le réel et sur les imaginaires d’une ville et de ses habitants, une mémoire incroyable sur les choses de la vie. » Ces mots de Rosanna Cappetta et Nohora Florian illustrent bien la philosophie sociale du Festival 5 sur 5 dont la douzième édition s’est déroulée du 4 septembre au 3 octobre 2015 à La Louvière. Organisatrices et coordinatrices de l’événement, nous les avons rencontrées afin de découvrir les ficelles et enjeux de ce festival du cinéma documentaire louviérois.
En quoi consiste le Festival 5 sur 5 ? Que pensez-vous du rapport entre création artistique et diffusion ?
Le cœur du projet est une résidence de création documentaire qui existe déjà depuis 12 ans. Ainsi, le concept de base du Festival 5 sur 5 est qu’on invite 5 réalisateurs qui viennent d’Europe – dont deux belges – pendant 5 semaines à La Louvière. Ils doivent relever le défi de trouver un sujet en lien avec la ville, tourner, monter et présenter devant un public un documentaire de 10 à 15 minutes.
Ce travail de création et de production qu’est la résidence s’accompagne d’un travail de diffusion de documentaires, notamment via la projection de 5 documentaires internationaux et une compétition de courts-métrages belges. Le Festival 5 sur 5 se veut donc hybride, comme en témoigne un des slogans de l’événement : « Le monde nous regarde. Nous regardons le monde. ».
La création artistique et la diffusion sont deux approches différentes mais toutes deux passionnantes et intéressantes. Provenant de l’Espace Dragone, qui est une asbl centrée sur la production et la création, le festival se devait d’être avant tout créatif. La résidence a vu le jour afin de répondre à cette mission. Le pan diffusion est, quant à lui, une manière de proposer une ouverture vers le regard des autres et de créer l’événement en attirant le grand public à découvrir le genre du documentaire.
Depuis 12 ans que la résidence existe, remarquez-vous un changement dans la manière dont les personnes intra et extra muros envisagent La Louvière ?
L’objectif de départ de la résidence est de parler de La Louvière d’une autre façon, à travers le regard de gens qui ne la connaissent pas et qui n’ont pas de préjugés en tête afin d’offrir aux habitants une approche plus positive de leur lieu de vie. C’est difficile de mesurer l’impact que le festival peut avoir sur l’image que se font les louviérois de leur propre ville et ça semble prétentieux de croire qu’avec nos armes qui sont les images et le cinéma, on peut changer et révolutionner les mentalités. Néanmoins, les 700 personnes qui viennent chaque année à la cérémonie de clôture témoignent de l’intérêt des louviérois pour le festival et de leur tendresse à l’égard de leur ville. Maintenant, je ne pense pas que le festival change la manière dont des personnes extérieures considèrent La Louvière. C’est très difficile de faire bouger les gens dans leur tête. Le Festival 5 sur 5 n’apporte qu’un mini grain à cet édifice. Par contre, il construit toute une mémoire de La Louvière depuis 12 ans. C’est un travail important. Il s’agit d’une mémoire des choses de la vie parce que ce sont des films de proximité qui parlent des gens d’ici.
Pourquoi réaliser la résidence avec des réalisateurs étrangers ?
Faire la résidence avec des réalisateurs étrangers reflète notre volonté initiale d’impliquer des gens qui n’ont aucun à priori sur La Louvière. Au départ, les 5 réalisateurs venaient de 5 continents différents. Ils n’avaient jamais entendu parler de La Louvière. A leur arrivée, nous nous demandions comment ils allaient vivre le choc culturel et percevoir un endroit que la majorité des gens de proximité trouve moche et fainéant. En fait, ces personnes venues de l’étranger ont un regard beaucoup plus tendre et pertinent sur la ville qu’un bruxellois ou un montois par exemple. Depuis quelques années, pour des questions de financement, nous nous limitons à des réalisateurs européens, dont deux belges. Nos nouveaux sponsors demandent en effet une valorisation de l’Europe. Par exemple, dans le cadre d’un partenariat avec Mons 2015, deux réalisateurs de cette année proviennent de futures capitales européennes de la culture. C’est différent parce qu’il y a une unité européenne. Les gens sont plus vite familiarisés, ils trouvent plus rapidement des ressemblances avec leur pays.
