En route vers la décroissance ? – Causes Toujours https://www.causestoujours.be Blog du Trimestriel Causes Toujours Wed, 26 Nov 2014 17:55:27 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 « La grande messe médiatique » : Osons parler de décroissance économique et démographique https://www.causestoujours.be/grande-messe-mediatique-osons-parler-decroissance-economique-demographique/ Fri, 19 Sep 2014 14:15:17 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=401 Édito

Non, les grands médias ne sont pas le nouveau clergé mais, comme dirait l’écrivain et médiologue Regis Debray, le nouveau pouvoir spirituel de l’Occident laïc incarné par les médias « ne contraint pas, il conditionne. Il ne légifère pas, il infuse. Il ne sanctionne pas, il environne. Il ne donne pas de contravention, il donne à penser. Il agit par le mot, l’image, les spectacles et les rites1 ». Non les grands médias ne chassent pas les hérétiques et n’engagent aucune croisade contre qui que ce soit mais guidés et gouvernés par les lois du marché, souvent au grand dam des journalistes, ils délimitent le champ des prédications possibles et des confessions autorisées. Est-ce le cas notamment quand il s’agit des alternatives au capitalisme ?

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C’est sur cette vaste et interpellante question que nous réfléchirons et débattrons lors des événements mis en place dans le cadre de la campagne de sensibilisation du GSARA. Pourquoi ? Parce qu’une information libre, vivante, pluraliste et accessible est l’ADN de toute démocratie, parce que le public se fait de plus en plus nombreux à souhaiter d’autres visions, d’autres narrations, d’autres “sons de cloches”, parce que les éditeurs cherchent à répondre à une certaine défiance du public, parce qu’il en va d’une meilleure compréhension du monde, d’un décloisonnement de l’imaginaire et d’une appropriation des conditions du changement.

« On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif », rétorque Ivan Levaï, vétéran chez France Inter, dans le film de Pierre Carles quand on lui demande pourquoi les analyses du Monde Diplo ne sont quasi jamais reprises dans les revues de presse ou ni relayées dans les grands médias. Comme si nous étions tous des ânes qui n’auraient justement pas soif d’autre chose ?

Alors, nous vous proposons de franchir la ligne rouge que peu de médias franchissent et d’oser débattre de la contestation de l’ordre établi dans les médias et plus particulièrement du dogme de l’austérité et de la croissance infinie : le programme de « La grande messe médiatique » sera composé de 3 parties : un clip (à titre d’Offrande), une rencontre avec Pierre Carles (l’Eucharistie) et un séminaire en partenariat avec l’ULB sur la décroissance économique et démographique (la Communion).

Le clip

Dans le but d’inviter au débat sur la question de l’uniformisation de l’information, nous avons réalisé un clip. Toute ressemblance avec des clips existants ou ayant existés ne saurait être que… préméditée. Le clip du GSARA s’est en effet volontairement inspiré du clip de sensibilisation de la Fédération Wallonie-Bruxelles (www.surveillezlatele.be) dans le but de prolonger la réflexion.

Le nouveau film de Pierre Carles en Avant-Première en Belgique !

Connu pour être un pourfendeur des médias dominants, Pierre Carles (réalisateur de nombreux documentaires dont Pas vu pas pris, Enfin pris ?, La sociologie est un sport de combat, Fin de concession,…) viendra présenter son nouveau film Opération Correa (1° partie) : les ânes ont soif.

LE MERCREDI 29 OCTOBRE (19 h – 22h) à IHECS

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La visite en France d’un champion de la croissance économique passe rarement inaperçue mais peu de grands médias français – à l’exception du Monde diplomatique et de quelques journaux de presse écrite – n’ont prêté attention à la visite du président équatorien Rafael Correa le 6 novembre 2013 à la Sorbonne pour décrire le modèle économique en train de s’inventer dans son pays, en rupture avec le dogme de l’austérité et de l’inféodation à la finance auquel les dirigeants européens veulent condamner leurs ouailles. Pierre Carles et son équipe poursuivent leur critique radicale des médias et se proposent d’explorer la question du traitement de l’hérésie équatorienne dans la presse française. Il s’agira bien sûr de confronter la chefferie éditoriale à ses choix idéologiques.

Pour en savoir plus et voir la bande annonce

La projection sera suivie d’un débat avec les rédacteurs en chef de grands médias belges.
Plus d’infos à venir…

Soirée organisée en collaboration avec l’École de Journalisme IHECS.


« Penser les décroissances : une question qui dérange » ?

La croissance compterait-elle parmi les dogmes et l’orthodoxie médiatique ? Nous donnerons ainsi la parole aux décroissants pendant 4 soirs du mois de novembre. Que nous soyons d’accord ou pas avec eux, il est bon d’oser débattre sereinement et sans démagogie de la question de la décroissance économique et de la décroissance démographique.

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Un cycle de conférences qui se prépare en collaboration avec la Faculté des Sciences de l’ULB (L’institut de Gestion de l’Environnement et d’Aménagement du Territoire – IGEAT)

Jeudi 6 novembre (19h-22h) > Pour une société de décroissance
Jeudi 13 novembre (19h-22h) > Sommes-nous trop nombreux sur terre ?
Mercredi 19 novembre (19h-22h) > Activisme & Réseaux
Jeudi 27 novembre (19h-22h) > Les décroissances : un sujet « médiatiquement incorrect » ?

En attendant ce cycle auquel vous êtes tous conviés, quelques défenseurs de la décroissance nous livrent dans le présent dossier leur témoignage. Alors, soyons curieux – puisqu’on demande aux journalistes de l’être -, multiplions nos sources d’information et acceptons de payer un peu pour disposer d’une info différente et de qualité pour sortir du prêt à penser.

Julie Van der Kar

1. [Régis Debray, L’emprise, Le Débat, Gallimard, 2000]↩

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Sommes-nous trop nombreux sur Terre ? Un sujet tabou ? https://www.causestoujours.be/sommes-trop-nombreux-terre-sujet-tabou/ Fri, 19 Sep 2014 14:14:45 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=403 Éléments d’explication par Démographie Responsable

*L’opinion exprimée dans cet article n’engage que son auteur.

Démographie responsable est une association qui, en incitant à l’autolimitation de la natalité, a pour objet d’œuvrer pour la stabilisation, voire la diminution, de la population humaine. Excluant tout ce qui ne respecterait pas les droits humains ou qui remettrait en cause la liberté de procréer, notre démarche passe par une bonne information de chacun(e) sur les conséquences de la pression démographique pour les générations futures, les autres espèces et l’environnement.

« Crowd » by James Cridland is licensed under CC BY 2.0

Un sujet tabou

Lorsque nous assistons dans plusieurs régions de la planète à des émeutes de la faim, aucune personnalité, aucun commentateur ne sous-entend qu’il y a peut-être un trop grand nombre d’humains à nourrir et que cela ne va cesser d’empirer.

