Dominance et Médias – Causes Toujours https://www.causestoujours.be Blog du Trimestriel Causes Toujours Thu, 25 Sep 2014 07:29:04 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 Le pluralisme et l’imagination, à table ! https://www.causestoujours.be/edito-pluralisme-limagination-table/ https://www.causestoujours.be/edito-pluralisme-limagination-table/#respond Fri, 13 Jun 2014 09:18:32 +0000 https://gsara.tv/~causes/?p=90 Édito

Face aux énormes défis socio-économiques et environnementaux, nous sommes nombreux à souhaiter entendre, par médias interposés, d’autres visions, d’autres narrations, d’autres “sons de cloches”. D’autres sources d’enchantement aussi (plutôt que d’envoûtement) qui nous feraient repenser les conditions de la réappropriation d’une possibilité de changement. Mais comme l’affirme Jean-François Kahn dans son dernier livre L’horreur médiatique, “l’impératif démocratique, qui exige une confrontation pluraliste de propositions et d’arguments, a été éradiqué de certaines consciences”1.

Une information libre, vivante, pluraliste et accessible est l’ADN de toute démocratie. Les médias d’information sont un levier de prise de conscience et d’action et l’espace pour l’expression de la pluralité des opinions et des échanges d’idées qui nourrissent l’espace public. Au cours du XXe siècle, la pratique journalistique s’est professionnalisée, diversifiée, améliorée et les moyens techniques offrent aujourd’hui des potentialités inédites. Pourtant, les médias dominants font l’objet de récurrentes critiques d’une partie des citoyens. Ils sont perçus comme une entité en soi, comme une caste médiatico-politique, privilégiant l’événementiel à l’analyse, soumettant nos cerveaux et nos multiples écrans à d’incessants flux d’informations et visant à produire davantage d’audience que des opinions. Souvent les médias dominants véhiculent aussi une pensée uniformisée avec un retour en force du politiquement ou socialement correct et du bien-pensant.

Les médias ne constituent évidemment pas un bloc indifférencié et il est évident que les réseaux sociaux et Internet ont modifié la donne mais le pouvoir de représentation que détiennent les médias dominants traditionnels leur permettent en effet d’imposer au public leurs normes particulières de vision. Partie intégrante du quotidien, ils influencent nos modes de pensée, nos conceptions du monde et nos actes. «  Ce que nous savons du cours des choses est tributaire de ce que la machine médiatique veut bien nous relater : comme la caverne de Platon, des événements, nous ne percevons, par journalistes interposés, que leur ombre portée  » selon Pascal Durand, professeur à la faculté de Philosophie et Lettres de l’ULg (co-directeur de l’ouvrage collectif Médias et Censure. Figures de l’orthodoxie2). Les médias nous imposent leur ordre du jour (leur agenda) et la façon de poser les questions. Ils prétendent vouloir raconter le monde «  tel qu’il est  » mais il n’est qu’une sélection non objective  de l’actualité  : il sélectionne, il hiérarchise, il traite et met en scène l’information. Par là, il oriente et influence l’opinion publique.

Pour l’auteur structuraliste Tristan Todorov, un récit se déclenche quand il y a un manque ou un méfait. Un récit est déclenché par une rupture de la norme (catastrophe naturelle,..) ou la transgression d’un interdit (vol, effraction,..). Mais à partir de quel moment y a-t-il suffisamment rupture pour évoquer un événement ou un fait de société  ? Exercent-ils ainsi un pouvoir de stigmatisation (ou de consécration), d’intimidation (ou de réduction au silence), de cadrage des problèmes (et donc des solutions), d’incitation (ou de dissuasion) ? Existe-t-il une idéologie médiatique, une doxa médiatique comme certains le prétendent ? Jean-François Kahn parle de “verrouillage mental”, “d’unicité”, de “consensus”, d’idéologie médiatique de la social-démocratie. Selon Acrimed (Action-Critique-Médias), un journalisme de marché ne peut qu’être favorable à une pensée de marché, les médias étant managés comme des entreprises avec des principes de rentabilité, de lisibilité, d’efficacité.

Il nous semble donc essentiel aujourd’hui de nous demander si les zones interdites s’élargissent et quelle est la place accordée aux voix alternatives voire contestataires et dérangeantes dans les médias traditionnels ? Quel est l’espace médiatique réservé à la radicale remise en cause de l’ordre établi et à la promotion des modèles alternatifs ? Y-a-t-il une ligne rouge que les journalistes ne peuvent dépasser ? Les médias nous frappent-ils d’angoisse paralysante et d’impuissance ? Nous forcent-ils à la résignation ?

Ces questions feront l’objet de la prochaine campagne du Gsara (avec un focus sur le traitement médiatique de la décroissance économique et démographique) parce qu’il est important que nous soyons armés pour décrypter le langage médiatique et en comprendre les effets sur le public, pour comprendre les situations et les enjeux complexes du monde, pour s’approprier les problèmes que les mêmes experts voudraient confisquer pour en refaire des questions publiques et politiques, pour encourager les débats d’idées contradictoires, pour créer des émissions impertinentes et indépendantes comme pouvait le faire Michel Polac à une époque malheureusement révolue de la télévision où Pierre Desproges et Coluche étaient invités sur les plateaux télé.

Il est vital que nos médias restent un réel contre-pouvoir et que des observateurs critiques des médias comme le Gsara restent un contre-contre-pouvoir, de lutter contre la « clandestinité » de certaines questions sociales, contre l’oubli et contre le manque de participation de certains publics aux discours véhiculés.

D’ici-là, nous vous proposons un dossier spécial constitué de 3 rubriques :

« Opinion » avec les interviews de deux journalistes, Martine Cornil et Philippe Dutilleul, qui durant leur longue expérience à la RTBF ont œuvré à des programmes de qualité et de service public.

« Décryptage » avec deux articles sur le travail d’analyse de Marc Sinnaeve et de Christine Servais. Ils décrivent les mécanismes de fabrication de l’information, sa mise en forme, le fonctionnement des médias, l’influence du langage médiatique et la responsabilité des journalistes et du public.

« Réinventer les médias » : à quoi bon comprendre, si ce n’est pour agir ? Faire des constats sur le traitement médiatique de l’information, en décrypter les rouages, n’a de sens pour nous que si cela nous offre les clés pour améliorer les médias. Il est, à notre sens, important de montrer qu’il est possible de créer, d’améliorer, de réinventer des médias à l’image de ce que l’on souhaite. Parmi la multitude des choix possibles, deux projets sont présentés, « ZIN TV » et « What The Fake », qui se distinguent chacun à sa manière des formats médiatiques ‘classiques’ et prennent leur source dans une réflexion critique sur les médias et l’information. Faisant échos aux aspirations évoquées dans la rubrique « Décryptage », ces deux projets proposent des nouvelles formes de production de l’information, utilise la créativité pour réinventer les contenus, les formats, les formes de production des médias.

Julie Van der Kar

 

1. [JEAN-FRANÇOIS KAHN, L’horreur médiatique, Plon, 2014]↩
2. [PASCAL DURAND (sous la direction de), Médias et censure. Les figures de l’orthodoxie, Liège, Éditions de l’ULG, 2004., Plon, 2014]↩

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L’information s’uniformise-t-elle ? Constats et perspectives avec Marc Sinnaeve https://www.causestoujours.be/linformation-suniformise-t-constats-perspectives-marc-sinnaeve/ Thu, 12 Jun 2014 12:10:03 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=320 Décryptage

Bien que le débat de la liberté d’expression puisse encore être soulevé et sujet à controverse, comme le montrent les exemples de l’affaire Dieudonné ou des caricatures de Mahomet, il n’y a pas en Europe de censure autoritaire à proprement parler dans les médias. Mais cette liberté est-elle le garant de médias qui soient de vrais leviers démocratiques ? Comment fonctionne véritablement l’information aujourd’hui ? Comment les médias représentent-ils le monde et ses enjeux ? Il n’est pas rare que la population se méfie du discours médiatique, qu’elle apostrophe volontiers d’un « Vous les médias… », comme le dissèque Jean-François Kahn dans son dernier ouvrage L’horreur médiatique1. D’où vient ce sentiment de désenchantement de la part du public ?

INTERVIEW
Marc Sinnaeve, journaliste pendant 10 ans, Président du département Journalisme de l’IHECS pendant 15 ans, et actuellement toujours enseignant, analyse ici les mécanismes de fabrication de l’information et leurs conséquences, non sans évoquer quelques pistes pour repenser les médias.

Tout ce qui relève de l’alternative subit une sorte de censure démocratique, non pensée en tant que telle et non voulue, mais bien réelle. Tout ce qui s’oppose à Madame TINA ‘There is no alternative’ a peu droit de cité dans les médias. Ou alors, le propos ou l’acteur concerné, se voit tantôt marginalisé, tantôt disqualifié comme relevant de l’idéologie. Ce qui sous-entend que le discours médiatique ne le serait en rien, lui, idéologique. A défaut d’un vrai pluralisme, il existe malgré tout une réelle pluralité de contenus dans l’information. Pourtant, la perception qu’en ont le public, les citoyens est pour ainsi dire univoque. On se rejoint dans une méfiance collective à l’égard de l’ensemble des médias, vus comme une caste. Mais si l’on peut nuancer son propos, par ailleurs fondamentalement correct, selon moi, il est plus important encore de comprendre les ressorts du phénomène. En distinguant la tendance croissante à l’uniformisation que décrit Jean-François Kahn, d’une part, et la perception, amplifiée, de celle-ci qu’en a ou que peut en avoir le public, d’autre part.

Cette perception est alimentée au premier chef, moins par la ressemblance et la récurrence de certains contenus, que par les aspects formels de la réalisation, de la production et de la diffusion des informations. De quoi parle-t-on ?

Des dispositifs de présentation, d’accroche, de théâtralisation ou de dramatisation, de spectacularisation, en télévision surtout (face-caméra, directs, écrans coupés, bandes défilantes, légèreté ou gravité convenue du ton, mimiques rituelles du présentateur du JT). Des critères de sélection et de hiérarchisation de ce qui fait l’actualité, la même un peu partout, d’ailleurs, malgré un nombre infini de possibilités de conduites ou de sommaires différents, ensuite. Des cadrages de l’information, qui correspondent à des cadres d’interprétation du réel, pour la plupart inconscients, et en nombre réduit, auxquels recourent les journalistes pour traiter l’actualité, encore. Dans la même veine que les cadrages, les mots choisis pour « dire » l’actualité en occultent d’autres, tabous ou jugés obsolètes.

Il faut pointer aussi la réticence ou l’incapacité croissante à problématiser les faits d’actualité, c’est-à-dire à faire ressortir le sens plus large d’un événement, susceptible de « parler » au plus grand nombre, davantage susceptible d’être intéressé par ce sens commun que par le fait isolé en lui-même. Faute de problématisation, l’actualité prend la forme d’un alignement de faits sans lien, qui ne font sens que par le ressort très aléatoire de l’analogie : une explosion de gaz qui souffle un bâtiment à Liège, et l’explosion d’une voiture, comme acte terroriste, à Bagdad, finissent par créer un même sentiment diffus d’anxiété infondé en regard de l’absence de risque effective. Les dispositifs en question sont rigoureusement les mêmes d’une chaîne à l’autre, d’un support à l’autre, la presse écrite et, dans une moindre mesure, la radio ayant emprunté beaucoup aux codes de la télévision. Ces éléments constituent ce que j’appelle la boîte noire de l’information, la musique sans partition ou la cuisine sans recettes de la pratique journalistique. Quand on reçoit des images du typhon aux Philippines par exemple, on a l’impression de les avoir déjà vues, car cela renvoie à des mises en forme et des cadrages familiers. De même qu’à un mode opératoire de traitement connu, car réduit, souvent, à sa plus simple expression : les faits, la présentation des conséquences des faits, la réaction aux faits et aux conséquences, le constat de désolation et l’appel à l’aide, au courage ou à l’entraide pour s’en sortir.

