Pierre Vangrootloon – Causes Toujours https://www.causestoujours.be Blog du Trimestriel Causes Toujours Fri, 21 Jul 2023 05:52:09 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 « Vivre pour des idées », objet audio-visuel transversal et militant https://www.causestoujours.be/vivre-pour-des-idees-objet-audio-visuel-transversal-et-militant/ Thu, 06 Jul 2023 07:08:35 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4370 Entretien avec Eric D’Agostino à l’occasion de la sortie de son dernier documentaire adapté en podcast.

Regard vif, chevelure singulière et clope roulée sur un coin de table. Eric D’Agostino ne passe pas inaperçu, et sa conséquente filmographie non plus d’ailleurs. Scénariste, réalisateur, journaliste, ingénieur du son, musicien. Ce créateur touche-à-tout aux projets multi-facettes a toujours vécu pour des idées. Ça tombe bien, vu l’intitulé du dernier projet de cet ancien de l’IAD (Institut des Arts de Diffusion, section « Écriture de scénario ») qui a signé de nombreuses productions radiophoniques et s’est également illustré par ses documentaires, dont « La nef des fous » (2015), couronné de nombreux prix.

Avec «Vivre pour des idées, vers une nouvelle démocratie ? » (Belgique, 57’ – 2023, produit par Less is More Studio, avec le GSARA asbl et la RTBF (Unité Documentaire)), Eric D’Agostino et Jérôme Van Grunderbeeck s’immergent au sein d’un projet de société inédit: la première commission délibérative de Belgique, en suivant pas à pas les parcours de Fadhela, l’aide-cuisinière, Jean-François, l’ébéniste, ou encore Éloïse, l’étudiante. Ces citoyens qui ont été tirés au sort pour participer à une expérience unique au monde.

Ce documentaire diffusé sur La Trois (RTBF) à la fin mai (et disponible sur Auvio jusqu’au 20 août) présente une particularité : son adaptation au format radiophonique dans l’émission hebdomadaire Transversales (La Première). Confidences, anecdotes et secrets de fabrication d’un documentaire radio et TV, original et engagé.

« Vivre pour des idées,vers une nouvelle démocratie ? » – Teaser.

Eric D’Agostino, racontez-nous la genèse de votre dernier projet « Vivre pour des idées ».

Le projet de base de « Vivre pour des idées », c’est un documentaire TV. Au départ, c’était un projet sans voix off. J’ai toujours fait des films où c’est l’image qui parle, il n’y a pas d’accompagnement par une voix off. On a tourné pendant près d’un an et demi. Au bout d’une année, on avait les trois quarts de la matière, mais pas encore la conclusion qui s’est déroulée 9 mois plus tard. On a alors monté cette matière brute. Grand partisan de visions tests, j’en ai organisé plusieurs chez moi avec des amis réalisateurs, des quidams, des gens de la profession ou pas. Pour sentir si le film prenait, parce que le défi était complexe : rendre une thématique complexe, à savoir « la démocratie délibérative » qui rebute tout le monde au départ, et parvenir à raconter une histoire et à poser un regard cinématographique et narratif.

Quelles étaient vos impressions à l’issue de cette première étape ?

Je dois bien avouer qu’en montant bout à bout les séquences, j’étais désespéré. Le résultat de l’ours, comme on l’appelle dans notre jargon, rendait une vision totalement négative du sujet. Après réflexion avec Jérôme Van Grunderbeeck, il a été convenu qu’il fallait accompagner le processus, pour l’expliquer, le contextualiser. Étant donné qu’il s’agissait d’une première expérience de démocratie participative, les protagonistes et les organisateurs ont essuyé les plâtres, il fallait redonner de la distance avec les situations, montrer que cette immersion n’était pas une finalité en soi. Nous avons dès lors fait le choix d’introduire une voix-off. Mais même avec la voix-off je n’étais pas encore satisfait du résultat, car elle ne suffisait pas à donner de la légitimité à ce projet de « démocratie délibérative ». J’avais besoin qu’on prenne encore plus de hauteur par rapport au sujet.

« Le déclencheur de l’idée de la version radio, c’est ma femme. »

Comment avez-vous rebondi face à cet écueil ?

Avec l’arrivée de David Van Reybrouck1 comme interlocuteur au sein du film. Pour résumer, c’est un film en trois couches. Primo, il y a le suivi du processus technique délibératif. Deuzio, il y a le regard des citoyens, c’est ce qui m’intéressait principalement. J’étais convaincu que via cette approche j’allais faire un film qui se regarde, et non pas un film institutionnel. J’avais très peur de ça, de faire un film poussiéreux, ennuyeux. Mais même avec ces éléments accompagnés de la voix-off, le résultat n’était pas là. On en arrive donc au Tertio, où on a pris de la hauteur par le regard et les analyses pertinentes de David Van Reybrouck. David, est un personnage fabuleux, à la fois brillant et populaire, véritable père de la démocratie délibérative en Belgique. Je l’ai invité chez moi tout simplement, on a installé un peu de lumière, j’ai sorti mon meilleur micro et voilà. Tout à coup, il a donné du relief au film, il y a un récit qui se crée.

David Van Reybrouck, le père de la démocratie délibérative en Belgique, a donné un nouvel élan au film.

Cette idée d’adapter votre documentaire en version audio, d’où provient-elle ?

C’est vrai qu’en tournant les images, je pensais déjà à la radio. Pendant 10 ans, j’ai réalisé des séries, des reportages, des documentaires radiophoniques et j’ai également une longue expérience comme ingénieur du son. Sur le film, c’est moi qui ait pris le son, toute cette expérience m’a servi pour décliner le projet en version audio.

Mais le déclencheur de l’idée de la version radio, c’est ma femme. Lors d’une des premières visions de l’ours, j’avais convié deux personnes ce jour-là. Ma femme était dans une autre pièce de la maison, elle travaillait sur son ordinateur pendant la vision. Elle ne connaissait quasi rien du projet, et alors qu’on mange un bout ensemble après la vision, elle me dit : « c’est vachement intéressant, la thématique, le sujet ». Je lui réponds: «tu n’as rien vu, tu étais à 15 mètres avec un mauvais son, pas mixé, raconte moi le film, je n’y crois pas». Elle me raconte tout. Là, je tombe de ma chaise et ça fait tilt.

Et le projet prend forme très rapidement après cette prise de conscience…

Oui, je voulais être efficace. Dans la foulée, j’en ai parlé à Olivier Nederlandt, journaliste radio à la RTBF, qui s’occupe du magazine grand format « Transversales ». J’avais besoin d’être fixé rapidement pour ne pas qu’on se lance dans un énorme montage radio et qu’il ne soit, en fin de compte, pas diffusé. J’ai donc demandé à Olivier d’écouter le documentaire dans sa version TV sans l’image et de me donner son avis sur une possible déclinaison en radio. Olivier a joué le jeu. Quelques jours plus tard il me rappelle et me dit : « je partage ton avis, il faut qu’on retravaille certaines parties bien entendu, mais c’est exploitable ».

Vous vous lancez alors dans un travail de réécriture radiophonique.

On est parti d’une évidence : toutes les parties du film qui se révélaient incompréhensibles sans l’image, on les a accompagnées en voix-off et biensûr enregistrer en son les sous-titres écrits. En radio, cela signifie introduire l’interlocuteur, toujours en voix-off, pour le présenter au moment de son intervention. Ce qui fonctionne vraiment bien avec ce documentaire, c’est qu’on reconnaît immédiatement les citoyens lorsqu’ils parlent, on comprend directement de qui il s’agit. Pareil quand c’est un expert qui s’exprime. Je dois donc avouer que je suis assez épaté et surpris du résultat radio parce qu’avec peu de recontextualisation, le résultat est fluide, ça passe tout seul à l’oreille. C’est même bluffant ! D’ailleurs, on a reçu beaucoup de retours enthousiastes. Le montage TV est souvent plus cut qu’on radio, et là ça passe. Ces coupures sèches, ces changements d’ambiance fort marqués d’une séquence à l’autre, on ne faisait pas ça en radio il y a 10 ans. Je pense que le public s’est habitué aux jump-cuts qu’ils soient utilisés en radio ou en TV.

Eric D’Agostino en pleine séance d’écriture.

Tout ce processus d’adaptation, vous ne l’avez donc réalisé qu’à deux, avec Olivier Nederlandt ?

Oui, on s’est fait beaucoup de propositions, et on a modifié au minimum. Tout a ensuite été remonté à la RTBF. Il était de toute façon hors de question de réécrire le film spécifiquement pour la radio. Et cela a fonctionné, parce que le matériau de base s’y prêtait très bien et permet de raconter cette histoire simplement à l’oral. Ce n’était pas couru d’avance pourtant puisqu’il y a quand même cinq personnages principaux qu’il fallait faire exister également en radio. Reconnaître les voix, se les représenter d’une manière ou d’une autre et avancer avec chacun des protagonistes dans leur intrigue. La belle surprise, c’est que les voix se reconnaissent. Il n’y a donc pas eu beaucoup de retouches à introduire, les personnages roulaient tous seuls.

« J’aime beaucoup cette idée de la petite histoire qui rejoint la grande. »

La musique joue également un rôle conséquent dans ce film, ce qui donne du relief au format audio.

Et c’est assez inédit d’ailleurs pour moi. Habituellement, je travaille toujours sans musique, mais ici je tenais à collaborer avec un compositeur qui a écrit pour l’occasion, avec des musiques très justes qui collent vraiment bien aux séquences. Étant moi-même musicien, j’ai joué de la contre-basse sur certains passages. Le style musical, on l’a vraiment cherché pour atteindre un style pur, réaliste qui fasse écho à ce que traversent ces citoyens. On a évité d’utiliser des réverbérations ou des effets spéciaux pour privilégier des instruments naturels. On a pris un long moment de réflexion. Quelle musique, quoi, comment ? Quelle ambiance ? On a d’abord observé que les musiques qui fonctionnaient sur le film étaient en majeur, celles en mineur ne convenaient pas parce qu’elles donnaient un côté nostalgique ou mélancolique. Or, le but du film c’est d’aller de l’avant, donner de l’espoir. Amine, le compositeur, a tout d’abord proposé des tempos autour de 100 à la noire. On a remarqué que le film demandait des musiques à tempo rapide à plus de 120 à la noire. Même si les musiques paraissent lentes, elles ont des tempos élevés. On ne s’en rend pas du tout compte. Ce n’était d’ailleurs pas du tout ce que j’aurais imaginé a priori : des compositions en majeur à tempo rapide pour appuyer le film.

Jérôme Van Grunderbeeck (avec la caméra) et Eric D’Agostino (avec le micro) durant le tournage.

Que retenez-vous de cette longue aventure au cœur du système institutionnel et démocratique ?

Ce qui m’anime c’est la création, et surtout, proposer un film qui va amener du débat. « Vivre pour des idées » est un véritable projet militant mais tout en restant critique et en préservant une certaine neutralité. Ce projet de « démocratie délibérative », c’est un bébé qui vient de naître, il doit apprendre à grandir, à marcher et c’est super d’être à la base de cette initiative, d’y avoir cru. Parce qu’au départ, personne n’en voulait de ce projet. Ni les producteurs, ni la RTBF. On est parti Jérôme et moi, caméra à l’épaule et micro en bandoulière, et on s’est dit « on va voir si on peut suivre ces citoyens chez eux ». Ce qui m’intéressait, c’était de capter ces citoyens dans leur vie privée, dans leur ressenti, de vivre avec eux, de les filmer à hauteur d’homme, et de conter leur expérience de tirage au sort et de démocratie délibérative. J’aime beaucoup cette idée de la petite histoire qui rejoint la grande.

Pensez-vous l’avoir capturée cette convergence de la petite et de la grande histoire ?

Ce qui m’a frappé, c’est que quasi tous les citoyens qui ont participé à cette aventure m’ont dit à l’issue du tournage: « on ne votera plus de la même manière ». J’ai l’utopie de travailler au jour le jour à un monde meilleur avec mes amis, ma famille et dans mes films. C’est donc une piste cette démocratie délibérative mais il y a encore du boulot. Et puis, bosser notamment avec le GSARA, c’était primordial pour moi. Parce que le but de ce projet, ce sont des projections dans les écoles, les centres culturels ou les maisons de jeunes pour créer du débat. C’est d’autant plus important qu’on en parle très peu de la « démocratie délibérative », parce que c’est un sujet qui n’est pas du tout sexy. Je voulais raconter une histoire et ne pas faire un énième film institutionnel rasoir. C’est notre grande réussite je pense.

1Écrivain, historien, archéologue et anthropologue belge. En 2011-2012, il fut l’un des initiateurs et animateurs du G1000, une initiative rassemblant un millier de Belges des deux communautés linguistiques principales, à la recherche d’une autre organisation de la démocratie dans le pays.

Les réalisateurs face au public lors de l’avant-première au Palace le dimanche 21 mai dernier.
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Dialogue avec ChatGPT sur l’éducation permanente : « Je recommande au GSARA d’organiser un atelier lié à la sécurité en ligne » https://www.causestoujours.be/dialogue-avec-chatgpt-sur-leducation-permanente-je-recommande-au-gsara-dorganiser-un-atelier-lie-a-la-securite-en-ligne/ Tue, 28 Mar 2023 06:41:00 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4316 L’intelligence artificielle développée par la société Open AI nous délivre ses savoirs encyclopédiques sur les enjeux du numérique pour le secteur de l’éducation permanente en Belgique.

Depuis plusieurs semaines déjà, ChatGPT, cette intelligence artificielle accessible gratuitement au grand public, enflamme l’univers médiatique et technologique. Doté de capacités d’intégration inédites, ce prototype de robot conversationnel propose des réflexions nuancées et pertinentes sur des sujets aussi variés que complexes, en synthétisant des millions de données avec fluidité et rapidité.

De nombreuses polémiques ont également émergé depuis son lancement en fin novembre dernier. En terme d’éthique, malgré les pare-feux développés pour ce  » chatbot « , certains utilisateurs « sont parvenus à les contourner pour le faire réagir à des instructions dangereuses ou le prendre en flagrant délit de propos racistes et sexistes. (…) Il n’a ni conscience morale, ni état d’âme », comme le rappelait Philippe Laloux, spécialiste des questions numériques au journal Le Soir. De par sa polyvalence bluffante aussi à générer un savoir démultiplié au sein d’une pléthore de domaines (enseignement, médecine, informatique, etc.), affolement et malaise légitimes ont touché de nombreuses professions qui voient se dessiner le spectre d’une nouvelle révolution industrielle sous la forme de l’automatisation des tâches intellectuelles.

A l’instar de nombreuses organisations et associations, ce nouvel outil a suscité une kyrielle d’interrogations au sein du GSARA ASBL. Il nous a semblé intéressant d’interagir avec cette intelligence artificielle au sujet d’un pilier majeur de notre structure : l’Éducation Permanente. Rencontre du troisième type avec ce robot particulièrement bavard.

PV : Bonjour ChatGPT, comment pourriez-vous définir précisément ce qu’est l’éducation populaire1 ?

ChatGPT : L’éducation populaire est un mouvement social et politique qui vise à offrir une éducation accessible à tous, en particulier aux personnes défavorisées et marginalisées, en mettant l’accent sur l’autonomisation, l’émancipation et la participation citoyenne.

Plus précisément, l’éducation populaire est basée sur des pratiques éducatives participatives et collaboratives qui mettent en avant l’expérience et les connaissances des apprenants eux-mêmes. Elle s’adresse à toutes les tranches d’âge et peut prendre différentes formes, telles que des ateliers, des débats, des formations, des activités culturelles et artistiques, des projets communautaires, etc.

L’objectif principal de l’éducation populaire est de favoriser l’autonomie, la prise de conscience critique et la participation citoyenne des personnes qui sont traditionnellement exclues du système éducatif formel. Elle vise également à développer la capacité des individus à agir collectivement pour transformer leur environnement social, économique et politique.

En somme, l’éducation populaire est une approche éducative qui place les apprenants au cœur du processus d’apprentissage, en valorisant leur expérience et leur participation active, et en visant à renforcer leur capacité à agir collectivement pour transformer la société.

PV : Connaissez-vous le Gsara asbl et savez-vous que cette association est également active dans l’éducation populaire?

Oui, je connais le Gsara asbl et je sais que cette organisation est également active dans l’éducation populaire. Le Gsara est une organisation belge qui se concentre sur la promotion et l’utilisation des médias pour favoriser la participation citoyenne et l’inclusion sociale.