Alors qu’on devrait s’interroger sur les raisons qui poussent la Chine, représentant à elle seule près du cinquième de la population de la planète, à avoir une politique aussi drastique de contrôle des naissances, les médias éludent la question en laissant supposer que c’est uniquement parce qu’on à affaire a un régime particulièrement autoritaire.

Ces deux exemples choisis parmi tant d’autres illustrent le fait qu’une part importante de nos élites évite de parler de ce sujet par trop délicat.

Mais pour quelles raisons le mutisme est-il de rigueur?

L’influence des religions

Pour la religion catholique  » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa  » (Genèse 1, 27). En donnant dès le départ à l’humain un statut aussi élevé, le catholicisme ne pouvait être que nataliste: « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez la ; ayez autorité sur les poissons de la mer et sur les oiseaux des cieux, sur tout ce qui est vivant et qui remue sur la terre (Genèse 1,28) « . Tout un programme…

La procréation étant sacralisée, l’avortement évidemment mais même la simple gestion des naissances au niveau de la cellule familiale (pilule, préservatifs…) sont prohibés. Avec une telle doctrine, la population peut ainsi croître indéfiniment…

Pour la religion musulmane, bien qu’elle commande à ses fidèles:  » Mariez-vous avec une femme qui vous aime et qui enfante : car je serai fier de votre multitude le jour du jugement », il faut reconnaître qu’elle leur laisse néanmoins le droit de maîtriser leur fécondité à condition toutefois que cela soit fait dans le cadre, assez restrictif, de l’éthique musulmane.

Finalement, quoique l’Islam soit plus nuancé, les deux religions s’accordent cependant pour inciter à la natalité. En conséquence, lorsqu’on critique la croissance démographique, on se retrouve confronté aux croyants, mais également aux non-croyants encore imprégnés de la part d’héritage culturel religieux présente dans nos valeurs communes.

L’influence des courants politiques

– Pour la droite « extrême », un pays n’est puissant que s’il possède une forte démographie, un surplus de naissances fournissant aux armées le contingent de soldats indispensable à une politique expansionniste. Si cette approche est abandonnée de nos jours en Europe, elle n’a pas pour autant disparu de la tête de certains dirigeants d’autres pays…

Assez proche du précédent, il existe un courant qui, conscient du problème de la surpopulation, encourage une course suicidaire à la natalité occidentale blanche pour contrer celle des pays du sud.

– Pour les libéraux de droite et les sociaux-libéraux de gauche qui ont en commun d’adhérer au capitalisme marchand, la croissance démographique est une bonne chose car elle est suivie d’une augmentation de la consommation et finalement aide à maintenir la croissance économique. Cette élite politique et patronale, de loin la plus nombreuse et la plus influente au sein des partis de gouvernement, parfois même regroupée en lobbies et ayant un accès privilégié aux médias encourage donc le système nataliste des allocations familiales.

– Pour la gauche anti-libérale, encore bercée par l’illusion du grand soir, il est hors de question d’imposer aux masses laborieuses une quelconque restriction de leur droit à la procréation. Au fil du siècle dernier, on est ainsi passé de la constitution d’une « armée des travailleurs » à celle d’une clientèle d’électeurs. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que cette stratégie ne fonctionne pas si bien puisque depuis une vingtaine d’années, les ouvriers ne votent plus particulièrement à gauche…

– Pour de nombreux écologistes, le réchauffement climatique ayant été provoqué par les pays riches, la surpopulation n’est pas en cause et la seule urgence est de faire baisser le niveau de consommation et de pollution. Ils n’ont malheureusement pas encore compris que d’une part les occidentaux ne vont pas franchement se serrer la ceinture et que d’autre part, les habitants du sud voulant légitimement accéder au niveau de vie de ceux du nord, les problèmes environnementaux vont immanquablement s’aggraver.

– Pour beaucoup de « tiers-mondistes » (mais pas uniquement pour eux) tenter d’agir sur la forte croissance démographique du sud s’apparente à du néo-colonialisme. Chargés d’un lourd fardeau de mauvaise conscience, à cause d’un passif colonial bien réel, ils s’interdisent ce genre de démarche. Il n’est pas non plus défendu de penser que ce courant nourrit inconsciemment l’espoir secret que la « troupe des affamés » débarrassera un jour la planète de ses oppresseurs.

Chair à canon, foule de consommateurs, armée de prolétaires, clientèle d’électeurs ou horde d’affamés, en réalité sous couvert de liberté individuelle, dans de nombreux cas on assiste encore à une véritable instrumentalisation de la natalité.

L’influence de la pensée humaniste

Lorsqu’on aborde le sujet de la limitation volontaire des naissances, on se heurte à la crainte de la remise en cause d’une liberté fondamentale de l’humain: le droit à la procréation et même si ce n’est absolument pas le cas, les plus ardents défenseurs des « droits de la personne » montent instinctivement au créneau. Mais plus profondément, en proposant de stopper sa croissance on désacralise l’être humain. Cela est très dur à supporter pour les humanistes qui ont une confiance absolue dans le « génie » de notre espèce.

Quelle issue ?

La longue liste des forces opposées à toute régulation des naissances montre que la « démographie responsable » a fort à faire. Heureusement c’est le peuple et non les partis politiques qui constitue le fondement de notre démocratie. Et on peut raisonnablement penser qu’avec l’ouverture d’un véritable débat sur le sujet, la population, sensible aux arguments de bon sens et de précaution, saura répondre à la question suivante: peut-on croître indéfiniment dans un monde fini ?

Plus d’infos : www.demographie-responsable.org/

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L’urgence de repenser la démographique : une vérité qui dérange ? Rencontre avec Michel Sourrouille https://www.causestoujours.be/lurgence-repenser-demographique-verite-derange-rencontre-michel-sourrouille/ Fri, 19 Sep 2014 14:13:09 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=405 Michel Sourrouille est membre de l’association des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE), acteur du blog (biosphere.blog.lemonde.fr) et gestionnaire d’un réseau de documentation des écologistes activistes (biosphere.ouvaton.org). Il a également coordonné l’ouvrage collectif Moins nombreux, plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie (Ed. Sang de la Terre).

Selon la plupart des experts (écologistes, agronomes, démographes), la population ne pose pas un problème en soi. Les pressions exercées sur les ressources naturelles et l’environnement ne proviennent pas du nombre d’habitants mais de leurs habitudes de consommation. La planète pourrait accueillir 10 milliards d’individus, voire plus, ce n’est qu’une question de mode de vie et de partage. Qui plus est, l’Europe est globalement en voie de dénatalité et non d’accroissement démographique. Pourtant vous nous alertez sur les dangers d’une évolution démographique incontrôlée. Vous affirmez que « le dépassement des capacités de charge de la planète exige une réduction volontaire de la population humaine » et que « l’expansion illimitée d’une espèce dans un milieu limité aboutit à sa réduction inéluctable. Les humains ne peuvent pas faire exception à cette règle ». Sommes-nous vraiment trop nombreux sur terre ?

