médias – Causes Toujours https://www.causestoujours.be Blog du Trimestriel Causes Toujours Wed, 26 Nov 2014 17:55:27 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 « La grande messe médiatique » : Osons parler de décroissance économique et démographique https://www.causestoujours.be/grande-messe-mediatique-osons-parler-decroissance-economique-demographique/ Fri, 19 Sep 2014 14:15:17 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=401 Édito

Non, les grands médias ne sont pas le nouveau clergé mais, comme dirait l’écrivain et médiologue Regis Debray, le nouveau pouvoir spirituel de l’Occident laïc incarné par les médias « ne contraint pas, il conditionne. Il ne légifère pas, il infuse. Il ne sanctionne pas, il environne. Il ne donne pas de contravention, il donne à penser. Il agit par le mot, l’image, les spectacles et les rites1 ». Non les grands médias ne chassent pas les hérétiques et n’engagent aucune croisade contre qui que ce soit mais guidés et gouvernés par les lois du marché, souvent au grand dam des journalistes, ils délimitent le champ des prédications possibles et des confessions autorisées. Est-ce le cas notamment quand il s’agit des alternatives au capitalisme ?

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C’est sur cette vaste et interpellante question que nous réfléchirons et débattrons lors des événements mis en place dans le cadre de la campagne de sensibilisation du GSARA. Pourquoi ? Parce qu’une information libre, vivante, pluraliste et accessible est l’ADN de toute démocratie, parce que le public se fait de plus en plus nombreux à souhaiter d’autres visions, d’autres narrations, d’autres “sons de cloches”, parce que les éditeurs cherchent à répondre à une certaine défiance du public, parce qu’il en va d’une meilleure compréhension du monde, d’un décloisonnement de l’imaginaire et d’une appropriation des conditions du changement.

« On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif », rétorque Ivan Levaï, vétéran chez France Inter, dans le film de Pierre Carles quand on lui demande pourquoi les analyses du Monde Diplo ne sont quasi jamais reprises dans les revues de presse ou ni relayées dans les grands médias. Comme si nous étions tous des ânes qui n’auraient justement pas soif d’autre chose ?

Alors, nous vous proposons de franchir la ligne rouge que peu de médias franchissent et d’oser débattre de la contestation de l’ordre établi dans les médias et plus particulièrement du dogme de l’austérité et de la croissance infinie : le programme de « La grande messe médiatique » sera composé de 3 parties : un clip (à titre d’Offrande), une rencontre avec Pierre Carles (l’Eucharistie) et un séminaire en partenariat avec l’ULB sur la décroissance économique et démographique (la Communion).

Le clip

Dans le but d’inviter au débat sur la question de l’uniformisation de l’information, nous avons réalisé un clip. Toute ressemblance avec des clips existants ou ayant existés ne saurait être que… préméditée. Le clip du GSARA s’est en effet volontairement inspiré du clip de sensibilisation de la Fédération Wallonie-Bruxelles (www.surveillezlatele.be) dans le but de prolonger la réflexion.

Le nouveau film de Pierre Carles en Avant-Première en Belgique !

Connu pour être un pourfendeur des médias dominants, Pierre Carles (réalisateur de nombreux documentaires dont Pas vu pas pris, Enfin pris ?, La sociologie est un sport de combat, Fin de concession,…) viendra présenter son nouveau film Opération Correa (1° partie) : les ânes ont soif.

LE MERCREDI 29 OCTOBRE (19 h – 22h) à IHECS

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La visite en France d’un champion de la croissance économique passe rarement inaperçue mais peu de grands médias français – à l’exception du Monde diplomatique et de quelques journaux de presse écrite – n’ont prêté attention à la visite du président équatorien Rafael Correa le 6 novembre 2013 à la Sorbonne pour décrire le modèle économique en train de s’inventer dans son pays, en rupture avec le dogme de l’austérité et de l’inféodation à la finance auquel les dirigeants européens veulent condamner leurs ouailles. Pierre Carles et son équipe poursuivent leur critique radicale des médias et se proposent d’explorer la question du traitement de l’hérésie équatorienne dans la presse française. Il s’agira bien sûr de confronter la chefferie éditoriale à ses choix idéologiques.

Pour en savoir plus et voir la bande annonce

La projection sera suivie d’un débat avec les rédacteurs en chef de grands médias belges.
Plus d’infos à venir…

Soirée organisée en collaboration avec l’École de Journalisme IHECS.


« Penser les décroissances : une question qui dérange » ?

La croissance compterait-elle parmi les dogmes et l’orthodoxie médiatique ? Nous donnerons ainsi la parole aux décroissants pendant 4 soirs du mois de novembre. Que nous soyons d’accord ou pas avec eux, il est bon d’oser débattre sereinement et sans démagogie de la question de la décroissance économique et de la décroissance démographique.

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Un cycle de conférences qui se prépare en collaboration avec la Faculté des Sciences de l’ULB (L’institut de Gestion de l’Environnement et d’Aménagement du Territoire – IGEAT)

Jeudi 6 novembre (19h-22h) > Pour une société de décroissance
Jeudi 13 novembre (19h-22h) > Sommes-nous trop nombreux sur terre ?
Mercredi 19 novembre (19h-22h) > Activisme & Réseaux
Jeudi 27 novembre (19h-22h) > Les décroissances : un sujet « médiatiquement incorrect » ?

En attendant ce cycle auquel vous êtes tous conviés, quelques défenseurs de la décroissance nous livrent dans le présent dossier leur témoignage. Alors, soyons curieux – puisqu’on demande aux journalistes de l’être -, multiplions nos sources d’information et acceptons de payer un peu pour disposer d’une info différente et de qualité pour sortir du prêt à penser.

Julie Van der Kar

1. [Régis Debray, L’emprise, Le Débat, Gallimard, 2000]↩

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La décroissance : un sujet «  médiatiquement incorrect » https://www.causestoujours.be/decroissance-sujet-mediatiquement-incorrect/ Fri, 19 Sep 2014 14:11:55 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=424 Carte blanche au Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

Pour tous ceux qui naviguent dans le monde de la décroissance, deux évidences s’imposent d’emblée lorsqu’ils réfléchissent aux relations entre médias et décroissance. D’une part, ils constatent que la mouvance de la décroissance gagne du terrain. Le nombre de personnes intéressées par les propositions et les initiatives des objecteurs de croissance augmente en effet régulièrement. D’autre part, ils ne peuvent qu’observer que cette augmentation ne peut être attribuée aux « grands médias ». Ces derniers snobent largement tous leurs communiqués, cartes blanches, écrits d’opinion, rencontres et initiatives diverses, …, à l’exception de celles qu’ils peuvent caricaturer ou ramener au discours dominant. Pourrait-il en être autrement ? Les objecteurs de croissance ne le pensent pas. Ils constatent en effet que, sauf quelques exceptions éparses, les grands médias sont beaucoup trop préoccupés par leur audimat et par le fait de trouver une place dans la vague dominante pour oser poser les questions de fond sous l’angle porté par les objecteurs de croissance. Celui-ci est trop à contre-courant.