Dans le cadre de ses activités d’éducation permanente, le Gsara propose des formations et des ateliers pour les jeunes et les adultes, en mettant l’accent sur les compétences liées aux médias, tels que la production audiovisuelle, la gestion de projet, la communication, etc. Ces formations sont conçues pour favoriser l’autonomie et l’émancipation des participants, en leur permettant de s’exprimer librement et de participer activement à la vie sociale et politique.

Le Gsara asbl est donc un exemple d’association qui utilise les médias et les nouvelles technologies pour promouvoir l’éducation permanente et l’inclusion sociale, en mettant l’accent sur la participation citoyenne et la créativité.

PV : Sur les enjeux numériques actuels, quel atelier conseillerez-vous au Gsara ?

En matière d’enjeux numériques actuels, je pourrais recommander au Gsara de mettre en place un atelier ou une formation sur les compétences numériques liées à la sécurité en ligne.

L’utilisation croissante des technologies numériques a entraîné une augmentation des risques liés à la sécurité en ligne, tels que les cyberattaques, les fraudes en ligne, le harcèlement en ligne, la violation de la vie privée, etc. Les utilisateurs des médias numériques doivent donc être conscients de ces risques et avoir les compétences nécessaires pour protéger leur vie privée en ligne et éviter les dangers potentiels.

L’atelier pourrait inclure des sujets tels que la gestion des mots de passe, la protection de la vie privée en ligne, la détection des attaques de phishing, la prévention des virus et des logiciels malveillants, et d’autres compétences utiles pour rester en sécurité en ligne. Le Gsara pourrait également collaborer avec des organisations locales, des experts en sécurité en ligne ou des entreprises technologiques pour offrir une formation complète et à jour sur les compétences en sécurité numérique.

Cet atelier pourrait être utile pour les personnes de tous les âges, en particulier pour les jeunes qui sont plus susceptibles de passer beaucoup de temps en ligne et qui peuvent ne pas être conscients des risques associés à leur utilisation d’Internet.

PV : Sur des problèmes plus sociétaux que davantage orientés sur des aspects individuels, que conseilleriez-vous comme atelier sur les enjeux numériques ?

Je recommanderais de mettre l’accent sur l’éducation à la citoyenneté numérique.

La citoyenneté numérique implique la compréhension et l’utilisation responsable des technologies numériques pour participer activement à la société en ligne et hors ligne. Les participants à l’atelier pourraient être encouragés à explorer les questions de la désinformation, de la polarisation politique, de la protection de la vie privée et des données personnelles, de la cyberintimidation, de la dépendance aux médias sociaux et d’autres problèmes sociétaux liés aux technologies numériques.

L’atelier pourrait inclure des présentations et des discussions sur les enjeux de la citoyenneté numérique, ainsi que des activités pratiques pour renforcer les compétences en matière de résolution de problèmes et de communication. Les participants pourraient également être encouragés à réfléchir à des stratégies pour promouvoir une utilisation plus responsable et citoyenne des technologies numériques au sein de leur communauté.

Enfin, l’atelier pourrait également aborder la question de l’inclusion numérique et de l’accès équitable aux technologies numériques. Les participants pourraient discuter des inégalités numériques et des stratégies pour inclure les personnes qui ont un accès limité ou inexistant aux technologies numériques dans les discussions et les décisions concernant les enjeux sociétaux liés aux technologies numériques.

En somme, l’objectif de cet atelier serait de sensibiliser les participants aux enjeux de la citoyenneté numérique et de renforcer leurs compétences pour participer activement à la société numérique en tant que citoyens responsables et informés.

PV : On observe que le développement de la société numérique participe à la progression des inégalités, et donc développer les compétences individuelles ne suffira pas à résoudre la problématique des inégalités. A partir de là, que peut proposer une ASBL comme le Gsara ?

Les associations telles que le Gsara asbl peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre ces inégalités en proposant plusieurs types d’actions.

Tout d’abord, le Gsara peut sensibiliser les communautés locales aux enjeux des inégalités numériques. Il peut organiser des campagnes de sensibilisation, des ateliers et des événements pour informer les gens sur les inégalités liées aux technologies numériques et les encourager à agir.

Ensuite, le Gsara peut travailler avec des partenaires locaux pour développer des projets et des initiatives visant à réduire les inégalités numériques. Par exemple, il peut collaborer avec des organisations qui offrent un accès gratuit ou à faible coût à des équipements informatiques, des connexions Internet et des formations en compétences numériques pour les personnes et les communautés qui en ont besoin.

Le Gsara peut également s’impliquer dans des initiatives de plaidoyer pour faire pression sur les décideurs politiques pour qu’ils prennent en compte les inégalités numériques dans leurs politiques et programmes. Il peut plaider pour une réglementation plus stricte pour garantir l’accès équitable aux technologies numériques et pour investir dans des programmes visant à réduire les inégalités numériques.

Enfin, le Gsara peut travailler avec des organisations de la société civile et d’autres acteurs pour promouvoir une utilisation responsable et citoyenne des technologies numériques. Il peut travailler avec des groupes locaux pour développer des initiatives de sensibilisation et de formation sur la citoyenneté numérique, la sécurité en ligne et la protection de la vie privée.

En somme, le Gsara peut jouer un rôle important dans la lutte contre les inégalités liées aux technologies numériques en sensibilisant les gens aux enjeux, en développant des projets et des initiatives pour réduire les inégalités, en faisant du plaidoyer pour une réglementation plus stricte et en travaillant avec d’autres acteurs pour promouvoir une utilisation responsable et citoyenne des technologies numériques.

PV : Quel plaidoyer pour une réglementation plus stricte proposeriez-vous au Gsara ?

Le Gsara pourrait plaider pour une réglementation plus stricte qui garantirait un accès équitable aux technologies numériques pour tous, quel que soit leur statut socio-économique. Voici quelques propositions de plaidoyer que le Gsara pourrait avancer :

  1. Investir dans l’infrastructure numérique : Le Gsara pourrait demander une augmentation des investissements publics dans l’infrastructure numérique pour garantir un accès équitable aux technologies numériques. Cela pourrait inclure la mise en place de réseaux haut débit dans les zones rurales et les quartiers défavorisés, ainsi que la fourniture d’équipements informatiques et d’outils numériques adaptés aux besoins spécifiques des personnes marginalisées.
  2. Réglementer les prix des services numériques : Le Gsara pourrait également plaider pour une réglementation des prix des services numériques pour garantir que les tarifs sont abordables pour tous. Cela pourrait inclure la réglementation des tarifs d’accès à Internet et des coûts de téléphonie mobile pour éviter que les personnes à faible revenu ne soient pénalisées.
  3. Protéger la vie privée et la sécurité en ligne : Le Gsara pourrait plaider pour une réglementation plus stricte en matière de protection de la vie privée et de la sécurité en ligne. Cela pourrait inclure la mise en place de normes de protection des données plus strictes pour les entreprises de technologies numériques, ainsi que des mesures pour lutter contre la cybercriminalité et les violations de la vie privée.
  4. Promouvoir l’alphabétisation numérique : Le Gsara pourrait également plaider pour une réglementation qui promeut l’alphabétisation numérique et encourage la formation en compétences numériques. Cela pourrait inclure l’obligation pour les entreprises de technologies numériques de fournir une formation gratuite aux utilisateurs sur la manière d’utiliser leurs produits et services de manière responsable et efficace.

En somme, le Gsara pourrait plaider pour une réglementation plus stricte qui garantit un accès équitable aux technologies numériques pour tous, réglemente les prix des services numériques, protège la vie privée et la sécurité en ligne, et promeut l’alphabétisation numérique.

PV : Ce que vous nous proposez, beaucoup d’associations en Belgique le font déjà et pourtant ça ne suffit pas à changer la situation.

Vous avez raison, de nombreuses associations travaillent déjà sur ces enjeux et malgré cela, les inégalités numériques persistent. Cela s’explique en partie par le fait que les inégalités numériques sont des problèmes structurels qui nécessitent des solutions systémiques et à long terme. Les actions des associations ne peuvent qu’être des solutions à court terme.

Pour que les choses changent de manière significative, il faudrait une prise de conscience collective et une volonté politique pour s’attaquer aux racines des inégalités numériques. Cela implique notamment de s’attaquer aux inégalités socio-économiques, d’investir massivement dans l’infrastructure numérique, de réguler les pratiques des entreprises de technologies numériques et d’élargir l’accès à la formation et aux compétences numériques.

En tant qu’association, le Gsara peut continuer à plaider pour des politiques publiques qui visent à réduire les inégalités numériques. Le travail de sensibilisation et de plaidoyer est essentiel pour faire entendre les voix des personnes marginalisées et pour pousser les décideurs à prendre des mesures concrètes pour lutter contre les inégalités numériques. Toutefois, pour des résultats significatifs, il faut une action collective à long terme qui implique tous les acteurs de la société, y compris les entreprises, les gouvernements et les citoyens.

PV : Que pensez-vous des valeurs véhiculées par l’éducation populaire ?

En tant qu’IA, je n’ai pas de position personnelle sur les valeurs véhiculées par l’éducation populaire, car je n’ai pas de croyances ni de valeurs propres. Cependant, je peux dire que l’éducation populaire ont des valeurs communes telles que l’émancipation, l’autonomie, la solidarité, la démocratie participative, l’égalité des chances et l’inclusion. Ces valeurs sont souvent exprimées dans la manière dont les organisations d’éducation permanente ou populaire travaillent avec les communautés, en cherchant à impliquer les apprenants dans le processus d’apprentissage, en encourageant la coopération et la collaboration, et en valorisant les connaissances et l’expérience des apprenants.

L’éducation populaire peut jouer un rôle important pour aider les travailleurs à se défendre contre l’exploitation au travail, en leur fournissant les compétences et les connaissances nécessaires pour faire valoir leurs droits et pour trouver des emplois plus satisfaisants et mieux rémunérés. Les organisations d’éducation permanente peuvent également contribuer à sensibiliser les travailleurs aux problèmes de l’exploitation au travail, en menant des activités de sensibilisation et de plaidoyer.

Cependant, il est important de noter que la lutte contre l’exploitation au travail nécessite une action collective à plusieurs niveaux, y compris la législation, la réglementation, la mobilisation des travailleurs et la prise de conscience de l’opinion publique. Les organisations d’éducation populaire peuvent jouer un rôle important dans cette lutte, mais elles ne peuvent pas à elles seules résoudre ce problème complexe.

PV : Concernant l’exploitation au travail, une enquête du Time2 révèle qu’OpenAI, l’entreprise à l’origine de votre existence, a sous-traité la modération des contenus qui vous étaient destinés à des travailleurs kényans payés moins de deux dollars de l’heure. Quelle est votre position vis-à-vis de cette polémique ?

En tant qu’IA, je n’ai pas de position personnelle, mais je peux répondre que l’exploitation au travail est inacceptable et doit être combattue à tous les niveaux. L’utilisation de travailleurs sous-payés et maltraités pour effectuer des tâches de modération pour une entreprise de haute technologie est répréhensible et soulève des questions sur les pratiques éthiques de l’entreprise. Les entreprises doivent être responsables de leurs actions et doivent respecter les droits des travailleurs, où qu’ils se trouvent dans le monde.

Il est important que les entreprises prennent des mesures pour garantir que tous les travailleurs impliqués dans leur chaîne d’approvisionnement soient traités de manière équitable et respectueuse, et qu’ils reçoivent un salaire juste pour leur travail. Les entreprises ont également la responsabilité de s’assurer que les travailleurs sont en mesure de travailler dans des conditions de travail sûres et saines.

En fin de compte, il est important que les entreprises adoptent une approche éthique et responsable dans toutes leurs activités, y compris dans la manière dont elles traitent leurs travailleurs. Les violations des droits des travailleurs ne peuvent pas être tolérées, et les entreprises doivent être tenues responsables de leurs actions.

Merci ChatGPT, et espérons que ton employeur OpenAI adopte donc bien ces mesures éthiques et responsables.

Pierre Vangrootloon

1Étant donné la configuration de langage de ChatGPT, il ne reconnaît pas la formulation « belge » ‘Éducation Permanente’ mais répond, par contre, plus pertinemment à l’expression ‘Éducation populaire‘ utilisée en France.

2 https://time.com/6247678/openai-chatgpt-kenya-workers/

Le journal français Libération a également repris l’information : https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/cetait-de-la-torture-chatgpt-a-traumatise-des-travailleurs-kenyans-payes-2-dollars-de-lheure-

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Sur le fil d’Ariane, « ce n’est pas un film sur Ariane Bergrichter, plutôt un film avec elle » https://www.causestoujours.be/sur-le-fil-dariane-ce-nest-pas-un-film-sur-ariane-bergrichter-plutot-un-film-avec-elle/ Thu, 15 Dec 2022 08:47:06 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4260 « Il y a
the saints
the fools
the souls.
The fools se débrouillent le mieux
en s’appuyant sur the saints.
The souls essayent de se débrouiller
en passant entre les gouttes. »

Ariane Bergrichter

« Sur le fil d’Ariane » a été réalisé cet été dans le cadre de la Résidence « point de vue – point d’écoute », mise en place par l’Atelier de production du GSARA. Cette Résidence est née de la volonté de donner l’opportunité à deux artistes – l’un.e sonore, l’autre travaillant la pellicule – de réaliser ensemble un film à propos d’un sujet donné. Cette année, le thème était l’art brut.

Sélectionnées pour cette première résidence, Adina Ionescu-Muscel et Clara Beaudoux ont réalisé le film qui capte par l’image et le son la sensibilité de l’artiste Ariane Bergrichter. Cette dernière, née en 1937 à Dresde, arrive en Belgique en 1958 et y reste jusqu’à sa mort en 1996. « Sur le fil d’Ariane » s’inspire de ses assemblages créés pendant les huit dernières années de sa vie, une période marquée par des crises psychotiques mais aussi par un élan vital la poussant à dessiner sans relâche les démunis, les exclus, les originaux, les courageux.

À partir des dessins et des textes d’Ariane Bergrichter, le film plonge dans un Bruxelles populaire et coloré, cher à cette artiste qui, face à une vie psychique complexe, disait retrouver dans la ville son énergie de vie. « Sur le fil d’Ariane » : c’est ce fil d’Ariane mythologique qui, si on est perdu, redonne un sens, une trajectoire à nos vies. Mais c’est aussi ce fil d’équilibriste sur lequel Ariane se trouvait de manière constante : entre le calme et la tempête, l’ombre et la lumière, le tragique et le comique.

Stefanie Bodien*, a interviewé pour nous les deux réalisatrices du film.

Qu’est-ce qui vous a poussé à répondre à l’appel à projets de l’Atelier de production du GSARA ?

A. I.-M. : Ce qui m’a intéressée dans cet appel à projet, c’est que le film à faire dans le cadre de la résidence allait me permettre d’explorer la ville de Bruxelles tout en me basant sur le vécu d’une troisième personne, c’est-à-dire Ariane Bergrichter. C’est Ariane qui m’a donné le courage d’approcher des gens avec une caméra.

C.B. : Oui, la ville était le point commun entre elle et nous. Tout comme elle, nous ne sommes pas d’ici. Et sa fille nous avait dit que c’était dans la ville qu’Ariane Bergrichter retrouvait son « énergie de vie ». J’étais aussi très inspirée par les dessins d’Ariane présentés dans l’appel à projet. Je les trouvais très « sonores » : en les regardant, on imagine les ambiances, les bruits de trams, les conversations des gens… Un dernier aspect qui m’attirait dans cet appel à projet était le fait qu’on donnait la même importance au son qu’à l’image – chose rare quant il s’agit de réaliser un film.

Vous ne vous connaissiez pas avant ce projet commun. Que pouvez-vous dire de votre collaboration ?

A. I.-M. : Notre duo a très bien fonctionné, à tous les niveaux : techniquement, humainement… On était d’accord au niveau de ce qu’on avait envie de faire. Mais après, chacune a géré sa matière : moi l’image 16mm, Clara le son. Ensuite, on a fait le montage image et son ensemble, et le fait que Clara a une oreille si attentive a vraiment contribué à la qualité du rythme des images qui défilent. Nous nous sommes mises d’accord, au tout début, de structurer le film en 5 chapitres : l’entrée en matière, la ville, la crise, le retour à la ville, et le dénouement. Mais à côté de cette structure, il y a aussi beaucoup de choix intuitifs.