Il y a beaucoup de choses avant d’en arriver à la question proprement dite. Parlons d’abord des « experts ». La démographie ne pose aucun problème pour ceux qui, enfermés dans une discipline particulière, n’ont pas de vision globale des choses. Les démographes ne raisonnent qu’en termes de transition démographique, donc tout ira mieux demain puisque la fécondité va baisser comme par miracle. Les agronomes croient que des prouesses agricoles (incertaines) vont pouvoir nourrir la population demain, même à plus de 10 milliards de personnes. Les « écologistes » institutionnels, je pense à ceux qui courent après les places grâce à un parti, ne veulent pas faire de vagues puisqu’ils désirent être élus. Ensuite réduire les pressions sur l’environnement par une réduction de la consommation est exact en soi, mais incomplet. C’est là le raisonnement partial de personnes comme le rédacteur en chef du mensuel français La décroissance : il y aurait trop d’automobiles, peu importe le nombre d’hommes. Mais le nombre d’automobiles dépend forcément du nombre d’automobilistes. Il s’agit de considérer la formule I = PAT. À technologie constante T, l’impact écologique dépend de la multiplication de la population P par le niveau A d’affluence (le pouvoir d’achat mis en acte). Un expert ou un objecteur de croissance qui n’envisagerait qu’un seul terme de cette équation ne peut pas analyser la réalité telle qu’elle est. Si on applique ce raisonnement à l’Europe, peu importe qu’il y ait baisse de fécondité si le nombre de couches utilisées par un bébé (j’utilise là une image symbolique) est une source de pollution non négligeable.

Tout considéré, et pour en arriver à votre question, je peux affirmer qu’il y a en effet dépassement de la capacité de charge de la planète. Ce n’est pas moi qui le dit, cela résulte des calculs faits pour mesurer l’empreinte écologique de l’activité humaine. Le jour du dépassement (de la capacité de charge) a lieu pendant nos grandes vacances ; à partir de cette date on vit à crédit, ou plutôt on épuise le capital naturel de la planète. Encore faut-il remarquer que l’empreinte écologique ne calcule que l’impact de la sphère humaine sans tenir compte des besoins de toutes les autres espèces ! Nous sommes donc vraiment trop nombreux, que ce soit au niveau mondial ou au niveau européen. Une pratique malthusienne de maîtrise de notre fécondité est absolument nécessaire.

Notre humanisme serait anthropocentriste ?

Notre humanisme est en effet vécu comme un anthropocentrisme, « l’Homme avant tout », a abouti à l’impasse actuelle, aux crises financières, socio-économiques et écologiques que nous connaissons. Une surpopulation nous entraîne dans des situations qui peuvent même devenir inhumaines.
Je me positionne en faveur d’un humanisme élargi qui prend aussi en considération les générations futures et les non-humains. Toute personne engagée dans une délibération démocratique devrait aussi se faire le porte-parole des acteurs absents, tous ceux qui ne pouvaient participer directement à cette délibération mais qui sont concernés par leurs conséquences. Par exemple une décision qui ne respecte pas la biodiversité et/ou l’avenir de notre société ne peut pas être une bonne décision.

Notre surpopulation est-elle la vraie vérité qui dérange ? Pourquoi cet ostracisme généralisé envers la question démographique d’après vous ?

L’ostracisme est particulièrement prononcé en France pour des raisons historiques. Tout au cours du XIXe siècle, il y a eu une volonté de suprématie géopolitique par le nombre pour essayer de transcender nos différentes défaites militaires. N’oublions pas que la loi répressive de 1920 interdisant la contraception et l’avortement a été votée toutes étiquettes confondues, de la gauche à la droite. Comme la pensée politique est une pensée qui en reste souvent à la ligne Maginot, le terme même de malthusien est devenu une insulte.

Que répondez-vous alors aux critiques voire aux insultes ? Il semblerait qu’il soit  impossible de discuter sereinement du sujet sans soulever des protestations et des amalgames.

Je suis assez souvent traité d’ayatollah de l’écologie ou d’écofasciste en herbe. Je ne prends pas cela pour une insulte mais comme une invitation au débat. Il y a trop souvent des controverses inutiles qui reposent le plus souvent sur des approximations à propos des termes utilisés. Ainsi le mot néo-malthusien est-il actuellement utilisé dans un sens de « restrictions économiques ». Ce n’est pas ma définition. Les néo-malthusiens comme Paul Robin ont œuvré à la fin du XIXe siècle pour la libération de la femme et l’accès aux moyens de contraception. Ces ancêtres du planning familial se sont vus interdits de parole après la loi de 1920 dont nous avons parlé précédemment. Ceux qui à l’heure actuelle militent pour le respect de la vie (interdiction du préservatif, mouvement anti-avortement, etc.) relèvent de l’intégrisme et pas du libre débat. Ils sont cependant les bienvenus quand je participe à une conférence…

Êtes-vous parfois invité dans les médias ? Ressentez-vous un parti pris ou un discrédit de leur part ? Quelle est la « force de frappe » de votre militance sur Internet ?

Les malthusiens, dont je ne suis pas l’unique représentant, ne sont pas assez invités dans les médias. Mais l’association « Démographie responsable » commence à être audible. J’ai personnellement participé à une émission de RFI pendant une heure et je suis invité un peu partout en France, Paris, Lyon, Bordeaux… Je n’ai pas ressenti de discrédit, seulement une méfiance extrême des journalistes et producteurs d’émissions envers cette thématique malthusienne. On estime à ce niveau qu’il est dangereux de se lancer sur un terrain glissant. Comme pour toute idée d’avant-garde, il faut savoir affronter l’ignorance, puis le déni, auquel succède le rejet avant de commencer à faire sujet de société. Quant à l’audience précise du site que je gère, www.biosphere.ouvaton.org, je n’y accorde pas beaucoup d’importance. Il s’agit d’un réseau de documentation des écologistes, et c’est là l’essentiel : permettre à chacun de progresser dans sa réflexion personnelle. Pour ma part, j’aurai fait ce que j’estimais devoir faire… en sortant de la rubrique « faits divers » dans laquelle se complaisent la quasi-totalité des médias.