Ces dispositifs de traitement formels visent, sans le dire, à capter l’attention du public, en jouant sur sa participation émotionnelle et en s’efforçant de susciter, de la sorte, chez lui un réflexe ou un sentiment d’identification. Mais à mon sens, ils confortent plutôt le public dans ses a priori et ses idées reçues. Et dans un mouvement de repli sur soi plutôt que d’ouverture aux autres. Je m’explique : des cadrages indifférenciés, récurrents, généreraient, selon moi, de l’indifférence émotionnelle à l’égard du sort d’autrui. D’une part, en raison du sentiment d’impuissance que fait naître la présentation, strictement cadrée, du seul spectacle des drames du monde ; ceux-ci sont objets de spectacle qui occupent notre temps de cerveau disponible, davantage que sujets de réflexion qui nous préoccupent. D’autre part, la surconsommation des mêmes modes de présentation des affaires du monde empêche tout mécanisme d’empathie. L’empathie, c’est-à-dire la capacité de se mettre à la place de l’autre (ce qui n’est pas la compassion), de deviner ce qu’il pense ou de ressentir à sa place, exige que l’on quitte sa propre sphère de pensée ou d’émotion, son ego protecteur. Cela ne peut se faire que par le biais d’un choc cognitif ou émotionnel qui nous mette en porte-à-faux par rapport à tout ce que nous connaissons ou ressentons déjà (nos a priori ou nos pressentiments, donc). Une expérience menée par des chercheurs de New York a ainsi montré que l’empathie fonctionne davantage chez des sujets qui ont été confrontés à une œuvre de fiction littéraire de qualité, que chez des sujets qui n’y ont pas été confrontés. La raison en serait que l’œuvre d’art, par son caractère singulier, inédit, nous pousse à nous poser des questions, et à chercher les réponses en dehors de ce qui nous est déjà connu. Or, ce mécanisme d’extériorisation (hors de soi) est précisément la condition nécessaire à la mise en marche des mécanismes de l’empathie en nous : c’est-à-dire ce qui nous pousse à aller vers l’autre.

Si on extrapole ceci au domaine de l’information, nous deviendrions plus facilement indifférents aux images d’actualité et au sort d’autrui, non pas par égoïsme mais en raison des éternels mêmes cadrages, de l’éternel retour du même. Phénomène amplifié par les dynamiques d’information en continu que multiplient les nouvelles possibilités techniques.

L’essayiste François Brune montre comment la fièvre médiatique autour d’un drame ou d’une catastrophe, loin de donner prise sur le réel ou de susciter un effet d’identification, produit au contraire sur le public un effet de prostration démobilisateur : « Le public n’est là que pour regarder, s’émouvoir et se taire, écrit Brune. Et moins il se sent acteur en face du tragique du monde contemporain, plus s’accentue en lui le besoin compensateur d’en consommer le spectacle. Pulsion consommatrice, pulsion compensatrice2 ».

La mise en forme de l’information a un impact important sur notre réception de l’information et in fine sur notre prise sur le monde. Il importe alors de s’interroger sur la vision du monde véhiculée dans les différents médias « centraux ». Cette vision, affirmez-vous, se caractérise en général par une adhésion à l’ordre établi. Moins en raison d’un quelconque parti pris idéologique intentionnel, que suite à la combinaison d’une série de facteurs qui favorisent le recours aux éternels mêmes cadrages de l’information, rarement pensés ou interrogés, moins encore remis en question. Les paradigmes prégnants de l’immédiateté, de la réactivité, du court, de l’événementiel et du spectaculaire, pour ne citer qu’eux, conduisent en fin de compte à une vision « positiviste » du monde : celui-ci ne peut être que tel que les médias le montrent.

Je vous donner un exemple : quand il est question de social, de précarisation, d’inégalités, de pauvreté, etc., il en ressort une vision essentialisée des ‘pauvres’. La figure emblématique du pauvre, le SDF, est représentée comme un fait divers (et fait d’hiver aussi). Elle n’est jamais reliée à ou inscrite dans une question publique où sont présents les enjeux, notamment celui du logement et du mal-logement, ou encore celui de l’appauvrissement de catégories entières de la population, ou la problématique des inégalités sociales (notamment en matière d’accès au logement… ce qui est à l’origine, il faut le rappeler, de l’éclatement de la crise bancaire aux États-Unis en 2007-2008). Ces enjeux ne sont jamais abordés parce qu’ils sont plus difficilement illustrables. Ça relève d’un réel invisible, non palpable. On ne peut pas ‘toucher’ un pouvoir d’achat ou des inégalités sociales, économiques, culturelles, tandis qu’un SDF oui. Intégrer une ou des problématiques dans un sujet d’information, plutôt que seulement un « problème », demande en outre davantage de temps, de place et de capital culturel.

Joue, aussi, le mode de traitement devenu événementiel de l’actualité. Celui-ci s’appuie moins sur l’exposition d’une pluralité de faits et d’éléments entourant un sujet donné, que sur l’impact de l’unicité de l’événement – ou ce qui est présenté, pour ainsi dire chaque jour, comme tel. Impact encore amplifié par le volume croissant de l’espace ou du temps éditorial consacré à ce qui est érigé en « événement ». L’impact événementiel est entretenu également par le « bruit » qu’il fait retentir aussi : y contribuent sa répétition en boucle sur tous les médias (dont ceux d’information continue qui tendent à influer fortement sur les autres) pendant toute la journée, sa « feuilletonnisation », son intensité dramatique ou dramatisée, son traitement toujours plus « réactif », en direct, de plus en plus souvent, sous forme d’éditions spéciales ou d’alertes sur GSM… Pareil journalisme événementiel est amplifié aujourd’hui par les médias d’information continue, par les plates-formes d’information numériques, par les réseaux sociaux, et par la course-poursuite que les médias traditionnels ont engagée pour ne pas être distancés et perdre ainsi leur légitimité.

Paradoxalement, les flux croissants de l’information permanente laisse peu de place à autre chose que la répétition du même : en pâtissent l’énoncé de la pluralité des faits qui existent autour de l’événement, ainsi que leur analyse, c’est-à-dire leur mise en rapport, ou leur contextualisation, c’est-à-dire leur insertion dans des processus de généralisation, d’analogie, d’inférence, d’implication…

Dans cette approche, l’événement « surgit », pour ainsi dire, ex-nihilo. Il n’est jamais considéré comme le produit de la permanence ou de la structure, c’est-à-dire du réel dont la dynamique n’apparaît pas aux journalistes, mais comme une rupture, une discontinuité, une transgression ou un désordre par rapport à l’ordre « normal » des choses. L’événement médiatique, de ce point de vue, explique bien le sociologue Alain Accardo, c’est une sorte de dysfonctionnement, d’ « accident », qu’il s’agisse d’un « tsunami », d’un « attentat » ou d’une « crise bancaire », qu’il convient de « dénoncer » ou de « déplorer », mais qui, je cite Accardo, « ne sauraient remettre en cause la logique objective de fonctionnement d’un système fondamentalement sain, qu’il convient de défendre envers et contre tout3 ».

Puisque c’est presque toujours a priori un « accident » qui survient, l’événement, dans la trame médiatique, peut alors être d’autant plus facilement présenté, non comme le produit d’un ensemble de facteurs, mais comme une rupture, à la fois de l’ordre des choses et de la routine journalistique. Ainsi découpé du terreau vital qui le produit, l’événement d’actualité n’est tout simplement plus irrigué ou irrigable de… son sens profond ; il se trouve littéralement dévitalisé. Alors, naturellement, il se fige, dans l’instantanéité du temps de l’information en continu, et il devient lui-même un instantané, c’est-à-dire un cliché. Et un cliché, c’est aussi comme cela que l’on appelle un stéréotype.

En résultent une présentation et une conception « positiviste » du monde qui est « tel qu’il est », c’est-à-dire tel que le fixent les journalistes dans leurs sujets. Du coup, le SDF se trouve confiné dans sa représentation médiatique, ramené à sa seule apparence cathodique, aussi furtive que réductrice. Cela conduit tout droit à une essentialisation des SDF, des pauvres et de la pauvreté. Les pauvres sont pauvres, dans l’information, parce qu’ils sont… pauvres, parce qu’on les montre seulement comme pauvres. Régis Debray l’énonce de cette manière: « Tout ce qui échappe aux médias, c’est tout ce qui précède, tout ce qui excède et tout ce qui succède ». Je trouve cette formule très juste. Demain le soleil sera là. C’est un invariant, mais inexistant dans le chef des médias. Autrement dit, le monde est tel qu’il nous apparaît. D’où le mythe de l’objectivité.

Se contenter de décrire le monde « tel qu’il est » (tel qu’il est perçu et fixé, en fait, par le journalisme d’actualité) explique aussi l’adhésion instinctive des médias aux discours institutionnels. Parce que les institutions sont là pour baliser le réel qu’il leur revient de baliser, pour dire ce qui est et ce qu’il en est de la société et des règles du vivre-ensemble. Elles ne sont pas là pour élargir le cadre de vue ou donner à voir le réel en mouvement, dans sa complexité. Mais les institutions, elles-mêmes, pourtant, ont aussi un passé, elles changent. Prenons l’exemple du droit de vote, du suffrage universel. Si on le considère comme une institution, le vote était bien à un moment donné une utopie totale. Or, d’autres institutions à ce moment-là étaient chargées de légitimer des faits institués, de dire qu’il en était ainsi, et pas autrement. Ce qui est absent, le plus souvent, de la lecture médiatique, en fin de compte, ce sont les rapports, les interactions, les associations, les croisements, bref, les processus liants de transversalité. Autrement dit, l’information tend à découper et à découpler, davantage qu’à mettre en commun ou en réseau.

Cela explique aussi, à mon sens, pourquoi la parole des associations ou des organisations non gouvernementales, les propos non officiels ou dissidents, apparaissent presque toujours « suspects » ; ils passent pour militants, ce qui les exposerait à une approche plus critique ou circonspecte de la part des journalistes. C’est, certes, la logique même du bon journalisme. En revanche, au nom, justement, du poids des faits institués dans le travail de représentation journalistique du monde, la parole institutionnelle, elle, se voit de moins en moins accueillie avec la même méfiance. Elle apparaît moins sujette à caution et sera en général moins exposée à la contradiction. En tout état de cause, on ne se posera pas la question de savoir si on doit ou non en rendre compte. Alors que lorsqu’il assiste à un événement organisé par un acteur du milieu associatif, le journaliste se posera toujours, « naturellement », la question de savoir si sa démarche ne verse pas dans le militantisme.

S’observe aussi une tendance à l’installation d’une vision mécaniste et linéaire de l’information, à l’éviction de la réelle controverse, à la dépolitisation du traitement de l’information, c’est-à-dire la disparition d’un regard politique comme outil privilégié d’une vision transversale, décloisonnée et complexe des choses. Parallèlement à cela, la sphère politique telle qu’elle est présentée dans les médias centraux constitue un aspect de la vie à côté des autres, et est souvent réduite à ses dimensions les plus théâtrales. Quel impact ce traitement a-t-il sur nos représentations du monde ?