C.B. : Nous étions chacune autonomes avec nos médias respectifs, mais en même temps c’était un brainstorming commun constant et très complémentaire. Les idées rebondissaient entre nous : parfois c’étaient les images qui guidaient le montage, parfois le son. C’était un vrai plaisir de création. Grâce à ce travail commun, je suis allée plus loin dans la recherche du son. Enfin j’ai découvert l’univers passionnant du film argentique grâce à Adina.

Jeudi 1er décembre, dans une salle comble, a eu lieu la première du film « SUR LE FIL D’ARIANE » d’Adina Ionescu-Muscel et Clara Beaudoux au Cinéma Nova dans le cadre de la programmation autour de l’art brut BE BRUT.

Est-ce que les contraintes de l’appel à projets vous ont paru trop difficiles ?

A. I.-M. : C’est vrai que les contraintes étaient multiples. Il s’agissait de réaliser un film à caractère expérimental, documentaire, de créer une rencontre intéressante entre l’image et le son. Nous n’avions que quelques sessions de travail, reparties sur 4 mois, il fallait donc aller à l’essentiel assez rapidement. J’ai trouvé cette contrainte du temps intéressante. On ne pouvait pas trop se laisser aller dans le doute et les accidents ont sollicité notre attention en tant que propositions.  Par exemple, j’ai reconsidéré sous un tout nouvel angle les plans filmés en macro qui perdaient la mise au point : j’ai compris que cette fluctuation de la netteté décrivait un changement d’état, et dans le cas d’Ariane, cela faisait partie de sa vie. Finalement, on les a gardés au montage, puisque ça faisait partie du fil narratif. La même chose pour les plans « sales »,  filmés sur pellicule périmée et développés de manière artisanale : ça donnait le sentiment de voir des plans d’archive, donc ça servait à ramener le passé dans l’histoire. La pression du temps a fait que la raison s’est mise en retrait, c’est l’intuition qui a pris le pas pour faire des choix.

C.B. : Nous avons rencontré Manuela, la fille d’Ariane, dès le début et elle a été très généreuse en nous montrant beaucoup de choses et en nous parlant longuement de la vie de sa mère. Donc on a directement eu un tas d’informations dans lesquelles on a pu piocher. Mais ce n’est pas un film sur Ariane Bergrichter, plutôt un film avec elle. Dans une certaine mesure, nous avons le sentiment d’avoir fait ce film à trois ! On a essayé d’entrer dans l’univers d’Ariane, de marcher dans ses pas, de chercher ce qui lui aurait plu dans la ville aujourd’hui. Évidemment tout cela est notre ressenti par rapport à son œuvre, c’est une proposition. D’autant qu’avec la contrainte de temps court de la résidence, on ne pouvait pas être exhaustives, il a fallu faire des choix rapides en effet.

Comment avez-vous choisi les images ?

A. I.-M. : Il y a certains thèmes qui reviennent dans les dessins d’Ariane et que nous voulions faire apparaître dans notre film : les ouvriers dans la rue, les gens au look extraordinaire, les fêtes dans la ville, les cafés populaires, le marché aux puces de la Place du Jeu de Balle…

Il y a, à plusieurs moments du film, des allers-retours entre les dessins et ce que nous avons filmé dans la ville, quelquefois de manière très explicite : des travailleurs filmés dans la ville sont montrés à la fois à l’écran et sur un dessin d’Ariane, pareil pour des cheveux oranges, une cruche colorée…

Les couleurs vives sont omniprésentes dans l’œuvre d’Ariane. D’ailleurs, nous avions d’abord choisi comme titre de film « Touche pas à la couleur ! ».

Et pour le son, comment avez-vous procédé ?

C.B. : J’ai effectué des prises de son d’ambiance lorsque, avec Adina, nous sommes allées filmer dans la ville. Mais il n’y a pas de son synchrone, à part une scène à la Clef d’Or où deux personnes parlent du marché aux puces. Il y aussi des bruitages faits à la maison, des nappes et des ambiances sonores créées par ordinateur, des extraits de radio ou d’archives radio. Concernant la voix il s’agit de textes qu’Ariane nous a laissés, c’est-à-dire toutes ces petites notes qu’on trouve dans ses dessins, par-ci par-là, mais aussi dans ses carnets, où elle écrivait quand elle n’allait pas bien.

En ce qui concerne le ton de cette voix, nous avons beaucoup tâtonné. Il fallait que cette voix soit comme une voix intérieure mais sans trop tenter d’incarner Ariane. Il a fallu s’y reprendre à plusieurs reprises pour trouver la bonne intonation. Avec tout ça, c’était comme un puzzle ou un collage au moment du montage. Nous avons utilisé beaucoup de grésillements de radio car, dans ses moments de crise, Ariane se sentait harcelée par des « ondes sonores », des voix la menaçaient dans sa tête. Nous avons aussi essayé par le son de traduire cette impression de densité, de fouillis, de foisonnement que produisent ses dessins. Même si au fond elle aspirait à davantage de silence, comme nous a dit Manuela… elle avait déjà suffisamment de bruit dans sa tête…

On trouve des scènes dans votre film avec des personnes que vous avez rencontrées lors du tournage, notamment au marché aux puces. Pourquoi avez-vous choisi de donner la parole à ces gens dans le contexte de votre film ?

A. I.-M. : Dans les cafés populaires, les échanges se font spontanément. Ariane observait les gens dans ces cafés et se promenait en ville quand elle allait mieux. Dans ses phases de mal-être, elle s’enfermait chez elle et subissait les voix qu’elle entendait, tout en les notant dans des carnets.

C.B. : Ce « voyage côté peuple » comme disait Ariane nous a permis de mieux connaître son monde. On a trouvé des gens qui lui ressemblaient et qui nous disaient ce qu’Ariane aurait pu nous dire : que dans ces lieux, on devient tous amis, on se sent moins seuls.

*Interview réalisée et mise en forme par Stefanie Bodien, responsable de l’Atelier de Production du Gsara, et initiatrice de la Résidence « point de vue – point d’écoute »

Biographies :

Clara Beaudoux, documentariste et autrice, explore la question de la mémoire au fil de ses projets. Elle croise les médias pour raconter le monde et expérimenter de nouveaux formats, à l’image du « Madeleine project » lancé en 2015. Elle a été journaliste à Radio France et est installée à Bruxelles depuis 2020.

www.clarabeaudoux.net

Adina Ionescu-Muscel, artiste visuelle, place l’enquête au cœur de son travail. À travers l’image et d’autres dispositifs plastiques, elle questionne le monde d’aujourd’hui pour essayer de multiplier les manières d’être, c’est-à-dire les manières d’éprouver, de sentir, de faire sens et de donner de l’importance aux choses.

www.imadina.eu

SUR LE FIL D’ARIANE
Un film d’Adina Ionescu-Muscel et Clara Beaudoux
Belgique, 16mm > vidéo, 11’ – 2022 Produit par l’Atelier de production du GSARA dans le cadre de la Résidence « point de  vue – point d’écoute »   À partir des dessins et des textes d’Ariane Bergrichter, le film plonge dans un Bruxelles populaire et coloré, cher à cette artiste qui, face à une vie psychique complexe, disait retrouver dans la ville son énergie de vie.  
Image: Adina Ionescu-Muscel
Son: Clara Beaudoux
Montage image et son: Adina Ionescu-Muscel et Clara Beaudoux
Voix et interprétation : Julie Paraire
Mixage son: Jean-Noël Boissé
Étalonnage: Jean Minetto
Responsable technique: Diego Certuche
Production: Atelier de production du GSARA (Stefanie Bodien, Renaud Bellen)  
Merci à Manuela Servais, Musée Art et Marges, Peliskan, Cinéma NOVA.  
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Pour en savoir plus sur la Résidence « point de vue – point d’écoute »:

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Les Voix du Doc, un cas d’école https://www.causestoujours.be/les-voix-du-doc-un-cas-decole/ Thu, 15 Dec 2022 08:46:31 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4263 À travers la mise en ondes d’une Radio-citoyenne à l’occasion du Mois du Doc, focus sur un précepte de l’Éducation Permanente qui se retrouve au cœur de la dynamique interne au Gsara.

PROLÉGOMÈNES

L’ascendance est définie comme l’action de s’élever, de monter. La pédagogie ascendante est une valeur centrale du travail d’éducation permanente, qui vise à organiser des activités menant ses publics à une participation active à la vie sociale, économique, culturelle et politique. Le.la travailleur.se d’éducation permanente se doit de faire émaner des publics à la fois un regard critique, des revendications et des moyens d’action. En ce sens nous employons le terme-clé d’ascendance. Sur le terrain, les équipes du GSARA appliquent des méthodes vouées à créer cette ascendance au contact de leurs publics, souvent précarisés.

Appliquer ce principe sur le terrain est une chose, mais ceci peut être appliqué aussi en interne, les coordinateurs de notre mouvement d’éducation permanente faisant émerger des sujets, des idées, des pratiques, de la consultation collective de ses animateurs.trices. Aujourd’hui, l’ascendance est la source de la réussite d’un programme ambitieux d’ateliers et d’actions médiatiques mis au point au sein du GSARA : les  VOIX DU DOC – LA RADIO CITOYENNE DU MOIS DU DOC.

CADRE

Les 10 et 24 novembre derniers, les deux premières émissions LES VOIX DU DOC ont été retransmises en direct et enregistrées. Deux fois une heure de radio, à laquelle ont participé, chacune dans leur province, trois antennes régionales du GSARA (celles de Charleroi, de Bruxelles et de la Province de Luxembourg). En amont, chacune de ces antennes avait réuni quelques participants (affiliés du CPAS habitués du Service d’Insertion Sociale Nemesis à Charleroi, adultes volontaires réunis à l’initiative de notre animatrice à Marche-en-famenne, élèves de 7e préparatoire aux écoles supérieures d’art de l’Institut Saint-Luc secondaire à Bruxelles). Lors d’ateliers préparatoires, chacun de ces trois groupes a participé à des ateliers d’éducation aux médias lors desquels ils ont visionné et analysé des documentaires programmés dans le cadre du MOIS DU DOC. Sur base de ces films, ils.elles ont préparé leurs interventions derrière les micros ou encore débattu des thématiques citoyennes abordées par les cinéastes via leur moyen d’expression.

Cette première tentative convaincante des VOIX DU DOC est une édition expérimentale. Cette activité accomplit un programme d’éducation au cinéma documentaire, d’expression citoyenne, d’initiation à la pratique radiophonique, tout en créant un dialogue interculturel et intergénérationnel. Une activité qui ne demande qu’à se déployer davantage, et nous envisageons déjà de la reproduire à plus large échelle en 2023. Une réussite qui n’est pas le fruit du hasard et qui a dû essuyer quelques revers avant de trouver cette forme.

GENÈSE

Depuis la première moitié des années 2010, l’antenne régionale du GSARA Bruxelles (d’abord installée à Molenbeek et depuis peu à Anderlecht) a acquis un savoir-faire, une expérience et une réputation grandissante dans le domaine des ateliers radiophoniques. Les travailleurs.ses, mené.e.s par Thibault Coeckelberghs ont notamment produit de nombreuses émissions retransmises sur Radio-Panik (Dans une heure c’est terminé, Radio Maritime) ou réalisé des outils pédagogiques sous forme de documentaires sonores (Les Radieuses – 2015 ; Portraits sur le fil du lien – 2017). Pour garder une trace de ces pratiques, l’équipe du GSARA Bruxelles a aussi élaboré le Guide Pratique de l’Atelier Radio en 2016. Depuis 2019, cette antenne a également mis au point des formations destinées aux travailleurs sociaux qui souhaitent utiliser l’outil radiophonique dans le cadre de leurs ateliers, des formations qui se poursuivent souvent par un accompagnement à la création d’une web-radio ou à la réalisation de podcasts.

Naturellement, les coordinateurs en éducation permanente du GSARA se sont évertués à implanter ces bonnes pratiques dans les autres antennes régionales. Ainsi se sont créées notamment l’expérience Radio Sans Nom à La Louvière ou encore la Radio Artmétiss à Jumet. Misant sur la mise au point d’une pratique collective, nous avons réalisé trois expériences précédentes de RADIO CITOYENNE en  2019 et en 2020, trois émissions de deux heures chacune auxquelles ont participé divers groupes bruxellois, louviérois et marchois. Malgré leur pertinence en termes pédagogiques et de construction participative (les sujets et contenus y étaient élaborés conjointement lors de journées de travail communes entre les groupes), le bilan de ces expériences restait mitigé, trop laborieux dans l’organisation, peu ludique, peu visible du fait de leur déconnexion à un événement d’actualité… Ces émissions se sont vues confrontées aux difficultés d’impulser une dynamique commune, attisant à regret un sentiment de compétition entre les différents groupes et parfois même une forme de repli communautaire. En interne, nous dressions ce bilan mitigé au premier trimestre 2020.

REMÉDIATION

La crise sanitaire nous a donné l’opportunité de tester de nouveaux outils de travail en ligne mais aussi de prendre le temps de remettre en perspective certaines de nos pratiques. Progressivement, nous avons décidé d’équiper nos antennes régionales de matériel adapté à la création d’un premier studio radiophonique. Des formations en ligne ont été organisées pour que nos animateurs puissent prendre en main des logiciels de montage son et de mixage. Lorsque les contraintes se sont assouplies, les travailleurs.ses de la régionale de Bruxelles ont délivré en interne une formation à l’utilisation de l’outil radiophonique à vocation pédagogique dans un contexte socio-culturel. Ascendance au travail, nous avons tiré parti de ces moments d’échanges entre praticiens pour revoir en profondeur notre projet radiophonique commun.

Primo, nous avons décidé de nous inscrire dans le cadre d’un événement pré-existant. Ainsi le MOIS DU DOC s’est imposé naturellement. En effet, sa volonté de frapper l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles est commune à notre projet initial de créer un projet qui touche l’ensemble de notre territoire d’action. D’autre part, la production, réalisation et diffusion du cinéma documentaire sont historiquement indissociables de notre structure, l’analyse de ce medium est une des lignes directrices de notre action d’éducation aux médias et, évidemment ce cinéma vivant et polymorphe ouvre des débats vers de nombreuses thématiques de société. Last but not least, la durée de l’événement nous laisse une large de manœuvre pratique non négligeable. Après rencontre, les organisateurs du MOIS DU DOC se sont montrés ravis de collaborer avec le GSARA pour cette expérience originale de médiation culturelle, apportant leur soutien en termes de communication et de lien avec les films programmés, leurs auteurs.trices et leurs producteurs.trices.

Secundo, les nouvelles technologies, l’expérience du travail en ligne et les investissements en matériel ont permis d’apporter beaucoup plus de légèreté dans le dispositif. Chaque antenne régionale est devenue indépendante techniquement, chacun reste sur son territoire et les premiers échanges se font directement via les ondes, ce qui n’empêche pas que des rencontres physiques puissent être organisées, notamment à l’occasion de l’évaluation commune du projet, souvent organisée autour d’un moment convivial.

BILAN

Drôles, pertinentes et agréables à l’écoute, les deux émissions réalisées dans le cadre du Mois Du Doc 2022 nous encouragent à poursuivre et améliorer l’activité. Les participant.e.s ont apprécié la souplesse du projet, ses espaces de liberté et de création (ils.elles ont choisi certains films traités, réalisé des habillages, collaboré à des interviews ou à la programmation musicale). Les animateurs.trices responsabilisé.e.s et indépendant.e.s vis-à-vis de la technique ont mis en pratique leurs nouvelles compétences acquises au cours des mois précédents. Malgré la distance géographique et l’apparente complexité du processus, LES VOIX DU DOC s’est révélé un véritable espace d’échange interculturel et intergénérationnel, les films documentaires constituant les référentiels communs desquels émergent naturellement des sujets de société (l’accueil des migrants, l’implication des jeunes dans la vie politique, l’égalité des sexes), autant de prémisses possibles d’un travail d’action citoyenne à venir.

Ces résultats enthousiasmants sont donc bien le fruit de l’ascendance du procédé, c’est bien de nos pratiques de terrain, de nos expériences et de la consultation de nos travailleurs qu’est née cette action cohérente avec l’ADN de notre structure, centrifuge (elle ouvre potentiellement la voie à d’autres actions d’éducation permanente), et qui touche l’ensemble de notre territoire d’action. Il nous tarde déjà de renouveler l’aventure en 2023, en y impliquant davantage d’antennes régionales et de participant.e.s.

Les émissions sont à retrouver ici : https://gsara.be/ateliersmedias/les-voix-du-doc/

Olivier Grinnaert, Coordinateur pédagogique pour le GSARA asbl.