Vous avez coordonné l’ouvrage collectif Moins nombreux, plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie (Ed. Sang de la Terre) avec les contributions d’Annaba, Didier Barthès, Yves Cochet, Théophile de Giraud, Alain Gras, Alain Hervé, Corinne Maier, Jacques Maret, Jean-Claude Noyé, Pablo Servigne, Michel Tarrier et Jean-christophe Vignal. Quel accueil les médias lui ont-ils réservé ?

Percer la barrière invisible que présente l’univers médiatique à tout ce qui n’est pas déjà connu est un exercice extrêmement difficile. Comme la décroissance démographique n’est pas dans l’agenda politique, comme il ne s’agit pas de sensationnalisme ou de court-termisme croustillant, cela n’intéresse pas. Si j’ai eu une recension dans le journal Libération, c’est uniquement parce que je connaissais personnellement la journaliste qui a fait l’article. Malgré mes contacts au journal Le Monde, j’attends toujours, même une simple phrase ! Il n’y a plus actuellement de grands médias de référence, juste des médiateurs de la société de consommation et du spectacle. Nous savons tous que la société croissanciste va dans le mur de plus en plus vite, mais nous préférons nos œillères.

Propos recueillis par Julie Van der Kar

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La surpopulation, trop peu de monde en parle. Rencontre avec Théophile de Giraud https://www.causestoujours.be/surpopulation-trop-peu-monde-en-parle-rencontre-theophile-giraud/ Fri, 19 Sep 2014 14:12:46 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=407 Théophile de Giraud est écrivain, activiste, fondateur de la Fête des Non-Parents et auteur de plusieurs livres remettant en cause la procréation, notamment L’Art de guillotiner les procréateurs : manifeste anti-nataliste (Le Mort-Qui-Trompe, 2006). Sa signature : des ouvrages aussi drôles que radicaux et des happenings au service de la cause dénataliste.

Vous avez inventé le concept de Surpollupopulation. Qu’entendez-vous par là ?

Le concept de Surpollupopulation associe le problème de population et de pollution. On a trop souvent tendance à parler des deux phénomènes comme s’ils étaient distincts, alors que l’un est la conséquence directe de l’autre : passé un certain seuil, toute population est cause de pollution, au sens de destruction des écosystèmes. En clair, ce n’est pas tant le mode de vie qui pose problème (comme veulent nous faire croire les décroissants économiques) que le NOMBRE de personnes qui pratiquent ce mode de vie. Les décroissants économiques ont raison sur le fond politique (anti-capitalisme, anti-consumérisme et justice sociale), mais se complaisent malheureusement dans de naïves illusions sur le plan écologique, d’autant que ce n’est pas l’Occident qui décroît, mais bien les pays émergents qui croissent et n’ont rien de plus pressé que de rejoindre notre niveau de vie.

Il faut hélas admettre que toute population exerce une pollution, une pression potentiellement destructrice sur l’environnement. La sobriété volontaire n’est d’aucune efficacité. C’est facilement démontrable par le cas de l’Islande, qui avant l’arrivée des Vikings était extrêmement boisée. Les Vikings ont anéanti toutes les forêts d’Islande pour pouvoir se nourrir, se loger, se chauffer, construire leurs navires… Pourtant ils avaient une empreinte écologique dérisoire par rapport à la nôtre. S’il y avait eu 1.000 Vikings, il n’y aurait pas eu de problème. On pourrait aussi parler de ces cas emblématiques de cervidés, pourtant sobres et very-low-tech, introduits par exemple sur l’archipel de Haïda Gwaii. Il n’y avait pas de prédateurs. Cette espèce pourtant « végétarienne » a proliféré jusqu’au moment où elle a ratiboisé toutes les plantes comestibles et détruit la biodiversité des végétaux, ainsi que celle des insectes et des oiseaux qui en dépendaient. Cela démontre que l’argument de la décroissance économique est insuffisant. Si on était 100 milliards de chasseurs-cueilleurs (sachant que les chasseurs-cueilleurs ont besoin d’une superficie énorme), la planète ne pourrait pas tenir le coup : elle serait dévastée, sobriété volontaire ou non.

Il faut donc décroître au carré : réduire notre empreinte écologique, en arrêtant de faire tourner la société de consommation, mais surtout cesser de nous reproduire au-delà des capacités de la planète.

On veut nous faire croire que tout va bien, qu’il est possible de nourrir toute la population mondiale, que le seul problème est la répartition équitable des richesses,… Il est en effet possible de nourrir tout le monde aujourd’hui si on s’en donne les moyens politiques. Là, je rejoins les décroissants économiques : c’est un scandale que des gens meurent de faim, ou par manque de soins ! Ce qui nous rappelle l’urgence d’un vrai combat de gauche. Néanmoins, les décroissants économiques oublient que nous ne sommes pas seuls sur Terre. Ne penser qu’à l’Homme témoigne d’un anthropocentrisme criminel. Nous devons partager cette planète avec les autres êtres vivants. Nous assistons à la sixième extinction massive dans l’histoire de la vie. On n’a plus connu un tel taux d’extinction des espèces depuis la disparition des dinosaures à cause d’un astéroïde il y a 65 millions d’années. On sait que cette 6ème disparition massive est d’origine anthropique. Pourquoi ? Parce qu’on s’obstine à ne pas comprendre qu’une sphère est un espace fini, totalement incompatible avec une croissance économico-démographique infinie. En proliférant, nous détruisons l’habitat des autres animaux. C’est vrai en Europe où il n’existe pratiquement plus de terres sauvages. Il n’y a plus de loups et quand on les réintroduit, les bergers leur tirent dessus. Il y a toujours davantage de conflits entre l’homme et l’environnement. C’est vrai sur tous les continents, au Nord comme au Sud, où les élémentaires besoins en terres cultivables entraînent toujours plus de déforestation, et donc une réduction des habitats et une chute des populations d’innombrables espèces animales, quand celles-ci ne sont pas menacées de disparition pure et simple. Pensons par exemple au Bangladesh (1.000 hab/km2, l’une des plus fortes densités au monde) où le tigre du Bengale n’a plus sa place. On ne va pas accuser la population bangladaise, une des plus pauvres qui soit, d’avoir un niveau de vie trop élevé. Par contre, c’est vrai que par rapport à leur territoire, les Bangladais sont bien trop nombreux pour ne pas porter préjudice aux écosystèmes. Bref, la cause de l’effondrement actuel de la biodiversité n’est autre que le nombre d’homo sapiens sur cette planète inextensible.

Il y a un chiffre intéressant que tout le monde devrait connaître. Savez-vous quelle est la superficie de terre habitable disponible par personne ? En prenant une population de 7,2 milliards d’hommes, chaque individu dispose d’1,5 hectare seulement. Sur ce minuscule rectangle de 150 m sur 100 m, chacun d’entre nous doit produire tout ce dont il a « besoin » : logement, nourriture, chauffage, éclairage, vêtements, meubles, outils, médicaments, ordinateur, frigo, cuisinière, télévision, lave-linge, téléphone,.. On doit aussi assurer l’absorption ou le recyclage de nos déchets sur cet espace étriqué et, surtout, on doit le partager avec d’autres espèces animales !