Dans les médias, le politique est réduit à son « jeu ». On reproche au monde politique de ne pas s’occuper des préoccupations des gens ; ce n’est pas vrai. Qu’il les traite bien ou mal, en fonction de la perception de chacun, c’est une autre question, mais il les traite. Les médias ne montrent malheureusement que la théâtralisation (les luttes pour le pouvoir, les affrontements de position), la mise en stratégie (comment se positionnent les uns et les autres, plutôt que pourquoi), ou encore le management fonctionnel,gestionnaire, déconnecté de toute finalité ou de volonté « positive » de prise en mains du présent ou/et de construction de l’avenir. Tout se passe aussi, sous l’œil des médias, comme si la politique était un aspect de la vie sociale parmi d’autres, à côté du culturel, de l’économique, du sportif, du judiciaire, du scientifique etc. Alors que la chose politique, c’est ce qui se trouve à l’intersection de l’ensemble et est en charge du vivre-ensemble et des choix que suppose celui-ci ; à ce titre, c’est l’instance qui opère les arbitrages entre toutes les composantes et les acteurs de celles-ci.

Or, le débat politique est peu ou prou médiatisé dans la seule perspective de la conquête du pouvoir, via les petits jeux du positionnement entre partis, de la communication et de l’échéance électorale toujours à venir. Le milieu politique lui-même tend à se laisser enfermer dans cette logique, dépensant une partie importante de son énergie à couvrir des enjeux de stratégie, sur base de la demande des médias ou des attentes de ceux-ci. En revanche, il est assez peu question, dans la médiatisation, de l’action gouvernementale (moins encore parlementaire) proprement dit. Les réalisations sont beaucoup moins traitées qu’une controverse entre partis, par exemple, dont on oublie d’ailleurs assez vite la substance même, pour ne retenir que l’écume de l’affrontement (entre majorité et opposition, ou au sein même de la majorité). L’action gouvernementale sur le fond, en dehors de réponses ponctuelles à l’une ou l’autre urgence, correspond, il est vrai, à un autre temps, à un autre tempo de la vie politique. Qu’épouse bien moins facilement le temps médiatique de l’éphémère, de l’instantanéité, du direct… On évoquera volontiers ce que le politique fait mal ou ne fait pas assez en désignant nommément le ou les responsables à l’opprobre public (parfois ou souvent de façon légitime). Mais un accord gouvernemental portant sur une réalisation effective, quelle que soit la matière, retiendra moins l’attention (et la paternité en sera rarement mentionnée précisément), sous prétexte que le sujet ne serait pas assez passionnant, qu’il serait trop « technique » ou qu’il risquerait d’ennuyer le public.

On retrouve ici l’idée centrale de la nécessité de « capter », de « capturer » l’audience (que l’on vend aux annonceurs). Ceci explique que, dans la logique de marketing qui dicte tout désormais, les contenus mêmes de l’information se doivent d’être « captivants ». Et ils le deviennent par le choix de certains types de sujets (et l’abandon systématique d’autres), par les cadrages, par le traitement…Média hégémonique dans le paysage de l’information, la télévision, parce qu’elle est un outil de « monstration », de « show », plus que de réflexion, a fortement contribué, de ce point de vue, a la transformation de l’information en un produit « attractif ». Elle a considérablement œuvré à l’ouverture de l’âge du « spectacle » total. « Spectacle » veut d’ailleurs dire « vision », ici, sur écran (télé). Et le propos central du spectacle, c’est le divertissement, l’amusement. Cela ne veut pas dire que l’information à la télévision est un amusement, mais bien que la télévision fait du divertissement le mode de présentation naturel de toute expérience ou occurrence sociale.

En mettant ainsi le monde « en scène » davantage qu’« en question », le discours médiatique central rend improbable une compréhension des déterminants de l’actualité présentée. Il véhicule de la sorte, selon Erik Neveu, « une vision du monde déférente pour l’ordre établi4 ».

On touche ici à un élément très important au niveau des effets de l’information véhiculée et qui est à mettre en lien avec les producteurs de l’information. La pratique journalistique s’est professionnalisée depuis les années 1950, avec l’avènement de la télévision en particulier. La situation actuelle qui en découle se caractérise par un changement de référents pour les journalistes, un pouvoir accru des médias en même temps qu’une déresponsabilisation de leur parole.

Sa profession, le respect des règles de la profession, l’adhésion à certaines valeurs déontologiques, etc. vont devenir le référent premier pour les journalistes. Auparavant, l’objet même de l’information, qu’il soit politique, culturel, sportif, avec un point de vue/une vision engagée, était plus central qu’aujourd’hui dans l’ « engagement » du journalisme. Les choses ont changé : ce qui importe aujourd’hui, ce sont moins les faits eux-mêmes et la meilleure façon possible de les traiter, que la « performance » en regard des critères d’excellence que se donne la profession. On est d’abord journaliste, aujourd’hui, avant d’être journaliste politique.

Cette évolution vers une plus grande exigence professionnelle individuelle et une adhésion aux valeurs du métier plus forte impliquent une forme de déresponsabilisation à l’égard du monde. On se dit qu’on n’est jamais que journaliste. Alors que, parallèlement, le pouvoir d’influence des médias s’est accru considérablement. Auparavant l’information était un contre-pouvoir parce qu’il fallait aller la chercher, résister aux pouvoirs qui ne voulaient pas la diffuser. Aujourd’hui, l’info est tellement abondante qu’on tend même parfois à la fuir. On assiste ainsi avec la professionnalisation à ce que j’appellerais une « déresponsabilisation politique » à l’égard du monde. C’est ce qui explique que beaucoup de journalistes prétendent fonctionner de manière “désidéologisée”, c’est-à-dire en se méfiant de tout propos idéologique ou ce qu’ils perçoivent comme tels. Or, c’est moins à une désidéologisation que l’on assiste qu’à une dépolitisation. Et un traitement dépolitisé renforce en fin de compte ce qui est idéologiquement institué : les politiques économiques actuelles, qui sont pour la croissance, pour l’austérité budgétaire et les réformes structurelles du marché de l’emploi.

Se poser des questions, remettre en cause le modèle dominant et donc politiser le traitement de l’information en adoptant un regard pluriel, en croisant, en confrontant n’est plus guère possible. Ou c’est abandonné, en presse écrite et en radio principalement, aux plumes et aux voix extérieures : les tribunes ou cartes blanches, les chroniques, voire certaines interviews. Mais il est étonnant de noter à quel point existe une forte étanchéité entre ces propos extérieurs et les propos tenus par les journalistes eux-mêmes.
Le traitement même de ceux qui se risquent à remettre un certain ordre établi en cause, à la réformer, tout bêtement, sont susceptibles, eux, de se faire (dis)qualifiés d’ « idéologues ». Ce qui, à l’instar, de « sociologues » est un concept connoté négativement dans le langage journalistique. Exemple: les affaires des rémunérations de Didier Bellens (ex-Belgacom) et de Johnny Thijs (l’ancien directeur de BPost). La volonté d’une des composantes du gouvernement de limiter la rémunération des CEO des entreprises publiques autonomes, ne visait pas uniquement comme on l’a dit à diminuer les salaires extravagants des top-managers, mais aussi à réduire les écarts de rémunération et les inégalités salariales à l’intérieur d’une même entreprise. Ceci a été dit, certes, mais ce n’est pas ce qui a dominé le traitement médiatique de l’affaire. La question centrale posée était : «  Jusqu’où un pouvoir public – nota bene pourtant actionnaire majoritaire – peut-il intervenir dans les affaires d’une entreprise publique autonome ? » Par « jusqu’où ? » il faut aussi entendre « jusqu’à combien » peut-il diminuer la rémunération d’un top-manager (sous-entendu : sans nuire à l’efficacité de la gestion de l’entreprise) ? ». Une fois encore, le cadrage principal retenu par la majorité des médias et la plupart du temps a été le même : celui du « combien ?», de l’accumulation de la valeur, de la gestion efficiente… Il l’a manifestement emporté très largement sur celui de la justice (salariale). Et lorsque le ministre socialiste Labille, dans l’un et l’autre cas, a tranché dans le sens du limogeage dans un cas, de la réduction d’émoluments dans l’autre, il a été taxé d’idéologue… alors qu’il ne faisait qu’appliquer, en gros, une décision du gouvernement.

Nous ne sommes pas dans un contexte de censure directe, certes. D’autres voix, d’autres sons de cloches peuvent s’exprimer ou être entendus, mais ils n’occuperont pas la même place, ni ne recevront la même légitimité. L’exemple du débat à l’œuvre autour de l’efficacité même des politiques d’austérité est particulièrement représentatif à ce sujet.

Il sera très très rare qu’une parole un peu différente soit montée en Une, même si elle peut être présente dans un journal. Prenons le cas du FMI qui, pour différentes raisons, a remis en cause l’approche européenne de la crise, dont le rythme élevé de l’assainissement budgétaire imposé. Le même FMI, auparavant, avait fait aveu d’une méprise intervenue dans ses calculs mathématiques sur les effets de l’austérité, etc. Il en a été question, bien entendu, dans les pages économiques des journaux. Pendant un jour ou deux à chaque fois. Mais pas davantage. Or, ce type d’aveu, émanant d’un des sièges de pouvoir mondial du capitalisme, ce n’est pas rien. C’est énorme comme information. Cela aurait dû faire la une, engendrer un débat majeur sur les contradictions internes du système. Et susciter un frémissement dans les lignes éditoriales défendues en la matière. Or, rien, ou presque. Rien, non plus, ou si peu, sur le lien qui est systématiquement établi entre mesures de redressement des finances publiques et nécessité de réformes structurelles des marchés de l’emploi. Il n’y a, a priori, aucun lien entre ce qui relève de la politique budgétaire d’un côté, de politiques économiques, de l’autre. Seule la Commission européenne, via le lien fait entre « two-pack » (budget) et « six-pack » (orientations économiques), établit ce lien… sans jamais le dire. Barroso peut bien parler, effectivement, à propos de la gouvernance européenne, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, de « révolution silencieuse ». Et le silence demeure, non pas parce que les journalistes sont vendus au « grand capital » ou sont d’affreux ultralibéraux, la plupart sont de gauche ! Mais ils continuent de taper sur le même clou, uniquement parce qu’il relève d’un fait institutionnellement validé.

Des mécanismes, tantôt très concrets tantôt moins perceptibles et identifiables, définissent ainsi le traitement de l’information. Et celui-ci a un impact central sur notre compréhension des choses, l’interprétation que l’on donne aux événements et aussi sur la manière dont on agit dans la société. Au vu de tout cela, il est primordial de se questionner sur la manière dont on peut influer là-dessus et sur ce qu’il y a lieu de faire. Mais tout changement profond implique une remise en question profonde et personnelle des journalistes et une réinvention des formes de production dans les grands médias.

On le voit bien, c’est très difficile à changer en raison de la combinaison de tous ces mécanismes, ceux qui sont assez visibles – les moyens de production – et ceux qui sont plus intériorisés. C’est également parce que la profession, quoi qu’elle puisse dire de sa prétendue « extériorité » (ou objectivité), est très intégrée aux logiques de l’époque, qu’elle contribue d’ailleurs, sans s’en rendre compte à célébrer (chaque nouveau modèle de portable de la marque à la pomme fait l’objet d’une couverture de presse plus rentable qu’une campagne de publicité). Au vu de cet ancrage profond, je ne crois pas à la possibilité d’introduire un changement significatif dans les grands médias, même si les choses ne sont pas immuables. D’ailleurs, qui aujourd’hui est le contre-pouvoir des médias ? Je ne crois pas dans la capacité, à moyen terme, de modifier, de manière significative, le cours majeur des médias. Car nous y participons tous, d’une manière ou d’une autre.

Il ne peut y avoir d’issue qu’à travers un processus d’hybridation. Les professionnels de la médiasphère vivent et pensent un peu trop entre eux. Si on veut qu’il y ait de la transformation, il faut de la confrontation, du mélange. Il y a trop peu de contre-pouvoir. Les médias sont un des pouvoirs les plus autocentrés, les plus autoréférentiels. Ils ne se rendent pas compte qu’ils étouffent. Et les acteurs qui viennent de l’extérieur, pour pouvoir entrer dans la bulle « reine », acceptent de respirer le même air. Ils s’autocensurent pour être dans les clous. Et les journalistes n’échappent pas à cette dynamique. Sinon, lorsqu’ils ont ou prennent conscience, ils s’en vont, ou ils acceptent de rester à des postes d’assistants. Les écoles de journalisme participent à ça, d’ailleurs.