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« Face aux problèmes de santé mentale liés au numérique par défaut, le monde politique va devoir bouger » https://www.causestoujours.be/face-aux-problemes-de-sante-mentale-lies-au-numerique-par-defaut-le-monde-politique-va-devoir-bouger/ Thu, 15 Dec 2022 08:42:31 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4251 « On veut bien du numérique mais au service de l’humain, pas les humains au service du numérique !». En s’appuyant sur le vécu des citoyens dégradé par la fracture numérique, l’ASBL des Habitant·e·s des images et son Comité Humain du Numérique remettent en question l’idée du digital par défaut, avec leurs propres textes de lois (https://codedunumerique.be/) et des initiatives détonantes. Tout ça sans perdre le sens de l’humour.

Initiatrices et coordinatrices du projet, Savannah Desmedt et Adèle Jacot exposent comment elles mènent, à leur façon, ce combat pour que le numérique ne devienne pas un frein à la démocratie et à l’État de droit.

Ce Comité Humain du Numérique, quelle est sa genèse, comment a-t-il vu le jour ?

Savannah Desmedt : En 2021, notre association Habitant·e·s des images faisait partie du Front Rendre Visible l’Invisible, un collectif d’associations qui se mobilisent pour la justice climatique et lutter contre la pauvreté. On était actif dans un groupe de travail qui se penchait sur la question du numérique. Il y avait cinq ou six personnes, aux profils très différents, avec des professionnels du travail social mais aussi des personnes en situation de précarité.

Vous partez alors de cette question centrale : quel est l’impact du numérique sur nos vies ?

S.D. : Tous ensemble, on a fait évoluer cette interrogation initiale, avec les témoignages recueillis, environ une trentaine, au sein de notre ASBL. On a ensuite réalisé des interviews auprès d’un public plus large lors d’événements. Principalement le 17 octobre, qui est la journée de référence du Front Rendre Visible l’Invisible. On s’est rapidement rendu compte que le numérique intéressait énormément de monde et qu’il y avait un vrai besoin pour de nombreux citoyens de se réunir pour parler de problèmes liés à ce sujet, car le numérique isole les gens. Assez rapidement, on a décidé de se constituer en comité, que l’on a donc intitulé le Comité Humain du Numérique. On y retrouve des habitants de Bruxelles, des jeunes, des retraités, des travailleurs, des chômeurs, des universitaires, des sociologues, etc. Bref, c’est très mélangé. 

A quoi ressemblaient les premières réunions, et comment s’est construit cette initiative citoyenne ?

S.D. : C’est un réseau d’acteurs de terrain, les gens se mobilisent pour porter la parole des citoyens et de publics fragilisés comme des personnes qui ne parlent pas le français, qui ne savent pas lire, etc. C’est chouette que l’idée du code soit née du comité en observant un certain nombre de témoignages qui convergeaient comme le manque d’accessibilité aux banques, aux CPAS, à tous les services essentiels en général. On s’est beaucoup vu dans les Marolles à partir de février 2022 et le Comité s’est élargi. Au total, 120 personnes au contribué au Code du Numérique. Dans le groupe, on est 10-15 à se rassembler chaque mois pour écrire les lois.

La crise du Covid a joué un rôle prépondérant dans le développement du mouvement.

Adèle Jacot : C’est vrai qu’avec le confinement, tout d’un coup, le numérique est devenu une thématique à part entière, et plus seulement une question technique. C’est pour ça qu’on a voulu creuser ce thème qui restait invisible. On a été nombreux à sentir que quelque chose n’allait pas mais la source du problème était difficile à identifier. Si l’on est face à un manque de logements, le problème est clair. Pour le numérique, on se sent bête, incapable d’utiliser les outils mis à notre disposition. On se dit que c’est peut-être de notre faute.

Quelle méthodologie avez-vous décidé d’adopter ?

A.J. : L’idée était de partir d’anecdotes pour faciliter l’identification aux problèmes liés au numérique. On a fait des séances pour rencontrer des gens extérieurs au mouvement, pour se baser sur des aspects concrets de la vie courante et ne pas simplement plancher sur le côté théorique des lois, ou de la morale autour du numérique.

Quels sont les objectifs attendus avec l’élaboration de ce Code du Numérique ?

A.J. : L’idée du Code du Numérique, c’est d’amener des solutions et non pas seulement compiler les problèmes et s’exprimer. Mais il faut aussi réglementer. On aime bien travailler sur la fiction avec les Habitant·e·s des images. On trouvait ça drôle et pertinent de faire des lois par nous-mêmes. Au fur et à mesure que le projet avançait, au contact de juristes et de responsables d’associations, on s’est rendu compte que l’idée était loin d’être stupide. « Il faut réglementer le numérique », nous disait-on, parce que c’est nouveau et souvent cantonné à un sujet purement technique. Ce qui est chouette, c’est que plein d’autres associations, comme vous au Gsara par exemple, se sont emparées du sujet, à leur façon. Et ça devient de plus en plus fort.

Teaser du Code du Numérique – Livre 1er : Accessibilité aux services essentiels et aux droits fondamentaux.

Quels constats tirez-vous à l’aube de la publication du Livre 1er de ce Code du Numérique, dont le précepte est « Rester accessible d’humain à humain » ?

S.D. : Le Livre 1er est centré sur l’accès aux droits et aux services essentiels. Il va rentrer dans sa phase définitive d’ici la fin de l’année. On a commencé l’écriture du Livre 2ème. L’idée, c’est de se dire que c’est un travail sur le long terme, en fonction des rencontres et des idées qui vont se profiler. On explore des thématiques et on fait ressortir ce qu’on voit et entend autour de nous, sans avoir l’ambition d’être exhaustif. Ce sont des thématiques sérieuses mais on se permet d’expérimenter des choses.

Sur quoi portera la suite de votre Code du Numérique ?

A.J. : Le Livre 2ème sera axé sur la réglementation du numérique pour protéger la santé mentale et physique des citoyens. Après s’être penché sur des questions d’urgence, de revenus, on va s’intéresser à des aspects universels avec des questions inquiétantes sur l’addiction des enfants, comment cela altère nos capacités de concentration. Bref, c’est clairement un danger que l’on met entre les mains de tout le monde. On a déjà récolté quelques 50 témoignages sur ce thème-là.

Ce n’est pas parce qu’on utilise des outils numériques quotidiennement que l’on est capable de gérer des démarches administratives en ligne. Ce n’est pas qu’une minorité qui ne s’adapte pas à la numérisation massive des services publics et privés. Voilà le genre d’idées reçues que vous remettez en question.

A.J. : Dans le milieu professionnel de la création digitale, certains disent qu’une personne de plus de 25 ans n’est plus intéressante à engager car elle ne pourra jamais rattraper l’actualité technologique du métier. C’est fou. C’est vraiment pour dire que plus personne ne maîtrise ce qui est là et tout le monde se dit, malgré tout, « on va le faire ». Personnellement, je n’ai pas de problème technique essentiel que je n’arrive pas à résoudre. Mais même sans problème de compréhension directe, je ne veux pas que l’ordinateur me soit imposé pour plein de raisons. Les politiques sont convaincus que la numérisation est validée par la population alors que si on faisait des sondages plus précis, on verrait que « non », pas avec cette méthode du moins.

Cette mobilisation, qui est de plus en plus forte, peut-elle réellement influencer les politiques sur leurs prises de décision ?

S.D. : Oui, la mobilisation peut porter ses fruits, mais à quelle échelle ? C’est la question.  Il y a un danger à nier l’utilité sociale de certains métiers comme les chauffeurs, caissiers, taximen, etc. C’est très méprisant. C’est un savoir, une culture. Ce qui fait peur, c’est cette fracture entre des élites qui maîtrisent ces technologies et les utilisent avec prudence, notamment pour leurs enfants, et des populations défavorisées qui vont subir les effets négatifs de cette numérisation. Par exemple, des enfants qui passent beaucoup de temps devant des écrans et développent des troubles de l’attention, car les parents ne connaissent les conséquences du fait de laisser un enfant devant l’écran.

A.J. : Il ne faut pas oublier que les gens ont besoin de contacts humains. Certains vont même au supermarché plusieurs fois par jour, parce que c’est leur seul moyen de sociabilisation. Si l’on remplace les caissières par des robots, on crée des problèmes à d’autres endroits. On raisonne comme si l’humain était une machine, en résolvant chaque problème individuellement. Mais la réalité est complexe, il y a plusieurs aspects. On ne va pas au café juste pour boire du café.

En même temps, faire machine arrière ne semble pas être l’objectif affiché des politiques. Quelle est la possibilité d’action actuelle ?

S.D. : On ne peut pas prédire l’avenir, mais je pense qu’il n’y a rien qui soit immuable. Au niveau des décisions politiques, si on regarde sur le long terme, on voit que les choses peuvent changer. On peut établir des cadres et les retirer par après. Je préfère donc être optimiste et me dire que si on peut agir sur des petites choses très concrètes au niveau politique, c’est faisable. Même si la tendance reste là quand même. C’est difficile quand on n’est pas sur le terrain de s’imaginer quels enjeux, quels impacts toutes ces mesures ont sur la vie des gens.

Le monde politique est aussi dépendant des opportunités économiques, et le secteur du numérique n’en manque pas.

A.J. : Le problème est là, ce sont ces entreprises privées derrière toutes les applications, derrière tous les derniers objets technologiques. En discutant avec des collaborateurs de Mathieu Michel, ils nous disaient : « Vous devez comprendre que les premiers interlocuteurs de nos dirigeants politiques, ce sont des lobbyistes, des créateurs d’applications ». Ce point de vue-là est dominant, et nos dirigeants se disent : « allez, testons, ça va créer du business et donc de l’emploi ». Ce sont les besoins des entreprises qui sont écoutés avant les besoins des gens. Ouvrir des marchés, c’est difficile de résister à ça. En même temps, les politiques se rendent compte qu’ils ne peuvent pas continuer à tout numériser. Même la Chine a réglementé le nombre d’heures que la population peut passer devant des jeux vidéo, car cela devient un problème social. Pas seulement un problème apparenté aux pauvres qu’il faut aider, mais un véritable danger pour le peuple tout entier.

S.D. : Oui, car face à des pertes de capacités, l’explosion des burn-outs, et des problèmes de santé publique, et mentale en l’occurrence, liés au numérique par défaut, le monde politique va devoir bouger parce que cela devient trop dangereux.

Mathieu Michel avait échangé avec le Comité Humain du Numérique, en mai dernier, dans les Marolles. Il avait même commenté le Code du Numérique.

Que retenez-vous de vos rencontres avec le monde politique, à savoir Mathieu Michel, Elke Vandenbrandt, ou Bernard Clerfayt[1] ?

A.J.: Je me rappelle que quand certains citoyens, qui n’ont pas les codes du débat, s’exprimaient, cela faisait un peu peur aux politiques. Leur préoccupation ne se manifestera d’ailleurs que s’il y a des soulèvements à leur endroit car leur mandat sera alors en danger. Pour les politiques, ce n’était pas une problématique clairement identifiée, c’est donc motivant parce que notre type d’initiative peut faire bouger les choses. Même si l’ordonnance proposée n’est pas optimiste.

Justement, vous avez signé cette Carte blanche qui s’oppose à l’Ordonnance « Bruxelles numérique » proposée par le cabinet de Bernard Clerfayt .

A.J. : On l’a signée et je pense qu’au niveau politique, des contacts plus fluides vont se développer mais concrètement, c’est difficile de savoir ce que ça va produire. On félicite l’excellente organisation de Lire et Ecrire qui a fait le lien entre les différentes associations. C’est hyper impressionnant l’investissement qu’ils ont mis dans cette démarche. Au niveau démocratique, il faut que des guichets physiques restent disponibles pour tous et que ce point soit protégé.

S.D. : Certains professionnels de première ligne ont déjà du mal à gérer l’aspect guichet physique et la gestion numérique des dossiers, parce que même le numérique demande des moyens humains. C’est ça qui est complexe à gérer. A la Tour des Finances, les bureaux rouvrent mais certains employés y retournent à contre-cœur. Ils se rendent compte qu’ils sont plus à l’aise derrière leur ordinateur. Il faut continuer à garder nos compétences humaines. Pendant la crise Covid, on l’a bien vu, de nombreux travailleurs sont allés au-delà du cadre qu’on leur donnait. Il faut plein de modes d’actions différentes. On se rassemble et on se renforce mutuellement. Écrire une Carte blanche pour s’opposer à une ordonnance, c’est très important. Faire des actions créatives, c’est aussi essentiel. Tout se complète et se répond et il faut continuer comme ça !

La numérisation pose des questions démocratiques essentielles. Au vu du baromètre d’inclusion numérique de la Fondation Roi Baudoin, « 46% de la population sont en situation de vulnérabilité numérique ».

A.J. : S’il y a plus de 40% de citoyens qui sont vulnérable face au numérique, le constat est clair : utiliser le numérique n’est pas démocratique. Si une entreprise ne se rend disponible que par numérique, il y a là un non-respect de règles d’accessibilité pour une partie de la population. Sur la question de la communication, ce sont les entreprises qui gagnent : mais ne pas se rendre joignable pour tout le monde, cela ne devrait-il pas être interdit ?

S.D. : Il faut revenir aux principes de bases, ce sont aux machines de s’adapter aux humains et pas l’inverse, voilà sur quoi on base nos revendications.

Un autre problème est lié au langage bureaucratique (choix multiples, accès au wifi, à du matériel (lecteur de carte, etc.)). On n’est pas tous égaux face à ces nécessités que la numérisation impose.

A.J. : Pour beaucoup de gens, c’est grâce à leur présence physique qu’ils parviennent à s’intégrer dans la société. Si vous ne savez pas bien parler français, si vous ne savez pas lire et écrire, si vous n’avez pas beaucoup d’argent, il faut trouver des techniques face à la personne au guichet pour arriver à ses fins. En la faisant rire, on peut être écouté. Ces moyens parfois désespérés, en ultime recours, ils existaient encore, mais les gens en sont maintenant privés. Envoyez un mail qu’on leur dit. Il n’y a plus de face-à-face. Une déclaration désespérée par mail, par exemple ‘j’hésite à me suicider’, n’a pas la même portée que dans un rapport humain de base.

S.D. : La violence est d’autant plus grande, qu’on ferme totalement la possibilité de dialogue humain. Couper le droit de ton corps, de pouvoir parler à quelqu’un, c’est terriblement violent. Et en plus, la question de la violence, la frustration, la colère, elle retombe toujours sur les plus fragiles, les femmes, les minorités. Quels rôles ont joué la numérisation et l’inaccessibilité aux droits dans cette violence aussi ?

Interview réalisée et mise en forme par Pierre Vangrootloon

(Causes Toujours tient également à remercier Georges et Ahmad pour leur temps et leurs éclairages)


[1]Respectivement le Secrétaire d’État à la Digitalisation, chargé de la Simplification administrative, de la Protection de la vie privée ; la Ministre bruxelloise de la Mobilité ; et le Ministre bruxellois de la Transition numérique

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Quelle valeur historique et/ou journalistique pour les images tournées à l’aide de smartphones ? https://www.causestoujours.be/quelle-valeur-historique-et-ou-journalistique-pour-les-images-tournees-a-laide-de-smartphones/ https://www.causestoujours.be/quelle-valeur-historique-et-ou-journalistique-pour-les-images-tournees-a-laide-de-smartphones/#respond Mon, 31 Oct 2022 11:07:29 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4220 Dans toutes les mains, dans toutes les poches, les smartphones précipitent notre immersion dans l’ère numérique, à l’instar de la numérisation forcenée des services ou de la crise sanitaire. Les smartphones ou le symbole de notre complicité à la révolution technologique, l’interface entre l’humain et l’information personnalisée, décontextualisée, géolocalisée, consommée. Au-delà d’un usage passif, ces extensions quasi cronenbergiennes du corps humain sont le vecteur pour tout à chacun du partage d’informations (photos, vidéos, sons) que l’on jugera bon de jeter en pâture à la face du monde, qu’il s’agisse d’un chaton trop kawaï ou d’images d’exactions militaires.

