Son – Causes Toujours https://www.causestoujours.be Blog du Trimestriel Causes Toujours Fri, 19 Nov 2021 11:48:42 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 REPORTAGE RADIOPHONIQUE : En 2021, les Jurys Citoyens s’exportent ! https://www.causestoujours.be/reportage-radiophonique-en-2021-les-jurys-citoyens-sexportent/ Thu, 18 Nov 2021 16:10:39 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4022 Depuis 2015, le GSARA met en place des jurys citoyens dans le cadre des festivals dont il est à l’origine : d’abord le festival du documentaire Filmer à tout prix, puis le festival online des réalités sociales Coupe Circuit.

En 2021, nous avons tenté une nouvelle expérience : exporter notre savoir-faire et nos objectifs de citoyenneté active, d’expression culturelle et d’éducation aux médias vers d’autres festivals de cinéma reconnus en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le document suivant retrace les grandes lignes de ces ateliers exceptionnels, entremêlant les voix de participants aux ateliers, d’encadrants et de partenaires.

Bonne écoute !

Réalisation : Olivier Grinnaert.
Montage : Olivier Grinnaert & Maxime Thomas.
Mixage : Maxime Thomas.

Lien vers l’émission spéciale de Radio Maritime consacrée au jury citoyen bruxellois et à leur rencontre avec Hans Vannetelbosch, réalisateur de Beau Monde, le film qu’ils ont primé : https://www.radiopanik.org/emissions/radio-maritime/le-jury-citoyen-debrief-/

Le programme « Jurys Citoyens » est organisé par le département Éducation Permanente du GSARA asbl avec l’aide de la Cellule P.C.I. de la Fédération Wallonie Bruxelles.

Pour plus d’informations, contactez Olivier Grinnaert, coordinateur en éducation permanente, au 02.250.13.16 ou olivier.grinnaert@gsara.be

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« Nous qui habitons vos ruines » – Du son contre la relégation https://www.causestoujours.be/nous-qui-habitons-vos-ruines-du-son-contre-la-relegation/ Sun, 15 Nov 2020 11:29:16 +0000 https://www.gsara.be/causestoujours/?p=3588

« Nous qui habitons vos ruines (et combien sommes-nous ?), nous qui utilisons les accidents du sol, nous qui nous plantons là, dehors, là où ça respire, tenant droit comme des troncs, nous qui transportons les planches, nous qui ouvrons grand les yeux et les mains, nous qui sommes dans ces huttes avec eux, écoutons les enfants, la folie des enfants, dans nos mains, dans l’eau, partout. »

Jean-Marie Gleize, Le livre des cabanes

Ce passage, extrait du texte fragmentaire Le livre des cabanes de Jean-Marie Gleize, ponctue le premier épisode de la série A l’Ouest Podcast. Ces lignes écrites en soutien à Tarnac et dans un esprit zadiste, trouvent un écho ici dans la bouche de la jeune Fatia, habitante d’un logement social à Beekkant et participante d’un atelier radio mené par les associations GSARA et Comme un lundi au pied des deux tours de ce quartier de Molenbeek-Saint-Jean.

Comme point départ, le désir d’un groupe de jeunes de mener une activité créative et le souci d’une assistance sociale, Souhaila, de favoriser l’expression de ceux-ci, ont permis la rencontre avec Thibault, animateur, doté d’une solide expérience dans l’outil radio mis au service de l’éducation populaire. Celui-ci a réuni chaque mercredi ce groupe dans le local du PCS (acronyme pour Projet de Cohésion Sociale). L’objectif premier : défendre la parole des jeunes, trop souvent minorée surtout lorsque celle-ci émane des quartiers populaires. « Que l’atelier radio serve à changer les mentalités sur Beekkant, que vous ayez un canal d’expression, des outils pour défendre votre point de vue, que vous ayez des moments de discussions et de débats », affirme Thibault auprès des participants âgés entre 9 et 29 ans.

Photo : Siham Bouzerda

D’un point de vue méthodologique, il fallait, en premier, s’essayer à la technique, commettre des erreurs, tâtonner dans les expériences de prises de son. Ici, l’idée n’est pas de se calfeutrer dans un studio radio mais plutôt de faire découvrir un territoire au fil de déambulations sonores. C’est là que le son peut s’avérer être un outil puissant. Surtout lorsqu’il s’agit de bousculer nos imaginaires sur des quartiers malheureusement figés par certaines images stéréotypées. Une fois les ateliers d’initiation terminés, il fallait poser un cadre pour créer. Définir des thématiques ensemble et se donner une demi-journée pour chacune d’entre elles. Pas plus de trois heures pour récolter la matière sonore. Au-delà, c’est trop ! La première demi-heure était dédiée à un débat sur la thématique du jour entre les jeunes de l’atelier. Ces discussions étaient directement enregistrées en tourné-monté. Ensuite, ils partaient explorer le quartier à la rencontre des habitants des deux tours pour réaliser des micros-trottoirs. Passer de témoins à acteurs engagés en quelque sorte. D’autres préféraient s’atteler à l’écriture d’un texte de rap. L’auditeur découvre ainsi que les avis divergent fortement entre ces jeunes qui ne constituent pas un bloc homogène. Et ces derniers se laissent perturber par leurs camarades. Une étape importante selon Thibault : « C’est pour ça que c’était intéressant de commencer par une discussion entre eux pour ensuite partir chargés de quelque chose et avec leur point de vue qui avait un peu vacillé ».

Photo : Siham Bouzerda

Parmi les huit thèmes choisis par les participants, on retrouve, entre autres, la vie menée dans ce territoire de Molenbeek, l’amour, la solitude, la dépendance aux smartphones, la mort. Beekkant constitue un fil rouge sans jamais occuper une place prépondérante. Malgré l’attachement certain que peuvent avoir les jeunes et les habitants pour leur quartier, les critiques et les dénonciations fusent dans la parole récoltée.

L’un des problèmes majeurs est la vétusté des logements qu’il fallait souligner, aussi dans le but de renverser cette tendance à toujours mettre l’accent sur la violence lorsqu’on évoque Molenbeek. En effet, parler des méfaits supposément causés par les jeunes sert un dessein comme le souligne l’animateur, « c’est une manière de cacher la misère dans laquelle ils vivent ». Là où les pannes d’ascenseurs sont monnaies courantes, ces jeunes se tiennent droit comme des troncs, désormais munis d’un enregistreur. Ils ont découvert un outil qui leur permet d’exprimer un point de vue, de gagner de l’assurance et de répondre aux adultes. C’est ce que nous évoque Fatia lorsque nous lui demandons si l’atelier a produit des effets dans sa vie. « Beaucoup de choses ont changé dans ma vie, le fait que je peux m’exprimer sans avoir la crainte d’un jugement venant d’une autre personne », nous dit-elle. En écoutant Fatia, on ne peut s’empêcher de penser aux propos tenus par un des ouvriers de la Rhodiaceta à propos de sa rencontre, peu avant Mai 68, avec Pol Cèbe (militant CGT, membre du Parti Communiste Français et chargé de la commission culturelle) qui créa au sein de l’usine un lieu dédié à l’éducation populaire. Grâce à son engagement pour une émancipation des ouvriers par la culture et à son travail d’agit-prop, il libéra la parole de ceux-ci, comme raconté dans ce passage :

« Il nous a libérés de notre trouille énorme, (…). Auparavant, combien d’entre nous ne s’étaient-ils pas sentis freinés dans l’expression simplement parce qu’ils avaient peur, non pas de dire des bêtises, mais de mal s’exprimer ? Quand tu possèdes les mots, que tu peux dire les choses justement, l’autre en face à beau parler comme un livre, il ne peut plus te déstabiliser1 ».