Quelques exemples :

800 personnes ont participé à la journée « Choisir la Décroissance » à la base du lancement du dispositif démocratique qui a mené à la constitution du Mouvement politique des objecteurs de croissance belges. Aucun grand media n’a pourtant jugé utile de répercuter cette information à l’exception d’ARTE (mais peut-on vraiment classer ARTE dans la catégorie « média dominant » ?), et, paradoxalement, de RTL-TVi qui a produit un documentaire dans lequel bon nombre d’objecteurs de croissance se sont reconnus. Cependant il faut bien dire que le producteur à la base de cette émission a dû quitter cette chaîne peu après. Quant à la RTBF, on l’attend toujours. Rendez-vous avait été pris pour un tournage un lundi début d’après-midi, contraignant bon nombre d’entre nous à prendre un congé professionnel. Après deux heures d’attente sans explication, nous sommes partis en relevant que la RTBF avait visiblement plus de considération pour un match de foot que pour nos idées. Il est vrai que le foot, lui, n’attend pas. Ce type d’exemples, on en retrouve partout et dans les médias de toutes obédiences. En France notamment. Hervé Kempf a dû – pour poursuivre son travail journalistique et de réflexion sur les questions environnementales, sociales et économiques- quitter le journal Le Monde, auquel il a collaboré de 1998 à 2013.

Depuis la crise économique, plusieurs des outils créés ou portés par les objecteurs de croissance ont connu quelques échos dans les grands médias. Mais ce n’était évidemment pas pour montrer que des alternatives au système actuel sont déjà en route dans les marges de la société. Il s’agissait juste de présenter quelques trucs à même de permettre à chacun de tenir un peu plus facilement le coup pendant la crise, grâce aux groupements d’achat, aux donneries, ou autres serviceries, … ou à ridiculiser les tenants de notre mouvance et plus particulièrement ceux de la simplicité volontaire, histoire de bien souligner qu’il n’y a pas d’alternative au système actuel. Seuls les fous ou les khmers verts peuvent y penser.

Les rares fois où l’on cite la décroissance dans sa généralité, c’est le plus souvent pour montrer qu’ « elle est à côté de la plaque », au moins en partie. La décroissance oublierait les pauvres, les populations du Sud, les possibilités technologiques, la question démographique … Jamais les grands médias n’ont répercuté ce que disent pourtant les objecteurs de croissance : la décroissance n’est pas un nouveau corpus idéologique tout pensé sous la houlette d’un nouveau grand gourou. Elle est un creuset dans lequel se pense et se construit la société de demain car le modèle actuel n’est pas durable et nous mène à la catastrophe.
Si les idées forgées dans le courant de la décroissance font du chemin malgré tout, c’est grâce à l’incroyable opiniâtreté de ceux qui en sont devenus les acteurs, généralement à partir de cette évidence – une croissance infinie est impossible dans un monde fini – et de cette question extrêmement complexe qui surgit dans sa foulée : mais comment dès lors peut-on faire pour vivre ensemble et de manière apaisée sur une seule planète ?

C’est aussi grâce – ou devait-on dire « à cause » ? – des faits qui ne peuvent plus être niés : les effets du réchauffement climatique commencent à se révéler ; le pic de production du pétrole est bien là, tout comme la perte hallucinante des ressources halieutiques. La question de l’eau devient une des préoccupations géopolitiques majeures, quand elle n’est pas une des raisons principales de mortalité dans le monde, … . La liste est longue, hélas très longue.
C’est aussi bien évidemment grâce au fait que les objecteurs de croissance utilisent tous les moyens à leur portée pour diffuser correctement leurs idées : réseaux sociaux et Internet, mais surtout maisons d’édition et médias propres, colloques et marches diverses, soupes populaires, foires aux savoir-faire, … . Ils s’inscrivent aussi dans des actions concrètes de terrain à travers les Villes et Villages en transition ou la création de monnaie locale, par exemple. Comme ils se méfient souvent des grands médias, ils évitent d’ailleurs souvent de s’y exposer lorsqu’ils n’y sont pas particulièrement préparés ou qu’ils n’ont pas confiance dans la manière dont leurs idées seront répercutées. On peut peut-être le regretter. Mais lorsqu’on voit la hauteur des caricatures, voire même des injures, que les objecteurs de croissance ont encore à subir aujourd’hui – y compris à gauche -, on peut parfaitement comprendre pourquoi beaucoup encore se maintiennent souvent volontairement à l’écart des médias du courant dominant.

Nous vivons un changement de paradigme aussi fort que celui de la révolution copernicienne. Nous subissons le même type d’ostracisme que ceux qui par le passé ont dû faire face au même type de situation. Nous aurions pu penser que, vivant dans une société plus évoluée, il n’en irait pas de même, d’autant que les faits parlent pour nous et qu’ils sont parfaitement étayés scientifiquement. C’est tout le contraire qui se passe. Les faits sont autant que possible niés comme on peut s’en apercevoir avec la place qui est faite aux climato-sceptiques et à ceux qui veulent nous vendre le pétrole et le gaz de schiste ainsi que du nucléaire de deuxième voire de troisième génération, comme solution à nos problèmes énergétiques.

Nos édiles politiques, soutenus largement par la sphère médiatique dominante, continuent, mesures après mesures, à vouloir poursuivre le contrat social à la base de notre société – à savoir tout faire pour augmenter la croissance économique de manière à pouvoir en partager les bénéfices – même si l’on sait déjà que ce contrat ne peut pas tenir la route encore bien longtemps et qu’il a suffisamment démontré depuis 40 ans son inopérance. Lorsqu’ils sont amenés partiellement à changer de trajectoire, comme on le voit aujourd’hui avec la question de l’approvisionnement énergétique ou encore celle de l’écoulement de nos productions alimentaires cultivées pour l’exportation (pommes, poires, lait, viande), c’est dans l’impréparation totale qu’ils doivent le faire.

Depuis la nuit des temps, les récits mythologiques nous montrent que les Cassandre ne sont jamais entendues. Nous pouvons dire aujourd’hui qu’il en est de même lorsque ce que l’on dit ne relève pas de la prophétie, mais bien de l’analyse des faits. Les corpus qui fondent un système ont la vie tenace car ils sont à la base des relations de pouvoir. En changer, ce serait devoir dire : nous nous sommes trompés. De cela, bien sûr, personne ne veut. La responsabilité, c’est toujours ailleurs qu’il faut la trouver, même si pour ce faire on doit aller jusqu’à tronquer les faits. À cet égard, l’imputation par certains de la responsabilité des risques de délestage énergétique de cet hiver aux partisans du renouvelable est particulièrement édifiante.
Ceci dit, nécessité faisant loi, nous ne désarmerons pas et poursuivrons le travail que nous avons entamé.