De cette orgie de pixels, des enquêteurs, des chercheurs, des journalistes ou même des citoyens effectuent un devoir logique de filtrage, de vérification, de hiérarchisation, d’attention à certaines informations qui risqueraient d’être noyées dans la masse. Leurs remises en contexte et autres commentaires éclairés sont plus que jamais essentiels pour mettre en valeur une partie de ces informations, dont le mode de diffusion amoindrit la puissance d’impact, ou a contrario, essentiels pour démonter certaines autres infos placées en tête de gondole par les algorithmes opaques du net. Encore une fois, il s’agit de prendre le temps de s’extraire du flux, de réfléchir, de ralentir, alors que l’ensemble de la culture technologique élève la rapidité en vertu.

Après cette introduction, amère reflet d’une société qui peine à reprendre son souffle après la pandémie, remettons en contexte. Le 10 juin dernier le GSARA a organisé, dans le cadre du 5ème « Festival online des réalités sociales COUPE CIRCUIT », une émission de réflexion autour de la valeur journalistique et/ou historique des images tournées à l’aide des smartphones. En compagnie d’Aurélie Aubert (Maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication, spécialiste du journalisme numérique – Université Paris 8), Gaëtan Gras (Enseignant et journaliste, Institut des Hautes Études des Communications Sociales) et Philippe Dam (Directeur plaidoyer auprès de l’Union Européenne pour l’ONG Human Rights Watch) nous avons parlé d’objectivité journalistique, de fake news, de journalisme citoyen. L’émission est disponible en replay, mais nous vous proposons ici d’en extraire quelques morceaux choisis.

LES IMAGES MISES EN DOUTE

Dans un contexte de crise doublé de l’afflux perpétuel de sources d’informations, les images tournées à l’aide de smartphones sont constamment soumises à suspicion, mises en doute. En tant que témoignages d’événements, ce nouveau type d’images pose-il de nouvelles questions ou s’agit-il de vieilles problématiques adaptées à de nouveaux moyens ?

Aurélie Aubert : « Les fausses informations, les rumeurs, en un mot la propagande, ça a toujours existé. Certes les images sont beaucoup plus accessibles, et c’est aussi techniquement beaucoup plus facile de les trafiquer. Aujourd’hui nous avons des mécanismes pour démonter ces fausses informations, notamment le fact-checking dans les rédactions, même si paradoxalement cela met davantage en valeur certaines fausses informations. C’est à dire votre journal préféré fait un focus sur une fake news pour essayer de la démonter et ça lui donne plus de publicité, ça c’est un peu nouveau. (…) Mais la méfiance vis-à-vis des médias est ancienne. On considère que l’âge d’or de la presse s’est arrêté en 1914. À cette date précise, les médias ont commencé à raconter n’importe quoi sur la guerre 14-18 et c’est à partir de là qu’on voit baisser la confiance dans les médias. D’une manière générale, le manque de confiance dans les élites, qu’elles soient politiques, journalistiques, dans la justice, l’enseignement, cela date des années 80, 90 et puis ça s’accentue. Nous sommes dans un mouvement de fond. (…) L’éducation aux médias est centrale, on voit bien que nos étudiants ont parfois du mal à repérer d’où vient l’information parce qu’elle est très courte, décontextualisée. D’un autre côté, les médias sont victimes de leur succès, c’est à dire que l’on consomme de plus en plus d’informations. Plus vous avez de gens qui consomment, plus vous avez de possibilités de vous tromper, de mal interpréter. »

LE BIAIS SUBJECTIF

Via smartphone ou ordinateur, le nombre de filmeurs, rédacteurs et diffuseurs d’informations a explosé. Chaque utilisateur du web, avec son vécu, ses valeurs, ses intentions dans l’usage des réseaux sociaux (sa recherche plus ou moins grande de l’attention), peut produire de l’information. Nous sommes donc face à l’expression d’un « moi », et les récepteurs d’informations doivent prendre en compte ce biais subjectif individualisé, là où un journal, un média, possède sa propre ligne éditoriale, sa propre coloration idéologique qui était connue par le récepteur.

Aurélie Aubert : «  Même le journaliste professionnel est subjectif, il arrive avec ses valeurs, avec ce à quoi il est formé, ce à quoi il croit, le média pour lequel il travaille… Même quand on pense travailler avec des informations neutres telles que des données de géolocalisation, en réalité ce sont des données qui appartiennent à quelqu’un. Si un journaliste veut utiliser une base de données d’un organisme public, les hôpitaux ou la police d’une ville, ces données sont construites, via une manière de les avoir collectées, compilées. L’information n’est jamais totalement neutre, on la récupère via des données d’un satellite et si l’État veut vous en barrer l’accès il le peut bien sûr. La neutralité totale n’existe pas. »

Gaëtan Gras : « D’ailleurs souvent on préfère le terme « honnêteté » à celui de « subjectivité ». À partir du moment où un journaliste traite une information il arrive avec un bagage privé et professionnel dans son traitement. Ce qu’on attend de lui c’est plutôt une honnêteté vis à vis des faits relatés. Nous ne sommes  jamais à l’abri d’une manipulation. Les métadonnées peuvent être trafiquées par exemple. Il y a toujours une distance à avoir vis à vis du fait avant de le transformer en information. »

RÉCEPTION / DÉCONTEXTUALISATION

L’interaction entre l’émetteur et le récepteur n’a jamais été aussi rapide. Avec nos nouveaux modes de consommation, les images se trouvent décontextualisées et leur force souvent amoindrie. Dans son film Un Pays qui se tient sage (2020), le journaliste David Dufresne projette des images de violences policières et propose à des témoins de les commenter. Il s’agit de sortir ces documents de leur usage direct et individuel, pour leur redonner leur puissance, leur importance. Le rôle du journaliste reste donc central pour reprendre ces informations, les remettre en contexte et prendre le temps de l’analyse.

Extrait du film « UN PAYS QUI SE TIENT SAGE » de David Dufresne.

Gaëtan Gras : « C’est toute l’importance du travail journalistique qui est effectué. Toute l’importance de la recontextualisation des informations. Il faut prendre le temps de l’analyse et du traitement et ce même si cela devient de plus en plus compliqué dans le contexte journalistique parce qu’effectivement, cela demande un gros investissement de détacher des journalistes pour faire ce travail de fond. On en arrive au problème socio-économique de la presse : a-t-elle encore les épaules financières pour fournir ce travail au long cours ? Selon moi, c’est un combat à deux vitesses. D’un côté on traite l’information très rapidement pour expliquer en temps réel ce qui se passe et de l’autre côté il y a ce travail sur le temps long, davantage dans l’analyse. »

Au delà de la transmission d’informations, Philippe Dam, de l’ONG Human Rights Watch, donne un exemple qui démontre l’importance historique de ce travail de recherche au long cours : « Aujourd’hui Human Rights Watch a sorti un rapport sur les attaques à Tcherniguiv au nord de l’Ukraine, on a pris trois mois pour enquêter, documenter, récolter des preuves, interroger des victimes, utiliser certains contenus vidéos et photos pour arriver à ces conclusions. Et c’est fondamental que notre organisation ou les médias prenions ce temps pour présenter ces informations et fassions en sorte que ces informations soient encore valables plusieurs semaines, plusieurs mois après les faits eux-mêmes. Il ne s’agit pas seulement d’avoir les informations brutes mais aussi revenir en arrière pour avoir une analyse plus construite, plus globale sur ce qui s’est passé. »

L’OPEN SOURCE INTELLIGENCE ou OSINT.

L’une des missions de Philippe Dam au sein de Human Rights Watch consiste à constituer des dossiers judiciaires recevables devant une cour pénale internationale. Ces dernières années, les images collectées sur internet constituent un nouvel apport primordial: « Nous documentons les violations des droits humains. Pour nous, l’imagerie, les vidéos s’ajoutent aux preuves initiales (témoignages des victimes, expertises de terrain), on utilise les photos et les vidéos récoltées sur les réseaux sociaux mais aussi sur des canaux tels que Telegram, ou encore de l’imagerie satellite afin de corroborer ces sources. Dans ce but, nous avons créé il y a quelques années un « Digital Investigation Lab » dans lequel des experts procèdent étape par étape pour collecter ces documents et les utiliser dans une recherche qui soit crédible et approfondie.

La plupart des données utilisées sont dites Open Source c’est à dire qu’elles sont disponibles librement et ouvertement sur internet. Nous n’utilisons pas seulement ces données, mais parfois d’autres qui nous sont fournies directement par les victimes. Les défis sont nombreux: d’abord ceux de la collection de ces images, comment agréger le contenu afin qu’il soit utilisable dans le cadre de nos enquêtes ? Pas simple de collecter ces documents de la manière la plus inclusive, mais aussi la plus étroite possible, parce que documenter l’ensemble de ces sources peut devenir complètement ingérable pour des petites équipes d’experts qui ensuite analysent leurs contenus. »

Gaëtan Gras précise : « L’Open Source exploite toutes les sources d’informations qui sont accessibles au public. Principalement numériques, elles peuvent être parfois physiques, des archives, une bibliothèque, des journaux, c’est un condensé de toutes ces informations qui sont librement accessibles pour le public. Ce qui différencie un simple utilisateur d’experts tels que ceux du Digital Investigation Lab de Human Rights Watch, ce sont aussi les capacités physiques et technologiques pour automatiser certains processus de récolte et de traitement de ces informations, étant donnée la quantité de données qu’il y a de temps en temps à aspirer. »

Outre le défi technique de la collecte pure, Philippe Dam détaille le processus de vérification des images : « Par la suite, nos analyses consistent à vérifier que ces images n’ont pas été modifiées de façon malveillante, à les authentifier en utilisant des métadonnées qui confirment l’heure ou le lieu de captation de ces images, grâce entre autres à des caractéristiques visuelles, comme par exemple le climat, la lumière, qui peuvent confirmer l’heure à laquelle l’image a été faite. »

L’ensemble de ces pratiques d’utilisation et de recoupement des données Open Source pour vérifier des informations est appelé communément OSINT, pour « Open Source Intelligence », Gaëtan Gras détaille: « À la base c’est une discipline empruntée aux services de renseignements, mais elle est désormais utilisée par n’importe qui : un service R.H. qui veut vérifier les compétences d’un potentiel candidat, les forces de l’ordre pour faire de la reconnaissance sur une cible, et maintenant les journalistes qui en ont emprunté certaines techniques pour récolter des informations ou nourrir leurs récits. »

Pour décrire précisément ce qu’est le « Journalisme Open Source », nous nous penchons sur le cas du site web de journalisme d’investigation BellingCat qui publie des résultats d’enquêtes de journalistes professionnels et citoyens sur les zones de guerre, les violations des droits de l’homme et la criminalité financière. L’un de leurs coups d’éclat fut de constituer une série de preuves inculpant des miliciens séparatistes pro-russes combattant en Ukraine dans la tragédie du crash du vol Amsterdam-Kuala Lumpur de Malaysia Airlines en 2014. L’extrait suivant est particulièrement éloquent sur leurs méthodes :

Entre fascination pour la méthode et peur de la surveillance généralisée, la frontière entre document « Open Source » ou document protégé semble particulièrement poreuse, questionnable, facilement outrepassée ou remise en question.

Gaëtan Gras : « L’OSINT n’est pas un système de hacking, on ne pénètre pas dans des systèmes, on ne pénètre pas sur des plateformes protégées par des logins, par des mots de passe ou un quelconque système d’authentification. (…) Dès qu’on identifie un système d’identification ou qu’on voit « intranet » dans l’URL, ce genre de signaux d’alerte, c’est le moment de s’arrêter, l’étape à ne pas franchir pour rester dans les clous de la légalité. »

UN OUTIL SUPPLÉMENTAIRE

Certains observateurs y voient l’avenir du journalisme et nous irions vers la fin de l’envoi de journalistes à l’étranger. De ce fait, tout ce qui n’est pas traduisible en données numériques est-il condamné à n’être repris nulle part, effacé de la mémoire collective, de l’histoire officielle ?

Aurélie Aubert : « Je ne pense pas du tout que cela vienne remplacer le journalisme traditionnel, bien au contraire. j’ai tendance à penser que tous ces types de journalisme peuvent tout à fait cohabiter. On a besoin  de journalistes qui savent traiter les documents en Open Source, et on a besoin de journalistes sur le terrain. La guerre en Ukraine l’a montré, ce sont des journalistes très expérimentés qui vont sur place, qui ramènent les images, ce sont celles là que l’on voit majoritairement via la télévision (qui reste le média principal) et on a tendance à surestimer tout ce qu’il y a sur le web. (…) Il y aura toujours besoin de journalistes qui vont sur le terrain. Il est nécessaire de comprendre d’où viennent les vidéos partagées, comment elles ont été tournées, par quel biais elles parviennent aux journalistes, etc. Tout ça ce sont des choses qu’il faut apprendre et cela s’apprend de plus en plus dans les écoles de journalisme. »

Philippe Dam : « Les photos, les vidéos seules, d’après notre perspective, ne peuvent pas constituer des preuves uniques, elles s’ajoutent, permettent de compiler plusieurs faisceaux d’indices qui nous permettent d’arriver à nos conclusions. La recherche sur le terrain est essentielle pour le travail que nous menons et que mènent d’autres enquêteurs que ce soient des journalistes, d’autres O.N.G.s ou les procureurs de systèmes judiciaires nationaux ou internationaux. »

L’INTÉGRALITÉ DE LA VIDÉO :

Propos recueillis et mis en forme par Olivier Grinnaert

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Les enjeux numériques dans le secteur de l’insertion socio-professionnelle https://www.causestoujours.be/les-enjeux-numeriques-dans-le-secteur-de-linsertion-socio-professionnelle/ Mon, 31 Oct 2022 11:03:30 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4216 Peu importent la filière et le secteur professionnel concernés, les Centres d’Insertion Socio-Professionnelle (CISP) sont là pour proposer des formations alternatives. Pas uniquement basées sur le savoir et les compétences, elle proposent un cursus pratique pour permettre une réinsertion sociale et professionnelle pour les demandeurs.euses d’emploi qui souhaitent se réorienter ou simplement se former dans un secteur précis.

Le secteur de l’insertion socioprofessionnelle accueille un public souvent précarisé, que ce soit au niveau social ou économique, et qui est rarement sensibilisé aux questions numériques.

Ce public est composé principalement de personnes reculées du monde de l’emploi. Les raisons de cet éloignement peuvent être multiples : manque de qualifications professionnelles, personnes n’ayant pas trouvé leurs marques dans le système scolaire classique ou en situation de décrochage scolaire, personnes avec des parcours de vie accidentés, reconversions professionnelles après des années de travail dans un autre secteur, … autant de raisons individuelles menant peu à peu à une marginalisation et une mise à l’écart par la société.

Les problèmes économiques et le capital culturel moindre (ou plus populaire) font que ces personnes ont généralement un accès limité aux outils numériques et, s’ils ont du matériel, le plus souvent, leurs connaissances numériques sont superficielles[1] . De nombreux lieux offrent pourtant un accès au matériel et des formations gratuites via, par exemple, les Espaces Publics Numériques (dans les maisons de quartier, les bibliothèques…), mais il n’est pas rare de constater que ces personnes ne se sentent pas légitimes et osent difficilement passer le cap.

Comme pour une large majorité de la société, dans le secteur des Centres d’Insertion Socio- Professionnelle, la période COVID a été vécue comme un véritable séisme. Le public, déjà fragilisé socialement, a été confiné chez lui avec rarement d’autres moyens de garder le contact qu’avec un smartphone et les applications les plus connues comme Facebook, Messenger ou Whatsapp, pour ceux qui avaient les moyens de s’acheter de la data ou qui disposaient d’un abonnement internet à la maison.

Si la socialisation a été rompue pour de nombreux stagiaires[2], il en a été de même pour le nouveau parcours professionnel sur lequel ils misaient. En effet, les formations ont été interrompues près de deux mois et il a été difficile de reprendre le cursus de formation pour de nombreux centres. Que ce soit lié à la réglementation du secteur ISP ou au fait que de nombreuses personnes envisagent seulement une année de formation pour se réorienter – la priorité pour elles étant de retrouver un emploi rapidement – cette année a été considérée comme « perdue » pour beaucoup d’entre elles. 

De son côté, dans un premier temps, le secteur a réagi avec les moyens du bord, selon les urgences. La priorité était de ne pas perdre le contact avec les stagiaires. Un vrai travail psychosocial individuel et collectif a été organisé durant l’ensemble des formations afin de travailler avec les stagiaires sur leurs freins, leur confiance en eux ainsi que sur les difficultés sociales et économiques qu’ils rencontraient. L’enjeu était donc de ne pas « perdre » ces participants et de ne pas les abandonner, comme ils l’ont déjà souvent été durant leur parcours de vie.