La démarche du groupe A l’Ouest a, par ailleurs, séduit le Paris Podcast Festival qui a sélectionné un des épisodes les plus touchants et intimes de la série, « La mort », lors de leur dernière édition, en octobre 2020. Mais le plus important à nos yeux, c’est la découverte par ce groupe d’un outil pour réinvestir le territoire, s’ancrer localement et y mener des luttes.

Photo : Siham Bouzerda

Cette démarche nous fait penser à celle que promeut la politologue et militante française Fatima Ouassak, habitante de Bagnolet en Seine-Saint-Denis, cofondatrice du Front de mères, premier syndicat de parents d’élèves des quartiers populaires et autrice de La puissance des mères. Pour un nouveau sujet révolutionnaire2. Ouassak appelle les habitants des quartiers à agir au niveau local et sur leur territoire de vie car comme elle le souligne, « il faut lutter contre l’assignation à résidence, ne pas se laisser étouffer chez nous, lutter pour des services publics non répressifs, contre la fermeture ou la privatisation des centres sociaux, y mener des démarches d’éducation populaire, des projets de transmission3 ». Ouassak insiste sur l’importance des initiatives d’éducation populaire afin d’éviter, notamment, la surconsommation d’écrans chez les enfants des quartiers relégués et qui sont les plus touchés parmi la population : « L’enjeu est très important quand on sait que ce sont les enfants des classes populaires qui consomment le plus d’écrans, et que les pouvoirs publics, par exemple en Seine-Saint-Denis, ont lancé une véritable offensive qui tend à assigner encore davantage nos enfants devant des tablettes, notamment à l’école, et contribue ainsi à les couper du monde réel4 ». Enfin, la militante de Bagnolet appelle à une dérésidentialisation, une décompartimentation et une déségrégation des quartiers.

On observe que le projet radiophonique A l’Ouest défend pleinement cette puissance d’agir, d’auto-organisation et de réinvestissement de l’espace public souhaitée par Ouassak. A 11 ans, Dounia veut conscientiser les esprits à travers le podcast. « Un truc dont il faudrait parler plus c’est le racisme et l’injustice ! » rétorque-elle lorsque nous lui demandons les prochains sujets qu’elle souhaite aborder au sein de l’atelier radio. Et la saison 2, qui a démarré début septembre 2020 entend approfondir cette dimension. Cette fois-ci, le groupe va au-delà des portraits sur Beekkant et se saisit désormais de l’outil radio pour mener une enquête. Souhaila a soudainement été évincée de son poste d’assistante sociale par le logement molenbeekois. Sans doute parce qu’elle était un peu trop impliquée dans la défense des droits des locataires. Les habitants sont, quant à eux, fermement opposés à cette décision et les participants de l’atelier entendent lutter contre cette injustice et la dénoncer auprès de la Ministre du logement et du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant. Thibault se réjouit de cette évolution au sein du groupe. Il observe que « les participants de l’atelier comprennent qu’ils ont un pouvoir d’action grâce à ce podcast. C’est pour cette raison qu’ils ont voulu, pour cette saison 2, utiliser la radio pour dénoncer une situation qui est une violence institutionnelle pour eux ». Et, il se pourrait même qu’ils gagnent ! Affaire à suivre…

Prêtons l’oreille !

Aurélie Ghalim

A l’Ouest Podcast fait résonner les voix des habitants des deux tours de Beekkant, quartier situé à l’ouest de Bruxelles. Arpentant les couloirs où les ascenseurs sont toujours en panne, les jeunes qui y vivent nous donnent à entendre l’humanité, la misère, les espoirs, les joies et les inquiétudes des résidents de la cité.

Retrouvez les 8 épisodes de la saison 1 sur SpotifyGoogle podcastVimeo ou Apple podcast

1Allan Popelard, « Pol Cèbe et la parole ouvrière » in Manière de voir. Artistes domestiqués ou révoltés ?, Août-septembre 2016, n°148, Le Monde diplomatique, Paris.

2Fatima Ouassak était récemment invitée à Bruxelles par l’association d’Education permanente Présence et Action culturelle (PAC). Son intervention filmée est à retrouver sur leur page Facebook ainsi qu’un entretien écrit sur leur site : https://www.pac-g.be/analyse-4/

3 Fatima Ouassak, La puissance des mères. Pour un nouveau sujet révolutionnaire, La Découverte, Paris, 2020, p. 230

4Ibidem, p. 231.

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La radio numérique terrestre (DAB+) remplacera la FM https://www.causestoujours.be/la-radio-numerique-terrestre/ Wed, 27 Mar 2019 14:20:57 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=3201 Le DAB (Digital Audio Broadcasting) est une norme de diffusion pour la radio numérique sur les ondes hertziennes terrestres. En résumé, il s’agit de l’équivalent numérique de la bande FM qui diffuse les ondes hertziennes en mode analogique.

En Belgique, la diffusion en DAB est expérimentée dès la fin des années 1990 par la RTBF et la VRT. Depuis novembre 2018, le DAB+ a été lancé à titre expérimental en Fédération Wallonie-Bruxelles pour l’ensemble des réseaux radiophoniques publics et privés. Le DAB+ est une évolution du DAB qui permet, entre autres, de diffuser plus de radios sur une même largeur de bande passante grâce à une compression plus efficace du signal audio.

La diffusion analogique via les fréquences FM devrait être progressivement remplacée par une diffusion en numérique via la nouvelle norme DAB+.

Le DAB + permet une écoute gratuite et sans abonnement (contrairement à la web radio qui nécessite un abonnement mensuel auprès d’un opérateur internet). Par contre, elle nécessite de s’équiper d’un poste récepteur adapté à cette technologie. De nombreux avantages sont mis en avant comme, par exemple, la qualité sonore, la multiplication des chaînes de radios (alors que la bande FM est saturée) et la possibilité de diffuser des contenus additionnels (texte, vidéo, image).

Fin décembre 2018, le Gouvernement de la Communauté française a adopté un appel d’offre pour l’attribution de fréquences radios destinées à la diffusion en mode analogique (càd en FM) mais aussi – et pour la première fois – en mode numérique (càd en DAB+).

La procédure de dépôts des offres s’est clôturée le samedi 16 mars 2019. C’est le Collège d’Autorisation et de Contrôle du CSA qui va désormais se prononcer sur ces demandes d’autorisations dans le courant du deuxième trimestre 2019. Les autorisations d’émettre seront octroyées pour une période de 9 ans.

Nous vous proposons un petit tour d’horizon de cette évolution dans notre paysage radiophonique avec deux membres des services du CSA, Nele Smets (Responsable de l’Unité Radios) et Xavier Jacques-Jourion (Conseiller infrastructures et nouvelles technologies) qui ont répondu à nos questions.

Pour quelle(s) raison(s) la RNT (radio numérique terrestre) a-t-elle été implantée plus tardivement que la TNT (télévision numérique terrestre) ? Pourquoi avoir opté pour le DAB+ ?

Pour la TNT, la Commission européenne a choisi une norme et imposé une date d’extinction de l’analogique hertzien à tous les Etats Membres alors que la recommandation de norme pour la radio n’est arrivée que récemment. L’extinction de la télévision numérique a été fortement encouragée pour permettre la mise à disposition de bandes de fréquence qui pouvaient être réutilisées à d’autres fins. Ce phénomène de dividende numérique ne se retrouve pas en radio, les bandes de fréquence concernées n’étant convoitées pour aucune autre utilisation. L’intérêt de la migration numérique de la radio réside d’abord dans la diversité de l’offre, le DAB+ permettant une augmentation de la capacité par rapport à la FM.

Le DAB+ a été choisi parce qu’il constitue une évolution technologique du DAB qui l’a précédé, et est le fruit d’un projet de recherche européen soutenu par le programme Eureka. L’objectif du projet était de créer un nouveau standard pour la radio numérique, qui puisse être adopté sur tout le continent.