Par contre, je crois et je prône qu’on réinvente les modalités et les formes de la production d’information. L’impulsion peut – ou doit – d’ailleurs venir de l’extérieur. Ça demande de la créativité. Sortir du formatage, du travail à la chaîne des rédactions web (ou autres), du taylorisme pour créer l’industrie de la transition énergétique de l’information : celle qui parviendra à singulariser les créations à partir d’un autre carburant que la seule réactivité. L’information, on l’a oublié en raison de sa massification (massification des flux, pas du public), est un bien précieux. A traiter comme tel. Internet, de ce point de vue, met à notre portée la possibilité de créer une ou des intelligences collectives, hybrides, qui sont la condition même de la vie, et pas de la survie. De la vie au pluriel, c’est-à-dire aussi plus proche de l’Autre. Une forme de coproduction de l’information par des systèmes d’intelligence collective, validée en dernier ressort par la démarche journalistique des professionnels est sans doute une voie possible.

Les journalistes qui accepteront de travailler avec des réseaux d’informateurs et de coproducteurs autres que les sources institutionnelles pourront faire la différence, apporter autre chose si on leur en donne l’espace et la possibilité. Dans l’esprit de la « démocratie Internet » bien décrite par Dominique Cardon. Cette forme de partage et de collectivité est un ‘nous’ qui peine, pour l’instant, à s’imposer au ‘je’ très affirmé des journalistes, qui se croient souvent encore les seuls acteurs légitimes de l’information.

Avec le développement des possibilités offertes par Internet, un processus irréversible s’est engagé : la prise de parole des citoyens, réelle forme d’expression démocratique. Celle-ci, avec toutes ces dérives possibles, est toutefois une entame dans le pouvoir absolu des médias, qui à terme, peut faire lentement évoluer les choses. On observe déjà un changement dans les pratiques de l’information d’une partie de la population, qui, comme vous dites, se traduit par une diversification et une spécialisation en groupes d’intérêt, mais implique également un éparpillement.

De plus en plus, les gens vont chercher des niches d’information, soit dans la presse spécialisée, soit dans la presse alternative, soit via des médias en ligne spécifiques. Mais le prix à payer est une fragmentation relative : les publics « s’éclatent » dans des médias qui ont moins de visibilité.

C’est un des grands paradoxes : tous ceux qui continuent à consulter ou à consommer les grands médias n’en sont pas pour autant satisfaits. C’est la limite bien connue des chiffres d’audience. On a beau critiquer « les médias », on continue à se tenir à l’écoute ou à regarder les JT. Moins pour comprendre le monde que pour « être au courant » de ce qui « risque encore de nous tomber dessus » dans un monde médiatisé anxiogène. Cela participe du mythe techniciste de la gestion, de la maîtrise. Quand on est au courant de ce qui arrive, on croit pouvoir s’en prémunir.

Propos recueillis par Lynn Dewitte.

1. [JEAN-FRANÇOIS KAHN, L’horreur médiatique, Plon, 2014]↩
2. [De l’idéologie aujourd’hui, Parangon/Vs, 2005. Lire aussi, du même auteur, « Les Médias pensent comme moi ! », Fragments du discours anonyme, L’Harmattan, 1997]↩
3. [Journalistes au quotidien. Outils pour une socioanalyse des pratiques journalistiques, Le Mascaret, 1995]↩
4. [Sociologie du journalisme, La Découverte, coll. Repères, 2004.]↩

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Comment le discours médiatique influe-t-il sur nous ? https://www.causestoujours.be/comment-discours-mediatique-influe-t-il/ https://www.causestoujours.be/comment-discours-mediatique-influe-t-il/#respond Thu, 12 Jun 2014 11:25:02 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=223 Décryptage

Lorsqu’on s’informe en écoutant, regardant ou lisant les médias, on s’intéresse au contenu de l’information, qui est le message principal. Mais sa mise en forme est, elle aussi, porteuse de messages, en filigrane, plus discrets, qui influent sur notre mode de pensée. De quelle manière l’influence-t-il ? Comment l’identifier ? Quel rôle y joue le langage utilisé dans les médias ? Pour citer Isabelle Stengers : « Les mots n’ont pas le pouvoir de répondre à la question que nous imposent les menaces globales […]. Mais ils peuvent […] contribuer à formuler cette question sur un mode qui force à penser ce que requiert la possibilité d’un avenir1».

Alterna

« apaga la tele » by alterna is licensed under CC BY-NC-ND 2.0

Christine Servais, chercheuse en Sciences de l’Information et de la Communication à l’ULg, et spécialisée dans l’analyse du discours des médias, a analysé l’énonciation journalistique et ses effets sur les représentations collectives et sur le comportement attendu des spectateurs. En identifiant les caractéristiques de l’énonciation journalistique dans les grands médias, elle montre quel type de public cela tend à définir et souligne la responsabilité de chacun dans cette configuration, aussi bien en tant qu’acteur des médias qu’en tant que récepteur. Nous tentons ici de résumer sa pensée à partir de deux articles : « Énonciation journalistique et espace public : une hégémonie pleine de voix ? »2 et « Appel au peuple/appel du public : décrire la réception comme une adresse »3.

Les médias ont pour vocation de communiquer des informations que nous ne possédons pas et qui concernent un collectif plus large que notre réseau de connaissances directes. Ils sélectionnent ce qui est important dans l’immensité des événements qui ont lieu quotidiennement pour donner à voir ce qu’il faut savoir. Les journalistes ont un rôle de porte-parole pour la population. Ils véhiculent ce que le peuple est supposé vouloir savoir et vouloir dire. En rendant commun un ensemble d’informations, les médias créent du « collectif ». En plus d’être une médiation entre l’événement et le public, le traitement de l’information par les médias est aussi une médiation entre le spectateur individuel et le collectif. De cette manière, il s’agit aussi d’une expérience politique.

Le rôle des médias dans la construction des représentations dominantes

Le rôle de porte-parole ou d’intermédiaire du journaliste censé représenter le peuple peut être une manière de se déresponsabiliser par rapport à ce qui est dit. Il prétend parler au nom d’un ‘nous’ qu’il ne représente pas forcément. Plus encore, l’emploi du ‘nous’ ou du ‘on’ duquel se revendique le journaliste a généralement comme résultat de légitimer une vérité sous couvert de désigner une appartenance commune qui n’est pas réelle. Ce type de discours nous dit: “Tu dois répondre de ce que j’affirme, mais en fait tu ne peux en répondre mais seulement t’y soumettre, car il n’y a pas d’autre lieu d’où en répondre.” Dans cette optique, la passivité des destinataires ne serait pas, comme on l’affirme souvent, un simple manque de recul critique de la part de la population, mais constituerait la réponse appropriée et attendue à un discours qui se soutient d’une “opinion reçue” dont on prétend qu’elle serait la seule forme du “nous” qui énonce une domination comme consensus”4.

Cette analyse fait écho au consentement diffus qui peut s’observer auprès du public. Pourquoi ? D’une part parce que les médias ne donnent généralement pas les moyens de comprendre les enjeux des situations qui sont montrées, d’autre part parce qu’à travers le dispositif de mise en forme des informations, le consensus est ce que l’on attend du public.

La place du spectateur 

Dans chaque contenu médiatique, il y a un dispositif spécifique qui détermine le contenu ainsi que la manière de le présenter. Et ce dispositif influe sur nos représentations, sur notre comportement par rapport aux informations reçues. Prenons pour exemple l’émission Enquêtes diffusée sur RTL TVI, analysée par Christine Servais dans son travail. L’émission prétend à l’objectivité par une forme de transparence absolue. Le dispositif pourrait se résumer par la formule ‘tout à voir et rien à voir’. Dans cette émission, personne ne prend la responsabilité de l’énoncé sur le monde qui est présenté. Les images sont montrées « brutes ». L’univers qu’on nous présente n’est pas peuplé, il est exclusivement physique.

La place assignée au public est celle de spectateur à qui l’on donne à voir des situations « telles qu’elles sont ». En fin de compte, ce dispositif a pour effet d’induire un ‘chacun chez soi’, une peur de l’autre en exacerbant l’insécurité tout en ne permettant pas de comprendre les éléments qui induisent les situations montrées et les situations dans laquelle les personnes montrées se trouvent. Derrière un procédé qui semble neutre, il y a donc un dispositif qui, au contraire, n’est absolument pas neutre quant au message véhiculé. Il lui assigne un rôle passif qui n’est pas de comprendre mais de voir, et en même temps suscite une peur de l’insécurité tendant à un entre-soi et efface toute responsabilité d’un énonciateur puisque celui-ci est absent du dispositif.

Une question de responsabilité

Cela nous amène à la question de la responsabilité, celle des journalistes, qui produisent l’information, et celle des spectateurs, qui la légitiment par leur réception. En effet, au regard du discours médiatique dans lequel le public ne se sent pas toujours représenté, le fait de ne pas en tenir  compte, de ne pas y répondre, par une attitude que l’on pourrait croire passive, est une position active. C’est une manière de ne pas répondre de l’idée qui lui est proposée. La population n’est pas passive par rapport aux médias.

D’autre part, le traitement médiatique de l’information ne peut prétendre à une complète objectivité, il s’agit d’une parole que le journaliste prend, en tant que personne. Il se doit de prendre conscience de son existence politique, de donner un éclairage sur le monde, en prenant position, et ainsi créer un débat. Car en effet, on peut identifier plusieurs types de journalismes par rapport à l’effet qu’ils créent sur le public : le journalisme qui crée du consensus et le journalisme qui, en injectant de la conflictualité, rassemble. Et c’est vers ce deuxième type de journalisme qu’il faut tendre s’il l’on veut qu’il continue à assurer son rôle dans une société démocratique.

 Lynn Dewitte

1. [Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte/Poche, 2013]↩
2. [Christine Servais, « Énonciation journalistique et espace public : une hégémonie pleine de voix ? », Communication, vol. 32/2, 2013]↩
3. [Christine Servais, « Appel au peuple/appel du public : décrire la réception comme une « adresse », à paraître dans Questions de Communication, coll. Actes, Jamil Dakhlia dir., « A la recherche du public populaire », 2014]↩
4. [Christine Servais, « Énonciation journalistique et espace public : une hégémonie pleine de voix ? »,op.cit.]↩

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Le règne de la bien-pensance – Témoignage de Philippe Dutilleul https://www.causestoujours.be/le-regne-de-la-bien-pensance-temoignage-de-philippe-dutilleul/ https://www.causestoujours.be/le-regne-de-la-bien-pensance-temoignage-de-philippe-dutilleul/#respond Wed, 11 Jun 2014 16:55:05 +0000 https://gsara.tv/~causes/?p=30 Opinion

Philippe Dutilleul a été longtemps réalisateur de documentaires et journaliste-reporter au sein de la RTBF : Strip Tease, Sale temps sur la planète, Bye Bye Belgium, Mort biologique sur ordonnance téléphonique,..Avec un regard acerbe mais qui frappe juste, Philippe Dutilleul a durant toute sa carrière fait preuve de pertinence et d’impertinence. Toujours un journal en main, le regard pétillant et le verbe généreux, il nous livre ici sa vision extrêmement lucide du paysage médiatique belge.

attention-des-medias

Êtes-vous d’accord avec l’affirmation de Jean-François Kahn dans son dernier livre L’horreur médiatique : « L’impératif démocratique, qui exige une confrontation pluraliste de propositions et d’arguments, a été éradiqué de certaines consciences » ?