Dans le livre, Moins nombreux, plus heureux : l’urgence écologique de repenser la démographie 1 dont vous êtes un des co-auteurs, vous battez en brèche l’exemple de Tikopia, cette petite île du Pacifique brandie comme modèle de gestion durable tant les habitants prennent leurs décisions en commun pour réguler leur consommation de bois et leur population. Pourquoi ?

C’est l’exemple que Jared Diamond a mis en évidence dans son livre Effondrement. Beaucoup de décroissants économiques et démographiques brandissent Tikopia comme modèle de gestion durable mais je m’en offusque car Tikopia est effroyablement surpollupeuplée avec ses 240 habitants au km² – alors que la moyenne mondiale n’est « que » de 45 habitants au km², ce qui est déjà beaucoup trop ! Les Tikopiens se sont rendu compte que l’île était tellement petite et la végétation limitée, qu’ils ont dû exterminer les cochons qu’ils avaient importés comme nourriture au XIIème siècle. Les cochons consommaient trop de calories par rapport à leur rentabilité. Il n’y a donc presque aucune espèce de mammifère sur l’île autre que l’Homo Sapiens. Il n’y a que des cultures vivrières. On ne peut nullement étendre le « modèle » Tikopia à l’échelle de la planète car la Terre compterait alors, à densité égale, 37 milliards d’humains ; ce serait la faillite de la biodiversité. Tikopia préfigure en fait la gestion ingénioriale des ressources de la planète. Une terre extrêmement anthropisée et uniquement au service de l’Homme, au détriment des autres espèces. Une tribu de bonobos menacée d’extinction ne pourrait pas demander l’asile politique sur Tikopia, elle serait refoulée, tout comme les cochons ont été massacrés (rires). Il faut aussi savoir que l’île bénéficie d’une température clémente où la culture est possible toute l’année et où la présence de la mer offre des ressources directes,… Ce n’est donc pas un modèle extensible à l’Himalaya par exemple. Par contre, ses habitants ont été conscients de la nécessité de réguler leur population et ont pris les mesures de contrôle des naissances qui s’imposaient. Dans ce sens, ils sont exemplaires.

Comment mettre en œuvre une politique dénataliste non contraignante et respectueuse des droits humains selon vous ?

Les solutions existent et se mettent en place d’elles-mêmes si on laisse faire les femmes. Il n’est pas question d’adopter des politiques coercitives. Il ne s’agit pas de la politique de l’enfant unique comme en Chine, ni de stériliser qui que ce soit,.. Il suffit d’universaliser les droits de la femme : droit à l’éducation, droit à la contraception, droit à l’IVG, droit à la liberté de choix procréatrice, accès à l’autonomie financière,… Automatiquement, la natalité chute jusqu’à 1 ou 1,5 enfant par femme. Il suffit de laisser faire les femmes, qui toutes préfèrent la qualité à la quantité. Il y a encore aujourd’hui 220 millions de femmes qui n’ont pas accès à des structures de planning familial. Il faut être féministe et en finir avec les phallocrates. On estime à 700 millions le nombre de femmes mariées de force sur la planète. Près de chez nous, l’Irlande et l’Espagne continuent d’être hostiles à l’IVG. Le problème, ce sont les religieux (plus on est nombreux, plus il y a de fidèles), les industriels (plus on est nombreux, plus il y a de consommateurs et de main-d’œuvre bon marché), les politiciens, tels que Poutine ou Erdogan, qui prônent des politiques natalistes pour des raisons patriotiques, bellicistes ou économiques.

Pour sensibiliser et éveiller les consciences, vous aimez utiliser les armes de l’humour noir et de la provocation….

La réalité étant plutôt noire, il est de bon ton d’utiliser l’humour noir (rires). C’est vrai qu’il est parfois utile de provoquer et de susciter des électrochocs tant la question de la surpollupopulation est figée et problématique pour beaucoup de gens. L’humour permet aussi de prendre un peu de distance et de dépassionner le débat. Je pense à Jonathan Swift qui avait fait la « Modeste proposition » en Irlande, alors en état de famine, de manger les bébés, de faire des bottes avec leur peau,.. C’est évidemment mal passé à l’époque et aujourd’hui encore l’humour noir ne passe pas toujours très bien. Lors du happening « Save the Planet, Make No Baby » au Sacré Coeur à Paris, nos propositions étaient délirantes (on prônait le cannibalisme, la suppression des allocations familiales, la taxation de l’enfant surnuméraire, … ). L’idée était d’en remettre des couches de telle sorte qu’on puisse arriver à un consensus. On proposait l’antithèse radicale de la thèse dans laquelle on baigne en permanence : « faisons des bébés puisque tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ». C’est drôle de prendre le contre-pied de manière outrancière.

Il s’agissait par ailleurs d’attirer l’attention des journalistes en leur donnant des images fortes car le discours universitaire, académique, argumenté, technique ne passe pas toujours bien dans les médias car trop complexe, trop peu « spectaculaire ». On contre-manipule ainsi les médias. C’est la technique du cheval de Troie. Ce qu’ont très bien compris les Artivistes.

D’après le naturaliste et écologiste Michel Tarrier, la plupart des tabous ont été vaincus, sauf celui de la surpopulation humaine qui serait l’ultime vraie vérité qui dérange, à tel point qu’il est même estimé outrageant de poser la question : sommes-nous trop nombreux ? La question de la décroissance démographique est-elle si taboue dans les médias selon vous ? L’influence des religions, la crainte de la remise en cause d’une liberté fondamentale de l’humain, le problème des retraites,… sont-ils des freins à tout embryon de débat ?

Comme d’autres militants, je remarque un boycott médiatique sur la question. Quand le pape ou Poutine prennent la parole pour inciter les femmes à faire plus d’enfants, les médias relayent davantage que quand ce sont des scientifiques comme Christian De Duve (docteur en médecine et biochimiste, prix Nobel de médecine en 1974), Stephen Hawking (l’un des plus célèbres physiciens), David Attenborough (Chercheur naturaliste et présentateur vedette de la BBC), un rapport de la NASA ou du Ministère de la Défense du Royaume-Uni qui déplorent les multiples problèmes (écologiques, économiques, géostratégiques,…) causés par la croissance démographique. On invite très rarement des décroissants démographiques à prendre la parole sur un plateau télé ou en radio et quand on aborde la question démographique, les journalistes préfèrent inviter un démographe institutionnel payé pour nous dire que tout va bien et que la transition démographique est en vue. Ils se plantent pourtant de décennies en décennies. Ils avaient prédit une stabilisation démographique à 9 milliards en 2050, mais les projections du Fonds des Nations Unies pour la Population sont sans cesse revues à la hausse. On ne sera pas 9 milliards en 2050 mais 9,6 milliards et peut-être 10 milliards. Et la population mondiale continuera à croître au moins jusqu’en 2100 où nous devrions être 11 milliards, ou plus. Leurs modèles sont incapables de prédire à si long terme, trop de variables entrant en compte. Ce qu’ils constatent avec justesse, c’est que le taux de croissance se ralentit, mais sur une base beaucoup plus grande ! Il y a 220.000 personnes en plus par jour sur la planète ! C’est intenable.