Pouvez-vous nous expliquer le processus mis en place pour décider de cette transition en Belgique ?

Le constat de base est que la radio est le dernier média dont la diffusion n’est pas numérique et que l’évolution est nécessaire d’autant que le modèle broadcast garde tout son sens. Les premières initiatives remontent à la fin des années 1990 mais c’est surtout grâce à la volonté plus récente des radios publiques et privées, du législateur et du CSA que le processus de transition s’est accéléré.

C’est donc un processus qui a rassemblé des représentants de tous les acteurs concernés. Ce rassemblement est nécessaire afin d’assurer, de façon simultanée, d’une part, la mise à disposition d’une offre renouvelée et enrichie, et d’autre part, le renouvellement du parc de récepteurs.

Des craintes et/ou critiques ont été formulées par certaines radios associatives autour du DAB+ ? En quelques mots, quelles étaient ces critiques et quelles réponses ont pu y être apportées ?

Certaines radios associatives ont fait objection au choix du DAB+ pour des raisons de coûts, de perte de contrôle sur la chaine de diffusion, à cause de la nécessité de remplacer les récepteurs, de la taille des couvertures prévues pour les radios indépendantes, et enfin parce que le DAB est une technologie qui répond mieux aux besoins des radios en réseaux que des radios locales.

Certaines de ces objections sont parfaitement fondées, mais le choix d’un standard de diffusion est toujours une affaire de compromis : le choix d’un autre standard aurait eu d’autres avantages et d’autres inconvénients qui auraient impactés d’autres acteurs. La problématique du renouvellement du parc de récepteurs reste quant à elle la même pour tout changement de technologie, et l’avantage du DAB+ sur les autres standards est son adoption à l’échelle européenne.

Face à certaines habitudes d’écoute (la web radio notamment), un dispositif spécial a-t-il été mis en place pour inciter les auditeurs à écouter la radio via la technologie DAB+ ? Pourquoi est-il nécessaire de maintenir une offre analogique et ne pas avoir l’exemple norvégien qui a supprimé la diffusion radiophonique sur la bande FM et qui est totalement passé en DAB + en 2017 ?

Il faut laisser le temps aux auditeurs pour s’équiper et le secteur ne pourrait perdre du jour au lendemain une grande partie de son public étant donné que les revenus de nombreuses radios reposent sur la publicité. Le média radio subit effectivement une concurrence très forte de la part des web radios et autres offres disponibles en streaming, mais le broadcast reste souverain en écoute mobile et plus particulièrement dans les voitures. La diffusion en parallèle en FM et DAB+ permet une transition sans rupture en attendant le renouvellement du parc de récepteurs et à travers celui-ci la modification des habitudes d’écoute.

Quel est le coût de cette évolution technologique pour les radios ? Comment les radios associatives pourront-elles le prendre en charge ? Existe-t-il un système d’aides publiques ?

Le coût d’exploitation d’un réseau de diffusion numérique est normalement inférieur à celui d’un réseau équivalent en FM grâce à la mutualisation des frais entre les différents services présents sur ce réseau DAB+. Les coûts exacts dépendent de nombreux paramètres mais des aides publiques sont prévues pour financer les investissements et peut-être aussi amortir les coûts récurrents de diffusion pour la période d’émission simultanée en FM et DAB+.

Propos recueillis par Aurélie Ghalim

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« La citoyenneté par acte » – Mise en lumière du Collectactif par l’Atelier RadioDoc https://www.causestoujours.be/citoyennete-acte-mise-lumiere-collectactif-latelier-radiodoc/ Thu, 26 Apr 2018 13:14:02 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=2845 Ils s’appellent Mohammed, Ismaël, Youssef, Jamal… Ils récupèrent de la nourriture, cuisinent pour les autres et proposent des repas à prix libre. Le Collectactif réunit des sans papiers revendiquant une citoyenneté par acte. Charlotte Laloire et Wattha Sananikone sont allés à leur rencontre dans le cadre de l’atelier RadioDoc.

Cette réalisation est elle-même un acte citoyen, celui d’aller à la rencontre, de chercher à comprendre, de faire connaître. Charlotte Laloire et Wattha Sananikone nous plongent avec respect et sincérité dans l’intimité du Collectactif.

12 minutes, car c’est la règle de l’Atelier RadioDoc. Chaque participant tente de réaliser 6 minutes de documentaire radio sur une question sociale. Des équipes se forment. Et les minutes se cumulent. A deux, on réalise 12 minutes, à trois 18 minutes, …

L’atelier Radio Doc c’est un rendez-vous hebdomadaire, les lundis de 18H30 à 21H00 (et souvent un peu plus tard). On y écoute du documentaire radio sur des problèmes de société, on y discute de potentiels sujets et de comment les traiter avec justesse, on y crée des équipes. Chaque groupe est attentif au travail des autres et on échange sur les difficultés rencontrées, sur nos réflexions, nos émotions.

L’atelier Radio Doc est un partenariat entre le GSARA BXL, l’ACSR et Radio Panik et s’inscrit dans l’esprit de l’éducation permanente.

Il sera ouvert à de nouveaux participants en septembre.

Mais attention, il change de nom (mais pas d’âme) pour devenir le RadioSocialClub.

Plus d’infos : guillaume@gsara.be

collectactif.wordpress.com

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Le burn-out ? https://www.causestoujours.be/le-burn-out/ Mon, 20 Nov 2017 18:00:54 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=2614 Un mal qui touche tout un système dont l’homme ne semble plus être un maillon essentiel. Marquée par l’accélération du temps, la soif de rentabilité et d’excellence en tout, notre époque est devenue un piège pour certaines personnes dévouées à un système au sein duquel elles cherchent en vain la reconnaissance. Le burn-out est peut-être la pathologie qui reflète au mieux notre civilisation, inspirant les philosophes, les auteurs, les artistes, les réalisateurs, les metteurs en scène.   

Après s’être penché sur le documentaire Burning Out de Jerôme Le Maire et la création radiophonique Sur le fil d’Yvan Hanon (lauréat du prix de la singularité dans le cadre du festival en ligne Coupe Circuit du GSARA asbl), Le Köllektoef propose une émission radio d’une heure sur le burn-out en milieu médical. Accompagnés de Romain Leloup, juriste spécialisé dans le droit du travail, les chroniqueurs s’interrogent sur ce mal qui ronge de plus en plus de travailleurs.

Réalisé dans des ateliers radio du GSARA Bruxelles.

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Les habitués de la nuit de Cabiria Chomel https://www.causestoujours.be/habitues-de-nuit-de-cabiria-chomel/ Mon, 17 Jul 2017 15:47:37 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=2517 Les habitués de la nuit de Cabiria Chomel nous fait entendre un Paris qu'on croyait disparu.]]> Prix découverte sonore 2017 de la SCAM, Les habitués de la nuit de Cabiria Chomel nous fait entendre un Paris qu’on croyait disparu.

Serait-ce le dernier resto de nuit parisien ? Dans une ville toujours plus anonyme, impersonnelle, inauthentique, Pupa a pris la relève de son mari à la tête de la Brasserie de la nouvelle gare. Elle est un rendez-vous, un lieu de ralliement, une oasis face à la solitude des chauffeurs de taxi. Ils y mangent comme à la maison ce que Pupa leur prépare avec affection. C’est dans ce lieu à nul autre pareil que Cabiria Chomel s’est glissée avec ses micros.

