PSA – Causes Toujours https://www.causestoujours.be Blog du Trimestriel Causes Toujours Thu, 26 May 2016 15:52:10 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 Comme des lions : Rencontre avec Françoise Davisse https://www.causestoujours.be/lions-entretien-francoise-davisse/ Fri, 15 Apr 2016 10:05:42 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=1882 Comme des lions : "Dans une véritable démocratie, chacun doit devenir quelqu'un et avoir la possibilité de partager pleinement son intelligence avec le collectif". ]]> Françoise Davisse, réalisatrice de Comme des lions « Dans une véritable démocratie, chacun doit devenir quelqu’un et avoir la possibilité de partager pleinement son intelligence avec le collectif ».

Pendant deux ans, tu as suivi les ouvriers grévistes du site PSA Aulnay. Comment as-tu pris contact avec eux et comment as-tu introduit ta caméra dans l’usine ?

En juillet 2011, les syndicats ont annoncé le document secret émanant de la direction qui prévoyait la fermeture du site. Il était intéressant qu’ils le dévoilent un an à l’avance et avec la détermination de ne pas se laisser faire. On était en plein dans une période où il n’y avait plus grand monde qui revendiquait la nécessité de se battre. Je voulais aller voir ceux qui avaient décidé de lutter et qui par leurs actions contrebalançaient ce climat de déprime. J’ai été à la rencontre de Philippe Julien (N.D.L.R. : délégué CGT à PSA) que je connaissais et qui habite ma ville. Il avait déjà vécu deux grèves à PSA Aulnay -en 2005 et en 2007- pour obtenir des augmentations de salaire. Un combat qui n’était pas non plus très à la mode à l’époque. Je lui ai immédiatement dit : “comme le plan secret annonce la fermeture d’ici deux ans, je vous suivrai tout au long dans votre bagarre quoi qu’il arrive !”. Au début, je n’avais pas le droit de filmer dans l’usine ni dans les ateliers. C’était interdit. Alors, j’assistais aux réunions hebdomadaires organisées par la CGT. L’idée que tout le monde puisse discuter à égalité et que les décisions se prennent collectivement existait déjà. Grâce à ces discussions, on comprenait ce qui pouvait se passer et ce qu’ils allaient entreprendre. Au moment de la grève, une fois que l’usine était occupée, j’ai enfin pu aller filmer à l’intérieur.

commedeslions3

Le sujet du film peut aussi être compris comme une proposition des tactiques et des stratégies déployées par l’intelligence ouvrière. Avais-tu cette volonté dès le départ ou s’agissait-il plutôt de documenter une lutte ?

Au départ, non. Je ne voulais pas faire la chronique d’une lutte. Je voulais comprendre pourquoi certains pensent qu’il est primordial de se battre et quelles actions mettent-ils en place pour y parvenir. Toujours dans l’idée qu’il ne s’agit pas d’une opinion majoritaire. Pourquoi ces personnes pensent-elles que cela vaut le coup et quelles stratégies mobilisent-elles pour y arriver ? Je voulais faire un film de stratégie. Comment fais-tu lorsque tu sais à l’avance que ton usine va fermer et que fais-tu pour essayer de t’y opposer en sachant que ce sera très certainement une vraie bagarre ? Ce que j’ai découvert et qui m’a fortement impressionnée, c’est la façon dont se construit une pensée collective et comment chaque ouvrier peut donner son avis et développer une intelligence. Pour peu qu’il y ait un espace démocratique, il existe une vraie expertise de chaque travailleur.

« On est des ouvriers » est une phrase qui revient à plusieurs reprises dans le film. À mon sens, on peut comprendre Comme des lions comme une réactualisation de la question de la lutte des classes dont on a tendance à nous faire croire qu’elle appartiendrait au passé.