L’angle choisit par les réalisateurs pour aborder la ville nous étonne souvent. En général, soit ils recherchent des contradictions, soit des similitudes entre les manières de faire, les habitudes, etc. Ils nous font redécouvrir la ville d’une autre façon, à chaque fois, en mettant en avant des activités ou des gens que nous ne connaissons pas.
Différents genres cinématographiques existent, pourquoi avoir choisi la forme du documentaire ?
La résidence a d’abord été pensée autour de la création d’une fiction de 2 minutes mais l’équipe s’est vite aperçue que les aspects fictionnels – comme le scénario, les acteurs, le décor, etc. – étaient vraiment lourds à gérer. Le projet a donc été repensé et le documentaire nous est apparu comme une évidence. Pratiquement parlant, c’est un peu plus facile. Et puis, c’est un genre cinématographique très riche, plein d’histoires de vie, qui n’est pas assez mis à l’honneur. Le documentaire nous parle beaucoup plus par la force qu’il peut apporter vis-à-vis du réel. Finalement, une fiction, ça peut se passer n’importe où, ça ne fait pas un focus sur La Louvière. Alors que le documentaire va chercher les sens des gens de la ville, ce qu’ils sont, comment ils vivent, comment ils pleurent, comment ils rêvent.
Il n’y a pas de compétition organisée entre les 5 documentaires réalisés en résidence. D’où vient cette volonté ?
Le fait qu’il n’y ait pas de compétition est un choix existentiel. Les compétitions mettent des pressions là où il ne doit pas y en avoir, établissent des relations de vigilance et de classement des uns et des autres. La résidence du Festival 5 sur 5 permet aux réalisateurs de vivre ensemble pendant 5 semaines. Elle a été pensée dans une logique d’échanges, échanges entre les réalisateurs et les louviérois, échanges au sein du groupe de réalisation, etc. Nous souhaitons que les gens s’entraident dans une ambiance agréable et motivante. C’est donc le contact qui est privilégié. En n’intégrant pas cet enjeu de compétition et du meilleur, les choses se passent dans une fraternité certaine. Nous n’avons d’ailleurs jamais eu de conflit entre les réalisateurs.
Afin de promouvoir les échanges, les réalisateurs se retrouvent tous dans un lieu central et rassembleur – la Maison des associations. C’est là que tout se passe : les réunions, les repas, les montages, etc. La soirée, ils vivent chez les louviérois. Ils sont logés dans des familles d’accueil à La Louvière. En pleine immersion, ils établissent des relations de proximité avec les habitants. Parfois, les réalisateurs sont très entreprenants, ils vont vers les gens et des mélanges se font. Parfois, ils restent confinés entre eux. Mais le contact est là, ils ne créent pas un film virtuel construit depuis leur chambre ou la Maison des associations, ils sortent dans les rues. Il y a des passages, des rencontres, des mélanges, c’est inévitable et magique.
Lors de l’édition précédente (en 2014), un partenariat a été mis en place avec le GSARA La Louvière. En quoi consiste-t-il ?
Ça faisait longtemps qu’on réfléchissait à apporter un œil local au festival. Mais on se disait que c’était quelque chose qu’on ne pouvait pas porter. Il fallait qu’une structure vienne s’annexer. Quand Marc (ndlr : Marc Cerfontaine, animateur au GSARA La Louvière) a débarqué avec tout son savoir-faire et sa proposition pertinente de prendre en charge un groupe local de gens qui n’ont jamais fait de cinéma afin de créer un documentaire dans les mêmes conditions que les 5 réalisateurs professionnels, on a sauté sur l’occasion : une sixième équipe, un sixième film. Nous avions quelques craintes au départ parce que 5 semaines, ça file et des réalisateurs professionnels ont déjà du mal à s’adapter à ces conditions. Finalement, l’expérience s’est très bien passée et a enrichi les rencontres. En plus du regard extérieur, un regard local et collectif apporte une dimension supplémentaire.
Quelles relations se sont établies entre le groupe du GSARA et les 5 autres réalisateurs ?