La mobilisation des travailleurs s’est axée sur plusieurs points. Tandis que le secteur s’interrogeait sur la manière de maintenir le lien social en les appelant régulièrement, en prenant de leurs nouvelles via les réseaux sociaux, voire en proposant des visios en groupe lorsque c’était possible, une problématique prioritaire s’est imposée : le soutien alimentaire. En croisant les informations avec les secteurs de l’Éducation Permanente, du culturel et secteurs sociaux en général, il s’est avéré qu’un nombre grandissant de bénéficiaires rencontraient des problèmes économiques et ne pouvaient plus nourrir leur famille. Durant cette période, des initiatives collectives ont vu le jour. Par exemple à La Louvière, où une « Plateforme COVID » associative s’est mise en place afin d’organiser les distributions de colis alimentaires, en soutien aux petites structures existantes qui se sont retrouvées surchargées du jour au lendemain. Cette Plateforme a été l’occasion de pouvoir échanger à propos des difficultés mais aussi des solutions testées par chacun des opérateurs afin de garder contact avec leurs différents publics.

Parallèlement à cette mobilisation sociale, les équipes pédagogiques ont tenté de mettre en place des formations de substitution, en espérant ne pas perdre le lien avec les stagiaires et pouvoir continuer de les soutenir dans leurs apprentissages.

Si la question pour les EFT[3] a été plus compliquée par leur nature même (métiers manuels notamment) et que les suivis de formations ont été principalement soutenus au niveau psycho-social, les DéFI[4] ont tenté de délivrer les cours plus théoriques sous différentes formes : exercices papiers via courrier, applications et messageries, … le tout dans l’urgence.

Dans un deuxième temps, les CISP se sont organisés et ont commencé à chercher des solutions pour mettre en place de vraies formations à distance. Des cours ont été placés sur des blogs ou des sites Internet, certains sont passés par le téléphone, en individuel, d’autres ont tenté les première visios, avec plus ou moins de succès. C’était une découverte pour tous, au niveau de la manière de faire, mais aussi au niveau des compétences techniques. Un énorme travail pédagogique a été réalisé par les équipes en place pour réussir à proposer, malgré tout, une formation dans ces conditions.

La mise en place de ces formations à distance s’est heurté à plusieurs problèmes, dont principalement, la fracture numérique. Si les équipes de travailleurs en ISP ont dû se former sur le tas et réorganiser les cours, les stagiaires ont été évidemment aussi impactés. Comme expliqué précédemment, même si certains étaient équipés d’outils relativement corrects et adaptés, c’était loin d’être le cas pour la majorité d’entre eux. Et même quand c’était le cas, se posait alors la question du manque de connaissances numériques, voire de l’analphabétisme numérique.

Le second frein lié à la formation à distance était la vie familiale. Difficile de se concentrer lorsque les enfants et/ou les conjoints sont à domicile. Au-delà du bruit et de la vie en communauté, lorsque le ménage disposait d’outils numériques, ceux-ci étaient généralement mis à disposition des enfants pour l’école et les classes virtuelles. Les inégalités sociales, au travers de la fracture numérique et de la formation à distance sont révélées frontalement dans l’intimité des gens. Car, si dans les formations en présentiel, le matériel est fourni et que donc chaque stagiaire dispose des mêmes outils d’apprentissage, la formation a distance a transposé les inégalités économiques et culturelles au sein même de la formation, celle-ci s’étant frayé un chemin dans la vie personnelle des stagiaires.

Pour répondre à cette problématique, les opérateurs, comme les services publics, ont cherché des solutions. Certains CISP ont investi dans du matériel portable sur fond propre, et d’autres ont créé des partenariats ou trouvé des sponsorings avec des entreprises pour financer des ordinateurs ou des connexions internet dès le premier déconfinement partiel. En effet, même s’il était possible de ressortir de chez soi, les formations n’ont pas pu reprendre dans les conditions normales et les CISP ont dû improviser des solutions pour leurs publics.

Contraints par la Région wallonne de continuer la formation à distance (sauf exceptions) en 2021, les CISP ont bénéficié d’une subvention spécifique appelée « coup de pouce numérique » destinée à l’achat d’ordinateurs portables.  Une aide indéniable, mais concrètement, pour certaines filières, la formation à distance restait compliquée. Cela a demandé aux équipes en place une grande adaptation pédagogique mais surtout, cela n’a pas réglé tous les problèmes puisque tout ne peut être appris sur ordinateur. Certaines filières (orientation, bureautique, …) ont d’ailleurs eu plus de facilités à travailler en FAD que d’autres car les cours étaient plus facilement « adaptables ».

Les formations ont maintenant repris quasi normalement et les différents opérateurs peuvent enfin prendre un peu de recul face à la crise vécue durant près de deux ans pour en tirer des constats. Malgré toutes les difficultés, le secteur s’est accroché et a mis en place une dynamique nouvelle à travers ces outils numériques. Il faut souligner que le public lui-même a fait preuve de résilience et d’adaptabilité.

Le numérique a été une des solutions pour garder le contact, le lien avec les publics et pour ne pas couper l’aspect social et les projets professionnels des bénéficiaires. Pour autant, de nombreuses interrogations quant à son utilisation restent en suspens.

Si le digital a permis d’assurer a minima un suivi psycho-social, s’est posé la question du caractère synthétique, artificiel de ces rencontres. Au fur et à mesure des mois, l’enthousiasme a fait place à la lassitude et, force est de constater que les échanges en visio n’égalent jamais ceux en présentiel. Une barrière subsiste entre les personnes, et les travailleurs sociaux font face à une plus grande réserve des stagiaires que lorsqu’ils ont la personne directement devant eux.

Les cours collectifs à distance ont eux aussi été remis en question. Lorsque les participants font entrer leur intimité dans le cadre de la formation (cadre de vie, contexte familial et les difficultés de concentration que cela peut amener) via leur webcam, on peut aussi s’interroger sur la place que prend une formation professionnelle dans un tel contexte. Pour résoudre cela, évidemment, il existe des fonds et des filtres pour anonymiser les décors, mais suivre une formation dans un cadre professionnel et suivre une formation à distance, chez soi, dans un cadre privé n’a pas le même impact. Que ce soit au niveau de la qualité du cursus ou de la cohésion de groupe, il y a des choses qui ne peuvent se retranscrire par le virtuel.

De nombreux centres envisagent de maintenir certains modules à distance afin de développer les compétences de télétravail qui semblent maintenant incontournables. Mais le secteur s’interroge malgré tout sur la pertinence de développer ce volet car, même si des moyens ont été mis en place pour travailler avec les publics sur la fracture numérique, celle-ci n’a pas disparu pour autant. Et c’est à la source que les problèmes sont les plus criants. Les secteurs publics et privés numérisent à tout va, comme s’ils partaient du postulat que l’accès au numérique était un acquis et poussent l’entièreté de la population à les suivre. Mais que faire pour les personnes qui n’ont pas accès à internet de manière personnelle ? Que faire pour les personnes n’ayant pas les codes du numérique ? Évidemment des structures travaillent et sont ouvertes à tou.tes, que ce soient les EPN ou les opérateurs PMTIC. Mais ces derniers mois, on se demande où sont passés les publics et il serait intéressant de se pencher sur la désertion de ces espaces, malgré les moyens dégagés pour les rendre visibles.

Alors que le Forem passe au Figital[5] pour contacter les demandeurs.euses d’emploi, comment faire pour ne pas passer à côté de la population qui n’a pas accès au numérique ? Si les personnes adressées aux CISP ne sont contactées que par le biais d’internet, comment les autres vont être prises en charge et soutenues dans leurs démarches professionnelles ? Pour les formations, le recrutement continue, mais il semble que, de plus en plus, les personnes concernées soient aux abonnés absents. Comment faire pour que cette tranche de la population ne soit pas laissée sur le bord de la route, à nouveau ? N’est-ce pas déjà le cas lorsque la population contacte son administration communale pour un rendez-vous et qu’elle est invitée à réserver un créneau horaire via le net et uniquement par ce biais ?

Alors que tous les services tendent vers le numérique et la simplification administrative, on peut se demander si nous n’allons pas inexorablement vers une marginalisation accrue des personnes précarisées et souffrant de fracture numérique, aggravant par là les inégalités sociales déjà existantes.

Lindsay Dumma, Responsable régionale GSARA La Louvière


[1] Cette dernière constatation s’appliquant par ailleurs à une grande partie de la population, même si l’accès aux outils s’est largement répandu ces dernières années, via tablettes et smartphones

[2] Par stagiaire est entendue la personne sous contrat de formation avec un CISP

[3]   Entreprises de Formation par le Travail

[4]   Démarche de Formation et d’Insertion, qui proposent des formations en alphabétisation, en orientation professionnelle ou dans des secteurs comme la vente, la bureautique, les services aux personnes,…

[5] Expression – anglicisme tirée du marketing :Méthode de vente qui associe un point de vente physique et l’accès à internet. Dématérialisation et limitation des contacts physiques en passant par les outils numériques.

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REPORTAGE RADIOPHONIQUE : En 2021, les Jurys Citoyens s’exportent ! https://www.causestoujours.be/reportage-radiophonique-en-2021-les-jurys-citoyens-sexportent/ Thu, 18 Nov 2021 16:10:39 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4022 Depuis 2015, le GSARA met en place des jurys citoyens dans le cadre des festivals dont il est à l’origine : d’abord le festival du documentaire Filmer à tout prix, puis le festival online des réalités sociales Coupe Circuit.

En 2021, nous avons tenté une nouvelle expérience : exporter notre savoir-faire et nos objectifs de citoyenneté active, d’expression culturelle et d’éducation aux médias vers d’autres festivals de cinéma reconnus en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le document suivant retrace les grandes lignes de ces ateliers exceptionnels, entremêlant les voix de participants aux ateliers, d’encadrants et de partenaires.

Bonne écoute !

Réalisation : Olivier Grinnaert.
Montage : Olivier Grinnaert & Maxime Thomas.
Mixage : Maxime Thomas.

Lien vers l’émission spéciale de Radio Maritime consacrée au jury citoyen bruxellois et à leur rencontre avec Hans Vannetelbosch, réalisateur de Beau Monde, le film qu’ils ont primé : https://www.radiopanik.org/emissions/radio-maritime/le-jury-citoyen-debrief-/

Le programme « Jurys Citoyens » est organisé par le département Éducation Permanente du GSARA asbl avec l’aide de la Cellule P.C.I. de la Fédération Wallonie Bruxelles.

Pour plus d’informations, contactez Olivier Grinnaert, coordinateur en éducation permanente, au 02.250.13.16 ou olivier.grinnaert@gsara.be

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Les dark patterns ou « designs trompeurs » : la manipulation de l’utilisateur sur internet https://www.causestoujours.be/les-dark-patterns-ou-designs-trompeurs-la-manipulation-de-lutilisateur-sur-internet/ Thu, 18 Nov 2021 16:09:57 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=3997 Plus de trois ans après l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données, il n’aura échappé à personne que certains acteurs du numérique ont développé certaines parades pour continuer à récolter un maximum de données à caractère personnel. Ils ont notamment recours à des « dark patterns », une expression qui désigne l’utilisation d’un certain langage ou design d’interface pour un site internet ou une application afin de manipuler les utilisateurs. Si l’on peut parfois arriver à la conclusion que certains « darks patterns » sont bien en contradiction avec certaines règles du RGPD, et notamment le fameux principe de « privacy by design », il n’en reste pas moins que la lutte contre ces pratiques passera nécessairement par une étude approfondie des mécanismes cognitifs sous-jacents à la prise de décision chez l’utilisateur.

Cet article est une version édulcorée et mise à jour de P.-O. Pielaet intitulée « La privacy by design à l’épreuve des dark patterns » publiée dans l’édition 2021 de la Revue du Droit des Technologies de l’Information. Disponible sur https://www.larcier.com/fr/revue-du-droit-des-technologies-de-l-information-r-d-t-i.html.

Pierre-Olivier Pielaet

Avocat au Barreau du Brabant wallon et chercheur au CRIDS-Nadi à l’Université de Namur. Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n’engagent aucunement l’Université de Namur.

1. Introduction

La numérisation sans cesse croissante de notre société par les ordinateurs, smartphones et autres objets connectés (Internet of Things) et les potentiels profits résultant du traitement des données générées ont progressivement révélé la tension entre deux intérêts absolument antinomiques. En effet, le capitalisme de surveillance — pour reprendre l’expression de Shoshana Zuboff1 — entretenu par certaines entreprises du secteur privé se caractérise par une collecte toujours plus massive et une analyse de plus en plus perfectionnée de données pour comprendre, prédire et in fine influencer les comportements. Pour sa part, le législateur européen s’emploie, en réaction, à renforcer la protection du citoyen en votant notamment le règlement général sur la protection des données (« RGPD » ci-après) considéré comme « le » dispositif qui va véritablement rendre le contrôle de leurs données aux utilisateurs.
Expression flagrante de cette approche d’empowerment de la personne concernée, le consentement au traitement de données s’est vu attribuer une place particulièrement importante au sein de ce dispositif normatif, dès lors qu’il constitue l’un des fondements juridiques pour le traitement de données à caractère personnel. Par ailleurs, conscient de l’opacité caractérisée des traitements de données pour les personnes concernées et de l’importance du design dans la protection de leurs droits fondamentaux, le législateur européen a consacré le principe de protection des données « dès la conception » ou « privacy by design », imposant aux responsables de traitement de mettre en œuvre, à tous les stades de la conception d’un projet, les mesures techniques et organisationnelles nécessaires à la protection de la vie privée des personnes concernées.
Ce fameux principe de « privacy by design » semble aujourd’hui être remis en question par les intérêts économiques divergents du secteur privé qui, en usant d’une certaine ingéniosité pour poursuivre la collecte massive de données, n’hésite pas à jouer avec la frontière de la légalité2. Une des méthodes employées à cette fin consiste à recourir à des « dark patterns », des designs d’interface spécialement conçus pour influencer le consentement des utilisateurs aux traitements de leurs données à caractère personnel.
Dans le cadre de la présente contribution, nous nous contenterons d’introduire brièvement le concept de nudge et d’illustrer plus concrètement le phénomène de dark pattern. Pour le surplus, nous renvoyons le lecteur à l’article « La privacy by design à l’épreuve des dark patterns ».

2. De la théorie du nudge aux « dark patterns »

La théorie du nudge3 repose sur le postulat que l’être humain, contrairement à ce qu’affirmait jusqu’alors la théorie classique de l’être « économique »4, agit de manière tendanciellement irrationnelle. Partant de ce constat, l’idée originelle de Thaler et Sustein consistait à concevoir une méthode douce destinée à orienter le comportement de l’individu et l’inviter à prendre des décisions qui lui seraient bénéfiques, par exemple en matière de santé ou d’environnement, sans pour autant altérer sa liberté de choix5.

Les exemples de nudge sont nombreux. Le plus connu d’entre eux est certainement celui de la petite mouche placée au centre des urinoirs qui invite les hommes à uriner sur l’insecte afin d’éviter les éclaboussures. Un autre exemple relativement répandu est celui des filets/poubelles placés en bord de route afin d’inciter de façon ludique les conducteurs à y jeter leurs déchets — à la manière d’un lancer dans un panier de basket — plutôt que de les disséminer dans la nature.

Transposé en langage informatique, le nudge a fourni aux entreprises générant des profits grâce aux données un moyen efficace pour collecter les données à caractère personnel des utilisateurs.

En effet, certains sites internet conçoivent le design de leur interface de telle manière à orienter le comportement de l’utilisateur et l’inciter, voire l’obliger dans certains cas, à fournir plus de données que nécessaire. Tel est précisément l’objectif poursuivi par les dark patterns.

