RTBF – Causes Toujours https://www.causestoujours.be Blog du Trimestriel Causes Toujours Mon, 25 Jan 2016 13:53:13 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 « Viva for Life » a-t-elle une raison d’être ? https://www.causestoujours.be/viva-for-life-a-t-raison-detre/ Thu, 17 Dec 2015 18:33:58 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=1668 Viva For Life ]]> Carte blanche d’une stagiaire au sein de l’émission Viva For Life.

En tant qu’étudiante en communication, j’ai eu l’occasion d’effectuer trois stages dans les médias, les deux premiers en tant que journaliste. Ensuite est venu le choix difficile du troisième et dernier stage. Celui « qui met bien la pression » car il est considéré comme un potentiel tremplin pour accéder à notre futur métier. J’avais donc envie de dénicher un stage qui me convenait et qui me plaisait. Je cherchais quelque chose s’apparentant à du documentaire ou à du journalisme d’investigation en audiovisuel. Je voulais quelque chose de fin, d’humain, qui prend le temps de découvrir, de rassembler et puis de transmettre au public, en essayant d’être le plus fidèle à la réalité du sujet traité. C’est alors qu’on m’a parlé du projet Viva for Life. Malgré le fait que je trouvais le concept profondément dérangeant, j’admets m’être laissé séduire par la proposition que l’on me faisait, de pouvoir prendre part à la première édition d’une opération de cette ampleur et en plus au sein de la RTBF, média de taille en Belgique.

Le stage a commencé et j’ai donc découvert lentement comment s’organisait une telle opération médiatique. C’était fascinant de voir autant de gens réunis, chacun ayant une mission bien précise et chacune de ces missions menant vers la réalisation, petit à petit, du produit fini. Il y avait constamment des réunions « toutes cellules confondues » durant lesquelles les personnes réunies autour de la table proposaient leurs idées, quels artistes ils pensaient inviter, quels types de défis pouvaient être réalisés et quels objets pouvaient être mis aux enchères. Ebahie, je découvrais petit à petit que la place accordée à la précarité était moindre, mais que les vraies stars sous les projecteurs étaient les trois animateurs qui seraient enfermés dans le studio de verre. Il fallait tout savoir d’eux, faire des interviews d’eux expliquant pourquoi ils acceptaient de participer à l’opération, filmer leurs adieux déchirants à leur famille à l’entrée du studio de verre, imaginer le scénario d’une fouille de leurs valises au cours de laquelle un huissier y découvrirait de la nourriture solide « dissimulée »… Bref, l’énergie des réunions me semblait être entièrement dévouée à la mise sur pied d’éléments divertissants.

Une fois mon stage terminé, restant étonnée de m’être sentie seule concernée par le manque d’analyse et de dimension éducative octroyées au sujet principal de l’opération : la précarité infantile en Belgique francophone, je me suis demandé si c’était moi qui faisait fausse route ou s’il s’agissait d’un manquement de la RTBF, chaîne publique francophone nationale. J’ai donc cherché à en savoir plus sur la mission de chaîne publique.

Pour ce faire, j’ai commencé par analyser des documents desquels proviennent une définition de ce qui constitue la mission de chaîne publique : le « Contrat de gestion de la RTBF (2013-2017) » ainsi que la « Charte de l’identité et des valeurs de la RTBF » et enfin, le « Règlement d’ordre intérieur relatif au traitement de l’information et à la déontologie du personnel » de la RTBF, tous accessibles sur internet. Ensuite, j’ai analysé le contenu communicationnel qu’a produit Viva for Life via chacun des médias utilisés par l’opération : la radio, la télévision, internet (site internet, réseaux sociaux, newsletter, émission quotidienne) et divisé ce contenu en plusieurs catégories élaborées par moi-même et ma propre sensibilité (communication portant sur les artistes, communication portant sur les trois animateurs du studio de verre, communication portant sur la précarité en Belgique francophone, etc.).

Une fois arrivée au bout de cette longue analyse, il m’a semblé clair que la mission de chaîne publique, telle que le définit la RTBF elle-même au sein des documents cités plus haut, n’est pas suffisamment présente au sein de Viva for Life.

Par exemple, la RTBF considère que l’éducation est un élément important de son rôle de chaîne publique : « La RTBF considère que l’éducation, dans un monde où les repères fluctuent sans cesse, est un des moyens de le décoder et que l’accès à la connaissance, à la compréhension des enjeux et à leur évaluation avec un regard critique participe à son rôle de service public1 ».

Or, l’opération Viva for Life, qui est une opération de récolte de fonds destinée à financer des associations venant en aide à la pauvreté infantile en Belgique francophone, n’aborde que très peu la problématique au centre de sa raison d’être. Selon mon analyse détaillée du contenu, lors de sa première édition, l’opération n’a octroyé que 5,3% de son contenu à aborder la précarité infantile en Belgique francophone. Plus de 80% du contenu communiquait à propos des artistes présents, à propos du vécu des 3 animateurs du studio de verre, à propos des enchères, défis et actions mis sur pied ou encore à propos de thèmes divers s’apparentant à du divertissement et à de l’émotion.