Pour le mpOC
José Dave, Bernard Legros, Michèle Gilkinet, Marie-Eve Lapy-Tries, Francis Leboutte et Eddie Van Hassel
Septembre 2014

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Le pluralisme et l’imagination, à table ! https://www.causestoujours.be/edito-pluralisme-limagination-table/ https://www.causestoujours.be/edito-pluralisme-limagination-table/#respond Fri, 13 Jun 2014 09:18:32 +0000 https://gsara.tv/~causes/?p=90 Édito

Face aux énormes défis socio-économiques et environnementaux, nous sommes nombreux à souhaiter entendre, par médias interposés, d’autres visions, d’autres narrations, d’autres “sons de cloches”. D’autres sources d’enchantement aussi (plutôt que d’envoûtement) qui nous feraient repenser les conditions de la réappropriation d’une possibilité de changement. Mais comme l’affirme Jean-François Kahn dans son dernier livre L’horreur médiatique, “l’impératif démocratique, qui exige une confrontation pluraliste de propositions et d’arguments, a été éradiqué de certaines consciences”1.

Une information libre, vivante, pluraliste et accessible est l’ADN de toute démocratie. Les médias d’information sont un levier de prise de conscience et d’action et l’espace pour l’expression de la pluralité des opinions et des échanges d’idées qui nourrissent l’espace public. Au cours du XXe siècle, la pratique journalistique s’est professionnalisée, diversifiée, améliorée et les moyens techniques offrent aujourd’hui des potentialités inédites. Pourtant, les médias dominants font l’objet de récurrentes critiques d’une partie des citoyens. Ils sont perçus comme une entité en soi, comme une caste médiatico-politique, privilégiant l’événementiel à l’analyse, soumettant nos cerveaux et nos multiples écrans à d’incessants flux d’informations et visant à produire davantage d’audience que des opinions. Souvent les médias dominants véhiculent aussi une pensée uniformisée avec un retour en force du politiquement ou socialement correct et du bien-pensant.

Les médias ne constituent évidemment pas un bloc indifférencié et il est évident que les réseaux sociaux et Internet ont modifié la donne mais le pouvoir de représentation que détiennent les médias dominants traditionnels leur permettent en effet d’imposer au public leurs normes particulières de vision. Partie intégrante du quotidien, ils influencent nos modes de pensée, nos conceptions du monde et nos actes. «  Ce que nous savons du cours des choses est tributaire de ce que la machine médiatique veut bien nous relater : comme la caverne de Platon, des événements, nous ne percevons, par journalistes interposés, que leur ombre portée  » selon Pascal Durand, professeur à la faculté de Philosophie et Lettres de l’ULg (co-directeur de l’ouvrage collectif Médias et Censure. Figures de l’orthodoxie2). Les médias nous imposent leur ordre du jour (leur agenda) et la façon de poser les questions. Ils prétendent vouloir raconter le monde «  tel qu’il est  » mais il n’est qu’une sélection non objective  de l’actualité  : il sélectionne, il hiérarchise, il traite et met en scène l’information. Par là, il oriente et influence l’opinion publique.

Pour l’auteur structuraliste Tristan Todorov, un récit se déclenche quand il y a un manque ou un méfait. Un récit est déclenché par une rupture de la norme (catastrophe naturelle,..) ou la transgression d’un interdit (vol, effraction,..). Mais à partir de quel moment y a-t-il suffisamment rupture pour évoquer un événement ou un fait de société  ? Exercent-ils ainsi un pouvoir de stigmatisation (ou de consécration), d’intimidation (ou de réduction au silence), de cadrage des problèmes (et donc des solutions), d’incitation (ou de dissuasion) ? Existe-t-il une idéologie médiatique, une doxa médiatique comme certains le prétendent ? Jean-François Kahn parle de “verrouillage mental”, “d’unicité”, de “consensus”, d’idéologie médiatique de la social-démocratie. Selon Acrimed (Action-Critique-Médias), un journalisme de marché ne peut qu’être favorable à une pensée de marché, les médias étant managés comme des entreprises avec des principes de rentabilité, de lisibilité, d’efficacité.

Il nous semble donc essentiel aujourd’hui de nous demander si les zones interdites s’élargissent et quelle est la place accordée aux voix alternatives voire contestataires et dérangeantes dans les médias traditionnels ? Quel est l’espace médiatique réservé à la radicale remise en cause de l’ordre établi et à la promotion des modèles alternatifs ? Y-a-t-il une ligne rouge que les journalistes ne peuvent dépasser ? Les médias nous frappent-ils d’angoisse paralysante et d’impuissance ? Nous forcent-ils à la résignation ?

Ces questions feront l’objet de la prochaine campagne du Gsara (avec un focus sur le traitement médiatique de la décroissance économique et démographique) parce qu’il est important que nous soyons armés pour décrypter le langage médiatique et en comprendre les effets sur le public, pour comprendre les situations et les enjeux complexes du monde, pour s’approprier les problèmes que les mêmes experts voudraient confisquer pour en refaire des questions publiques et politiques, pour encourager les débats d’idées contradictoires, pour créer des émissions impertinentes et indépendantes comme pouvait le faire Michel Polac à une époque malheureusement révolue de la télévision où Pierre Desproges et Coluche étaient invités sur les plateaux télé.

Il est vital que nos médias restent un réel contre-pouvoir et que des observateurs critiques des médias comme le Gsara restent un contre-contre-pouvoir, de lutter contre la « clandestinité » de certaines questions sociales, contre l’oubli et contre le manque de participation de certains publics aux discours véhiculés.

D’ici-là, nous vous proposons un dossier spécial constitué de 3 rubriques :

« Opinion » avec les interviews de deux journalistes, Martine Cornil et Philippe Dutilleul, qui durant leur longue expérience à la RTBF ont œuvré à des programmes de qualité et de service public.

« Décryptage » avec deux articles sur le travail d’analyse de Marc Sinnaeve et de Christine Servais. Ils décrivent les mécanismes de fabrication de l’information, sa mise en forme, le fonctionnement des médias, l’influence du langage médiatique et la responsabilité des journalistes et du public.