Il fallait de la curiosité pour dénicher cet endroit méconnu des parisiens « où l’on commande pour toi », cet endroit qui semble sortir d’un bouquin, d’un souvenir, d’une époque révolue. « Paris ville lumière, ville lumière, mon cul », s’exclame l’un des taximen. « Ils ont tué la ville. Quand j’ai démarré tout était ouvert la nuit, jusqu’à 5-6 heures du matin…Aujourd’hui, à Paris, après 2 heures du matin, c’est mort de mort. » Il nous explique comment, depuis trois décennies, les autorisations de nuit ne sont pas renouvelées lorsqu’un restaurant change de proprio. Ainsi a-t-on éradiqué petit à petit la vie nocturne. Ne reste alors que quelques bastions.

« Paris ça devient une ville morte »

Il fallait de la détermination pour se faire accepter dans ce milieu quasi exclusivement masculin, il fallait de la détermination pour y passer une quinzaine de nuits, pour se mêler à cette faune en définitive attachante. Voix rocailleuses, gouaille, accents parisiens ou maghrébins, anecdotes et puis soudain, on frôle l’intime, on touche à la confession, sans pathos, dans cette fraternité qui nous unit parfois avec les inconnus, qui nous les rend plus familiers que nos proches.

Il fallait de la sensibilité pour réussir à saisir sous les fanfaronnades de façade l’indéfectible amitié qui se lie lorsqu’on passe ensemble le temps qu’on aurait sinon passé seul. Tout à coup, on entend Pupa qui tousse. Elle égraine sa journée sans fin. Continue-t-elle de tenir son troquet ou est-ce grâce à son bouge qu’elle tient encore ? Après 40 ans de service, le moment est venu de raccrocher le tablier, de passer le flambeau. Elle ne veut pas vraiment. Les clients non plus. Ils sont prêts à faire la vaisselle pour pouvoir continuer à lui faire de l’œil, à la charrier, à profiter de sa bienveillance. Un détail révèle le réel, la réalité du temps qui passe. Faussement ingénue, Cabiria Chomel fait parler Pupa de son couteau, aiguisé tant de fois que sa lame est au bord de disparaître…

Il fallait du talent pour restituer l’ambiance de ce lieu et le temps particulier de la nuit. Il fallait du talent pour réussir à faire ressentir à l’auditeur une forme de complicité avec ces habitués. Il fallait du talent pour nous donner l’impression à nous aussi de perdre quelque chose lorsque Pupa s’en va. Il fallait du talent, et Cabiria Chomel en a. Irène Omélianenko, productrice pour France Culture (Creation on air, Sur les docks) et cofondatrice d’Addor, l’a reconnu en lui décernant le 23 juin 2017 le prix découverte de la SCAM et en découvrant en elle une sœur, une continuatrice. Une héritière ?

Plus d’infos sur Cabiria Chomel : https://gsara.tv/causes/les-mangeurs-herissons-genese/

Guillaume Abgrall 

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Camden Community Radio : Travail social, radio et bénévolat à Camden Town https://www.causestoujours.be/camden-community-radio-travail-social-radio-benevolat-a-camden-town/ Thu, 22 Dec 2016 15:52:41 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=2412 Londres. Camden Town, son marché, son effervescence, mais aussi à l’écart de l’agitation un ensemble d’habitations sociales dont l’architecture s’inspire d’un paquebot. Dans la cale, un studio d’enregistrement mis à disposition des jeunes musiciens du quartier. Un studio qui chaque samedi est investi par Camden Community Radio.

Vue sur le quartier

Camden Community Radio, c’est une dizaine de membres actifs, une vingtaine de compagnons de route et du podcast et seulement du podcast. Ouvert à la différence, elle laisse Joe nous raconter ses aventures de sa voix balbutiante. Et c’est touchant. Elle ouvre ses portes aux artistes locaux et à un agenda culturel alternatif. Dans le passé, d’anciens collaborateurs de la BBC ont enregistré de la fiction avec les habitants du quartier. La radio explore également l’histoire locale et génère d’honorables chiffres d’écoute malgré une plateforme de diffusion « archaïque ».

Le jour de ma visite, le studio a ouvert ses portes à Mimi Romelly, chanteuse et écrivaine. Dans la tradition du Protest Song, elle s’oppose à la construction d’une nouvelle ligne de train à haute vitesse HS2 dans sa chanson Stop That Train ! (« Before they ‘ll drive us all insane »). Un chantier s’étalant sur 18 ans pour cette ligne qui passera par la station Euston toute proche. L’activiste ne voit aucun bénéfice pour les habitants du quartier qui vont par contre sacrifier une partie de leur patrimoine architectural et subir les problèmes de mobilité et de pollution générés par les travaux. Sa chanson dénonce un projet en contradiction avec les logiques de développement durable, d’économie locale et de prise en compte des communautés de vie. (Retrouvez ici l’enregistrement du protest song et l’entrevue de Mimi Romelly par Violet Macdonald).

Mimi Romilly

La vie « communautaire » (ou « associative ») est ici une réponse aux grandes difficultés sociales qu’a connues cette partie de Londres frappée dans les années 1990 par la pauvreté et les attaques raciales, notamment contre les populations originaires du Bangladesh. A l’aube des années 2000 des services d’aide à la jeunesse ont vu le jour. Le but : faire naître des projets sur place. Les moyens : des équipements mis à la disposition des habitants (salle informatique, équipement sportif, studio d’enregistrement). Dans des métropoles qui brassent des communautés du monde entier, la question qui se pose forcément c’est comment inclure. «  Parfois c’est un élément très simple. Ici on a mis à disposition un tapis de prière », nous explique Marian Larragy, la coordinatrice de Camden Town Radio.

« L’idée n’est pas d’obliger les gens à vivre ensemble. Si on encourage la mixité, on est également conscient que sur certains sujets, il est important que les communautés puissent s’organiser entre elles. Si les femmes de langue swahili s’organisent entre elles, et c’est bien, notamment parce qu’elles peuvent aborder des problèmes spécifiques avec leurs sensibilités, comme la prévention du VIH. La radio se révèle alors parfois intéressante pour réaliser des entrevues sur ces sujets et donc marquer leur importance ».

Petite exploration du quartier

Mais que faire face à des personnes qui semblent vouloir se refermer sur leur identité religieuse ou sur leur communauté ?

« La burka ? On a souvent une vision simpliste d’une situation qui peut avoir plusieurs explications. Ici on rencontre des jeunes filles qui mettent la Burka pour faire chier leurs parents, qui la mettent parfois oui, parfois non, des filles qui la mettent parce qu’elles veulent montrer qu’elles se sentent différentes. Où est le problème ? Parfois cela dure 6 mois…On ne va pas exclure les gens selon leurs religions. De toute façon, il faut élargir ce que peuvent faire les femmes et non restreindre leur champ d’action ».

Mais comment engager une réciprocité ? Où s’arrête l’inclusion ? Que se passe-t-il si un groupe qu’on inclut en exclut un autre ? Comment protège-t-on tout le monde contre la discrimination, quand par exemple l’homophobie est fortement ancrée dans l’esprit des croyants ?

À Camden Town, l’ensemble des organisations s’est accordé sur une charte de non-discrimination. Cette charte concerne tant les organisations elles-mêmes que les participants. Elles visent la discrimination sous tous ses prismes (genre, religion, âge, race, sexualité, classes sociales…). La charte doit être signée par toute personne qui souhaite participer aux activités. Elle fait partie de l’accueil et des explications qui sont données lors des premières rencontres. Rédigée par une juriste, la Charte est présentée comme un moyen d’être protégé de toutes discriminations, comme le texte auquel se référer si on se sent victime. Parallèlement, en signant, la personne s’engage réciproquement à ne pas discriminer les autres participants. C’est donnant-donnant : ne pas et ne pas être discriminé. Ça semble évident, mais en parler dès le début et sans tabou est plutôt novateur.