Ce que j’ai découvert au moment du film, c’est qu’actuellement, dans une entreprise, on parle d’opérateurs et de collaborateurs. Dans l’idée de l’entreprise telle que la décrit la direction, les travailleurs sont appelés « opérateurs ». Prendre la décision de faire grève, décision minoritaire par ailleurs, c’est aussi cette idée de passer d’opérateur à ouvrier. De passer de celui qui pense “on est tous dans le même bateau et on se tient bien” à celui qui dirait “j’ai des intérêts et ces intérêts ne sont pas les mêmes que ceux de la direction”. La preuve, la direction veut fermer la boîte. Effectivement, nous ne sommes pas tous dans le même bateau à partir du moment où une direction ferme une entreprise alors que les salariés souhaitent forcément que l’outil de travail demeure. L’intérêt de l’entreprise et l’intérêt de la direction ne constituent pas la même chose et l’intérêt des ouvriers n’est pas le même que celui des patrons. En terme d’image et d’identité, dire “on est des ouvriers”, ce n’est pas rien. La lutte des classes, elle se réalise à partir du moment où des personnes décident de penser comme des ouvriers avec des intérêts propres et qui les expriment. Concernant ceux qui choisissent de ne pas faire grève, il y a bien entendu des raisons matérielles en jeu mais il ne faut pas sous-estimer l’envie de franchir le cap et de ne plus être un opérateur qui suit la toute puissance de la direction qui détiendrait la vérité absolue. Au-delà de dire la lutte des classe existe ou n’existe pas, c’est dire la lutte des classes elle se construit dans nos têtes. À quel moment se dit-on “mes intérêts, c’est ça et ce n’est pas forcément croire ce qu’on me raconte sur le fonctionnement d’une entreprise, sur les choix économiques nécessaires et inévitables” ?

On évoque souvent le besoin d’un renouveau du syndicalisme. Penses-tu que le film peut ouvrir certaines pistes qui iraient dans ce sens ? L’aspect collectif de la lutte menée par les travailleurs du site PSA Aulnay est très présent. On retrouve des syndiqués avec des non-syndiqués qui décident de faire grève ensemble.

Ce que je ne savais pas non plus et que Philippe Julien explique souvent, c’est que les comités de grève sont ce qu’il y a de plus ancien. Avant les syndicats, les luttes étaient menées avec ces comités qui se réunissaient et discutaient. Ils ont disparu dans les années 1950 et s’est ensuite instauré le dialogue social entre les syndicats -représentant les ouvriers et les salariés- et le patronat. À mon sens, ce qui serait intéressant, c’est les syndicats conservent leur rôle actuel -d’ailleurs, les syndicats ne sont pas tous d’accord entre eux et défendent chacun des postures différentes vis-à-vis de la fermeture de l’usine- mais que les débats puissent également être mis sur la table afin que chaque ouvrier ait la possibilité de donner son avis. De cette manière, cela pourrait développer une capacité et une intelligence qui pourraient être utiles à chacun souhaitant combattre. Ce qui n’est pas le cas lorsque des représentants discutent avec une direction à huis clos dans des bureaux. Dans une véritable démocratie, chacun doit devenir quelqu’un et avoir la possibilité de partager pleinement son intelligence avec le collectif. De ce point de vue, je trouve que cela donne envie. Le film nous procure cette impression d’un présent possible où chacun d’entre nous peut être acteur.

Quel est ton regard aujourd’hui sur la classe ouvrière en France et sur ses représentations ?

Dans un premier temps, il est important de rappeler qu’en France la classe ouvrière est majoritairement  composées d’immigrés et d’enfants d’immigrés. Quand on décrit en ce moment les soit-disant « problèmes de l’immigration » et/ou « de l’intégration des jeunes d’origine étrangère », on oublie l’élément essentiel à savoir que ces personnes visées par ces « questions » font avant toute chose partie des classes populaires. Ces classes populaires avec tout ce qu’elles se prennent de violence au travail et en dehors. Les considérer d’abord comme des travailleurs éviterait les bêtises qu’on entend en ce moment. C’est le truc le plus important ! Dans un deuxième temps, il faut aussi rappeler qu’il y a une intelligence au sein de cette classe. Si on la met de côté, comme c’est le cas depuis des dizaines d’années, la France ne pourra pas vraiment être un pays démocratique ou un pays où la politique se porte bien.