« Réinventer les médias » : à quoi bon comprendre, si ce n’est pour agir ? Faire des constats sur le traitement médiatique de l’information, en décrypter les rouages, n’a de sens pour nous que si cela nous offre les clés pour améliorer les médias. Il est, à notre sens, important de montrer qu’il est possible de créer, d’améliorer, de réinventer des médias à l’image de ce que l’on souhaite. Parmi la multitude des choix possibles, deux projets sont présentés, « ZIN TV » et « What The Fake », qui se distinguent chacun à sa manière des formats médiatiques ‘classiques’ et prennent leur source dans une réflexion critique sur les médias et l’information. Faisant échos aux aspirations évoquées dans la rubrique « Décryptage », ces deux projets proposent des nouvelles formes de production de l’information, utilise la créativité pour réinventer les contenus, les formats, les formes de production des médias.

Julie Van der Kar

 

1. [JEAN-FRANÇOIS KAHN, L’horreur médiatique, Plon, 2014]↩
2. [PASCAL DURAND (sous la direction de), Médias et censure. Les figures de l’orthodoxie, Liège, Éditions de l’ULG, 2004., Plon, 2014]↩

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Comment le discours médiatique influe-t-il sur nous ? https://www.causestoujours.be/comment-discours-mediatique-influe-t-il/ https://www.causestoujours.be/comment-discours-mediatique-influe-t-il/#respond Thu, 12 Jun 2014 11:25:02 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=223 Décryptage

Lorsqu’on s’informe en écoutant, regardant ou lisant les médias, on s’intéresse au contenu de l’information, qui est le message principal. Mais sa mise en forme est, elle aussi, porteuse de messages, en filigrane, plus discrets, qui influent sur notre mode de pensée. De quelle manière l’influence-t-il ? Comment l’identifier ? Quel rôle y joue le langage utilisé dans les médias ? Pour citer Isabelle Stengers : « Les mots n’ont pas le pouvoir de répondre à la question que nous imposent les menaces globales […]. Mais ils peuvent […] contribuer à formuler cette question sur un mode qui force à penser ce que requiert la possibilité d’un avenir1».

Alterna

« apaga la tele » by alterna is licensed under CC BY-NC-ND 2.0

Christine Servais, chercheuse en Sciences de l’Information et de la Communication à l’ULg, et spécialisée dans l’analyse du discours des médias, a analysé l’énonciation journalistique et ses effets sur les représentations collectives et sur le comportement attendu des spectateurs. En identifiant les caractéristiques de l’énonciation journalistique dans les grands médias, elle montre quel type de public cela tend à définir et souligne la responsabilité de chacun dans cette configuration, aussi bien en tant qu’acteur des médias qu’en tant que récepteur. Nous tentons ici de résumer sa pensée à partir de deux articles : « Énonciation journalistique et espace public : une hégémonie pleine de voix ? »2 et « Appel au peuple/appel du public : décrire la réception comme une adresse »3.

Les médias ont pour vocation de communiquer des informations que nous ne possédons pas et qui concernent un collectif plus large que notre réseau de connaissances directes. Ils sélectionnent ce qui est important dans l’immensité des événements qui ont lieu quotidiennement pour donner à voir ce qu’il faut savoir. Les journalistes ont un rôle de porte-parole pour la population. Ils véhiculent ce que le peuple est supposé vouloir savoir et vouloir dire. En rendant commun un ensemble d’informations, les médias créent du « collectif ». En plus d’être une médiation entre l’événement et le public, le traitement de l’information par les médias est aussi une médiation entre le spectateur individuel et le collectif. De cette manière, il s’agit aussi d’une expérience politique.

Le rôle des médias dans la construction des représentations dominantes

Le rôle de porte-parole ou d’intermédiaire du journaliste censé représenter le peuple peut être une manière de se déresponsabiliser par rapport à ce qui est dit. Il prétend parler au nom d’un ‘nous’ qu’il ne représente pas forcément. Plus encore, l’emploi du ‘nous’ ou du ‘on’ duquel se revendique le journaliste a généralement comme résultat de légitimer une vérité sous couvert de désigner une appartenance commune qui n’est pas réelle. Ce type de discours nous dit: “Tu dois répondre de ce que j’affirme, mais en fait tu ne peux en répondre mais seulement t’y soumettre, car il n’y a pas d’autre lieu d’où en répondre.” Dans cette optique, la passivité des destinataires ne serait pas, comme on l’affirme souvent, un simple manque de recul critique de la part de la population, mais constituerait la réponse appropriée et attendue à un discours qui se soutient d’une “opinion reçue” dont on prétend qu’elle serait la seule forme du “nous” qui énonce une domination comme consensus”4.

Cette analyse fait écho au consentement diffus qui peut s’observer auprès du public. Pourquoi ? D’une part parce que les médias ne donnent généralement pas les moyens de comprendre les enjeux des situations qui sont montrées, d’autre part parce qu’à travers le dispositif de mise en forme des informations, le consensus est ce que l’on attend du public.

La place du spectateur 

Dans chaque contenu médiatique, il y a un dispositif spécifique qui détermine le contenu ainsi que la manière de le présenter. Et ce dispositif influe sur nos représentations, sur notre comportement par rapport aux informations reçues. Prenons pour exemple l’émission Enquêtes diffusée sur RTL TVI, analysée par Christine Servais dans son travail. L’émission prétend à l’objectivité par une forme de transparence absolue. Le dispositif pourrait se résumer par la formule ‘tout à voir et rien à voir’. Dans cette émission, personne ne prend la responsabilité de l’énoncé sur le monde qui est présenté. Les images sont montrées « brutes ». L’univers qu’on nous présente n’est pas peuplé, il est exclusivement physique.

La place assignée au public est celle de spectateur à qui l’on donne à voir des situations « telles qu’elles sont ». En fin de compte, ce dispositif a pour effet d’induire un ‘chacun chez soi’, une peur de l’autre en exacerbant l’insécurité tout en ne permettant pas de comprendre les éléments qui induisent les situations montrées et les situations dans laquelle les personnes montrées se trouvent. Derrière un procédé qui semble neutre, il y a donc un dispositif qui, au contraire, n’est absolument pas neutre quant au message véhiculé. Il lui assigne un rôle passif qui n’est pas de comprendre mais de voir, et en même temps suscite une peur de l’insécurité tendant à un entre-soi et efface toute responsabilité d’un énonciateur puisque celui-ci est absent du dispositif.

Une question de responsabilité

Cela nous amène à la question de la responsabilité, celle des journalistes, qui produisent l’information, et celle des spectateurs, qui la légitiment par leur réception. En effet, au regard du discours médiatique dans lequel le public ne se sent pas toujours représenté, le fait de ne pas en tenir  compte, de ne pas y répondre, par une attitude que l’on pourrait croire passive, est une position active. C’est une manière de ne pas répondre de l’idée qui lui est proposée. La population n’est pas passive par rapport aux médias.