Je suis tout à fait d’accord. Je vous donne un exemple récent.

Je suis tout à fait d’accord. Je vous donne un exemple récent. Il y a toujours eu le journal Le Soir à la maison, même quand je ne savais pas lire, mon père l’achetait et j’ai toujours continué la tradition familiale. Avant il y avait une rubrique « Polémiques » qui offrait différents éclairages sur un même sujet mais ces pages ont été supprimées. Ça ne les intéresse plus… À part la voix de Jean-François Kahn et quelques autres rédacteurs réguliers, il y a peu de voix discordantes. C’est le centre-gauche conservateur. Il n’y a quasi plus de confrontations d’opinions et de débats en Belgique. Je trouve ça extrêmement regrettable et très dommageable pour le pluralisme des idées. C’est une pensée pré-mâchée, pré-fabriquée, très simpliste. Les analyses plus léchées, plus approfondies sont réservées à un public fort restreint. Il est difficile de toucher un large public avec des émissions de qualité. L’évolution de la presse ne semble pas aller en s’améliorant. Il y a une banalisation de l’information. La plupart des chaînes se ressemblent. La gauche et la droite se ressemblent de plus en plus, que ce soit au travers des idées ou des actions. La politique se fait en chambre close en Belgique. La presse est à l’image de ça, c’est une presse qui garde un lectorat suffisant pour vivre mais ne se renouvelle pas, ne se régénère pas. On essaye de toucher les jeunes en rajeunissant certaines pages et puis il y a tout le pari du web évidemment mais je ne suis pas certain qu’en termes de débats et d’approches différentes, on arrive à quelque chose de satisfaisant. Une vraie démocratie ne peut bien fonctionner qu’avec des gens curieux et bien formés. Or on est dans une société qui vise essentiellement l’inverse : individualiser les besoins, les attentes, les expressions. En Europe, on est plus dans une société de production, dans une société de consommation. Les médias vont axer le contenu des journaux vers ce qu’ils considèrent être les goûts dominants du public. Ce qui se traduit par une raréfaction et une banalisation des contenus, plus de facilité, plus de bling-bling,… Même dans le supplément du journal Le Monde, il y a un mélange de genres pour séduire un maximum de personnes. Certains contenus se mélangent avec des articles de mode, du people,… On raisonne en parts de marché, il y a une segmentation de l’audience. Les journaux ne sont plus gouvernés par les journalistes mais par des économistes, des ingénieurs commerciaux et des managers. La communication a pris le pas sur l’information. Je pense qu’on peut quand-même s’en dissocier. Mediapart, par exemple, est pour moi une vraie réussite. Ils sont capables de taper aussi bien à gauche qu’à droite. Si vous apportez de la vraie information, de la vraie nouvelle que vous ne pouvez pas lire ailleurs, et qui se démarque de l’actualité chaude avec tous les commentaires, ça peut marcher.

“ Tous les journaux font des tas de choses qui n’ont rien à voir avec l’information comme des pages historiques sur l’histoire de la Belgique, sur l’histoire de la voiture.”

Tous les journaux font des tas de choses qui n’ont rien à voir avec l’information comme des pages historiques sur l’histoire de la Belgique, sur l’histoire de la voiture,… Ils sont obligés de recourir à toute une série de suppléments pour élargir leur lectorat. Alors qu’à mon avis, il faudrait davantage investir dans l’investigation. Les gens en sont demandeurs et les médias sont obligés d’en parler. On en revient aux fondamentaux. Mais l’investigation n’intéresse pas les rédacteurs en chef, ils préfèrent la bonne photo de Di Rupo qui caresse les pandas de Chine. Regardez avec quoi on fait les couvertures aujourd’hui !

Oseriez-vous parler de « doxa médiatique », d’« idéologie médiatique de la social-démocratie» comme certains le prétendent ?

Le drame aujourd’hui c’est qu’il n’y a plus d’idéologie. On a dit « vive la mort des idéologies ». Mais d’un autre côté, comme il n’y a plus d’idéologie, il y a quoi ? Il y a ce qu’il fait vendre et l’idéologie de marché. La société néo-libérale a vaincu. C’est la voix ouverte à n’importe quoi. C’est même plus grave que ça : comme il n’y a plus d’idéologie et d’espoir de faire changer le monde, de le rendre plus juste, plus démocratique, c’est le retour aux croyances. Il y une résurgence des sectes, des religions, des courants radicaux. Tout ça pour combler un vide de sens.

Quel est l’impact des associations d’Éducation aux médias ?

Le problème c’est que ces associations prêchent des convaincus. Il y a de moins en moins de solidarité, de moins en moins d’ascenseur social comme on a pu connaître dans les années 1950-1960 et très peu de transversalité. Les gens se fréquentent entre eux. Chacun reste dans son pré-carré. On n’a jamais autant parlé de multiculturalisme mais pour moi ce n’est que du discours, du discours de la gauche caviar. Dieu merci, il y a des cultures différentes qui vivent ensemble de manière pacifique en Belgique mais il y a trop peu de brassage. La société est de plus en plus segmentée car elle devient mercantile, on réfléchit en termes de publics cibles, de parts de marché. La presse décalque ses contenus en fonction de ça.
Le journal Le Monde reste pour moi un des rares journaux qui m’apprend et m’explique des choses. Le Soir ne fait plus de journalisme, il fait de la politique. Mais je dois avouer que je ne lis que la presse francophone.

Il y a aussi une uniformisation de ton. Tous les journalistes parlent de la même façon. Pour des raisons de segmentation encore une fois. L’information est devenue un produit et doit se vendre comme une poudre à lessiver.

Quels sont les effets sur le public ? Nous frappent-ils de paralysie et d’impuissance, et nous forcent-ils à la résignation ?

En Belgique, il y a une paralysie du corps social tout du moins. Et les médias y participent. En France, on exacerbe les différences (son paroxysme étant le Front National). En Belgique, au contraire, on est dans la conciliation, on trouve des arrangements à l’abri de l’agitation. Et donc pas de débats publics ! On est dans la non-transparence.

Y a-t-il des tabous dans les médias ?

Il n’y a pas de tabous à proprement parlé. Par contre, on ne peut plus appeler un chat un chat. C’est la bien-pensance, aussi bien à gauche qu’à droite. Et le problème, la mauvaise-pensance est récupérée en France par l’extrême droite réactionnaire. Et qu’il n’y a plus de projets, plus de vision dans le camp des progressistes. On ne propose plus aucun projet alternatif aux gens si ce n’est la course à la consommation, à casser la solidarité. Et les gens qui essayent à leur échelle de faire bouger les choses, sont très vite marginalisés et très peu médiatisés car ça ne fait pas vendre.

Son blog : https://blogandcrocs.blogspot.be/

Propos recueillis par Julie Van der Kar et Lynn Dewitte

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Rencontre avec une voix de la radio https://www.causestoujours.be/interview-martine-cornil/ https://www.causestoujours.be/interview-martine-cornil/#respond Tue, 10 Jun 2014 16:57:17 +0000 https://gsara.tv/~causes/?p=33 Il y a des voix radiophoniques qui nous donnent à réfléchir, qui nous apportent du sens à travers la magie de la radio. Martine Cornil est une de celles-là : une passeuse avec une rare faculté d’écoute, assortie d’un sens du respect et de l’intérêt porté aux autres. Sur les ondes de La Première pendant 20 ans (Tête-à-tête, Backstage, Samedi+,…), elle quitte aujourd’hui la RTBF et revient ici sur l’évolution de son métier. Témoignage.

Radio Free Strawberry

« Radio Free Strawberry » by Alan Levine is licensed under CC BY-SA 2.0

Ressentez-vous une uniformisation de l’information dans les médias dominants ?

A titre de lectrice et d’auditrice, j’ai le sentiment de ne plus trouver mon compte depuis des années dans ce que je lis ou dans ce que j’écoute. Quand j’ai commencé à lire les quotidiens, ils étaient plus marqués à gauche ou à droite, parce que ça voulait encore dire des choses. Aujourd’hui, les différences idéologiques ne sont plus si marquées. Les grands ou petits quotidiens d’opinion ont disparu, vraisemblablement faute de lecteurs. Est-ce pour autant que tout le monde sert la même soupe ? Je ne le pense pas mais il y a une tendance à un formatage généralisé dans les grands médias. Et le temps joue de plus en plus contre ceux qui ont envie de sortir de ce formatage ou ceux qui historiquement pouvaient le faire. A partir du moment où les gens sont informés quasiment à la seconde près, où la presse papier ou les médias audiovisuels veulent enrayer l’érosion de l’audience, le temps devient une course contre la montre. C’est à qui donnera l’information en premier. Avec comme dérive : l’usage du conditionnel. Plutôt donner l’info en premier quitte à vérifier ultérieurement et user du conditionnel. Mais le conditionnel passe largement au-dessus de la tête de beaucoup de gens, qui prennent le conditionnel comme une affirmation. C’est d’autant plus problématique quand les conditionnels ne sont soit pas infirmés ou confirmés soit le sont en dernière page et en deux lignes.

J’ai parfois l’impression que les médias sont des poules qui courent sans tête. C’est la course à l’audience, au détriment d’une certaine qualité.Les médias croient gagner de l’audience en simplifiant le message. Je crois au contraire qu’il est préférable de miser sur l’information décryptée, décodée, analysée.Mais quel quotidien fait ça ? Je ne comprends pas que les directeurs de médias n’aillent pas dans cette direction. Il y a sans doute des agences de communication professionnelles, chèrement payées, qui ont prétendu que ce n’était pas la voie à emprunter. J’imagine qu’ils savent de quoi ils parlent… Dans le même temps, je constate que l’audience continue à s’éroder…. Il y a peut-être un rédacteur en chef qui va se réveiller ?

Vous ne vous y retrouviez plus ?

Il manque le temps de la réflexion. Quand je suis rentrée à la RTBF en 1990 ou 1991, c’était encore l’ancre du temps long. Il n’y avait quasi pas de pub ou de promo. On pouvait faire des émissions d’une heure (et pas de 52′). Quand j’ai commencé Tête à Tête, il y avait un ou deux minutes de journal au début de l’émission et à tout casser 1′ ou 2′ de pub. En l’espace de huit saisons, on a perdu 5′ de temps de parole au profit de la pub. Ce n’est pas anodin.

Les rôles étaient aussi très définis : il y avait l’ingénieur son, l’animateur, l’assistant et le journaliste. Aujourd’hui, on demande au journaliste de tout faire. Je n’ai rien contre la polyvalence ou la flexibilité, ni contre le self-op pour faire du pousse-disc ou pour annoncer le dernier Stromae. Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’on n’est pas tout à son invité quand on doit gérer en plus le lancement de la musique, l’introduction de la publicité, le radio-guidage,… Le métier d’animateur, tel que je le conçois, est un passeur. Il faut pouvoir oublier les contraintes techniques pour être entièrement à l’écoute et donner le meilleur de l’autre (et donc de soi un peu aussi).

Je suis aussi frappée par la baisse de qualité du son, y compris à la RTBF. Pour avoir travaillé pendant un an sur une émission basée sur les archives, j’ai pu me rendre compte de la qualité sonore incroyable de l’époque ! C’est un vrai choc quand on passe des veilles bandes magnétiques des années 1960, 1970, 1980 à ce qu’on entend maintenant, toutes stations confondues. On habitue les gens à un standard plus bas. Pourquoi ne donne-t-on pas plus le meilleur aux gens ? On pourrait dire qu’il ne s’agit que de la forme mais parfois la forme influence le fond. On m’a souvent rebattue les oreilles avec « il faut être moderne ». Je veux bien mais pour moi, la modernité c’est aller vers le progrès, vers le haut, sinon ça n’a aucun sens. Il y a une forme de démantèlement de l’outil. C’est une baisse de qualité généralisée.