Agathe

Quelle est la réception du film notamment face à la criminalisation des syndicalistes ? Est-ce que tu ressens que Comme des lions peut aussi renverser la balance ?

En tout cas, c’est un peu l’idée du film. Il ne s’agissait pas de raconter une lutte particulière mais plutôt d’expliquer ce qu’il se passe quand on se met en lutte. Effectivement, tout ce qu’on entend actuellement résonne dans le film. Lorsqu’on se met en grève, la première des choses que fait la direction est de lancer des accusations pour essayer de démontrer que les grévistes sont des voyous. C’est un passage obligé dans la stratégie des directions depuis la fin du 19ème siècle. On décrit les individus qui se battent comme des individus hors du commun dans un sens négatif, c’est-à-dire des anormaux. C’est une manière non seulement de leur faire peur et de les affaiblir – une fois accusé, tu te battras essentiellement contre ces accusations et non plus tellement pour les revendications initiales – mais c’est aussi une stratégie qui consiste à faire penser aux autres opérateurs qu’ils sont des bons opérateurs et qu’il ne faut surtout pas qu’ils deviennent de vilains grévistes. La deuxième chose importante à soulever, c’est la lutte autour du code du travail qui apparaît clairement dans le film : il y a une scène assez marrante durant laquelle Philippe Julien demande à Jean Denis Combrexelles – qui écrira plus tard le rapport contre le code du travail – la raison pour laquelle ils ont déchiré certaines pages du livre. C’est comme si l’histoire à venir s’écrivait déjà. Dans ce cadre, le film peut nous permettre de se dire : on peut être capable de s’opposer à ce qui est en train de se passer, il y a des manières de le faire, des possibilités. La démocratie fait que chacun dans son coin peut choisir la forme de son combat à mener et le film raconte ici un combat possible sans pour autant être un chemin de croix. On découvre que la lutte peut constituer un moment assez sympathique de la vie. Il me semble qu’il va falloir se mobiliser de plus en plus et mon film peut de ce point de vue être aussi compris comme un mode d’emploi.

Comme des lions dénonce le mépris qu’entretiennent les journalistes à l’égard des grévistes. La scène Mercier-Elkabach est particulièrement évocatrice à ce sujet-là. Ton film s’inscrit à l’opposé de cette démarche et émet une critique de certaines représentations que construisent les médias dominants.

Je ne suis même pas certaine que les journalistes se posent la question de leur rapport à la classe ouvrière. Ils ne la connaissent pas. Ils sont piégés dans des représentations. Quand les journalistes de France 2 et France 3 qui ne sont pas forcément mal considérés reproduisent tel quel une dépêche qui dit : “ils ont sifflé les cadres et les syndicalistes ont envahi le site”, il y a là un manque de réflexion journalistique. S’ils réfléchissaient deux secondes, ils se rendraient compte que des ouvriers n’envahissent pas le site, ils sont chez eux ! Il y a une espèce d’impensé de ce milieu-là. Il ne le connaisse pas, ce n’est pas le leur et donc ils répètent les dépêches qu’ils reçoivent. D’ailleurs, je pense que le film est encore soft là-dessus. Il y a des dépêches de PSA – il y en aura prochainement – et elles sont lues quasiment in extenso par les journalistes. Forcément, la direction de l’entreprise est considérée comme étant du bon côté. Lorsque PSA sort une dépêche, elle est perçue comme une information, répétée mot pour mot dans chaque média ! Pourtant, il s’agit d’une une entreprise et leur dépêche, on appelle ça de la communication, voire de la publicité. Elkabach va sans doute un peu plus loin, comme également certains journalistes du journal Le Monde qui sont dans un rapport d’opposition affirmé par rapport aux syndicalistes. Il y a une vraie collaboration de classe pour dénigrer ceux d’en face.

comme_des_lions

Le film aborde le sujet de la représentation actuelle de la classe ouvrière et des grévistes souvent dépeints comme violents. Eux-mêmes sont particulièrement conscients de la manière dont ils sont perçus. Comment gère-t-on au sein d’un mouvement de grève l’équilibre entre une volonté ferme de révolte et la question de la violence ou de la non violence.