D’autre part, le traitement médiatique de l’information ne peut prétendre à une complète objectivité, il s’agit d’une parole que le journaliste prend, en tant que personne. Il se doit de prendre conscience de son existence politique, de donner un éclairage sur le monde, en prenant position, et ainsi créer un débat. Car en effet, on peut identifier plusieurs types de journalismes par rapport à l’effet qu’ils créent sur le public : le journalisme qui crée du consensus et le journalisme qui, en injectant de la conflictualité, rassemble. Et c’est vers ce deuxième type de journalisme qu’il faut tendre s’il l’on veut qu’il continue à assurer son rôle dans une société démocratique.

 Lynn Dewitte

1. [Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte/Poche, 2013]↩
2. [Christine Servais, « Énonciation journalistique et espace public : une hégémonie pleine de voix ? », Communication, vol. 32/2, 2013]↩
3. [Christine Servais, « Appel au peuple/appel du public : décrire la réception comme une « adresse », à paraître dans Questions de Communication, coll. Actes, Jamil Dakhlia dir., « A la recherche du public populaire », 2014]↩
4. [Christine Servais, « Énonciation journalistique et espace public : une hégémonie pleine de voix ? »,op.cit.]↩

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ZIN TV : une nouvelle vision des médias https://www.causestoujours.be/zintv-nouvelle-vision-medias/ https://www.causestoujours.be/zintv-nouvelle-vision-medias/#respond Mon, 09 Jun 2014 16:30:07 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=247 Réinventer les médias

« ZIN TV est un outil qui donne à entendre la parole des invisibles et à voir la réalité des quartiers d’ici et d’ailleurs. Notre mission est de valoriser intellectuellement, culturellement, socialement et politiquement le potentiel créatif d’une population souvent exclue des médias classiques. Mettre en relation l’intelligence, la créativité populaire et les mouvements sociaux enrichit les analyses et structure les engagements respectifs ».

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Nous sommes allés à la rencontre d’un des fondateurs de ZIN TV, Ronnie Ramirez, pour un zoom sur ce projet à l’avenir prometteur, laboratoire d’idées et de pratiques de personnes engagées autour de la conviction d’une nécessité de réinventer les médias.

Une télé basée sur la participation citoyenne

Télévision d’action collective, ZIN TV est une initiative lancée il y a 4 ans et propose un média qui donne la parole aux citoyens tout en leur en offrant les moyens par des formations et un espace de diffusion. « Les militants sociaux, les citoyens engagés et les personnes appartenant à une structure associative sont des participants fréquents à qui l’on propose un apprentissage en trois niveaux : une initiation sous forme d’ateliers, une application grâce à des stages et un perfectionnement à travers l’élaboration de projets », nous explique Ramirez.

Au-delà de la critique des médias centraux, sur laquelle beaucoup de personnes s’entendent, l’équipe de ZIN TV a pour ambition de passer à l’action, en réinventant ce qui ne lui convient pas dans les médias, en proposant autre chose. Le principal objectif est de donner la parole à la population, et les moyens de l’exprimer comme l’indique le fondateur de ZIN TV :

«  On fera tous la même analyse, y compris les professionnels des médias eux-mêmes. Par exemple, les émissions diffusées à la télé qui critiquent la télé existent depuis longtemps. Mais pour nous la question n’est pas là. Si les médias sont devenus un “4e pouvoir”, ils sont clairement sans contre-pouvoir. Presque tout leur est permis. De traiter de dictateur un président démocratiquement élu tout simplement parce que sa politique ne correspond pas à celle de Washington par exemple. Pour l’équipe de ZIN TV, plutôt que de nous définir par rapport aux médias commerciaux et publics, qui se sont tous agenouillés devant le système de l’audimat, nous nous envisageons comme un espace d’oxygène où l’on peut essayer des choses, inventer un nouveau média sur une base qui ne soit pas commerciale mais bien axée sur la participation citoyenne car nous pensons que la population possède une forme d’intelligence collective qui doit être mise à profit et valorisée. Il faut donc la travailler. C’est pour cela que ZinTv se propose à travers ses formations des citoyens, de les familiariser au langage audiovisuel, pour qu’ils créent eux-mêmes leur propre outil d’expression et que ZinTv soit un outil d’expression au service des gens ».

“ nous nous envisageons comme un espace d’oxygène où l’on peut essayer des choses, inventer un nouveau média sur une base qui ne soit pas commerciale mais bien axée sur la participation citoyenne car nous pensons que la population possède une forme d’intelligence collective qui doit être mise à profit et valorisée.”

Assumer un point de vue

ZIN TV se veut un outil d’expression axé sur l’engagement social. On y défend un modèle de formation qui s’adresse aux citoyens, militants sociaux, journalistes engagés, médiactivistes et s’oppose à l’individualisme cultivé dans les écoles de cinéma. « Ce qui nous intéresse c’est de rééduquer nos militants, qu’ils aient un autre imaginaire que celui de la télévision dominante et d’Hollywood. Nous avons d’autres ressources. L’histoire de l’émancipation des peuples est nourrie d’œuvres qui ont marqué l’humanité. À ZIN TV, on se situe dans une filiation d’héritages cinématographiques. Nous avons un panthéon de cinéastes qui nous ont éclairés, qui eux aussi ont tenté de créer des médias. Roberto Rossellini, Santiago Alvarez, et Jean-Luc Godard par exemple. Ce sont des références qui nourrissent nos pratiques », poursuit Ramirez.

ZIN TV, c’est également un réseau élargi de personnes réunies autour d’un même objectif, la proposition d’un média qui soit réellement démocratique. Un réseau de projets similaires dans le monde, d’une part : « on essaye de prendre position dans l’époque où l’on vit, c’est l’air d’Internet, des technologies qui font qu’on peut être connecté avec le monde très facilement. On a donc par exemple développé cet aspect de relations internationales avec des gens qui font la même chose que nous, parce qu’on n’est pas les seuls ni les premiers à proposer ce genre d’initiative », ajoute Ramirez. D’autre part, c’est un réseau de personnes travaillant bénévolement pour que le projet puisse grandir. C’est enfin un ancrage profond dans le tissu citoyen et militant de la population, gagné par un travail de fond qui se fait dans l’anonymat. ZinTv s’attache à être un trait d’union entre les médias et les militants sociaux en cultivant une attitude fédératrice, en développant des coproductions et des partenariats. En effet, la réinvention des médias nécessite un engagement sincère et actif de nombreuses personnes pour qu’une proposition puisse voir le jour, évoluer et grandir.

Les fondements du projet sont amenés à être constamment remis en question. Espace d’oxygène, laboratoire de mise en pratique d’idées créatives, ZIN TV n’entend pas être la solution toute trouvée à la machinerie des médias centraux mais se bat pour une diversité dans l’information en proposant des formes nouvelles d’organisation, de diffusion, et de production de l’information.