Après l’époque faste des années 1990/2000 qui a énormément facilité la mise en place de ce travail social, l’argent s’est fait plus rare. Il faut désormais faire appel au crowdfunding, aux organismes de charité, avec parfois l’avantage d’une plus grande indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques. En Angleterre, les nouveaux modèles de gestion se sont appliqués également au monde social avec des logiques de mise en concurrence et d’appel d’offres de la part des pouvoirs publics. Les centres communautaires se sont retrouvés en concurrence avec le privé pour répondre à des appels d’offres groupés comprenant des demandes de services multiples (école de devoir, activités de loisirs, soutien social, éducation informelle…).

Dans tout cela, la radio n’est qu’un élément qui se greffe en plus, en profitant des structures existantes (salle informatique, studio de musique). Au départ, le studio de musique répond au désir des jeunes qui ont une grande volonté de résultat, une grande ambition. Au final, le studio apparaît comme démesurément professionnel, et son utilisation, le week end, sous la forme d’une radio communautaire, a peiné à exister pour ce qu’elle est, en dehors de la quête de promotion ou de notoriété. Il y a quelques années Camden Town Radio a connu son heure de gloire en émettant en direct pendant un festival. Aujourd’hui le but que se fixe la radio est plus mesuré : apprendre aux gens à faire des programmes sur des questions intéressantes.

Freddy Chick et Violet Macdonald dans le studio de Camden Town Radio

La volonté est d’utiliser la radio de manière plus subversive. « Il faut soutenir les gens qui militent, qui s’opposent. Il faut les encourager à choisir un sujet et à ne pas le lâcher. Parfois des choses fonctionnent, parfois on gagne. C’est important d’encourager cela, surtout dans une époque où seul l’argent compte », avance Marian Larragy. Elle poursuit : « On doit toujours se poser la question de l’argent. Prenons l’exemple de la radio : Doit-on employer quelqu’un pour soutenir les gens ? Pour les aspects techniques par exemple ? Où est-ce que les gens peuvent s’entraider ? Parfois les musiciens sont impressionnés de voir des femmes derrière la table de mixage ».

La volontariat est une des bases de Camden Town Radio.  Freddy Chick, informaticien à la ville, nous explique sa démarche : « J’ai senti que mon job n’était pas le plus intéressant du monde, que je ne me sentais pas épanoui. » Passionné par la radio, il aurait pu en faire tout seul, se concentrer sur la réalisation de podcasts « professionnels ». Mais il a pris le parti de se mettre au service des autres. En plus du temps qu’il consacre à Camden Town Radio, il est également bénévole tous les mardis de 18h00 à 21h00 à la Westminster radio, une radio mise au service des personnes atteintes de troubles mentaux. L’Angleterre à une grande tradition de radio en institution psychiatrique, mais ça c’est une autre histoire…

Guillaume Abgrall

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Another Place – L’exil en promenade sonore https://www.causestoujours.be/another-place-lexil-en-promenade-sonore/ Mon, 05 Dec 2016 13:47:44 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=2363 Another Place, Doha Hassan relate sa vie de réfugiée en Allemagne. Elle nous raconte son quotidien, émaillé de résistances à une adaptation nécessaire mais douloureuse, exprime son identité transformée par l’exil et évoque les enjeux de domination propres à l’usage de la langue.]]> Another Place est une balade sonore qui fait des auditeurs et auditrices des étrangers et des étrangères dans leur propre ville. Réalisée en collaboration avec Victoria Lupton, productrice artistique, metteuse en scène et performeuse britannique et Tim Bamber, concepteur sonore, cette création nous fait entendre le récit de Doha Hassan et, à travers sa voix, celles de millions de personnes ayant trouvé refuge en Europe. Doha Hassan est une jeune journaliste et auteure syro-palestinienne qui, après avoir vécu et travaillé à Damas et à Beyrouth, s’est exilée à Berlin. Elle relate ici sa vie de réfugiée en Allemagne : son quotidien, son identité transformée par l’exil et les enjeux de domination propres à l’usage de la langue. Fait rare, elle s’exprime librement, sans être coupée au montage par les rédactions traitant de « la question des réfugié·es ».

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Pouvez-vous nous parler de votre parcours de vie ? Qu’est-ce qui vous a menée en Europe, à Berlin ?

Doha : C’est une longue histoire. Le voyage que je raconte a commencé bien avant l’année 2011 et la révolte syrienne. En 1948, mes grands-parents ont été contraints de quitter la Palestine et ils se sont rendus au Koweït. Quand la guerre du Golfe a débuté, notre famille a dû déménager à Damas, en Syrie. Quelques années plus tard, la révolution a éclaté dans mon pays. J’ai été arrêtée en 2011 car je couvrais les manifestations en tant que reporter. J’ai en quelque sorte été forcée de quitter Damas. J’ai travaillé à Beyrouth durant presque deux ans, c’est là que Victoria et moi nous sommes rencontrées. Je suis tout de même retournée brièvement en Syrie en 2013, à Alep et à Raqqa pour rendre compte de la guerre qui se déroulait là-bas. En 2015, j’ai finalement dû quitter le Liban à cause de mes papiers – je suis Syro-Palestinienne. J’ai déménagé à Berlin.

Pourquoi avez-vous décidé de raconter votre récit à travers une promenade sonore ?

Doha : En fait, l’idée est venue de Victoria. J’étais en train d’écrire le récit de mon voyage et Victoria m’a parlé d’une balade sonore et l’idée m’a plu.

Victoria Lupton : Ce projet traite des questions de déplacement, de migration, de mouvement. J’ai donc pensé qu’il était pertinent que le public se déplace afin qu’il découvre par lui-même des nouveaux recoins de sa propre ville. Les récits migratoires, et l’histoire de Doha en particulier, s’accompagnent d’un sentiment de déplacement incessant. Au début de la promenade, l’auditeur reçoit le plan du parcours et il est invité à mettre des écouteurs. La piste composée par notre concepteur sonore Tim Bamber est complexe et mêle des sons en provenance de Bruxelles, de Damas, de Beyrouth et de Berlin afin de rendre compte des différentes étapes du voyage de Doha. L’idée est de permettre aux auditeurs se baladant dans leur propre ville de se sentir soudainement transportés dans une autre cité, de créer le trouble afin qu’ils se sentent perdus, comme s’ils étaient à la fois dans leur ville et ailleurs.

Another Place a également été diffusé dans le cadre de Nuit Blanche à Bruxelles, le 1er octobre 2016. A cette occasion, vous avez adapté la balade sonore londonienne au quartier européen où s’est tenue la nouvelle édition de l’événement. Quels étaient les défis de ce nouveau parcours ?

Victoria : À Londres, pour la première version du projet, nous avons collaboré avec le Royal Court Theatre et Lift, le festival international de théâtre. La promenade se terminait devant l’ambassade syrienne. Le bâtiment a été évacué il y a quatre ans, il est décrépi et triste, et nous voulions prendre cette direction particulière. À Bruxelles, le défi était d’adapter le projet au quartier européen. Ce nouveau parcours nous a semblé très pertinent vu que la politique de l’Union européenne joue un rôle fondamental dans le destin des réfugiés. Nous aimons cette zone, elle est intéressante. Il y a ces énormes bâtiments neufs et très imposants mais peu de gens y vivent réellement. Il y a très peu de vie urbaine hormis la présence des employés qui y travaillent. Nous avons immédiatement pensé qu’il y avait là une forme de déplacement très intéressante. La nuit, les rues sont complètement désertes. Et c’est à ce moment de la journée que le public a vécu cette expérience sonore à Nuit Blanche. Les promeneurs ont pu entendre des sons venant de Damas, de Beyrouth et de Berlin tout en arpentant ces immenses rues dépeuplées ornées des symboles de la puissance européenne.

Tim, comment avez-vous travaillé la conception sonore du projet à partir du texte de Doha ?