C’est un débat permanent et qui se pose dans toutes les luttes :“qu’est-ce qu’on fait ?”, “est-ce qu’on organise une manif ?” “est-ce qu’on mène une action ?”, “est-ce qu’on séquestre ?”. C’est une discussion, rien n’est exclu dans une bagarre. Il n’est pas forcément exclu de casser des choses, la question est de savoir si c’est efficace et si cela permettra de gagner des points. En effet, la question de la violence arrive souvent dans un moment de difficulté et de faiblesse. Souvent, on casse quand on est pas nombreux et que c’est la seule façon de faire parler de soi. Il faut admettre qu’on reproche aux grévistes d’être violent mais en même temps personne ne s’intéresse à eux. En effet, les casseurs feront la Une du 20H alors que ceux qui restent calmes pourriront dans leur usine. Cette question de la violence est posée dans une lutte. Chez PSA, suite au vote, ils choisissent d’opter pour la non-violence. Ils souhaitent surtout que leurs propos, le nombre et la force fassent la différence. Il faut aussi rappeler qu’il est encore plus difficile pour les ouvriers et, de manière générale, pour les personnes issues des milieux populaires de perdre leur vie à cause d’un acte de violence. Personne ne les défendront au tribunal, ils vont morfler pour rien alors qu’il étaient en détresse. Souvent, les grévistes de PSA me disaient : « le jour où on casse, la grève s’arrête et, le lendemain, c’est fini. Qu’est-ce qu’on aura gagné ? ». Ils arrivent à ne pas poser un seul geste violent parce que justement ils en ont discuté au préalable. La démocratie participative a pour conséquence que tout est discuté et mis sur la table. On se fait confiance et on ne peut pas trahir ce qui s’est décidé en réunion. Autrement dit, la démocratie permet de ne pas péter les plombs et de se faire confiance.

Quels sont les films qui ont pu t’inspirer dans ton travail de cinéaste et, plus particulièrement, pour Comme des lions ?

J’ai regardé le film (N.D.L.R. : Haya de Claude Blanchet ) qui est dédié à la grève de Citroën-Aulnay de 1982. Ce film permet de comprendre cette grève des années 1980 et du rôle qu’avait le médiateur de l’époque. C’était impressionnant de constater que dans les années 1980, le patron de Citroën était venu devant Yves Mourousi pour dire : « d’accord, je vais faire ce que le médiateur a dit ». Le rapport de force était très différent à l’époque avec notamment l’obtention d’un médiateur et toute une CGT mobilisée. En termes de références cinématographiques, le film Harlan County, U.S.A de Barbara Kopple a été une inspiration. J’avais envie de réaliser un film qui ne soit pas à base de commentaires ni d’interviews mais qui soit au plus près des dialogues et des personnes. Filmer la vie et que les images de cette vie raconte le film. Personnellement, l’enjeu de la forme était aussi important que l’enjeu de fond. Je voulais des scènes de vie et des personnages qui soient à égalité.

Selon toi, quelle est la représentation de la classe ouvrière dans le cinéma. Penses-tu qu’il y aurait un regain d’intérêt de la part des cinéastes pour aller filmer les usines, les travailleurs et leur lutte ? Il y a eu a une époque, notamment avec les groupes Medvedkine, durant laquelle existait cet intérêt. Ce cinéma est-il en train de renaître ?