Une vision de médias qui montre de l’espoir

Qu’est-ce qu’un bon média ? C’est la question que l’on peut se poser suite à une réflexion sur le traitement médiatique de l’information et que nous avons voulu inciter à se poser à travers ce dossier spécial. La vision de Ronnie Ramirez est celle d’un média « qui est politiquement incorrect, avec vitalité, qui représente la vraie vision de la citoyenneté, qui se vit avec humour, avec érotisme avec intelligence. Qui ne se focalise pas sur la partie lamentable des gens mais sur la partie intelligente. La partie lamentable on la connaît. Et aussi, qui montre des gens qui cherchent des solutions, qui montre de l’espoir ».

Alors, si dans le coin de nos têtes, nous nous demandons ‘est-ce possible de mettre en place de réelles alternatives médiatiques ?’, le projet ZinTV est un exemple que l’on peut mettre en place des choses concrètes qui vont dans le sens d’une amélioration des médias, qui constituent une proposition de redéfinition, un langage propre. « Mais il faut assumer que rien ne dure et je pense qu’un élément crucial est la capacité à se refonder sans cesse, c’est ce qui manque le plus actuellement », conclut le fondateur de ZIN TV.

Sans oublier que les choix politiques sont un aspect déterminant des perspectives possibles également. Ronnie Ramirez le rappelle, « par exemple, en Argentine, des politiciens courageux ont divisé le spectre hertzien en trois : un tiers pour les télévisions commerciales, un tiers pour les télévisions publiques et un 3e pour les communautaires. Ça a permis à l’Argentine de créer une chaîne spécialement pour diffuser du cinéma argentin. Quelle formidable soutien et valorisation de leurs artistes dans leur pays, en leur offrant des débouchées ! ».

Avec de la créativité, de l’engagement et du travail, beaucoup de choses deviennent possibles. Les médias suivent un schéma très complexe, il est parfois difficile d’y voir clair, difficile de savoir quoi faire face aux constats. Mais s’il fallait une conclusion à tout ceci, elle serait peut-être que rien ne sert de s’opposer et de rejeter ce qui ne nous convient pas dans notre société, et qu’il importe de mobiliser cette belle créativité dont l’homme est capable afin d’utiliser ce qui existe, d’en tirer les meilleures potentialités pour construire un avenir qui se redéfinisse sans cesse vers un mieux.

Lynn Dewitte

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What the Fake : quelle place pour les jeunes dans les médias ? https://www.causestoujours.be/what-the-fake-quelle-place-les-jeunes-les-medias/ https://www.causestoujours.be/what-the-fake-quelle-place-les-jeunes-les-medias/#respond Mon, 09 Jun 2014 16:26:26 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=207 Réinventer les médias

Le projet What the Fake ?! s’est déroulé de janvier à avril 2014. Il est le fruit d’une collaboration entre la RTBF et deux associations spécialisées en éducation aux médias, ACMJ (Association Ciné Médias Jeunes) et le CAVL (Centre de Audiovisuel de Liège). Ce projet pilote questionne le rapport des jeunes aux médias et leur permet de s’exprimer. Retour sur cette expérience originale avec des responsables d’ACMJ et du CAVL.

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Le projet What the Fake ?!

L’initiative, lancée par Valérie Magis, auteur et show runner, s’adresse aux jeunes de 13 à 18 ans. Il s’agit de leur donner la parole et la possibilité de s’exprimer sur des sujets qui les intéressent. Selon les lignes du projet, What the Fake ?! (WTF) signifie faire la part des choses entre ce que les jeunes pensent, ce qu’on leur donne à penser et ce que l’on pense pour eux. Entre les règles et les normes qu’on leur impose au nom de la bienséance, et les codes qui gouvernent leurs notions de la pudeur, de l’intimité et de la vie privée. Entre les clichés propagés par les médias de masse, et leur vision du monde au quotidien. Entre leur conscience de l’information et les informations … vraies ou fausses ».

Le projet se composait d’abord d’un chat sur Internet auquel les jeunes étaient invités à participer. Les thématiques de ces discussions en ligne étaient choisies préalablement par l’équipe pédagogique. Ensuite, chaque semaine, un « Fake » était mis en place. Concrètement, trois faits repris d’Internet étaient proposés sur le site, deux reprenaient de l’information vraie et un se révélait être de la fiction. Les jeunes devaient alors trouver quel fait présentait de la fausse information. Enfin, sur base du contenu rassemblé grâce à la participation des jeunes, des épisodes étaient élaborés avec l’aide des adolescents. Ces épisodes étaient diffusés tous les vendredis sur La Trois et sur YouTube. Par ailleurs, le projet utilisait Facebook et Twitter pour communiquer.

Les jeunes et les médias : la nécessité d’ouvrir le dialogue

Pourquoi un tel projet est-il né ? La RTBF estimait nécessaire d’atteindre les jeunes qui ne sont pas visés par l’essentiel de la programmation proposée actuellement. Cela reflète d’ailleurs le fait que les adolescents ne sont pas représentés dans les médias. Ils ne constituent pas un lectorat privilégié et font donc l’objet d’une attention plus modérée. De plus, leurs opinions et leurs réflexions y sont souvent décrédibilisées.

Les responsables d’ACMJ et du CAVL insistent sur l’importance de prendre en considération la parole des jeunes. Ces derniers ont des choses à dire qui valent la peine d’être diffusées. Par ailleurs, ils participent aux codes de communication amenés par les nouvelles technologies. Ainsi, le bouleversement des codes de communication liés aux médias en ligne touche tout le monde. Partant de ce constat, Isabelle Colin du CAVL explique l’idée de base du projet WTF : « les jeunes sont bien entrés dans les nouvelles technologies, nous – adultes – cela nous concerne aussi et on a intérêt a ce que les jeunes le vivent bien, donc écoutons un peu les jeunes et voyons ce qu’ils ont envie de dire et d’apporter sur ces sujets là. Il y avait à la fois ce souci de travailler avec eux et de leur donner la parole pour mieux les comprendre ». Selon elle, les médias se désintéressent des adolescents, voire même, les méprisent. Cela provoque, à contre sens, une indifférence, une méfiance des jeunes envers les médias et l’information qui y est donnée.

L’intérêt de « What The Fake » est donc d’amener des sujets qui intéressent les jeunes et de leur donner la parole plutôt que de demander à des adultes de parler des adolescents. Différentes thématiques ont ainsi été abordées : l’image de soi sur Internet, la tendance des selfies, les necknomations, les commentaires sur les réseaux sociaux, les parents sur les réseaux sociaux ou encore l’hypersexualité des stars. Les sujets choisis faisaient appel à l’actualité. Le contenu des chats et des « webisodes » montre que les jeunes ont un avis, un regard sur les choses qui les entourent.