Si c’est si difficile d’en parler, c’est parce que, selon moi, les journalistes eux-mêmes ont souvent des enfants (ou en veulent) et se retrouvent dans un état de « dissonance cognitive » entre un savoir alarmant d’une part et leur vécu/désir d’autre part. C’est une manière de se protéger. Les politiciens ne veulent pas non plus entendre un discours pareil, la publicité est généralement nataliste (pour fabriquer de nouveaux clients),… D’ailleurs, il est intéressant de savoir que l’INED (Institut National des Études Démographiques) en France, qui est tout le temps invité par les médias français, avait pour mission à son origine d’accroître la natalité et ça se ressent encore aujourd’hui dans son discours. Les démographes officiels sont à mon sens des négationnistes. On est dans un modèle économique qui ne veut pas entendre parler de décroissance. C’est aussi très difficile d’aller à l’encontre de notre ADN, de notre programmation génétique. Nous sommes portés à nous reproduire, culturellement et biologiquement, c’est sur-déterminé. Ça demande aussi d’aller à l’encontre d’une tradition religieuse nataliste, d’un discours économique croissantiste et familialiste,.. Personne n’a vraiment intérêt à être dénataliste aujourd’hui, et seuls certains scientifiques ou philosophes font preuve d’honnêteté intellectuelle. La difficulté est d’oser penser vrai. Même si ça fait mal.

Propos recueillis par Julie Van der Kar

1. [Moins nombreux plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie, un livre coordonné par Michel Sourrouille. Préface d’Yves Cochet. Éditions Sang de la Terre, Paris 2014, 176 pages, 16 €, ISBN 978-2-86985-312-6]↩

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La décroissance : un sujet «  médiatiquement incorrect » https://www.causestoujours.be/decroissance-sujet-mediatiquement-incorrect/ Fri, 19 Sep 2014 14:11:55 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=424 Carte blanche au Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

Pour tous ceux qui naviguent dans le monde de la décroissance, deux évidences s’imposent d’emblée lorsqu’ils réfléchissent aux relations entre médias et décroissance. D’une part, ils constatent que la mouvance de la décroissance gagne du terrain. Le nombre de personnes intéressées par les propositions et les initiatives des objecteurs de croissance augmente en effet régulièrement. D’autre part, ils ne peuvent qu’observer que cette augmentation ne peut être attribuée aux « grands médias ». Ces derniers snobent largement tous leurs communiqués, cartes blanches, écrits d’opinion, rencontres et initiatives diverses, …, à l’exception de celles qu’ils peuvent caricaturer ou ramener au discours dominant. Pourrait-il en être autrement ? Les objecteurs de croissance ne le pensent pas. Ils constatent en effet que, sauf quelques exceptions éparses, les grands médias sont beaucoup trop préoccupés par leur audimat et par le fait de trouver une place dans la vague dominante pour oser poser les questions de fond sous l’angle porté par les objecteurs de croissance. Celui-ci est trop à contre-courant.

Quelques exemples :

800 personnes ont participé à la journée « Choisir la Décroissance » à la base du lancement du dispositif démocratique qui a mené à la constitution du Mouvement politique des objecteurs de croissance belges. Aucun grand media n’a pourtant jugé utile de répercuter cette information à l’exception d’ARTE (mais peut-on vraiment classer ARTE dans la catégorie « média dominant » ?), et, paradoxalement, de RTL-TVi qui a produit un documentaire dans lequel bon nombre d’objecteurs de croissance se sont reconnus. Cependant il faut bien dire que le producteur à la base de cette émission a dû quitter cette chaîne peu après. Quant à la RTBF, on l’attend toujours. Rendez-vous avait été pris pour un tournage un lundi début d’après-midi, contraignant bon nombre d’entre nous à prendre un congé professionnel. Après deux heures d’attente sans explication, nous sommes partis en relevant que la RTBF avait visiblement plus de considération pour un match de foot que pour nos idées. Il est vrai que le foot, lui, n’attend pas. Ce type d’exemples, on en retrouve partout et dans les médias de toutes obédiences. En France notamment. Hervé Kempf a dû – pour poursuivre son travail journalistique et de réflexion sur les questions environnementales, sociales et économiques- quitter le journal Le Monde, auquel il a collaboré de 1998 à 2013.

Depuis la crise économique, plusieurs des outils créés ou portés par les objecteurs de croissance ont connu quelques échos dans les grands médias. Mais ce n’était évidemment pas pour montrer que des alternatives au système actuel sont déjà en route dans les marges de la société. Il s’agissait juste de présenter quelques trucs à même de permettre à chacun de tenir un peu plus facilement le coup pendant la crise, grâce aux groupements d’achat, aux donneries, ou autres serviceries, … ou à ridiculiser les tenants de notre mouvance et plus particulièrement ceux de la simplicité volontaire, histoire de bien souligner qu’il n’y a pas d’alternative au système actuel. Seuls les fous ou les khmers verts peuvent y penser.

Les rares fois où l’on cite la décroissance dans sa généralité, c’est le plus souvent pour montrer qu’ « elle est à côté de la plaque », au moins en partie. La décroissance oublierait les pauvres, les populations du Sud, les possibilités technologiques, la question démographique … Jamais les grands médias n’ont répercuté ce que disent pourtant les objecteurs de croissance : la décroissance n’est pas un nouveau corpus idéologique tout pensé sous la houlette d’un nouveau grand gourou. Elle est un creuset dans lequel se pense et se construit la société de demain car le modèle actuel n’est pas durable et nous mène à la catastrophe.
Si les idées forgées dans le courant de la décroissance font du chemin malgré tout, c’est grâce à l’incroyable opiniâtreté de ceux qui en sont devenus les acteurs, généralement à partir de cette évidence – une croissance infinie est impossible dans un monde fini – et de cette question extrêmement complexe qui surgit dans sa foulée : mais comment dès lors peut-on faire pour vivre ensemble et de manière apaisée sur une seule planète ?