Compression du son… Et réduction des sujets ?

Oui, je le pense. Si on veut comprendre le monde dans lequel on vit, il faut prendre le temps de tenter de le rendre lisible. Réduire le temps consacré à un sujet, c’est réduire notre perception. Il manque cruellement de médias d’exploration ! A côté des médias que j’appelle de consolation ou d’accompagnement, il faut des médias d’exploration. Ils existent mais ça reste des niches. Je pense que ça vaudrait la peine qu’un grand média ose ré-explorer le temps long. Temps long n’est pas synonyme d’ennui ou de vieille radio pour autant, comme j’ai souvent entendu dire par certains directeurs de la RTBF pour qui il faut plus de rythme. J’y crois pas une seconde à cet argument. Les gens ont besoin de temps en temps de se poser, d’écouter, d’entendre développer une pensée. Il y a des sujets qu’on ne peut pas épuiser en ¼ d’heure. On a intégré, à tort ou à raison, que les gens se lassaient très vite. Ce n’est pas typique de la RTBF, c’est partout.

Je pense que les gens sont ravis qu’on leur parle de manière intelligente car ils se sentent respectés. Vouloir simplifier est signe de mépris pour les gens. La majorité des gens est suffisamment intelligente pour comprendre (je ne dis pas cultivés mais intelligents). Et puis, en élargissant le propos, en allant visiter d’autres niches, on va vraisemblablement attirer plus de gens et surtout on va attiser la curiosité des autres, leur faire découvrir des artistes. Et peut-être que ça va leur plaire ! Faisons écouter ce qui existe et les gens feront leur propre choix. On n’est pas là pour dire ce qui est bien et pas bien. J’ai toujours détesté m’entendre dire « c’est trop pointu » ou « c’est élitiste ». Je revendique l’élitisme pour tous ! Comme disait Brassens « personne n’a envie de bouffer de la merde ». Tout le monde a envie d’aller vers un peu de lumière. Et là il y a un souci. On reste (et je l’ai fait aussi) dans le petit monde des stars, des personnalités super connues. Quand on fait une émission d’une heure comme je l’ai fait pendant des années, c’est plus simple d’inviter des « bons clients » qu’un romancier qui fera sa première radio. C’est certes plus compliqué mais c’est notre rôle d’accompagner les artistes, de faire découvrir des talents. Et qui sait, ce seront les stars de demain. Et qu’on ne vienne pas me donner les 3 exemples où cela s’est passé : c’est une démarche qui doit être quotidienne. Il y en a tellement, tous secteurs confondus, qui rament et manquent de reconnaissance. Les médias privés qui ne vivent que par la publicité ne peuvent pas s’offrir ce luxe-là mais s’il y a un luxe que la RTBF peut s’offrir c’est bel et bien celui-là.

Sur quoi se basent les directeurs de chaîne pour affirmer que lenteur = ennui ?

En radio, on se base sur les études CIM (NDLR: Centre d’Information sur les Médias) qui n’ont quasi pas changé depuis les débuts de la radio. C’est fou ! Encore s’attacher à ces études CIM qui d’une vague à l’autre font monter la radio de 3 points et puis descendre de 2 points alors que rien n’a changé au niveau du contenu. Et puis on adapte et puis ça redescend et puis ça remonte. Elles ne tiennent pas compte des podcasts non plus. Or les émissions podcastées sont justement celles qui donnent plus de temps au temps. Il y a de quoi se poser des questions !

Je me suis souvent entendu dire qu’il ne faut pas lasser les auditeurs, il faut que ça bouge pour éviter que les auditeurs zappent. Si le sujet ne plaît pas, il faut que l’auditeur sache qu’un autre sujet viendra peu de temps après. Je comprends cet argument mais inversement, si le sujet lui plaît et qu’il est frustré parce qu’il ne dure que 10′ ?

Vous évoquiez l’existence des médias de consolation. Qu’entendez-vous par là ?

Les médias anxiogènes, la presse de caniveau qui mettent en avant les aspects les plus horribles de la nature humaine sont très consolants pour les gens car on se dit « waouw, j’ai échappé à ça, waouw, je suis toujours vivant, waouw je n’ai pas tué mon enfant,… Qu’est-ce qu’on est bien finalement même avec 780 € par mois !

Plus généralement, la société de consommation est une société de consolation. Et les médias y jouent un rôle, ne fut-ce que par la publicité diffusée.  À défaut de se passer de la pub (car les subventions ne suffisent malheureusement pas), les médias (et particulièrement les médias de service public) auraient un vrai rôle à jouer dans le niveau d’exigence éthique vis-à-vis de la publicité : refuser les pubs qui véhiculent les clichés sexistes par exemple et n’accepter que de la pub qui fait appel à l’intelligence des gens. Les médias de service public se grandiraient à refuser la vulgarité. J’en parle à l’aise car j’ai jadis travaillé dans la publicité. Il s’agirait d’une marque de respect à l’égard des auditeurs.

La RTBF répond-elle suffisamment à ses missions de service public selon vous ?

Il serait extrêmement utile de redéfinir ce qu’est le service public (et pas que pour l’audiovisuel). On n’arrête pas de nous dire qu’il faut rajeunir l’audience. Mais comment rajeunir l’audience si on ne diffuse jamais ce que les jeunes écoutent ? A ma connaissance, il n’y a aucune émission musicale consacrée au rap, hip hop et la culture des jeunes sur aucune chaîne de la RTBF. C’est interpellant.

A l’inverse, on assiste à un vieillissement de la population. Et ils écoutent quoi les vieux ? Il n’y a aucune radio du service public qui ne leur est destinée (à part la troisième oreille de Marc Danval). Donc en clair, on s’adresse au public qui a entre 30 et 50-60 ans. Et comment expliquer aussi qu’il y ait si peu d’animateurs issus de l’immigration ? Pourtant il y en a des tas pleins de talent. On parle de discrimination alors qu’il n’y a aucune émission intelligente qui s’adresse aux gamins des quartiers. On nous dira qu’il y a des radios associatives qui le font. Oui c’est vrai mais il me semble que ça pourrait faire partie de nos missions aussi. Toutes les chaînes se plaignent du manque d’animateurs mais qu’on les forme alors !

Quant à la place accordée au cinéma, il existe bel et bien des billets ou l’émission Décadrages  de Jean-Louis Dupont centrée sur l’histoire du cinéma mais il n’y a plus aucune émission critique et informative consacrée au cinéma sur la Première. Il y a des pans entiers de la culture qui passent au bleu.

Ce qui me choque aussi, c’est la place accordée à nos artistes. Il y a des centaines d’artistes, compositeurs, interprètes qui ne sont jamais diffusés. À ça, on rétorque que ce n’est pas vrai, il y a des quotas,.. Oui mais à quel heure ? Claude Semal, Daniel Hélin, Quentin Dujardin,.. sont-ils diffusés à l’heure de grande audience ? Des jazzmen sont diffusés dans l’émission de Philippe Baron mais ne pourrait-on pas aussi les diffuser en pleine journée ? La RTBF n’a-t-elle pas ce devoir de les mettre davantage en valeur ? D’autant plus qu’il s’agit d’un mauvais calcul, c’est contre-productif pour la Fédération Wallonie-Bruxelles qui soutient ces artistes. A quoi ça sert de faire le meilleur miel du monde s’il n’y a pas un magasin pour le vendre. A rien !

Pour quelles raisons d’après vous ?

Car ces artistes ne sont pas formatés. C’est quoi et qui décide du format ? Les ventes ? Si la RTBF n’entend pas davantage explorer, faire découvrir, éduquer nos oreilles, qui le fera ? Les radios associatives le font mais avec quelle audience potentielle, avec quelle puissance d’émetteur ? La RTBF devrait le faire, ne fut-ce qu’une émission d’une heure par semaine. Au moins, elle existerait. Au moins, les gens curieux savent qu’ils pourraient les écouter à telle ou telle heure. A l’époque de Pierre Collard Bovy, les artistes avaient davantage d’espaces d’expression ! Ça date !

Les médias dominants ne peuvent-ils qu’être favorables à une pensée de marché s’ils sont managés comme des entreprises ? Quel est l’espace accordé à la contestation de la domination de l’orthodoxie néo-libérale ?

Là il faut rendre à la RTBF ce qui lui appartient. Je crois que c’est sur la RTBF qu’on a entendu pour la première fois des économistes très à gauche comme Pierre Larrouturou ou Christian Arnsperger. Dans le domaine politique, Raoul Hedebouw et Marco Van Hees ne sont pas interdits d’antenne. Ce n’est pas aussi simple que ça. Peut-être qu’il faut scinder l’information et l’animation mais j’ai eu l’occasion d’inviter beaucoup de voix alternatives au modèle dominant. Il suffit de voir les insultes des deux côtés : certains, plus à droite, se plaignent que la RTBF ne donne la parole qu’à des gens de gauche – qu’est-ce que je n’ai d’ailleurs pas reçu comme insultes ! – et inversement. Quand on en est là, c’est bon signe. Je pense que toutes les voix peuvent s’exprimer. Je n’ai jamais subi de censure. Il y a un vrai pluralisme. Il faut vraiment laisser ça à la RTBF.

Des cas d’auto-censure ?

Oui, il y a un petit temps, je n’ai pas pu inviter Daniel Hélin car un de mes chefs ne l’appréciait pas. Il est quand-même finalement passé mais certains directeurs croient représenter les goûts du public. Parce qu’ils n’aiment pas tel ou tel artiste, ils ne désirent pas les passer sur antenne. C’est terriblement prétentieux. Personnellement, j’ai passé de la musique que je n’aimais pas ou invité des personnes que je ne portais pas spécialement dans mon cœur mais les entendre était intéressant !

Propos recueillis par Julie Van der Kar

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ZIN TV : une nouvelle vision des médias https://www.causestoujours.be/zintv-nouvelle-vision-medias/ https://www.causestoujours.be/zintv-nouvelle-vision-medias/#respond Mon, 09 Jun 2014 16:30:07 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=247 Réinventer les médias

« ZIN TV est un outil qui donne à entendre la parole des invisibles et à voir la réalité des quartiers d’ici et d’ailleurs. Notre mission est de valoriser intellectuellement, culturellement, socialement et politiquement le potentiel créatif d’une population souvent exclue des médias classiques. Mettre en relation l’intelligence, la créativité populaire et les mouvements sociaux enrichit les analyses et structure les engagements respectifs ».

zintv

Nous sommes allés à la rencontre d’un des fondateurs de ZIN TV, Ronnie Ramirez, pour un zoom sur ce projet à l’avenir prometteur, laboratoire d’idées et de pratiques de personnes engagées autour de la conviction d’une nécessité de réinventer les médias.

Une télé basée sur la participation citoyenne

Télévision d’action collective, ZIN TV est une initiative lancée il y a 4 ans et propose un média qui donne la parole aux citoyens tout en leur en offrant les moyens par des formations et un espace de diffusion. « Les militants sociaux, les citoyens engagés et les personnes appartenant à une structure associative sont des participants fréquents à qui l’on propose un apprentissage en trois niveaux : une initiation sous forme d’ateliers, une application grâce à des stages et un perfectionnement à travers l’élaboration de projets », nous explique Ramirez.