Tim Bamber : Le vrai défi était de faire simple ! De nombreuses balades audioguidées combinent des couches de créations sonores avec des voix et de la musique. Ma première impression après avoir lu le texte était qu’il était tellement puissant que toute conception sonore additionnelle devait, avant tout, ne pas détourner l’attention portée au texte. Durant une balade audioguidée, le public doit prendre en compte beaucoup d’éléments (suivre le fil de l’histoire, être attentif à l’environnement traversé) et contrairement à une installation, il est impossible de fournir une complexité sonore avec des écouteurs, surtout lorsqu’on sait que peu de gens sont équipés d’écouteurs de qualité.

La balade est tout de même constituée de diverses trames sonores. Comment avez-vous agencés les sons venant de Damas, Beyrouth, Berlin et Bruxelles ?

Tim : Dès le départ, nous voulions étendre le concept de déplacement à Bruxelles afin que l’auditeur puisse entendre des sons « fantômes » de sa propre ville ainsi que les villes traversées par Doha. D’un point de vue technique, le field recording bruxellois agit comme une toile de fond sur laquelle nous avons pu assembler les autres couches, les faire entrer et sortir subtilement afin d’activer uniquement une attention subconsciente. Le vrai défi était d’assembler tous ces sons venant de Bruxelles, Beyrouth, Berlin et Damas sans que l’écoute générale ne devienne confuse.

En tant qu’auditrices et auditeurs, nous sommes immergé·es dans le récit de Doha. C’est comme si nous étions dans sa tête et que nous l’accompagnions dans son parcours au fil de la promenade. Est-ce pour créer cet effet d’immersion que vous avez réalisé des prises de son en binaural ?

Tim : Malheureusement, il n’a pas été possible de tout enregistrer en binaural. Nous avons obtenu des sons en provenance de Damas pour lesquels il nous était impossible d’obtenir une version binaurale et nous n’avions pas la possibilité de nous rendre sur place. Nous avons tout de même enregistré certains panoramiques de voix et d’effets en binaural, tels les sons d’authentiques manifestations à Damas ou encore le défilement de voitures dont les enceintes crachent de la musique Dabkeh (danse folklorique circulaire pratiquée au Proche-Orient).

Les liens tissés entre la voix de la narratrice et la voix de Doha nous interpellent en tant qu’auditeur. Nous sommes témoins de vos interrogations, des enjeux de traduction, nous devinons également une sorte d’avertissement. A plusieurs reprises, Doha interrompt Victoria, la narratrice, en disant : « Ce ne sont pas mes mots, reviens à mes mots ». Pourquoi avez-vous décidé de garder ces réflexions dans la version finale ?

Doha : Durant la réalisation, Victoria et moi évoquions la problématique de la langue. C’est une question cruciale et elle l’est d’autant plus aujourd’hui que des milliers de réfugiés sont arrivés en Europe. Lorsqu’ils confient leurs histoires aux médias, celles-ci sont traduites et quelque chose d’important se perd dans le message, dans leur récit. Nous voulions clarifier cet enjeu.

Victoria : Je pense qu’une forme de violence est inhérente à la traduction. Et comme le dit Doha, c’est particulièrement le cas en ce moment en Europe. Les réfugiés arrivent ici et ils ne parlent pas la langue du pays, il est très difficile pour eux de s’exprimer. Il y a une forme de pouvoir qui s’exerce à travers la langue. J’étais très consciente de la position de pouvoir que j’exerçais en étant la porte-parole de Doha. En tant que narratrice je parle comme si j’étais Doha. J’ai traduit ses mots et je les dis. C’est un peu comme si je devenais Doha. Je pense que nous voulions toutes les deux questionner ce pouvoir et nous en défaire afin qu’apparaisse l’ambiguïté de tout ce processus, de cette tentative d’articulation des faits. Je pense également que cela reflète le texte initial écrit par Doha. [Victoria regarde Doha] Je ne voudrais pas mettre mes mots dans ta bouche… C’est ce que je fais tout le temps ! [Rires] Je pense que le texte de Doha est ambivalent. Doha dit quelque chose, puis elle n’est plus certaine que c’est la bonne chose à dire. Je pense que lorsque Doha m’interrompt, elle s’interrompt peut-être aussi elle-même dans ses propres réflexions.

Victoria est à la fois narratrice et guide de la balade. Comment avez-vous travaillé les voix ?

Tim : Avec la présence de toutes ces trames sonores, il était important de s’assurer que les voix restent claires, particulièrement pour les indications d’orientation. Il fallait que ces interpellations soient frappantes afin que l’auditeur suive le parcours de la balade et ne se perde pas en chemin ! La voix mono dans les écouteurs crée un effet psychologique, comme si cette voix venait « de l’intérieur » de la tête de l’auditeur. Il fallait aussi que le texte, qui est un monologue, ne se perde pas au mixage. Nous avons donc ajouté un simple effet de réverbération sur la voix de Victoria lorsqu’elle indique la chemin à suivre. Cela lui confère une présence stéréo qui fait réellement ressortir la voix. D’ailleurs, cet effet sonore a permis à la voix de la guide de s’imposer, cela fait écho à la relation de pouvoir évoquée à travers la question du langage et du rôle du traducteur. Cet effet nous a incité à créer un personnage à part entière que Doha ne cesse d’interrompre et de contester.

Avez-vous été inspiré·es par d’autres balades sonores ? Victoria vient du monde de la scène, certaines œuvres théâtrales vous ont-elles influencées ?

Victoria : Les promenades sonores de Janet Cardiff ont été une source d’inspiration, tant pour ce qui relève du travail de stratification du son provenant de l’espace environnant que pour la construction narrative ou encore le style qui relève de la performance. Ces balades sont composées de récits fragmentés et attrayants que l’on tente de grappiller sans parvenir à les atteindre réellement. Cela est notamment dû au fait que nous nous référons continuellement à l’environnement réel qui nous entoure. C’est une expérience totale. Ces balades comportent un sens du drame presque désuet. La performance de Janet Cardiff se fait urgente, douce, agressive… elle joue avec l’auditeur. Enfin, la conception sonore de la pièce de théâtre The Encounter de la compagnie Complicite était également importante pour moi.

Tim : Les promenades audioguidées posent un problème logistique spécifique : le narrateur guide le public mais les auditeurs marchent à des vitesses différentes. Actuellement, les applications pour promenades sonores ont l’avantage de recourir au GPS. Comme c’est le cas pour beaucoup d’artistes, tels Alison Ballard ou Duncan Speakman, l’accès à une expérience linéaire est importante pour nous et nous avons opté pour une approche plus « douce » de cette question de l’orientation. Mais la création d’une balade sonore comporte une embûche supplémentaire : certains projets tendent à imposer le récit, la voix, dans l’environnement (qui devient par conséquent anecdotique) ou à l’extrême inverse, d’autres projets puisent tout leur contenu dans l’environnement. Ce qui me plaît dans Another Place, et c’est le cas aussi pour les promenades sonores produites par Platform et Liberate Tate, c’est l’association explicite du récit personnel de Doha et des enjeux liés à l’espace.

Dans Another Place, vous évoquez les mécanismes de défense mis en place par les personnes exilées : la recherche obsessionnelle de familiarité pour parvenir à faire face à l’inconnu ou encore les problèmes de langue que vous interprétez comme une résistance à l’adaptation car il est difficile d’accepter l’exil, de vivre dans un pays qui n’est pas le sien. Pensez-vous que ce projet artistique vous aide à vous rapprocher de la réalité qui vous entoure ?