C’est aussi grâce – ou devait-on dire « à cause » ? – des faits qui ne peuvent plus être niés : les effets du réchauffement climatique commencent à se révéler ; le pic de production du pétrole est bien là, tout comme la perte hallucinante des ressources halieutiques. La question de l’eau devient une des préoccupations géopolitiques majeures, quand elle n’est pas une des raisons principales de mortalité dans le monde, … . La liste est longue, hélas très longue.
C’est aussi bien évidemment grâce au fait que les objecteurs de croissance utilisent tous les moyens à leur portée pour diffuser correctement leurs idées : réseaux sociaux et Internet, mais surtout maisons d’édition et médias propres, colloques et marches diverses, soupes populaires, foires aux savoir-faire, … . Ils s’inscrivent aussi dans des actions concrètes de terrain à travers les Villes et Villages en transition ou la création de monnaie locale, par exemple. Comme ils se méfient souvent des grands médias, ils évitent d’ailleurs souvent de s’y exposer lorsqu’ils n’y sont pas particulièrement préparés ou qu’ils n’ont pas confiance dans la manière dont leurs idées seront répercutées. On peut peut-être le regretter. Mais lorsqu’on voit la hauteur des caricatures, voire même des injures, que les objecteurs de croissance ont encore à subir aujourd’hui – y compris à gauche -, on peut parfaitement comprendre pourquoi beaucoup encore se maintiennent souvent volontairement à l’écart des médias du courant dominant.

Nous vivons un changement de paradigme aussi fort que celui de la révolution copernicienne. Nous subissons le même type d’ostracisme que ceux qui par le passé ont dû faire face au même type de situation. Nous aurions pu penser que, vivant dans une société plus évoluée, il n’en irait pas de même, d’autant que les faits parlent pour nous et qu’ils sont parfaitement étayés scientifiquement. C’est tout le contraire qui se passe. Les faits sont autant que possible niés comme on peut s’en apercevoir avec la place qui est faite aux climato-sceptiques et à ceux qui veulent nous vendre le pétrole et le gaz de schiste ainsi que du nucléaire de deuxième voire de troisième génération, comme solution à nos problèmes énergétiques.

Nos édiles politiques, soutenus largement par la sphère médiatique dominante, continuent, mesures après mesures, à vouloir poursuivre le contrat social à la base de notre société – à savoir tout faire pour augmenter la croissance économique de manière à pouvoir en partager les bénéfices – même si l’on sait déjà que ce contrat ne peut pas tenir la route encore bien longtemps et qu’il a suffisamment démontré depuis 40 ans son inopérance. Lorsqu’ils sont amenés partiellement à changer de trajectoire, comme on le voit aujourd’hui avec la question de l’approvisionnement énergétique ou encore celle de l’écoulement de nos productions alimentaires cultivées pour l’exportation (pommes, poires, lait, viande), c’est dans l’impréparation totale qu’ils doivent le faire.

Depuis la nuit des temps, les récits mythologiques nous montrent que les Cassandre ne sont jamais entendues. Nous pouvons dire aujourd’hui qu’il en est de même lorsque ce que l’on dit ne relève pas de la prophétie, mais bien de l’analyse des faits. Les corpus qui fondent un système ont la vie tenace car ils sont à la base des relations de pouvoir. En changer, ce serait devoir dire : nous nous sommes trompés. De cela, bien sûr, personne ne veut. La responsabilité, c’est toujours ailleurs qu’il faut la trouver, même si pour ce faire on doit aller jusqu’à tronquer les faits. À cet égard, l’imputation par certains de la responsabilité des risques de délestage énergétique de cet hiver aux partisans du renouvelable est particulièrement édifiante.
Ceci dit, nécessité faisant loi, nous ne désarmerons pas et poursuivrons le travail que nous avons entamé.

Pour le mpOC
José Dave, Bernard Legros, Michèle Gilkinet, Marie-Eve Lapy-Tries, Francis Leboutte et Eddie Van Hassel
Septembre 2014

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Pour que survivent des Médias Pas Pareils… Partout https://www.causestoujours.be/vivent-medias-pas-pareils-partout/ Fri, 19 Sep 2014 14:10:13 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=426 Pour de nombreux médias libres, journalistes de résistance et acteurs de l’éducation permanente, les médias dominants ne remplissent plus suffisamment leur fonction démocratique dans la société. Que faire ? En France, des médias non alignés, à but non lucratif, indépendants des pouvoirs publics, des puissances financières, des partis politiques et des obédiences confessionnelles ont décidé lors de la 3ème édition des « rencontres des médias libres et du journalisme de résistance », organisées en Corrèze les 23, 24 et 25 mai 2014, de se fédérer et de créer ainsi la Coordination Nationale Permanente des Médias Pas Pareils.

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« IMG_9035 » by London Public Library is licensed under CC BY-NC-ND 2.0

Rassemblant une trentaine de médias 1 issus des quatre coins de France, elle entend permettre au tiers secteur médiatique d’exister. Une initiative à saluer, à encourager – voire à étendre en Belgique, tant les médias indépendants, associatifs, citoyens, dits les Médias du Tiers Secteur remplissent des missions d’utilité publique et permettent de renouer avec les fondamentaux d’un métier ailleurs souvent oubliés : l’irrévérence, l’enquête, le goût du débat, l’émancipation citoyenne,… L’avenir des médias, leur capacité à regagner de la crédibilité, leur indépendance et leur capacité à renouer avec leur indispensable fonction démocratique, dépassent largement les intérêts d’une corporation et nous concerne tous.

Nous avons discuté avec Michel Gairaud du mensuel marseillais d’enquête et de satire, Le Ravi, qui a joué un rôle moteur dans la Coordination Nationale Permanente des Médias Pas Pareils. Il est la preuve vivante que le système médiatique lui-même est aussi un terrain de lutte et d’alternatives.

Comment définiriez-vous les Médias Pas Pareils ?

Grande question ! On entend par là des médias indépendants, qui appartiennent à leurs lecteurs ou aux équipes qui y travaillent. Mais ce n’est qu’un élément de définition. Il y a l’approche aussi : on ne peut pas vraiment parler de ligne éditoriale unique mais il y a une façon aussi de concevoir le métier, même s’il y a beaucoup de diversités, surtout si on parle des médias et pas seulement de la presse. Même si certains essaient de trouver des ressources, le but n’est pas d’enrichir un actionnaire, mais de faire vivre un projet et de renouer avec des fondamentaux d’une profession qui sont par ailleurs délaissés, à savoir l’enquête, l’investigation. Finalement, faire du journalisme tel que tout le monde devrait le pratiquer, c’est ne pas faire pareil aujourd’hui.

Les Médias Pas Pareils revendiquent notamment l’élaboration démocratique d’une loi contre la concentration financière et industrielle des médias et la refondation du système des aides à la presse et aux médias. Forts de la création de la Coordination, quels sont à l’avenir vos moyens d’action ?