Un partenariat RTBF, privé et associatif

Le projet est original car il a fait collaborer les secteurs public et privé. De plus, les associations ACMJ et CAVL étaient garantes du contenu pédagogique. Elles devaient gérer au mieux les réactions, parfois inattendues, des jeunes face aux thématiques choisies. Cette démarche, qui consiste à considérer et à mêler plusieurs domaines d’activités, est au centre du projet et a permis d’aller à la rencontre des jeunes, de ce qui les intéresse, de leur regard sur ce qui les entoure.

En ce qui concerne la portée du projet, comme le souligne Isabelle Colin du CAVL, « What The Fake » révèle l’usage que les jeunes font des chats et des « webisodes » afin de communiquer leurs avis sur les selfies ou les necknominations par exemple. Par ailleurs, l’aspect éducation aux médias est, ici, un objet d’analyse complexe. Ainsi, le projet est pertinent tant du point de vue de son contexte de production que de son aspect formel à destination d’un public ciblé.

Néanmoins, il est intéressant de noter que des initiatives médiatiques qui se situent en dehors des médias centraux, en dehors des canaux médiatiques habituels, gardent une liberté de parole plus grande, peuvent aller plus loin dans leur démarche et en assurer un meilleur suivi. Comme le souligne le directeur du CAVL, « nous ne sommes pas tenus par les mêmes critères. Et on a l’occasion de favoriser le côté ‘expressiviste’, selon le mot employé dans le livre ‘Médiactivistes’ ». L’initiative WTF démontre qu’une collaboration entre l’associatif et les médias est possible et qu’elle peut faciliter la construction d’une information qui donne la parole aux citoyens.

Une expérience transmédia interactive

L’intérêt de la démarche réside également dans l’analyse de l’utilisation des médias en ligne par les jeunes.

Ainsi, l’utilisation de Facebook permet d’en cerner les codes, en l’occurrence ceux des adolescents, par le ton et les termes employés. Cela permet de les utiliser d’une manière constructive. Des expériences sont à faire dans ce sens, et « What The Fake » en est un essai.

Par ailleurs, le chat servait de base pour les « webisodes ». Le contenu de ceux-ci s’inspirait des paroles des jeunes. La manière dont les réseaux sociaux et les médias en ligne ont été utilisés est inspirante car elle illustre l’interactivité offerte par Internet. Cette interactivité peut être mise à profit pour redonner la parole, pour co-construire une information prenant en compte des points de vue différents.

Le projet « What The Fake » est une initiative porteuse de perspectives intéressantes pour introduire du changement dans les formats et les partenariats médiatiques. Elle permet d’offrir un espace médiatique accessible et de diffuser largement les propos des adolescents.

Lorsqu’il est question de médias centraux, il ne faut pas oublier de mettre en place une approche de type « éducation aux médias », utile pour exploiter les potentialités de tels projets. On peut également retenir les perspectives offertes par les médias en ligne en termes de démocratisation des médias et de l’information.

Enfin, les coproductions offrent une place à prendre pour les associations qui ont une expertise relative aux médias. Les médias centraux ont des rouages bien huilés qu’il serait difficile de changer radicalement mais la large diffusion est un avantage qui, combinée à des initiatives créatives, est porteuse pour l’avenir des médias.

Lynn Dewitte

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Pour aller plus loin https://www.causestoujours.be/aller-loin/ Mon, 09 Jun 2014 14:39:24 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=355 Ce dossier est loin de constituer une source complète sur les médias d’information. On y a simplement proposé d’y lancer des pistes de réflexion et d’action. Mais la réflexion et la critique des médias intéresse de nombreuses personnes et depuis longtemps. Alors pour les personnes qui désirent creuser un peu plus, nous vous avons proposé une liste de choses à fouiller, scruter, lire et relire, observer. Une liste en différentes rubriques de quelques idées parmi tant d’autres dans lesquelles chacun crée sa toile d’information critique.

Nourrir une réflexion critique sur les médias d’information

Pour commencer, un petit condensé de sources de réflexion sur les médias eux-mêmes. On y traite aussi bien du rapport des médias aux pouvoirs économique et politique, de la mise en forme médiatique, de la pratique des journalistes, de la consommation des médias, et bref, on y décrypte les flux d’information et l’influence des médias sur la société et de la société sur les médias.

À lire

– Dossier Censure et liberté d’expression de l’ULg

À l’occasion de la rentrée académique 2013 de l’Université de Liège, placée sous le signe de la thématique « Censure et liberté d’expression », 10 chercheurs et enseignants ont prêté leur concours à un dossier qui met en lumière une série de problématiques liées à l’information et aux médias audiovisuels.
https://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_1378476/dossier/-censure-et-liberte-d-expression

– Geoffrey Geuens, L’information sous contrôle. Médias et pouvoir économique en Belgique, Bruxelles, Labor/Espace de liberté, 2002, 95 p.

Une analyse de l’organisation des médias belges qui en dénonce l’influence des pouvoirs économique et politique et appelle au changement.

– Rubrique “Médias” de la Revue trimestrielle Agir Par la Culture (PAC)

Les contributions de Marc Sinnaeve relatent ses réflexions critiques et avisées sur une série de thématiques liées aux médias d’information. Disponible en ligne sur:  https://www.agirparlaculture.be/index.php/medias

Réinventer les médias, Les Renseignements Généreux, France

Brochure didactique qui présente les enjeux de société liés aux médias et propose des pistes d’auto-défense intellectuelle.
Disponible en ligne sur le site des Renseignements Généraux (association qui a pour objectif de contrer l’uniformisation et l’appauvrissement de l‘information):
https://www.les-renseignements-genereux.org/var/fichiers/brochures-pdf/broch-media-20080217-web-a5.pdf

– Acrimed (Action Critique Médias), France
Observatoire des médias en France, qui questionne et décrypte les contenus médiatiques. Le site comprend des articles et un répertoire de nombreuses ressources sur les médias.
https://www.acrimed.org/

– Serge Halimi et Dominique Vidal, avec Henri Maler, « L’opinion, ça se travaille… » – Les médias et les « guerres justes » : Kosovo, Afghanistan, Irak, 2006, Agone.

Les médias et leurs mécanismes idéologiques sont ici analysés à travers l’exemple de trois guerres et de leur traitement médiatique.

– Denis Muzet, La Mal info: enquête sur des consommateurs de médias, l’Aube, 2006.

Ce livre est le fruit d’une enquête conduite par l’Observatoire du débat public sur la façon dont les Français consomment l’information. Il montre comment l’individu cherche aujourd’hui à s’informer, moins pour comprendre le monde que pour calmer une peur permanente, dans un environnement qu’il perçoit de plus en plus anxiogène. A l’heure des médias omniprésents et de l’info en continu, le ‘médiaconsommateur’ absorbe les nouvelles partout et tout le temps, au plus vite et au plus simple. Mais derrière l’abondance, il sent bien que ce qu’il ingurgite compulsivement ne suffit pas à le nourrir. On est entré dans l’ère de la ‘mal info’.