Doha : Bien sûr, cela m’aide d’écrire et de faire entendre ce que les réfugiés vivent, les situations qu’ils traversent. Écrire me permet de faire sortir mes angoisses, mais au fond je ne pense pas que cela changera quoique ce soit. Cela fait un an que je vis en Europe, je découvre encore où je vais. Je ne sais pas si je dois rester à Berlin ou partir. Je ne sais pas si je dois être plus patiente, me laisser plus de temps. Je ne sais pas où aller. Si je me rends ailleurs je me sentirais peut-être pareille là-bas… Je ne sais pas où est ma maison maintenant. Mais ce n’est pas uniquement mon histoire, c’est l’histoire de millions de personnes aujourd’hui. C’est cela qu’il faut retenir, c’est cela qui compte.

À la fin de la promenade londonienne, Victoria invite les auditeurs à lancer leur exemplaire du parcours au pied de la porte d’entrée de l’ambassade syrienne. Doha l’interrompt immédiatement en lui disant de ne pas le faire, que cela ne changera rien et que votre travail s’arrête là. Pourquoi vouloir terminer de la sorte ?

Doha : Nous avons longuement discuté de cette fin avec Victoria. La crise en Syrie dure depuis cinq ans maintenant, le monde entier est au courant de ce qui s’y passe. Des personnes sont assassinées et arrêtées tous les jours, mais rien ne bouge. Personne ne vient en aide, personne n’a trouvé la solution pour mettre fin à cette crise. Des personnes posent des petits actes symboliques tels que peindre une œuvre ou jeter le plan du parcours d’une balade sonore devant une ambassade. Cela est bien dans un certain sens, mais je pense qu’à travers ces petits actes les personnes se sentent satisfaites et elles oublient que la situation reste inchangée là-bas en Syrie. Plus tard, un autre événement important se produira dans le monde et les gens recommenceront leurs actions symboliques. Ils présenteront une performance à ce sujet et puis ils oublieront aussi cette nouvelle crise en rentrant chez eux le soir, mais les événements se poursuivront toujours là-bas. Voilà pourquoi je pense que ce type d’action est inutile.

Victoria : Mais cela devait être dit, tu sais. À Londres, la balade se termine devant l’ambassade syrienne. Je ressentais le besoin de faire quelque chose. Nous nous tenions devant l’ambassade, nous pouvions pour ainsi dire entendre le parti Baas. Si nous n’avions rien fait cela aurait été perçu comme si nous cautionnions ou soutenions ce régime. Personnellement, je sentais qu’il fallait faire quelque chose, Doha pensait que cela ne servirait à rien. Les gens nous ont envoyé des photos de centaines de boules de papier froissé se trouvant au bas de la cage d’escalier de l’ambassade syrienne. Nous savons donc que les auditeurs ont lancé leurs exemplaires du parcours à la fin de la balade à Londres.

Doha, vous vivez à Berlin aujourd’hui. Parvenez-vous à envisager l’avenir, à faire des projets ?

Doha : Je ne sais pas. Je vis au jour le jour à présent. Je devrais faire des plans pour l’avenir, je pense. J’ai 31 ans maintenant… Mais peut-être que soudainement quelque chose va changer et je devrai encore me rendre dans un autre pays, donc je ne sais pas de quoi mon avenir est fait. Je ne le sais vraiment pas.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Sarah Segura.

Source : Syntone (www.syntone.fr)

https://syntone.fr/another-place-lexil-en-promenade-audioguidee/

Cet article est édité sous license CC BY-NC

La balade sonore est disponible en ligne en anglais.

Version londonienne:
https://soundcloud.com/anotherplaceaudiowalk/another-place

Version bruxelloise, dans le quartier européen :
https://soundcloud.com/anotherplaceaudiowalk/another-place-brx

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Beaux Jeunes Monstres, les dessous d’une fiction qui marche https://www.causestoujours.be/beaux-jeunes-monstres-dessous-dune-fiction-marche/ Thu, 14 Jul 2016 16:25:09 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=2072 Beaux Jeunes Monstres, Florent Barat et Sébastien Schmitz dépoussièrent la fiction radiophonique avec une série décapante qui nous plonge dans la tête d'un handicapé (infirme moteur cérébral). De sa naissance à sa révolte, on est à l'écoute de sa voix intérieure, des voix qui résonnent dans son ciboulot, de la voie qu'il trace pour son envol. Décryptage.]]> Avec Beaux Jeunes Monstres, Florent Barat et Sébastien Schmitz dépoussièrent la fiction radiophonique avec une série décapante qui nous plonge dans la tête d’un handicapé (infirme moteur cérébral). De sa naissance à sa révolte, on est à l’écoute de sa voix intérieure, des voix qui résonnent dans son ciboulot, de la voie qu’il trace pour son envol. Décryptage.

Au début était le verbe

À la genèse de cette oeuvre atypique, un texte qui ne l’est pas moins. Florent Barat a travaillé pendant des années dans le milieu du handicap. Là, il a croisé des jeunes coincés dans leurs corps, coincés dans leurs têtes, dont l’intelligence ne peut s’échapper qu’au travers d’un regard partagé. Il a su les comprendre, et a voulu un jour leur rendre un hommage. Un hommage sans la pitié dangereuse, avec l’humour, le respect de celui qui a vécu avec, avec une saveur de franche camaraderie, et donc d’égalité. Florent Barat commence son écriture et obtient le soutient de la bourse Beaumarchais, l’une des rares dédiées aux scénarios de fiction radiophonique. Il a une résidence d’écriture, en solo. Son travail était déjà avancé, il l’a repris, et l’a re-« rédiger », digérer au dictaphone. Dans Beaux Jeunes Monstres, tout a été dit. Puis retranscrit. Ce qui donne au texte cette saveur d’oralité, de spontanéité.

Le choix des voix

Le texte était pensé au départ comme un monologue, où tous les personnages seraient interprétés par une seule voix, celle qui résonne dans la tête du jeune handicapé, Willy.  Une fois le duo de réalisation créé avec le musicien et homme de radio Sébastien Schmitz, une autre vision s’installe. Sébastien propose une comédienne pour le rôle premier, Deborah Rouach (connue pour son rôle premier dans le Cendrillon de Pommerat ), une voix de femme pour jouer l’enfance, l’adolescence.  Sa mission : enregistrer en deux jours l’ensemble des 5 épisodes. Avec un enjeu, celui de maintenir le même ton, le même timbre, de frapper juste, tout en multipliant les émotions. On sent que la comédienne aime la performance, jouer avec le texte, jouer avec sa voix pour donner chair à Willy. Et c’est réussi, elle nous guide et on la suit. Si vous écoutez, vous verrez…

Le reste du casting est un mélange entre comédiens issus du théâtre, et des non comédiens qui ont parfois la capacité de ne pas faire entendre le jeu. Des handicapés participent également au tournage.  Un élément très important pour l’auteur : faire entendre ces voix, même si parfois elles sont incompréhensibles. Ces acteurs donnent un aspect documentaire à la fiction, et leur présence lors de l’avant-première de la pièce radiophonique fut à la fois une émouvante récompense et un véritable moment où l’on casse les barrières. On entendit ainsi dans la salle leurs réactions à l’histoire et parfois aussi à leurs propres voix. Une barrière entre réel et imaginaire que la présence de la voix de Mehdi Khelfat, présentateur officiel de la matinale de la RTBF, vient encore troubler. Effet de réel, mise en abîme, et surtout parodie malicieuse, Beaux Jeunes Monstres pousse tout un chacun à réfléchir sans se départir d’un petit sourire en coin.