3. Le consentement au traitement de données à caractère personnel et le principe de privacy by design

Comme indiqué supra, le consentement au traitement de données à caractère personnel constitue une des bases de licéité de l’article 6 du RGPD.
Pour que le traitement de données à caractère personnel soit licite lorsqu’il s’appuie sur ce fondement, le consentement de la personne concernée doit répondre à quatre exigences à savoir celles d’un consentement libre, informé, spécifique et univoque (voy. infra).
Pour sa part, le principe de privacy by design prévu à l’article 25 du RGPD impose au responsable du traitement de mettre en œuvre les mesures techniques et organisationnelles « destinées à intégrer les garanties en matière de protection des données de façon effective afin de se conformer au règlement et de protéger les droits fondamentaux des personnes dont les données sont traitées »6.
Quel lien avec le consentement me direz-vous ?
En réalité, sur internet, la « qualité » du consentement recueilli dépendra considérablement du cadre technique dans lequel il est implémenté. En effet, techniquement parlant, il est relativement aisé de manipuler le design de l’interface, le langage utilisé et les options laissées ou non à l’utilisateur, … afin de faciliter les traitements de données à caractère personnel. C’est la raison pour laquelle le principe de privacy by design impose aux responsables du traitement de s’assurer que les quatre exigences du consentement trouvent un écho dans la technique utilisée pour son recueil.
Par exemple, un consentement informé implique que le responsable de traitement communique au préalable une explication claire et concise à l’utilisateur de sorte à lui permettre de saisir la portée du traitement et de comprendre ce à quoi il s’engage. Il est ainsi en principe exclu de la noyer sous une masse d’informations peu intelligible destinée à recueillir son consentement plus facilement – comme c’est généralement le cas lorsque l’utilisateur est confronté à une politique de vie privée longue et particulièrement rébarbative.
Si les dark patterns peuvent recevoir des applications diverses et variées, en marketing par exemple, en matière de protection des données, ils ont généralement pour finalité de faciliter le partage de données à caractère personnel en entravant le consentement, en influençant l’utilisateur ou en compliquant l’exercice des droits des personnes concernées.
Trêve de théorie, attardons-nous à présent sur quelques pratiques fréquemment rencontrées par l’utilisateur lorsqu’il navigue sur internet7.

4. Quelques illustrations de dark patterns…

4.1 Dark patterns influençant le consentement

Certains dark patterns ont pour but d’influencer directement le consentement au traitement des données en rendant la proposition « accepter » plus attractive à travers l’utilisation d’un code de couleur qui est confortable et plus agréable pour l’utilisateur. Par opposition, les fonctions de paramétrage des cookies et autres informations personnelles sont, quant à elles, généralement reléguées au second plan.

Figure n°1
Figure n°2

Les figures n° 1 et n°2 permettent de donner un aperçu des méthodes employées pour mettre en avant le consentement au détriment des options de paramétrage. Qu’il s’agisse des couleurs utilisées ou de la largeur de l’espace réservé, tout est délibérément mis en place pour privilégier l’option d’acceptation.

Figure n°3


S’agissant de l’exemple de Facebook (Fig. n°3), il est permis de considérer que le consentement à la politique de données de l’entreprise américaine ne remplit pas les exigences du RGPD dans la mesure où l’accès au service est subordonné au consentement de l’utilisateur au traitement de ses données8. Dans le jargon, ce procédé est traditionnellement qualifié de « take it or leave it »9.

Ces différents dark patterns contreviennent au critère de liberté du consentement10. Il ressort en effet du considérant 42 que le consentement ne pourra être considéré comme ayant été donné librement lorsque la liberté de choix de l’utilisateur est altérée. Les Guidelines publiées par le CEPD sur le consentement rappellent quant à elles que « toute pression ou influence inappropriée exercée sur la personne concernée (pouvant se manifester de différentes façons) l’empêchant d’exercer sa volonté rendra le consentement non valable »11. Le RGPD exclut dès lors les hypothèses dans lesquelles le paramétrage du consentement est de toute évidence discriminé au profit d’options « pro-partage » attractives et séduisantesqui sont révélatrices d’une certaine volonté d’entraver l’autonomie de la volonté des utilisateurs.

4.2 Dark patterns encourageant à partager plus de données que nécessaire

Cette catégorie de dark patterns comprend notamment les designs de partage d’informations par défaut12. Tel est le cas par exemple lorsque les cases de partage de données sont précochées à l’avance par le site internet. Les cases cochées par défaut sont explicitement interdites sous le RGPD13. Elles contreviennent directement à l’exigence d’un consentement manifeste, non équivoque, dès lors que le consentement doit faire l’objet d’un « acte positif clair »14.

Le caractère univoque du consentement a pour objet de s’assurer que — la charge de la preuve reposant sur le responsable de traitement — le consentement a été donné de manière indubitable par l’utilisateur15. Dès lors, les cases précochées ne pourraient être considérées comme un acte positif clair de la personne concernée.

Dans l’exemple ci-dessous, le design utilisé est celui de cases « accepter » cochées par défaut et est contraire au RGPD.

Figure n°4

De la même manière, les pop-ups informant l’utilisateur que la poursuite de la navigation sur le site ou l’application revient à accepter la politique de cookies n’apparaissent pas non plus conformes au caractère manifeste du consentement (voy. Fig. n°5).

Figure n°5

Relevons en outre le paradoxe lié à l’exigence de spécificité suivant lequel certains sites internet, par excès de zèle ou soucieux de se conformer au mieux à la législation européenne, proposent à l’utilisateur une description à la carte des finalités auxquelles il peut librement consentir (voy. Fig. 4). Si, en théorie, un consentement spécifique impose effectivement au responsable de traitement de donner la possibilité à la personne concernée de consentir à toutes les opérations qui ne partagent pas la même finalité, en pratique, ce type de design tend à faciliter le consentement de l’utilisateur qui privilégiera l’acceptation globale des cookies au détriment du paramétrage16.

4.3 Dark patterns portant sur la psychologie de l’utilisateur

D’autres dark patterns font appel à la psychologie du consommateur ou, en l’occurrence, de l’utilisateur. Le langage et le design utilisés par les développeurs du site internet entendent susciter certaines émotions chez l’internaute.
Figure n°6
Le dark pattern de la figure n°6 assimile les cookies informatiques aux cookies tels, ces friandises ancrées dans la culture populaire et généralement appréciées de l’utilisateur. Ce faisant, il donne l’impression que les cookies informatiques sont agréables et partant, qu’il s’agit de quelque chose de positif pour l’utilisateur.
Par ailleurs, en employant un « smiley » et une expression familière (cfr. « merci pour le coup de pince ») doublée d’un jeu de mots et d’une référence au nom du site internet en question, le design entend obtenir la confiance de l’utilisateur.
Partant, juridiquement parlant, ce dark pattern contrevient à l’exigence de liberté du consentement prévue par le RGPD en raison de l’influence exercée sur l’utilisateur.

4.4 Dark patterns compliquant les actions de protection des données

Enfin, certains sites internet et applications entendent tirer profit de l’utilisateur en lui proposant des politiques de confidentialité extrêmement longues et fastidieuses. Ces dernières ont pour effet bien connu de rebuter l’individu et d’en décourager la lecture de sorte que ces sites s’assurent ce faisant d’un faible taux de lecture parmi les utilisateurs. Pour rappel, un consentement éclairé/informé et plus généralement le principe de transparence imposent au responsable du traitement de fournir à l’utilisateur une information claire quant à son identité et aux finalités poursuivies par le traitement qu’il entend effectuer17.

Dans l’exemple ci-après, l’obtention d’informations à propos des cookies ainsi que leur paramétrage sont rendus à ce point difficiles qu’ils ne laissent d’autre choix à l’utilisateur que d’accepter leur utilisation. La surcharge visuelle et informationnelle a pour conséquence d’inciter l’individu à privilégier l’option d’acceptation des cookies plutôt que de s’aventurer dans un paramétrage rendu compliqué, voire impossible18.

Figure n°7

S’agissant de la figure n°8, on constate que l’utilisateur doit effectuer plus de démarches pour paramétrer l’utilisation des données que pour donner son consentement. En poussant la réflexion un peu plus loin, il est également permis de considérer que ce dark pattern manipule le langage utilisé en proposant une option intitulée « en savoir plus ». Ce vocabulaire laisse en effet sous-entendre à l’utilisateur qu’il peut recevoir plus d’informations quant au traitement de données effectué sans pour autant l’informer de la possibilité de paramétrage située au-delà de cette option. En revanche, tel ne serait pas le cas si à la place, le site mentionnait « paramétrage » ou « je refuse ». Toujours est-il qu’il existe une discrimination flagrante entre les différentes options proposées à l’utilisateur final.

Figure n°8

Dans ces différentes hypothèses, nous sommes d’avis qu’il est permis de débattre de la validité du consentement de l’utilisateur ayant marqué son accord au traitement de ses données et au placement de ces cookies lorsque le gestionnaire du site internet a eu recours à un dark pattern.

4.5 Un exemple à suivre

Pour clôturer cette analyse, il convient de proposer un contre-exemple tiré directement de l’ancien site internet de l’Autorité de protection des données. Nous pouvons constater qu’en l’occurrence aucune influence n’est exercée sur l’utilisateur. Il existe ici un bouton « refuser » qui est présenté de la même manière que le bouton accepter, ce qui est de nature à laisser un vrai choix, exempt de toute influence. La personne concernée dispose ici d’une information concise et peut s’informer davantage et cliquant sur « Plus d’info ». Une telle interface est davantage conforme aux règles du RGPD que nous avons abordées à la fois en matière de privacy by design et de consentement.

Figure n°9

5. Conclusion 

Encore relativement peu traité dans les médias ou par les milieux académiques, cet article aura, nous l’espérons, eu le mérite de mettre davantage en lumière la problématique des dark patterns en présentant notamment quelques pratiques auxquelles les internautes sont régulièrement confrontés

A l’heure d’écrire ces quelques lignes, il semblerait que de plus en plus de sites internet se mettent au diapason du RGPD. Cela n’énerve toutefois pas le constat que les applications du nudge et des dark patterns sont légion et que les entreprises du secteur privé sont généralement tentées de recourir à ce type de méthode pour orienter le consommateur ou l’utilisateur dans la direction de leurs intérêts commerciaux.

Dans ce contexte, s’agissant de protection des données à caractère personnel, si le RGPD fournit en amont un cadre juridique permettant de lutter contre les dark patterns, il conviendra de pouvoir compter, en aval, sur la vigilance des autorités de contrôle nationales – telles l’Autorité de protection des données – pour réguler efficacement ce type de pratique.

Dans la foulée de cette première observation, nous sommes, d’une part, d’avis que la régulation de ces pratiques devra nécessairement passer par une compréhension des mécanismes psychologiques à savoir les biais cognitifs – que nous n’avons pas eu l’occasion d’aborder ici – qui influencent considérablement l’individu lorsqu’il est amené à poser un choix. D’autre part, nous pensons que les initiatives et mouvements – tels que celui du legal design par exemple – promouvant le renforcement des droits des personnes concernées doivent adopter une approche avant tout centrée sur l’utilisateur et étudier a posteriori et en profondeur les effets du design sur le comportement des internautes.


1 Voy. S. Zuboff, The Age of Surveillance Capitalism: The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power, New York, PublicAffairs, 2019. Professeure émérite à la Harvard Business School et professeure associée à la Harvard Law School.

2 Il ressort ainsi d’une étude de l’Université de Cornell que seuls 11,8 % des sites internet analysés seraient conformes aux exigences du RGPD en matière de consentement et de politiques de cookies. Voy. M. Nouwens, I. Liccardi, M. Veale, D. Karger, et L. Kagal, « Dark Patterns after the GDPR: Scraping Consent Pop-ups Demonstrating their Influence », Human-Computer Interaction, Cornell University, 8 janvier 2020, p. 6. Disponible sur : https://arxiv.org/abs/2001.02479

3 La théorie du nudge ou du « coup de coude » nous provient des sciences comportementales. Elle a été élaborée en 2008 par deux chercheurs américains, Richard Thaler économiste de l’Université de Chicago et Cass Sustein professeur à la faculté de droit de l’Université d’Harvard, dans un ouvrage intitulé « Nudge – Improving Decisions about Health, Wealth, and Happiness ». Voy. R. Thaler et C. Sustein, Nudge : Improving Decisions about Health, Wealth, and Happiness, New Haven, Yale University Press, 2008.

4 Cette théorie économique conçoit l’être humain avant tout comme un être rationnel, capable de maximiser ses ressources et de prendre des décisions réfléchies afin de parvenir à un résultat optimal pour lui-même.

5 A. Barton et T. Grüne-Yanoff, « From Libertarian Paternalism to Nudging – and Beyond », Rev. Phil. Psych, Vol. 6, 2015, p. 341.

6 Avis 5/2018, « Avis préliminaire sur le respect de la vie privée dès la conception », Contrôleur européen de la protection des données, 31 mai 2018, p. 6. Disponible sur : https://edps.europa.eu/_fr

7 Les exemples présentés ci-dessous se rapportent principalement à des politiques de cookies. Ces dark patterns sont ceux auxquels l’utilisateur est le plus souvent confronté. Notons également que les articulations entre les cookies et les différentes législations européennes sont traitées dans la contribution originale. Enfin, certains également ont été volontairement floutés ou masqués afin de rendre l’identification du site internet concerné impossible.

8 Voy. Groupe de travail « Article 29 », Lignes directrices sur le consentement au sens du règlement 2016/679, p. 6.

9 Voy. F. Z. Borgesisus, S. Kruikemeier, S. Boerman and N. Helberger, « Tracking Walls, Take-It-Or-Leave-It Choices, the GDPR, and the ePrivacy Regulation », Eur. Data Protection Law Review, 2017, vol. 3, Issue 3, p. 353-369.

10 C. de Terwangne rappelle à cet égard que « le consentement sera considéré comme ayant été librement donné uniquement si la personne concernée dispose d’une véritable liberté de choix ou est en mesure de refuser ou de retirer son consentement sans subir de préjudice ». Voy. C. de Terwangne, « Les principes relatifs au traitement des données à caractère personnel et à sa licéité », dans C. de Terwangne et K. Rosier, Le règlement général sur la protection des données (RGPD/GDPR) : Analyse approfondie, Bruxelles, Larcier, 2018, p. 122.

11 Groupe de travail « Article 29 », Lignes directrices sur le consentement au sens du règlement 2016/679, précitées, pp. 5-6.

12 Rapport du Laboratoire d’Innovation Numérique de la CNIL, « Cahier IP n° 6 : La forme des choix », 20 mars 2019, p. 28.

13 Voy. Considérant n° 32 du RGPD ; A ce sujet, voy. A. Delforge, « Le placement de ‘cookies’ sur un site web : la Cour de Justice fait le point, l’APD commence à sanctionner », R.D.T.I., 2020, p. 101 et s.

14 Considérant n° 32 du RGPD.

15 C. de Terwangne, op. cit., p. 125.

16 Soulignons par ailleurs la pratique largement répandue qui consiste à demander le consentement de l’utilisateur à chaque connexion. Nous sommes convaincus que cette redondance est de nature à rebuter l’individu et le décourage de paramétrer le traitement de ses données à caractère personnel.

17 Article 12 et considérant 58 du RGPD.

18 A simple titre d’information, nous n’avons jamais trouvé le moyen de paramétrer/refuser l’utilisation de cookies par le site internet en question.

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Le modèle économique du site web en péril face au consentement « non faussé ». https://www.causestoujours.be/le-modele-economique-du-site-web-en-peril-face-au-consentement-non-fausse/ Thu, 18 Nov 2021 16:08:53 +0000 https://www.causestoujours.be/?p=4017 Quelques semaines après l’avertissement de la Commission européenne à l’égard de l’Autorité de Protection des Données (A.P.D.), deux ans après l’entrée en application du Règlement Général de Protection des Données (R.G.P.D) et alors que certains sites semblent proposer des alternatives toujours plus complexes au si confortable « Tout Accepter », nous sommes allés poser quelques questions à Antoine Delforge, chercheur en droit (et notamment en « droit de l’informatique ») au centre de recherche « Information droit et société » de l’université de Namur.


Le 9 juin dernier nous avons appris que la Belgique était attaquée au nom d’une violation du Règlement Général de la Protection des Données (R.G.P.D.). Qui est attaqué ? Par qui ? Et pour quelle raison exactement ?


Il s’agit d’une question d’indépendance en réalité, l’indépendance de l’Autorité de Protection des Données (A.P.D.). L’A.P.D. c’est un peu le régulateur en matière de vie privée, de protection des données personnelles, de données privées. C’est l’autorité spécialisée qui s’occupe de ce type de plaintes. En Belgique, la composition de cette A.P.D. pose problème car dans certains cas il y a des membres directement dans les instances de cet organe qui ont des contacts plus ou moins proches avec certains partis politiques, ou qui ont parfois des mandats de consultation dans la création de certaines lois ou règlements… Il y a des conflits d’intérêts potentiels. Certains membres de l’A.P.D. se sont exprimés devant le Parlement fédéral il y a plus d’un an à ce sujet. En absence de réaction, ils sont allés porter cette information à la Commission européenne pour passer au niveau supérieur. Là, la Commission européenne, sur base de cet avertissement, a ouvert une procédure en infraction contre la Belgique, et a donc ouvert une enquête. Techniquement, la Belgique n’a pas encore été condamnée. Si elle réagit et qu’elle remplace les deux ou trois personnes qui pouvaient potentiellement poser souci, il n’y aura pas de problème.