Il me semble pourtant difficile de concevoir que l’on puisse aborder la problématique qui est censée être au cœur de l’opération sans s’attarder à essayer de la comprendre, de l’expliquer. D’autant plus quand la RTBF se définit également comme telle : « La RTBF se veut encore indépendante sur le plan éditorial et opérationnel, investiguant, sondant, fouillant les sujets et thématiques au cœur du public, réagissant et analysant avec curiosité, intelligence et rigueur, agissant libre de toute influence politique, commerciale ou autre, posant ses choix uniquement dans l’intérêt du public, libre de contester la suprématie du plus fort, de remettre en cause les idéologies dominantes et de contribuer à former des citoyens avertis, en faisant preuve d’autonomie à tous les niveaux de sa mission, notamment la programmation, la prise de décisions éditoriales et les questions de personnel2 ».

Ou encore comme ceci : « La RTBF estime aussi que le divertissement, qui est au cœur de nos cultures, de notre vie quotidienne, et qui est source d’épanouissement et de partage d’émotions dans les moments forts, doit être stimulateur et révélateur de talents, et animer sa fierté de créer3 ».

L’opération Viva for Life permet-elle de mettre en lumière un problème sociétal ? Est-elle réellement construite sur un axe éducatif ? Permet-elle à son public de comprendre les enjeux et ce, avec un regard critique ? En tant que programme de divertissement, se révèle-t-elle stimulante et révélatrice de talents ? Fournit-elle à son public les clés lui permettant de remettre en cause les idéologies dominantes ? Quelle est au fond la raison d’être de Viva for Life ?

Une stagiaire au sein de Viva for Life

1. [Source: Contrat de gestion de la Rtbf 2014-2017, p.3, https://csa.be]

2. [Source: Contrat de gestion de la Rtbf 2014-2017, p.3-4, https://csa.be]

3. [Source: Contrat de gestion de la Rtbf 2014-2017, p.3-4, https://csa.be]

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What the Fake : quelle place pour les jeunes dans les médias ? https://www.causestoujours.be/what-the-fake-quelle-place-les-jeunes-les-medias/ https://www.causestoujours.be/what-the-fake-quelle-place-les-jeunes-les-medias/#respond Mon, 09 Jun 2014 16:26:26 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=207 Réinventer les médias

Le projet What the Fake ?! s’est déroulé de janvier à avril 2014. Il est le fruit d’une collaboration entre la RTBF et deux associations spécialisées en éducation aux médias, ACMJ (Association Ciné Médias Jeunes) et le CAVL (Centre de Audiovisuel de Liège). Ce projet pilote questionne le rapport des jeunes aux médias et leur permet de s’exprimer. Retour sur cette expérience originale avec des responsables d’ACMJ et du CAVL.

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Le projet What the Fake ?!

L’initiative, lancée par Valérie Magis, auteur et show runner, s’adresse aux jeunes de 13 à 18 ans. Il s’agit de leur donner la parole et la possibilité de s’exprimer sur des sujets qui les intéressent. Selon les lignes du projet, What the Fake ?! (WTF) signifie faire la part des choses entre ce que les jeunes pensent, ce qu’on leur donne à penser et ce que l’on pense pour eux. Entre les règles et les normes qu’on leur impose au nom de la bienséance, et les codes qui gouvernent leurs notions de la pudeur, de l’intimité et de la vie privée. Entre les clichés propagés par les médias de masse, et leur vision du monde au quotidien. Entre leur conscience de l’information et les informations … vraies ou fausses ».

Le projet se composait d’abord d’un chat sur Internet auquel les jeunes étaient invités à participer. Les thématiques de ces discussions en ligne étaient choisies préalablement par l’équipe pédagogique. Ensuite, chaque semaine, un « Fake » était mis en place. Concrètement, trois faits repris d’Internet étaient proposés sur le site, deux reprenaient de l’information vraie et un se révélait être de la fiction. Les jeunes devaient alors trouver quel fait présentait de la fausse information. Enfin, sur base du contenu rassemblé grâce à la participation des jeunes, des épisodes étaient élaborés avec l’aide des adolescents. Ces épisodes étaient diffusés tous les vendredis sur La Trois et sur YouTube. Par ailleurs, le projet utilisait Facebook et Twitter pour communiquer.

Les jeunes et les médias : la nécessité d’ouvrir le dialogue

Pourquoi un tel projet est-il né ? La RTBF estimait nécessaire d’atteindre les jeunes qui ne sont pas visés par l’essentiel de la programmation proposée actuellement. Cela reflète d’ailleurs le fait que les adolescents ne sont pas représentés dans les médias. Ils ne constituent pas un lectorat privilégié et font donc l’objet d’une attention plus modérée. De plus, leurs opinions et leurs réflexions y sont souvent décrédibilisées.