Les 5 réalisateurs européens qui participent au Festival 5 sur 5 ne connaissent pas les producteurs, ni les équipes qui vont les entourer pendant 5 semaines. La relation qu’ils établissent avec toutes ces personnes est similaire à celle établie avec l’équipe de réalisateurs non professionnels du GSARA qui débarque pour faire un sixième film en même temps qu’eux. Comme il n’y a pas de compétition, il n’y a pas de surveillance des uns et des autres. Il y a une ambiance directement collégiale après un premier moment de rencontre et de découverte de l’autre. Le fait qu’ils soient tous basés dans un même lieu, la Maison des associations, fait qu’ils discutent souvent ensemble. De nombreux contacts s’établissent, même s’ils ne parlent pas tous très bien anglais. C’est dans les relations humaines qu’on s’enrichit, qu’on remet en cause ses valeurs, qu’on réfléchit sur sa manière de vivre.
Marc, peux-tu nous faire part de l’expérience vécue avec ton groupe l’année passée ?
Étant impliqués dans un projet intensif de cinq semaines aux côtés de réalisateurs professionnels étrangers et dans les mêmes conditions qu’eux, les cinq participants louviérois ont pris conscience de la multiplicité des regards sur l’entité de La Louvière. Ils ont été confrontés à d’autres points de vue, d’autres nationalités et d’autres manières de travailler. Ils ont fonctionné en groupe durant tout le projet, ce qui a permis l’aboutissement du film. Un véritable esprit de camaraderie et d’entraide a régné et l’accueil de tous les acteurs du festival a été très constructif. Le fait de chercher à réaliser un court-métrage qui aborde la ville de La Louvière sous un angle neuf et original leur a permis de découvrir certains aspects de leur lieu de vie, et les a encouragés à participer à des projets alors inconnus.
L’expérience, favorisant les rencontres et ouvrant les possibles, a d’ailleurs eu un impact positif sur les personnes du groupe de l’année passée. L’une d’entre elles a commencé à suivre une formation qualifiante en photographie. Une autre a décroché un emploi Article 60 suite aux connaissances développées dans le cadre du festival. Les deux principaux protagonistes du film réalisé par l’équipe du GSARA ont pu s’appuyer sur un visuel, un focus de 12 minutes vu par plein d’instances locales, afin de faire aboutir leur projet autour des arts urbains. Le film a permis de confirmer et d’amplifier la confiance que les pouvoirs publics mettaient dans le projet. Parfois, trois images valent mieux qu’un long discours.
Le film Urban Louve a été réalisé par l’équipe du GSARA en 2014
Propos recueillis par Mélodie Bodson
Les 6 documentaires réalisés lors de cette douzième édition du Festival 5 sur 5
Pour information, les films sont visibles avec le mot de passe : 5sur52015.
Je veux être une ballerine
Daan Brandinga (Leeuwarden, Hollande)
Mathilda, une petite fille a un grand rêve dans sa vie, devenir une ballerine. Chaque semaine, elle va à son école de danse où son professeur Francis l’aide à réaliser son souhait.
La Louvière sud
Antonio Frascella (Matera, Italie )
Un jour à La Louvière Sud, une petite gare dans une petite ville. Certains attendent leur trains, d’autres courent pour le rattraper, les gens se croisent mais personne n’a envie d’être là. Sauf Roland, un passionné de l’univers des trains qui passe ses journées dans la gare.
En attendant, je continue de rêver
Alfonso Caci and Flavio Schillaci (Mons, Belgique)
Quand la jeunesse pense à son futur, à sa position dans la société… Comment les jeunes d’aujourd’hui se sentent-ils et que veulent-ils ?
La fille et le chien
Oksana Kasmina (Kiev, Ukraine)
Un voyage onirique à travers les yeux d’une fille ukrainienne. Un étrange conte de fées où l’on rencontre des gens passionnés, des grandes marionnettes, une petite fille, sa grand-mère et un chien.
A la recherche du clocher perdu
Joachim Kamoen (Gand , Belgique)
Le 13 août 1968, le toit de l’église de La Louvière a disparu suite à un tremblement de terre. Le réalisateur nous emmène dans une enquête pour découvrir la vérité sur ce mystérieux événement.
Itinéraire d’un VoEUX
Atelier du GSARA
Phil Rouge nous emmène à la rencontre de trois projets citoyens qui ont pris forme à La Louvière. Leurs volontés au service de leurs envies, de leurs idéaux.