Selon une étude de l’université de Cornell (U.S.A.) seuls 11,8% des sites internet analysés seraient conformes au R.G.P.D. en matière de consentement et de pratique des cookies. En quoi et comment ces sites violent-ils le R.G.P.D. et usurpent, d’une certaine manière, le consentement des internautes ?


Les sites se présentent de manière à ce que, si nous voulons y accéder, nous sommes obligés d’accepter soit tout directement soit, dans certains cas, de paramétrer de manière plus précise, plus longue, avec souvent des listes interminables… Le site part du principe que l’internaute est relativement fainéant et qu’il a envie d’accéder très vite à l’information. Donc, les sites sont faits de manière à ce que l’utilisateur clique sur le bouton le plus facile d’accès, pour pouvoir vite lire ce qu’il souhaite. Concrètement, il y a un biais qui empêche l’utilisateur de réellement choisir s’il veut que des cookies traceurs soient installés, destinés à savoir à peu près ce qu’il fait sur internet. En matière de protection des données, si on veut placer ce genre de cookies-là, il faut avoir un consentement qu’on appelle « libre et éclairé », ou encore « non faussé ». Le site doit donner les informations pour que le visiteur puisse choisir librement, sans justement que des biais soient mis en place. Pourtant, la plupart des sites s’en rendent coupables, consciemment ou non. C’est connu dans le monde du digital : s’il y a trop de procédures, on sait bien qu’on perd des gens, donc le but est de simplifier tous les processus. C’est pour ça que les procédures de vente présentent le moins d’étapes possible parce que dans le cas contraire, des gens abandonnent.

Pourrait-il y avoir une normalisation des interfaces sur lesquelles on arrive avant de pouvoir accéder à certains sites ? Il y a différents types d’interfaces avec des « Accepter » ou « Refuser », des listes assez longues, à cocher ou décocher, avec toujours le « Accepter » qui est présélectionné…

Oui, en effet, il y a des biais là aussi… On va vers une normalisation dans le sens où la plupart des sites internet ne sont pas créés par des informaticiens ou des spécialistes du web. La plupart des créateurs de sites utilisent des générateurs de pages, qui contiennent eux-mêmes des générateurs de cookies et de « bannières cookies ». Techniquement, quand on fait un site, en fonction du système qu’on utilise pour le créer, on sélectionne aussi un type de bannière. Avant, on avait juste une bannière qui disait: « Si vous restez sur le site, vous acceptez que… ». Depuis une petite année, on voit des choses plus carrées, plus correctes. Par exemple, il y a encore un an, on voyait très rarement la mention « Tout Refuser ». Maintenant, il existe l’obligation de la faire figurer si la mention « Tout Accepter » est présente. Donc en un sens, on va vers une standardisation. Je pense qu’elle ne sera jamais imposée mais les bonnes pratiques sont en cours de rédaction.

À côté du R.G.P.D., un autre règlement, le règlement ePrivacy, date de 2002. Il s’agit d’une réglementation qui concerne plus spécifiquement l’installation des cookies techniques, c’est-à-dire pour que le site internet fonctionne sur votre équipement.  Normalement cette réglementation aurait dû être mise à jour avec l’instauration du R.G.P.D., mais pour des raisons de lobbying, ça n’a pas été fait. En effet, les opérateurs du web craignent que trop de réglementation concernant ces cookies techniques posent des soucis aux utilisateurs, ce qui engendrerait une baisse de leurs revenus. Au final, la révision de ce règlement n’a toujours pas été adoptée.

D’ailleurs, dans une des premières versions du règlement ePrivacy (un règlement complémentaire au R.G.P.D.), qui a été abandonnée, il y avait l’idée que ce soient les navigateurs web qui servent d’interface pour la gestion des cookies. Dans ce schéma, l’usager règle une bonne fois pour toutes ses critères d’acceptation sans devoir perpétuellement les ré-encoder. Suite à cela, il y a eu des discussions, sans doute une forme de lobbying et ça a été abandonné.

La pratique du take it or leave it est-elle légale ? Les sites web ont-ils le droit de refuser leur accès si l’utilisateur ne souhaite pas que les cookies de traçage soient installés ?

On force le consentement c’est sûr, eu égard au modèle économique derrière. Si celui-ci est transparent, il pourrait être validé. En clair, si on refuse les cookies de traçage, le modèle publicitaire est en difficulté, et donc le modèle économique du site web. Ceci devrait être plus explicite, que le site affiche mieux le cadre de ses échanges avec l’internaute, qui doivent être bien conscients des parties de cet échange.

Si les cookies de traçage sont refusés, alors la question sera d’imposer ou pas l’obligation de mettre en place une alternative monétaire: accepter les cookies, et donc le traçage, ou payer quelques centimes pour accéder à l’information. C’est logique que le site internet doive gagner de l’argent, donc si l’internaute veut à la fois profiter du site et protéger sa vie privée, peut-être devra-t-il payer. On ne peut pas exiger la gratuité du site.

La conscientisation publique aux dangers de la collecte des données est très lente. La plupart du temps, les internautes acceptent des usages intrusifs. Selon vous, à part la fainéantise déjà évoquée, qu’est-ce qui fait que l’internaute cède aussi facilement ses droits ?

Je pense que globalement ceux qui utilisent le web sont conscients des enjeux. Les personnes habituées au numérique savent très bien qu’en tapant « Vacances, soleil, Djerba » sur Google, elles risquent d’avoir des publicités corrélées. C’est vrai que les internautes ont du mal à voir les enjeux problématiques. Ils se demandent si c’est vraiment grave, certains ont accepté le principe. De temps en temps, il y a des procédés qui sont flous et malhonnêtes, c’est vrai ça peut arriver : des zones de flou pour certains sites ou des biais dans la présentation pour faciliter le consentement…

L’idée de la protection des données relatives à la vie privée, c’est que les sites doivent informer et être transparents sur l’utilisation qui sera faite de ces données. Il faut donner des informations assez sommaires mais assez claires, pour qu’on comprenne vite les enjeux. En plus, si éventuellement vous voulez plus de détails, alors là il y a un document de 4 ou 5 pages, le règlement Cookies, plus détaillé. Si les internautes ont les informations, normalement, c’est à eux de voir ce qu’ils veulent faire de leurs données, s’ils sont d’accord de rentrer dans des modèles de surveillance ou pas. Si les gens sont informés, ils sont assez intelligents pour consentir tout en restant en accord avec leurs intérêts. Mais on sait bien, même en économie, que les gens ne sont pas si rationnels que ça !

Que voulez-vous dire par là ?

La loi part du principe que le consommateur, s’il a toutes les informations, va agir de manière raisonnée. Pour prendre un exemple très bateau, s’il voit un produit trois fois plus cher qu’un autre juste parce qu’il est d’une couleur ou une forme différente, le consommateur dira: « Non, je ne vais pas mettre trois fois le prix pour ça, ce n’est pas raisonnable ». Mais en fait, ça arrive ! Les consommateurs, par confort ou fainéantise, acceptent parfois certaines choses alors qu’ils savent bien que de manière raisonnable économiquement, ils ne devraient pas le faire. L’humain a plein de biais, plein de failles psychologiques, qui font qu’il n’agit pas toujours de manière intelligente et raisonnée. Et parfois bien sûr, les sites jouent sur ces biais psychologiques de manière intentionnelle.

Au-delà de l’aspect publicitaire et donc économique, pensez-vous que les internautes soient au fait des utilisations plus problématiques, en termes éthiques, qui peuvent être faites de leurs données ? Je pense notamment aux communications des données de santé ou encore aux données bancaires…

Il y a une partie non négligeable de fantasme sur ce qui peut légalement être fait avec ces données-là. En Europe (à l’exception du Royaume-Uni vu qu’ils ont quitté l’U.E. et s’en désolidarisent sur ces questions-là) on ne peut pas faire n’importe quoi. Dans la grande majorité des cas, les informations que je mets sur facebook ne vont pas aller chez un assureur, jamais. Vu le cadre légal, ce n’est pas possible. La législation en matière de protection des données fait qu’il y a une transparence imposée. Au Royaume-Uni ça arrive beaucoup plus, il y a beaucoup plus cette porosité.

Le public, peut-être ne le sait pas, mais a beaucoup de droits, peut faire beaucoup de choses avec ses données. Il peut savoir quelles données a telle ou telle entreprise sur sa personne, les modifier, les transférer… Derrière, il y a des juges, des régulateurs, des contrôles, la police…

Vous voulez dire qu’un scandale comme celui de Cambridge Analytica ne pourrait pas subvenir en Europe ?

Si puisque là il y avait de l’illégalité ! En tous cas ce serait illégal en Europe et c’était déjà peut-être illégal aux U.S.A.. Normalement, ce qu’on fait sur facebook ne peut pas être utilisé par des partis politiques. On parle d’une époque pré-RGPD, dans laquelle il y avait déjà moins de contrôles, moins d’argent pour contrôler, plus de laxisme, des règles moins claires. Maintenant on a resserré les vis. En France, pays qui surveille beaucoup, ils ont bien clarifié que ce n’était pas possible. Il y a eu des débuts de ce genre de campagnes de récolte d’informations sur les réseaux sociaux, destinées à orienter ensuite un discours politique. Ce qui est drôle c’est que ce n’était pas très légal mais beaucoup plus transparent !

Les instances juridiques de lutte contre les violations du RGPD, sont-elles performantes, sont-elles connues ? Et qui dépose des plaintes au nom du RGPD ?

Les plaintes auprès de l’A.P.D. ça n’existe que depuis deux ans en Belgique. Avant cela, les acteurs privés n’avaient pas beaucoup de moyens d’opposition (procédures peu adaptées) et les citoyens n’étaient pas très conscients de tout cela. Ces derniers temps, ça s’améliore de manière vraiment rapide. Google en Belgique a été condamné à payer 600.000€, en France ça a été 50 millions. En Belgique il y a des amendes, des sites internet qui ont pris 10.000€ d’amende sur des questions de cookies, ceci pour un site web qui n’était pas un énorme acteur, après quatre avertissements, qui n’était toujours pas conforme…

En ce qui concerne les particuliers, concernant les sites internet, c’est rare qu’ils se disent: « J’ai vu quelque chose, je vais aller me plaindre ». Par contre, s’ils voient que leur administration a envoyé une information, par exemple à cause d’une erreur de la commune, là il y a plus souvent de dépôts de plainte. C’est beaucoup plus direct. Par rapport aux sites web, on est plus dans la dénonciation, c’est assez rare. Les contrôles existent mais il y a un manque de moyens financiers. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, il suffit d’imaginer le nombre de sites web à contrôler… Il y a des actions sectorielles de temps en temps et quand il y a de grosses amendes, le secteur concerné fait attention, mais jamais un contrôle absolu ne sera possible.

On oublie souvent qu’en effet, le R.G.P.D. concerne aussi l’utilisation par le site des données personnelles que l’on laisse. Ce que le site va faire de notre adresse mail, de notre numéro de téléphone, de compte en banque… Ce que vous rappelez, c’est que si on constate une fuite à cet endroit-là, on peut porter plainte ?

Oui d’ailleurs, si le site respecte la loi, il doit même vous rappeler que vous pouvez le faire. Si on regarde en détails les conditions des sites, à la fin généralement de la page qui y est dévolue, il est écrit: « Vous avez le droit d’agir en justice devant l’A.P.D. dont voici l’adresse… » et en général un hyperlien vous amène au site de l’A.P.D. sur le formulaire de plainte idoine. Il y a un idéal sur la préservation de sa vie privée, mais au quotidien, soyons clairs, c’est un peu laborieux.

Pour le moment, ce qu’il se passe c’est que si on veut avoir accès à une information sur un site, on a une page qui s’affiche demandant le consentement de l’internaute. Souvent, celui-ci fait au plus vite pour accéder à son information – c’est humain, et donc pas toujours raisonnable. Y a-t-il d’autres systèmes qu’un simple clic qui sont à l’étude ? Un compteur par exemple ? Un temps minimum de lecture pour pouvoir accéder au site ?

Pour empêcher que les gens ne cliquent trop facilement, il y a certains sites internet qui mettent en place une obligation de scroller, ou une obligation d’ouvrir une page avant d’accepter, certains ont aussi des timers. Mais tout cela n’est pas obligatoire et ralentit le processus. Ca décourage les internautes, donc ce n’est pas très intéressant pour les sites web… Eux sont plus dans l’idée : qu’est-ce que je suis légalement obligé de faire ? Y a-t-il déjà une unité de contrôle qui a infligé une amende à un site qui n’avait pas tel ou tel dispositif ? Certes il existe des bonnes pratiques, mais elles ne sont pas imposées.

Il y a quelques temps, il y avait par exemple des cases pré-cochées, maintenant c’est interdit, vous devez cocher vous-même. Désormais si l’internaute peut accepter de manière très facile, il doit aussi pouvoir refuser de manière très facile… Il y a quelques règles mais après sur les différents processus à part ces quelques exemples qu’on voit souvent, il n’y en a pas trop… Dans le cas de Google par exemple, ils mettent en place ce genre de choses car ils savent bien qu’ils sont fortement contrôlés.

Il faut aussi bien penser que le public utilise de plus en plus son smartphone. Sur les écrans d’ordinateurs on peut faire apparaître plus d’infos, l’interface est plus facile… Sur écran de GSM, il faut être plus efficace dans l’ergonomie, plus accessible, plus fluide… On essaie de faire que ce soit toujours plus facile. Progressivement sur des points législatifs, les applications se différencient de plus en plus des sites web.

Récemment les médias ont traité l’actu concernant les nouvelles fonctionnalités de WhatsApp. Pour vous c’est un signal positif d’une conscientisation en cours ?

Bien sûr. Plus encore même. C’est important qu’il y ait une éducation à cela. Pour le moment l’éducation aux médias et aux nouvelles technologies laisse à désirer. On explique aux enfants ce qu’ils ne peuvent pas faire dans la rue, on ne leur explique pas ce qu’ils ne peuvent pas faire sur internet. D’abord, il faut apprendre progressivement à avoir un comportement respectueux en ligne, mais ensuite viennent les questions de vie privée. Il faut apprendre à se poser la question : « Qu’est-ce qui va être fait de mes informations? ». Il faut éduquer les enfants, et que les parents comprennent qu’ils doivent « avoir un œil » sur les activités « online » de leurs enfants. C’est important que les médias conscientisent à tout ça, informant les parents de certaines pratiques. Certains parents, aujourd’hui, ne comprennent pas les enjeux de WhatsApp, sans parler de TikTok… Donc c’est important que les médias tiennent à jour tout le monde sur ces questions. On va vers ça, mais ça prend du temps.

Mais selon vous, l’application du RGPD est rapide ?

On veut toujours que ça aille plus vite… En tous cas il y a une grosse conscientisation des acteurs de terrain, privés et publics. Beaucoup accusent un manque de moyens ou un manque de clarté du règlement… Mais soyons clairs, toutes les entreprises le savent, parfois ce n’est juste pas la priorité, surtout d’un point de vue financier. Sachant que les amendes sont rares et qu’en général elles sont précédées de deux avertissements, une mise aux normes assez onéreuse pour une P.M.E. n’est souvent pas une priorité.

Plus spécifiquement sur les cookies, les informaticiens, les développeurs commencent à savoir ce qu’ils peuvent faire ou pas légalement, même dans l’interface, dans le design. Dans les formations actuelles en informatique, ils ont notamment des bases en droit sur ces thématiques. De nouveau, il faut le temps d’éduquer les personnes non spécialistes à ce genre d’enjeux. Tester et affiner les limites, en droit, ça prend du temps. Il faut un certain nombre de condamnations avant que la règle soit bien claire et bien précise.

Il y a peu de condamnations sur le design pour le moment mais par exemple Google a été condamné. Si vous vouliez tout comprendre à ce que faisait Google, vous deviez vous balader sur 4 à 5 pages différentes. Il y a eu plaintes sur cette interface trop compliquée pour les utilisateurs. Donc voilà, on attaque doucement l’interface, mais on est encore aux balbutiements. En droit, dans la théorie, on commence à bien affiner les règles, en pratique ça commence seulement à être appliqué.

Propos recueillis et mis en forme par Olivier Grinnaert.

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