– Régis Debray, L’Emprise, Gallimard, 2000.
Une analyse de la manière dont l’ordre moral est régit par la presse.

– Arrêt sur images
À voir sur https://www.arretsurimages.net

– Noam Chomsky et Edward Herman, La fabrication du consentement, 2008, Agone

Cet ouvrage classique et controversé de la critique des médias fait l’analyse du système des médias de masse américains et souligne le modèle de propagande des élites politiques et économiques que constituent les médias.

– Alain Accardo, G. Abou et al., Journalistes précaires, Le Mascaret, 1998. Réédité en poche chez Agone en 2007

Une analyse sociologique du métier de journaliste qui livre des témoignages éclairants sur les réalités de la pratique quotidienne du journalisme et de la production de l’information.

– Mariette Darrigrand, Comment les médias nous parlent (mal), Éditions François Bourin, 2014

Sémiologue, Mariette Darrigand passe au crible les tics du langage médiatique qui enraient le débat public.

– Jean-François Kahn, L’horreur médiatique, Plon, 2014

À voir, à écouter

Les nouveaux chiens de garde, 2012, Yannick Kergoat et Gilles Balbastre
Un film documentaire qui remet en cause le rôle de contre-pouvoir des médias dominants et questionne l’influence du pouvoir politique sur l’information et sa marchandisation. Il s’agit d’une adaptation l’essai de Serge Halimi du même nom, (2e éd. 2005)
https://www.youtube.com/watch?v=fshz0kJEkBE

La dictature de la pensée unique, 2001
Ce documentaire explore et dénonce les mécanismes de la pensée unique.
Il nous permet de mieux comprendre comment les médias se font le relais de cette pensée unique. Les intervenants: Jean-François Kahn, Viviane Forrester, Guillaume Bigot, Jean-Marc Varaut, Philippe Cohen, Paul-Marie Coûteaux, Raoul Girardet, Jean-Claude Chesnais.
Disponible sur : https://preuves-par-images.fr/#/la-dictature-de-la-pensee-unique

Les ânes ont soif , sortie prochaine, Pierre Carles
Bande-annonce: https://www.youtube.com/watch?v=M6EyKFXsQfk

On Air  France, 2006, Christophe Joly
Résumé : Aujourd’hui, le paysage médiatique nord-américain est dominé par moins d’une dizaine de compagnies. Ces conglomérats contrôlent une grande partie de ce que l’Amérique voit, écoute et lit… Cet enfermement de la culture a donné le jour à un mouvement médiatique alternatif. À travers les Etats-Unis, d’ouest en est, On Air examine ce contre-courant et raconte leur combat, leur existence, leurs revendications.

Propositions pour une télé libre populaire, Venezuela, Documentaire, Thierry Deronne
Résumé : Un très beau documentaire qui décrypte et analyse l’image du peuple donnée par les médias dominants, notamment au Nicaragua et Venezuela.
C’est l’image d’un peuple mendiant, qui n’appelle que la charité ou la répression. Pour faire revivre le peuple comme acteur, et nous rendre cette conscience de notre pouvoir de transformer, Tele Tambores expose 11 propositions concrètes, autant de  repères pour permettre une télé véritablement libre.

– Entretiens Peter Watkins
Réalisateur britannique attaché à la critique des médias de masse et de ce qu’il a nommé la monoforme. Voir par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=LZ1S18jsyyw

S’informer autrement

Il y a une pluralité de manières de s’informer différemment. Cela peut être par des informations critiques des médias centraux, par d’autres formats, d’autres thèmes, …

Voici notre brève sélection de site à suivre pour s’informer, s’inspirer, découvrir.

– Communiqu’Ethique
https://www.communiquethique.com/

– Create the World
Une « MediaTV » qui s’adresse à une large partie de la population qui aspire à un  « nouveau monde » et qui n’a pas accès à une chaîne de qualité où cette vision et ces valeurs sous-jacentes sont exprimées. Thèmatiques abordées : écologie, économie positive, gouvernance éthique, communication consciente, villes en transition, solidarité, durabilité, autonomie énergétique et alimentaire, joie de vivre…
https://www.cnw.tv/

– Revue XXI
https://www.revue21.fr/

– Kairos
https://www.kairospresse.be/blog

– Le 1
https://le1hebdo.fr/

– Même pas mal
Partage d’alternatives pour mode de vie en temps de crise
https://alternatives.blog.lemonde.fr/

– Hors Série :
Nouveau site internet, qui sera entièrement consacré à des entretiens critiques, filmés, avec des personnalités artistiques ou intellectuelles. Loin de l’actu, du babil promotionnel et des clashs circonstanciels, ici des artistes, des penseurs, des chercheurs ont le temps de construire un dialogue approfondi. Au départ c’est une émanation d’Arrêt sur images
mais Hors-Série est un site autonome.
https://fr.ulule.com/hors-serie/

Se former et devenir acteur des médias

De nombreux organismes proposent des aides à l’utilisation de l’audiovisuel pour devenir acteur de l’information, prendre la parole parmi les flux d’info, proposer son point de vue, sa voix. Voici quelques exemples de formations pour les documentaires et les reportages sociaux, accessibles aux jeunes, et des répertoires d’analyses et documents pédagogiques, des sources d’aide à la production et à la diffusion,… ils sont nombreux, alors il ne reste plus qu’à se lancer !

– ZIN TV
Une télé d’action collective. Information, formations, production et diffusion autour de l’engagement social
https://www.zintv.org/?lang=fr

– ACMJ, Action Ciné Médias Jeunes
Organisation de jeunesse et d’éducation aux médias.
 https://www.acmj.be/acmj/

– CTV Médias asbl
L’association a pour objectif le développement de l’autonomie et du sens critique des citoyens face aux médias et aux nouvelles technologies de communication.
https://www.ctv.be/cms/?page_id=841

– Mediapte (France)
Un site qui regroupe de nombreuses ressources d’éducation aux médias.
https://www.mediapte.fr/sp/#a_explorer

– Media Coach
Une formation sur l’éducation aux médias
www.media-coach.be

– GSARA
Mouvement d’éducation à l’audiovisuel et aux médias, atelier de production, formations et diffusions
www.gsara.be

– Consoloisirs
https://www.consoloisirs.be/

– CAV Liège
Une médiathèque spécialisée sur l’audiovisuel et l’éducation aux médias
https://www.cavliege.be/

– Les Grignoux
Dossiers pédagogiques sur un grand répertoire de films
https://grignoux.be/teaching_files

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