Les responsables d’ACMJ et du CAVL insistent sur l’importance de prendre en considération la parole des jeunes. Ces derniers ont des choses à dire qui valent la peine d’être diffusées. Par ailleurs, ils participent aux codes de communication amenés par les nouvelles technologies. Ainsi, le bouleversement des codes de communication liés aux médias en ligne touche tout le monde. Partant de ce constat, Isabelle Colin du CAVL explique l’idée de base du projet WTF : « les jeunes sont bien entrés dans les nouvelles technologies, nous – adultes – cela nous concerne aussi et on a intérêt a ce que les jeunes le vivent bien, donc écoutons un peu les jeunes et voyons ce qu’ils ont envie de dire et d’apporter sur ces sujets là. Il y avait à la fois ce souci de travailler avec eux et de leur donner la parole pour mieux les comprendre ». Selon elle, les médias se désintéressent des adolescents, voire même, les méprisent. Cela provoque, à contre sens, une indifférence, une méfiance des jeunes envers les médias et l’information qui y est donnée.

L’intérêt de « What The Fake » est donc d’amener des sujets qui intéressent les jeunes et de leur donner la parole plutôt que de demander à des adultes de parler des adolescents. Différentes thématiques ont ainsi été abordées : l’image de soi sur Internet, la tendance des selfies, les necknomations, les commentaires sur les réseaux sociaux, les parents sur les réseaux sociaux ou encore l’hypersexualité des stars. Les sujets choisis faisaient appel à l’actualité. Le contenu des chats et des « webisodes » montre que les jeunes ont un avis, un regard sur les choses qui les entourent.

Un partenariat RTBF, privé et associatif

Le projet est original car il a fait collaborer les secteurs public et privé. De plus, les associations ACMJ et CAVL étaient garantes du contenu pédagogique. Elles devaient gérer au mieux les réactions, parfois inattendues, des jeunes face aux thématiques choisies. Cette démarche, qui consiste à considérer et à mêler plusieurs domaines d’activités, est au centre du projet et a permis d’aller à la rencontre des jeunes, de ce qui les intéresse, de leur regard sur ce qui les entoure.

En ce qui concerne la portée du projet, comme le souligne Isabelle Colin du CAVL, « What The Fake » révèle l’usage que les jeunes font des chats et des « webisodes » afin de communiquer leurs avis sur les selfies ou les necknominations par exemple. Par ailleurs, l’aspect éducation aux médias est, ici, un objet d’analyse complexe. Ainsi, le projet est pertinent tant du point de vue de son contexte de production que de son aspect formel à destination d’un public ciblé.

Néanmoins, il est intéressant de noter que des initiatives médiatiques qui se situent en dehors des médias centraux, en dehors des canaux médiatiques habituels, gardent une liberté de parole plus grande, peuvent aller plus loin dans leur démarche et en assurer un meilleur suivi. Comme le souligne le directeur du CAVL, « nous ne sommes pas tenus par les mêmes critères. Et on a l’occasion de favoriser le côté ‘expressiviste’, selon le mot employé dans le livre ‘Médiactivistes’ ». L’initiative WTF démontre qu’une collaboration entre l’associatif et les médias est possible et qu’elle peut faciliter la construction d’une information qui donne la parole aux citoyens.

Une expérience transmédia interactive

L’intérêt de la démarche réside également dans l’analyse de l’utilisation des médias en ligne par les jeunes.

Ainsi, l’utilisation de Facebook permet d’en cerner les codes, en l’occurrence ceux des adolescents, par le ton et les termes employés. Cela permet de les utiliser d’une manière constructive. Des expériences sont à faire dans ce sens, et « What The Fake » en est un essai.

Par ailleurs, le chat servait de base pour les « webisodes ». Le contenu de ceux-ci s’inspirait des paroles des jeunes. La manière dont les réseaux sociaux et les médias en ligne ont été utilisés est inspirante car elle illustre l’interactivité offerte par Internet. Cette interactivité peut être mise à profit pour redonner la parole, pour co-construire une information prenant en compte des points de vue différents.

Le projet « What The Fake » est une initiative porteuse de perspectives intéressantes pour introduire du changement dans les formats et les partenariats médiatiques. Elle permet d’offrir un espace médiatique accessible et de diffuser largement les propos des adolescents.

Lorsqu’il est question de médias centraux, il ne faut pas oublier de mettre en place une approche de type « éducation aux médias », utile pour exploiter les potentialités de tels projets. On peut également retenir les perspectives offertes par les médias en ligne en termes de démocratisation des médias et de l’information.

Enfin, les coproductions offrent une place à prendre pour les associations qui ont une expertise relative aux médias. Les médias centraux ont des rouages bien huilés qu’il serait difficile de changer radicalement mais la large diffusion est un avantage qui, combinée à des initiatives créatives, est porteuse pour l’avenir des médias.

Lynn Dewitte

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