Il y a plusieurs aspects. Disons, pour simplifier, que nous faisons partie des gens qui considèrent – même si ça peut paraître paradoxal – que la presse et les médias indépendants ont besoin d’une reconnaissance institutionnelle. Certains titres et projets refusent par principe toute ressource publique au nom de l’autonomie. On peut comprendre le raisonnement mais pour nous, il n’est pas illégitime. On estime qu’en France, la liberté d’informer et d’être informé fait partie de la constitution et donc, d’une certaine façon, on estime faire un travail de service public.
Entre le service public qui a ses vertus, son utilité et le secteur privé, il y a un intermédiaire : le tiers-secteur médiatique. Ce qui est illégitime et qui dysfonctionne en France, en particulier, c’est la façon dont les aides publiques sont réparties. Il y a par exemple une aide au postage pour la presse mais elle est indifférenciée c’est-à-dire qu’un journal à scandale est autant aidé qu’un canard associatif comme le nôtre.

Le souci vis-à-vis de l’argent public, c’est qu’il y a un danger auquel tous les médias sont confrontés y compris les nôtres, c’est celui de l’instrumentalisation politique où, à partir du moment où une collectivité par exemple locale, une mairie, un département, une région, donne de l’argent à un média, il attend souvent un retour. Il faut donc faire attention.

Mais ce n’est qu’un aspect. Nous sommes dans Coordination Nationale Permanente des Médias Pas Pareils mais nous avons aussi créé une association « Média citoyen » qui fédère ces Médias Pas Pareils à l’échelle de la région PACA (sur le modèle d’une expérience qui a déjà eu lieu en Rhones-Alpes). L’objectif est d’apprendre à se connaître, à identifier nos points communs, à travailler ensemble, à s’accorder sur des revendications communes, à mutualiser nos idées, nos efforts et à se donner de l’audience parce que nous ne sommes pas des médias de masse. Nous sommes des médias de proximité et nous le revendiquons ! Nous pensons de façon horizontale et non pas verticale. Il faut se mettre en réseau. Les Médias Pas Pareils peuvent peser lourd en se fédérant. Même si c’est très lent parce que nous sommes pris entre deux feux : une envie de se serrer les coudes d’une part et des pratiques spécifiques et une culture un peu « chacun dans son coin » et de la débrouille d’autre part. Ce n’est pas évident. Nous sommes tous la plupart du temps dans des logiques de survie. Mais depuis deux ou trois ans, je ressens quelque chose qui monte, une envie de se retrouver, de se fédérer. Autrefois, il y avait des frontières parfois difficilement franchissables entre ceux qui acceptaient la pub et ceux qui ne l’acceptaient pas du tout, entre ceux qui acceptaient de l’argent public et ceux qui n’en voulaient absolument pas. Aujourd’hui, nous arrivons vraiment à nous parler, à nous retrouver et ça, c’est un signe que quelque chose est mûr !

Vous revendiquez également la représentation des Médias du Tiers Secteur dans toutes instances de régulation, de concertation et de gestion concernant les médias.

Oui effectivement, nous allons essayer d’avancer et de créer un rapport de force. Il existe plein d’endroits où nous n’existons pas et où nous pourrions exister ; comme le CSA ou le Ministère de la Culture et de la Communication qui régule beaucoup de choses. Le système de la diffusion de la presse en France est en crise. Il y a une volonté de le réformer mais elle va toujours dans le même sens, c’est-à-dire en déréglementant, au détriment du pluralisme.
Mais nous ne nous faisons pas trop d’illusion. Ça va prendre du temps. C’est à l’image de l’État, du mouvement social et de la donne politique dans le pays.

Que vous inspire la Loi sur les services de communication audiovisuelle promulguée en Argentine en 2009 ? Celle-ci redistribue la propriété des fréquences de radio et de télévision en trois tiers : 33 % pour les entreprises privées, 33 % pour le service public et 34 % pour les médias communautaires/associatifs.

Ça s’inscrit tout à fait dans notre volonté. Je fais le parallèle avec le réseau des salles de Cinéma Art et Essai où certains exploitants bénéficient d’une fiscalité avantageuse ou d’aides directes pour faire vivre la diversité sur tout le territoire. Je pense qu’il faut aller vers ça ! Si nous laissons faire, nous allons vers un appauvrissement. Il y a quelques années, il y a eu des batailles souvent perdues par des chaînes locales sur l’attribution des fréquences. Il existe tellement de télévisions aux programmations intéressantes qui font entendre une voix, des solutions et avec des processus participatifs. Même quand elles se regroupent, c’est très difficile. Ce serait bien qu’il y ait une volonté politique pour encadrer et réglementer tout ça.

Lors des rencontres des médias libres et du journalisme de résistance, vous avez notamment discuté de la difficulté pour l’écologie à se frayer un chemin dans la pensée dominante du journalisme actuel. Pourriez-vous en dire davantage ? Les enjeux environnementaux sont-ils mal et/ou peu médiatisés ? Voulez-vous dire que l’écologie ne fait pas vendre ?

Les questions d’écologie sont très présentes dans nos colonnes mais elles font rarement la Une dans les autres titres et en particulier dans la presse régionale en particulier. C’est encore une fois lié à la question « à qui appartiennent les médias ? » et de la dépendance à la publicité. Quand on pose ces questions-là, on remet en cause l’ordre économique et politique du monde. Pour avoir de la pub, il faut formater, ce qui est fort incompatible avec un travail sur ces enjeux-là. Au Ravi, nous sommes dans une économie de survie. Même si nous avons plein de projets, nous ne savons jamais très bien quelle sera la situation dans an voire même parfois un peu moins. Nous acceptons de la pub mais c’est la pub qui ne nous accepte pas ! Mais en même temps, ça nous protège ! Pour pouvoir ne bénéficier, il faut parler des choses qui ne clivent pas et lisser les contenus. Il y a un risque de s’encroûter et de se rouiller rapidement.


Propos recueillis par Julie Van der Kar

1. [Acrimed, À Contre Courant, Adiu Sud Gironde, Adiu TV, BateauBasta, Basta Mag, Cassandre/Hors Champs, CDRLP, Cram Cram Editions, Demosphere Ariège, Fakir, Friture Mag, L’Insatiable, Le Ravi, La Lorgnette.info, La Lettre à Lulu, Le Nouveau Jour J, Les Amis de la Cathode, Le Sans Culotte 85, Le Lot en Action, Les Pieds dans le PAF, Lutopik, Michel Fiszbin, Hexagones, Pierre Merejkowsky, Plus Belles les Luttes, Rézonances TV, Reporterre, Rencontres Médiatiques, Ritimo, Denis  Robert, Sisyphe Vidéo, TV Bruits, ZdF, Zélium.]↩

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