Au-delà de la critique des médias centraux, sur laquelle beaucoup de personnes s’entendent, l’équipe de ZIN TV a pour ambition de passer à l’action, en réinventant ce qui ne lui convient pas dans les médias, en proposant autre chose. Le principal objectif est de donner la parole à la population, et les moyens de l’exprimer comme l’indique le fondateur de ZIN TV :

«  On fera tous la même analyse, y compris les professionnels des médias eux-mêmes. Par exemple, les émissions diffusées à la télé qui critiquent la télé existent depuis longtemps. Mais pour nous la question n’est pas là. Si les médias sont devenus un “4e pouvoir”, ils sont clairement sans contre-pouvoir. Presque tout leur est permis. De traiter de dictateur un président démocratiquement élu tout simplement parce que sa politique ne correspond pas à celle de Washington par exemple. Pour l’équipe de ZIN TV, plutôt que de nous définir par rapport aux médias commerciaux et publics, qui se sont tous agenouillés devant le système de l’audimat, nous nous envisageons comme un espace d’oxygène où l’on peut essayer des choses, inventer un nouveau média sur une base qui ne soit pas commerciale mais bien axée sur la participation citoyenne car nous pensons que la population possède une forme d’intelligence collective qui doit être mise à profit et valorisée. Il faut donc la travailler. C’est pour cela que ZinTv se propose à travers ses formations des citoyens, de les familiariser au langage audiovisuel, pour qu’ils créent eux-mêmes leur propre outil d’expression et que ZinTv soit un outil d’expression au service des gens ».

“ nous nous envisageons comme un espace d’oxygène où l’on peut essayer des choses, inventer un nouveau média sur une base qui ne soit pas commerciale mais bien axée sur la participation citoyenne car nous pensons que la population possède une forme d’intelligence collective qui doit être mise à profit et valorisée.”

Assumer un point de vue

ZIN TV se veut un outil d’expression axé sur l’engagement social. On y défend un modèle de formation qui s’adresse aux citoyens, militants sociaux, journalistes engagés, médiactivistes et s’oppose à l’individualisme cultivé dans les écoles de cinéma. « Ce qui nous intéresse c’est de rééduquer nos militants, qu’ils aient un autre imaginaire que celui de la télévision dominante et d’Hollywood. Nous avons d’autres ressources. L’histoire de l’émancipation des peuples est nourrie d’œuvres qui ont marqué l’humanité. À ZIN TV, on se situe dans une filiation d’héritages cinématographiques. Nous avons un panthéon de cinéastes qui nous ont éclairés, qui eux aussi ont tenté de créer des médias. Roberto Rossellini, Santiago Alvarez, et Jean-Luc Godard par exemple. Ce sont des références qui nourrissent nos pratiques », poursuit Ramirez.

ZIN TV, c’est également un réseau élargi de personnes réunies autour d’un même objectif, la proposition d’un média qui soit réellement démocratique. Un réseau de projets similaires dans le monde, d’une part : « on essaye de prendre position dans l’époque où l’on vit, c’est l’air d’Internet, des technologies qui font qu’on peut être connecté avec le monde très facilement. On a donc par exemple développé cet aspect de relations internationales avec des gens qui font la même chose que nous, parce qu’on n’est pas les seuls ni les premiers à proposer ce genre d’initiative », ajoute Ramirez. D’autre part, c’est un réseau de personnes travaillant bénévolement pour que le projet puisse grandir. C’est enfin un ancrage profond dans le tissu citoyen et militant de la population, gagné par un travail de fond qui se fait dans l’anonymat. ZinTv s’attache à être un trait d’union entre les médias et les militants sociaux en cultivant une attitude fédératrice, en développant des coproductions et des partenariats. En effet, la réinvention des médias nécessite un engagement sincère et actif de nombreuses personnes pour qu’une proposition puisse voir le jour, évoluer et grandir.

Les fondements du projet sont amenés à être constamment remis en question. Espace d’oxygène, laboratoire de mise en pratique d’idées créatives, ZIN TV n’entend pas être la solution toute trouvée à la machinerie des médias centraux mais se bat pour une diversité dans l’information en proposant des formes nouvelles d’organisation, de diffusion, et de production de l’information.

Une vision de médias qui montre de l’espoir

Qu’est-ce qu’un bon média ? C’est la question que l’on peut se poser suite à une réflexion sur le traitement médiatique de l’information et que nous avons voulu inciter à se poser à travers ce dossier spécial. La vision de Ronnie Ramirez est celle d’un média « qui est politiquement incorrect, avec vitalité, qui représente la vraie vision de la citoyenneté, qui se vit avec humour, avec érotisme avec intelligence. Qui ne se focalise pas sur la partie lamentable des gens mais sur la partie intelligente. La partie lamentable on la connaît. Et aussi, qui montre des gens qui cherchent des solutions, qui montre de l’espoir ».

Alors, si dans le coin de nos têtes, nous nous demandons ‘est-ce possible de mettre en place de réelles alternatives médiatiques ?’, le projet ZinTV est un exemple que l’on peut mettre en place des choses concrètes qui vont dans le sens d’une amélioration des médias, qui constituent une proposition de redéfinition, un langage propre. « Mais il faut assumer que rien ne dure et je pense qu’un élément crucial est la capacité à se refonder sans cesse, c’est ce qui manque le plus actuellement », conclut le fondateur de ZIN TV.

Sans oublier que les choix politiques sont un aspect déterminant des perspectives possibles également. Ronnie Ramirez le rappelle, « par exemple, en Argentine, des politiciens courageux ont divisé le spectre hertzien en trois : un tiers pour les télévisions commerciales, un tiers pour les télévisions publiques et un 3e pour les communautaires. Ça a permis à l’Argentine de créer une chaîne spécialement pour diffuser du cinéma argentin. Quelle formidable soutien et valorisation de leurs artistes dans leur pays, en leur offrant des débouchées ! ».

Avec de la créativité, de l’engagement et du travail, beaucoup de choses deviennent possibles. Les médias suivent un schéma très complexe, il est parfois difficile d’y voir clair, difficile de savoir quoi faire face aux constats. Mais s’il fallait une conclusion à tout ceci, elle serait peut-être que rien ne sert de s’opposer et de rejeter ce qui ne nous convient pas dans notre société, et qu’il importe de mobiliser cette belle créativité dont l’homme est capable afin d’utiliser ce qui existe, d’en tirer les meilleures potentialités pour construire un avenir qui se redéfinisse sans cesse vers un mieux.

Lynn Dewitte

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What the Fake : quelle place pour les jeunes dans les médias ? https://www.causestoujours.be/what-the-fake-quelle-place-les-jeunes-les-medias/ https://www.causestoujours.be/what-the-fake-quelle-place-les-jeunes-les-medias/#respond Mon, 09 Jun 2014 16:26:26 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=207 Réinventer les médias

Le projet What the Fake ?! s’est déroulé de janvier à avril 2014. Il est le fruit d’une collaboration entre la RTBF et deux associations spécialisées en éducation aux médias, ACMJ (Association Ciné Médias Jeunes) et le CAVL (Centre de Audiovisuel de Liège). Ce projet pilote questionne le rapport des jeunes aux médias et leur permet de s’exprimer. Retour sur cette expérience originale avec des responsables d’ACMJ et du CAVL.

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Le projet What the Fake ?!

L’initiative, lancée par Valérie Magis, auteur et show runner, s’adresse aux jeunes de 13 à 18 ans. Il s’agit de leur donner la parole et la possibilité de s’exprimer sur des sujets qui les intéressent. Selon les lignes du projet, What the Fake ?! (WTF) signifie faire la part des choses entre ce que les jeunes pensent, ce qu’on leur donne à penser et ce que l’on pense pour eux. Entre les règles et les normes qu’on leur impose au nom de la bienséance, et les codes qui gouvernent leurs notions de la pudeur, de l’intimité et de la vie privée. Entre les clichés propagés par les médias de masse, et leur vision du monde au quotidien. Entre leur conscience de l’information et les informations … vraies ou fausses ».

Le projet se composait d’abord d’un chat sur Internet auquel les jeunes étaient invités à participer. Les thématiques de ces discussions en ligne étaient choisies préalablement par l’équipe pédagogique. Ensuite, chaque semaine, un « Fake » était mis en place. Concrètement, trois faits repris d’Internet étaient proposés sur le site, deux reprenaient de l’information vraie et un se révélait être de la fiction. Les jeunes devaient alors trouver quel fait présentait de la fausse information. Enfin, sur base du contenu rassemblé grâce à la participation des jeunes, des épisodes étaient élaborés avec l’aide des adolescents. Ces épisodes étaient diffusés tous les vendredis sur La Trois et sur YouTube. Par ailleurs, le projet utilisait Facebook et Twitter pour communiquer.

Les jeunes et les médias : la nécessité d’ouvrir le dialogue

Pourquoi un tel projet est-il né ? La RTBF estimait nécessaire d’atteindre les jeunes qui ne sont pas visés par l’essentiel de la programmation proposée actuellement. Cela reflète d’ailleurs le fait que les adolescents ne sont pas représentés dans les médias. Ils ne constituent pas un lectorat privilégié et font donc l’objet d’une attention plus modérée. De plus, leurs opinions et leurs réflexions y sont souvent décrédibilisées.

Les responsables d’ACMJ et du CAVL insistent sur l’importance de prendre en considération la parole des jeunes. Ces derniers ont des choses à dire qui valent la peine d’être diffusées. Par ailleurs, ils participent aux codes de communication amenés par les nouvelles technologies. Ainsi, le bouleversement des codes de communication liés aux médias en ligne touche tout le monde. Partant de ce constat, Isabelle Colin du CAVL explique l’idée de base du projet WTF : « les jeunes sont bien entrés dans les nouvelles technologies, nous – adultes – cela nous concerne aussi et on a intérêt a ce que les jeunes le vivent bien, donc écoutons un peu les jeunes et voyons ce qu’ils ont envie de dire et d’apporter sur ces sujets là. Il y avait à la fois ce souci de travailler avec eux et de leur donner la parole pour mieux les comprendre ». Selon elle, les médias se désintéressent des adolescents, voire même, les méprisent. Cela provoque, à contre sens, une indifférence, une méfiance des jeunes envers les médias et l’information qui y est donnée.

L’intérêt de « What The Fake » est donc d’amener des sujets qui intéressent les jeunes et de leur donner la parole plutôt que de demander à des adultes de parler des adolescents. Différentes thématiques ont ainsi été abordées : l’image de soi sur Internet, la tendance des selfies, les necknomations, les commentaires sur les réseaux sociaux, les parents sur les réseaux sociaux ou encore l’hypersexualité des stars. Les sujets choisis faisaient appel à l’actualité. Le contenu des chats et des « webisodes » montre que les jeunes ont un avis, un regard sur les choses qui les entourent.

Un partenariat RTBF, privé et associatif

Le projet est original car il a fait collaborer les secteurs public et privé. De plus, les associations ACMJ et CAVL étaient garantes du contenu pédagogique. Elles devaient gérer au mieux les réactions, parfois inattendues, des jeunes face aux thématiques choisies. Cette démarche, qui consiste à considérer et à mêler plusieurs domaines d’activités, est au centre du projet et a permis d’aller à la rencontre des jeunes, de ce qui les intéresse, de leur regard sur ce qui les entoure.

En ce qui concerne la portée du projet, comme le souligne Isabelle Colin du CAVL, « What The Fake » révèle l’usage que les jeunes font des chats et des « webisodes » afin de communiquer leurs avis sur les selfies ou les necknominations par exemple. Par ailleurs, l’aspect éducation aux médias est, ici, un objet d’analyse complexe. Ainsi, le projet est pertinent tant du point de vue de son contexte de production que de son aspect formel à destination d’un public ciblé.

Néanmoins, il est intéressant de noter que des initiatives médiatiques qui se situent en dehors des médias centraux, en dehors des canaux médiatiques habituels, gardent une liberté de parole plus grande, peuvent aller plus loin dans leur démarche et en assurer un meilleur suivi. Comme le souligne le directeur du CAVL, « nous ne sommes pas tenus par les mêmes critères. Et on a l’occasion de favoriser le côté ‘expressiviste’, selon le mot employé dans le livre ‘Médiactivistes’ ». L’initiative WTF démontre qu’une collaboration entre l’associatif et les médias est possible et qu’elle peut faciliter la construction d’une information qui donne la parole aux citoyens.