La mise au monde

Dans ses premières versions de travail, le montage de Beaux Jeunes Monstres collait au texte, en était une version «  sonore  », intégrale.  Le temps de l’écoute arrive. De la critique. De la réflexion. Il y a quelque chose qui cloche. Le monologue est entrecoupé de scènes de vie qui ne fonctionnent pas toujours. Chaque élément pris individuellement est de qualité, mais la juxtaposition n’est pas heureuse. S’en suit un travail d’essais, d’erreurs, d’acceptation de la coupe dans le texte. La mise en ondes devient plus elliptique, laissant plus de place à l’auditeur.  Les scènes de vie deviennent parfois des réminiscences, des rêves nous laissant imaginer la répétition du même, l’étouffant quotidien.
La musique rentre également en jeu pour nous immerger dans ce conte contemporain qui prend aux tripes et suscite immanquablement l’émotion. La création musicale de Sébastien Schmitz rythme d’électro paroles et scènes, elle est une pulsation quasi-cardiaque qui entre dans nos corps et nous permet de nous identifier au personnage principal. Le Skeleton band, un groupe qui collabore régulièrement avec Le Collectif Wow  ! nous gratifie d’un titre original, où une voix aérienne accompagne l’élévation de nos sentiments. Enfin, au coeur de la fiction, le choeur. Tout d’abord constitué de l’ensemble des voix des comédiens, il a fini par être chanté par les deux réalisateurs eux-mêmes, comme une autre voix qui s’adresserait au personnage principal, la leur. On sent dans ce chant qu’ils aiment ce personnage, et c’est peut-être tout simplement pour cela que cette fiction marche. Parce qu’ils veulent défendre Willy, le faire entendre, capter l’auditeur et croire avec lui que Willy, «  wheeling  », peut se lever et marcher.

De la radio à la scène  ?

Le Collectif Wow  ! a pris la bien bonne habitude de transposer ses créations sur scène, dans une radio qui se rend soudainement visible. En février, les ateliers claus avaient accueilli une présentation live du premier épisode. Ils accueilleront pour les 20 ans de l’Atelier de création Sonore Radiophonique, le 24 septembre 2016, une version de 30 minutes, diffusée en direct sur Radio Panik.

Guillaume Abgrall

L’ensemble des épisodes est disponible ici  : lecollectifwow.be/Beaux-Jeunes-Monstres-36

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RADIO CLASH – La radio pour redonner le goût d’apprendre https://www.causestoujours.be/radio-clash-radio-redonner-gout-dapprendre/ Tue, 12 Apr 2016 15:07:37 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=1841 Fondé par Vincent Dascotte, Radio Clash, est un atelier radiophonique qui s’adresse aux jeunes en lourd décrochage scolaire. L’atelier se déroule au sein de l’école Escale sur le site de l’Entreliens. Face aux contraintes de temps et de motivation liées au milieu dans lequel évoluent les participants, des techniques d’animation pour amener rapidement à la réalisation de capsules audio ont été développées.

Le projet radiophonique de Vincent Dascotte commence au centre thérapeutique pour adolescents (C.Th.A), aux cliniques universitaires Saint-Luc, avec ces 2 questions : Comment importer l’outil radio dans un milieu clos comme le milieu hospitalier  ? Comment travailler avec des adolescents qui ne vont psychiquement pas bien ? Une réflexion est menée avec un socio-thérapeute et rapidement l’atelier est lancé de manière assez improvisée et avec peu de matériel. Il leur faut inventer des concepts et des pratiques. Pour ces adolescents, les objectifs doivent être clairs et concrets. Se lancer dans une production qui mettra deux ateliers ou plus à se réaliser n’est pas possible. Du moins pas tout de suite. C’est ainsi que le 2x2x2 est inventé. En deux heures, par groupes de deux, une capsule de deux minutes est créée. Ils reprennent et adaptent en un temps de travail court les formats qu’ils connaissent et qui sont diffusés sur France Inter, France Culture ou encore FIP.

Par exemple, les éphémérides de Frédéric Pommier sur France Inter ont été une source d’inspiration pour un type de capsule. Par binôme, les participants désignent une date et cherchent sur internet ce qui s’est passé ce jour-là à travers les ans. Parmi tous les événements, ils en choisissent trois. Le premier est fort développé, le second un peu moins, le troisième juste évoqué. En deux heures, la chronique est écrite, les voix enregistrées, des bruitages et extraits de films téléchargés pour illustrer le propos, et le tout est monté et mixé. La séance est intense. Mais la limite de temps développe la créativité. Le format cadré permet d’arriver plus rapidement à des résultats. Pas de discussions longues et stériles sur le choix du thème, celui-ci est décidé d’avance, tout en laissant une marge de liberté.

Après 3 années passées au C.Th.A., Vincent déménage de quelques mètres et continue son atelier à l’Entreliens, une école qui s’inspire de la pédagogie Freinet, fréquentée pas des adolescents psychologiquement fragiles et en lourd décrochage scolaire. L’objectif est de raviver la flamme qui les a quittés et leur redonner le goût d’apprendre en leur proposant de nouvelles manières d’acquérir des savoirs. C’est dans ce cadre de pédagogie par projet que s’inscrit Radio Clash.

Ce n’est pas de leur propre volonté que les participants ont décidé de suivre cet atelier. Il a été imposé par l’école. Dès lors, la méthode est de leur faire le moins possible sentir la contrainte. « Un jeune qui veut se barrer se barre, on essaye de créer une atmosphère où ils se sentent libres de leurs actes » explique Vincent Pour ça, chacun à la possibilité de trouver la place qui lui convient. Car la radio ne se résume par à parler devant un micro. C’est également faire du montage, du mixage, de la recherche de sons, de la prise de son, de l’écriture. « Il y avait une adolescente qui avait une culture musicale riche et variée. Elle ne s’occupait que de la recherche musicale des émissions. Elle y trouvait son compte, ça lui suffisait».

Chaque atelier commence pas un bain sonore de 10 minutes afin d’apprendre à écouter. Ensemble, ils déconstruisent ce qui a été entendu, repèrent les techniques de montage et les astuces scénaristiques. L’objectif est aussi de développer la culture radiophonique de ces jeunes, et leur permettre de s’inspirer et adapter ce qui a été entendu. Chaque mois, une émission pré-montée de une heure est diffusée sur Radio Panik. La dernière s’inspire ouvertement de l’adaptation radio par Orson Welles de la Guerre des Mondes de H.G.Wells. Sous la forme d’un faux-direct, on suit l’invasion de Bruxelles par des morts-vivants. Avec des reporters sur place, des dépêches qui tombent, des problèmes de transmission, etc. Dans l’émission de décembre, ils découvrent le Hall Maximilien, rencontrent les réfugiés qui y vivent et tiennent une correspondance audio avec des réfugiés de Calais. Killian 16 ans et Tanguy 13 ans ont enregistré des questions qui ont été transmises aux migrants via Eric Callens qui s’y rendait tous les mois. Il est ensuite revenu avec un enregistrement des réponses de quelques habitants du camp.

Si la radio a un aspect ludique, elle a également une vertu pédagogique. La fiction développe l’imagination et l’écriture. Elle permet de réfléchir à la narration, à comment rendre un texte audible, moins littéraire et plus oral. Le débat permet de structurer la parole et perfectionner l’argumentation. Le montage d’un micro-trottoir permet de réfléchir à quels extraits garder et comment dynamiser le montage grâce à la musique. L’écriture d’une chronique implique de rechercher des informations. Avant de parler aux autres d’un sujet, il faut le connaître soi-même.

La radio est aussi thérapeutique. L’adolescence est une période de recherche et de construction de son identité. « Nous tentons d’instaurer un espace d’échange, un climat de partage et de confiance capable de faire émerger de la réflexion et de la parole chez des jeunes qui n’en ont plus, s’en privent ou s’en moquent ». Par la radio, la parole redevient importante, audible. Elle la rend plus forte et plus puissante. L’estime de soi se grandit et s’affirme. « Les adolescents qui s’expriment par la radio acquièrent un statut nouveau et leur image s’en trouve largement valorisée tant aux yeux des autres adolescents qu’à leurs propres yeux ».

Isabelle Tonglet

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