Une expérience transmédia interactive

L’intérêt de la démarche réside également dans l’analyse de l’utilisation des médias en ligne par les jeunes.

Ainsi, l’utilisation de Facebook permet d’en cerner les codes, en l’occurrence ceux des adolescents, par le ton et les termes employés. Cela permet de les utiliser d’une manière constructive. Des expériences sont à faire dans ce sens, et « What The Fake » en est un essai.

Par ailleurs, le chat servait de base pour les « webisodes ». Le contenu de ceux-ci s’inspirait des paroles des jeunes. La manière dont les réseaux sociaux et les médias en ligne ont été utilisés est inspirante car elle illustre l’interactivité offerte par Internet. Cette interactivité peut être mise à profit pour redonner la parole, pour co-construire une information prenant en compte des points de vue différents.

Le projet « What The Fake » est une initiative porteuse de perspectives intéressantes pour introduire du changement dans les formats et les partenariats médiatiques. Elle permet d’offrir un espace médiatique accessible et de diffuser largement les propos des adolescents.

Lorsqu’il est question de médias centraux, il ne faut pas oublier de mettre en place une approche de type « éducation aux médias », utile pour exploiter les potentialités de tels projets. On peut également retenir les perspectives offertes par les médias en ligne en termes de démocratisation des médias et de l’information.

Enfin, les coproductions offrent une place à prendre pour les associations qui ont une expertise relative aux médias. Les médias centraux ont des rouages bien huilés qu’il serait difficile de changer radicalement mais la large diffusion est un avantage qui, combinée à des initiatives créatives, est porteuse pour l’avenir des médias.

Lynn Dewitte

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Pour aller plus loin https://www.causestoujours.be/aller-loin/ Mon, 09 Jun 2014 14:39:24 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=355 Ce dossier est loin de constituer une source complète sur les médias d’information. On y a simplement proposé d’y lancer des pistes de réflexion et d’action. Mais la réflexion et la critique des médias intéresse de nombreuses personnes et depuis longtemps. Alors pour les personnes qui désirent creuser un peu plus, nous vous avons proposé une liste de choses à fouiller, scruter, lire et relire, observer. Une liste en différentes rubriques de quelques idées parmi tant d’autres dans lesquelles chacun crée sa toile d’information critique.

Nourrir une réflexion critique sur les médias d’information

Pour commencer, un petit condensé de sources de réflexion sur les médias eux-mêmes. On y traite aussi bien du rapport des médias aux pouvoirs économique et politique, de la mise en forme médiatique, de la pratique des journalistes, de la consommation des médias, et bref, on y décrypte les flux d’information et l’influence des médias sur la société et de la société sur les médias.

À lire

– Dossier Censure et liberté d’expression de l’ULg

À l’occasion de la rentrée académique 2013 de l’Université de Liège, placée sous le signe de la thématique « Censure et liberté d’expression », 10 chercheurs et enseignants ont prêté leur concours à un dossier qui met en lumière une série de problématiques liées à l’information et aux médias audiovisuels.
https://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_1378476/dossier/-censure-et-liberte-d-expression

– Geoffrey Geuens, L’information sous contrôle. Médias et pouvoir économique en Belgique, Bruxelles, Labor/Espace de liberté, 2002, 95 p.

Une analyse de l’organisation des médias belges qui en dénonce l’influence des pouvoirs économique et politique et appelle au changement.

– Rubrique “Médias” de la Revue trimestrielle Agir Par la Culture (PAC)

Les contributions de Marc Sinnaeve relatent ses réflexions critiques et avisées sur une série de thématiques liées aux médias d’information. Disponible en ligne sur:  https://www.agirparlaculture.be/index.php/medias

Réinventer les médias, Les Renseignements Généreux, France

Brochure didactique qui présente les enjeux de société liés aux médias et propose des pistes d’auto-défense intellectuelle.
Disponible en ligne sur le site des Renseignements Généraux (association qui a pour objectif de contrer l’uniformisation et l’appauvrissement de l‘information):
https://www.les-renseignements-genereux.org/var/fichiers/brochures-pdf/broch-media-20080217-web-a5.pdf

– Acrimed (Action Critique Médias), France
Observatoire des médias en France, qui questionne et décrypte les contenus médiatiques. Le site comprend des articles et un répertoire de nombreuses ressources sur les médias.
https://www.acrimed.org/

– Serge Halimi et Dominique Vidal, avec Henri Maler, « L’opinion, ça se travaille… » – Les médias et les « guerres justes » : Kosovo, Afghanistan, Irak, 2006, Agone.

Les médias et leurs mécanismes idéologiques sont ici analysés à travers l’exemple de trois guerres et de leur traitement médiatique.

– Denis Muzet, La Mal info: enquête sur des consommateurs de médias, l’Aube, 2006.

Ce livre est le fruit d’une enquête conduite par l’Observatoire du débat public sur la façon dont les Français consomment l’information. Il montre comment l’individu cherche aujourd’hui à s’informer, moins pour comprendre le monde que pour calmer une peur permanente, dans un environnement qu’il perçoit de plus en plus anxiogène. A l’heure des médias omniprésents et de l’info en continu, le ‘médiaconsommateur’ absorbe les nouvelles partout et tout le temps, au plus vite et au plus simple. Mais derrière l’abondance, il sent bien que ce qu’il ingurgite compulsivement ne suffit pas à le nourrir. On est entré dans l’ère de la ‘mal info’.

– Régis Debray, L’Emprise, Gallimard, 2000.
Une analyse de la manière dont l’ordre moral est régit par la presse.

– Arrêt sur images
À voir sur https://www.arretsurimages.net

– Noam Chomsky et Edward Herman, La fabrication du consentement, 2008, Agone

Cet ouvrage classique et controversé de la critique des médias fait l’analyse du système des médias de masse américains et souligne le modèle de propagande des élites politiques et économiques que constituent les médias.

– Alain Accardo, G. Abou et al., Journalistes précaires, Le Mascaret, 1998. Réédité en poche chez Agone en 2007

Une analyse sociologique du métier de journaliste qui livre des témoignages éclairants sur les réalités de la pratique quotidienne du journalisme et de la production de l’information.

– Mariette Darrigrand, Comment les médias nous parlent (mal), Éditions François Bourin, 2014

Sémiologue, Mariette Darrigand passe au crible les tics du langage médiatique qui enraient le débat public.

– Jean-François Kahn, L’horreur médiatique, Plon, 2014

À voir, à écouter

Les nouveaux chiens de garde, 2012, Yannick Kergoat et Gilles Balbastre
Un film documentaire qui remet en cause le rôle de contre-pouvoir des médias dominants et questionne l’influence du pouvoir politique sur l’information et sa marchandisation. Il s’agit d’une adaptation l’essai de Serge Halimi du même nom, (2e éd. 2005)
https://www.youtube.com/watch?v=fshz0kJEkBE

La dictature de la pensée unique, 2001
Ce documentaire explore et dénonce les mécanismes de la pensée unique.
Il nous permet de mieux comprendre comment les médias se font le relais de cette pensée unique. Les intervenants: Jean-François Kahn, Viviane Forrester, Guillaume Bigot, Jean-Marc Varaut, Philippe Cohen, Paul-Marie Coûteaux, Raoul Girardet, Jean-Claude Chesnais.
Disponible sur : https://preuves-par-images.fr/#/la-dictature-de-la-pensee-unique

Les ânes ont soif , sortie prochaine, Pierre Carles
Bande-annonce: https://www.youtube.com/watch?v=M6EyKFXsQfk

On Air  France, 2006, Christophe Joly
Résumé : Aujourd’hui, le paysage médiatique nord-américain est dominé par moins d’une dizaine de compagnies. Ces conglomérats contrôlent une grande partie de ce que l’Amérique voit, écoute et lit… Cet enfermement de la culture a donné le jour à un mouvement médiatique alternatif. À travers les Etats-Unis, d’ouest en est, On Air examine ce contre-courant et raconte leur combat, leur existence, leurs revendications.

Propositions pour une télé libre populaire, Venezuela, Documentaire, Thierry Deronne
Résumé : Un très beau documentaire qui décrypte et analyse l’image du peuple donnée par les médias dominants, notamment au Nicaragua et Venezuela.
C’est l’image d’un peuple mendiant, qui n’appelle que la charité ou la répression. Pour faire revivre le peuple comme acteur, et nous rendre cette conscience de notre pouvoir de transformer, Tele Tambores expose 11 propositions concrètes, autant de  repères pour permettre une télé véritablement libre.

– Entretiens Peter Watkins
Réalisateur britannique attaché à la critique des médias de masse et de ce qu’il a nommé la monoforme. Voir par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=LZ1S18jsyyw

S’informer autrement

Il y a une pluralité de manières de s’informer différemment. Cela peut être par des informations critiques des médias centraux, par d’autres formats, d’autres thèmes, …

Voici notre brève sélection de site à suivre pour s’informer, s’inspirer, découvrir.

– Communiqu’Ethique
https://www.communiquethique.com/

– Create the World
Une « MediaTV » qui s’adresse à une large partie de la population qui aspire à un  « nouveau monde » et qui n’a pas accès à une chaîne de qualité où cette vision et ces valeurs sous-jacentes sont exprimées. Thèmatiques abordées : écologie, économie positive, gouvernance éthique, communication consciente, villes en transition, solidarité, durabilité, autonomie énergétique et alimentaire, joie de vivre…
https://www.cnw.tv/

– Revue XXI
https://www.revue21.fr/

– Kairos
https://www.kairospresse.be/blog

– Le 1
https://le1hebdo.fr/

– Même pas mal
Partage d’alternatives pour mode de vie en temps de crise
https://alternatives.blog.lemonde.fr/

– Hors Série :
Nouveau site internet, qui sera entièrement consacré à des entretiens critiques, filmés, avec des personnalités artistiques ou intellectuelles. Loin de l’actu, du babil promotionnel et des clashs circonstanciels, ici des artistes, des penseurs, des chercheurs ont le temps de construire un dialogue approfondi. Au départ c’est une émanation d’Arrêt sur images
mais Hors-Série est un site autonome.
https://fr.ulule.com/hors-serie/

Se former et devenir acteur des médias

De nombreux organismes proposent des aides à l’utilisation de l’audiovisuel pour devenir acteur de l’information, prendre la parole parmi les flux d’info, proposer son point de vue, sa voix. Voici quelques exemples de formations pour les documentaires et les reportages sociaux, accessibles aux jeunes, et des répertoires d’analyses et documents pédagogiques, des sources d’aide à la production et à la diffusion,… ils sont nombreux, alors il ne reste plus qu’à se lancer !

– ZIN TV
Une télé d’action collective. Information, formations, production et diffusion autour de l’engagement social
https://www.zintv.org/?lang=fr

– ACMJ, Action Ciné Médias Jeunes
Organisation de jeunesse et d’éducation aux médias.
 https://www.acmj.be/acmj/

– CTV Médias asbl
L’association a pour objectif le développement de l’autonomie et du sens critique des citoyens face aux médias et aux nouvelles technologies de communication.
https://www.ctv.be/cms/?page_id=841

– Mediapte (France)
Un site qui regroupe de nombreuses ressources d’éducation aux médias.
https://www.mediapte.fr/sp/#a_explorer

– Media Coach
Une formation sur l’éducation aux médias
www.media-coach.be

– GSARA
Mouvement d’éducation à l’audiovisuel et aux médias, atelier de production, formations et diffusions
www.gsara.be

– Consoloisirs
https://www.consoloisirs.be/

– CAV Liège
Une médiathèque spécialisée sur l’audiovisuel et l’éducation aux médias
https://www.cavliege.be/

– Les Grignoux
Dossiers pédagogiques sur un grand répertoire de films
https://grignoux.be/teaching_files

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