En tout cas, je peux dire qu’actuellement ce n’est pas facile, pour deux raisons, de filmer les travailleurs. Premièrement, on n’a pas le droit de filmer dans les entreprises. À plusieurs reprises, on m’a interpellée en me disant qu’il fallait une autorisation de la direction ce qui était insensé selon moi car ces travailleurs ont des choses à dire et je veux les filmer sur leur lieu de travail. L’entreprise est un lieu interdit de ce point de vue et ça pose une question démocratique. Je ne dis pas qu’il faut des caméras à tous les coins mais il y a un problème par rapport à la possibilité pour un réalisateur de filmer les travailleurs. Comment peuvent-ils exister ? La deuxième raison invoquée et qui n’est pas fausse est que les spectateurs n’ont généralement pas envie de voir des ouvriers au cinéma. Nous sommes dans une période où l’on recherche la figure du grand héros. Et-ce que ça commence a bouger ? Je l’espère !  Je pense que mon filme sera vu surtout parce qu’il libère l’énergie pour se battre. On a peut-être trop longtemps représenté les ouvriers comme des victimes, ce qu’on n’a pas forcément envie d’aller voir au cinéma. Mon film s’inscrit à l’opposé de cette démarche. Certes, ils sont victimes de la fermeture de leur entreprise mais ils n’endossent pas le rôle de victime. La réticence qu’éprouvent certains à aller voir des films sur la classe ouvrière provient de cette représentation de l’ouvrier-victime, malheureux et mal traité. La représentation des personnes issues de milieux populaires est trop souvent binaire tantôt coupables de violence, tantôt victimes dont il faudrait s’occuper. Il faut que ça bouge et se mettre à penser qu’ils sont peut-être un peu plus forts et un peu plus riches pour peu qu’on leur laisse une place.

La sortie de ton film tombe au coeur d’une actualité marquée par les licenciements annoncés à PSA Poissy. Est-ce qu’on t’a aussi demandé d’intervenir ?

En trois ans, il y eu en France 17.000 suppressions d’emploi à PSA et 700 suppressions à Poissy ont été annoncées. La semaine prochaine, PSA va battre des bénéfices records. Il est important de savoir qu’ils avaient invoqué la fermeture d’Aulnay sous prétexte qu’ils vendaient moins de voitures. Or, il vendent toujours autant, sinon plus, et ils font toujours autant de bénéfices, sinon plus. Il s’agit vraiment d’une question de rapport de force. Ces voitures, ils les font avec de moins en moins de travailleurs et ces derniers souffrent de plus en plus sur les chaînes. Leurs de droits sont revus à la baisse que ça soit par rapport aux vacances ou aux salaires qui sont gelés depuis 2011. Le film raconte la genèse de cette histoire. Qu’est-ce qui aurait pu être possible si la mobilisation avait été encore plus forte ? À 200, ils arrivent à obtenir pas mal de dédommagements. On se dit que s’ils se mobilisaient à mille pendant quinze jours, ils pourraient peut-être renverser la donne ou en tout cas la faire connaître. C’est tout de même un scandale surtout qu’aujourd’hui l’État est actionnaire !

Mercier CRS

Est-ce que les ouvriers nourrissaient beaucoup d’espoir par rapport au film qui permet d’offrir aux spectateurs leur réalité, leur lutte et la façon dont ils se représentent. Est-ce que tu te sentais en quelque sorte dépositaire de leur combat ?

Ils ont mené avant tout une lutte. Je réalisais mon film et, eux, se bagarraient contre la fermeture de l’usine. Bien entendu, ils sont contents et m’accompagnent aux projections/débats mais c’était mon film. Ils n’avaient pas cette nécessité de me dire “tu diras ça, il faut que ça soit comme ça, etc”. Ce sont des travailleurs et ils respectent beaucoup le travail des autres. Après, je pense que le film permet de conserver une mémoire de cette lutte exceptionnelle de quatre mois et de la manière dont elle s’est déroulée. C’est aussi important pour eux.

Tu ne voulais pas spécialement dépeindre la classe ouvrière de manière globale. Tu n’as pas  été filmer chez eux, dans leur vie privée, leur vie quotidienne entourés de leur famille. Cela ne te semblait pas nécessaire pour ce film ?

J’ai tout de même été filmer chez eux et j’ai mené des interviews afin de les amener à raconter leur perception du travail. Il y a énormément d’autres films à réaliser. Au départ, plusieurs thèmes avaient été évoqués comme, par exemple, celui sur les médias dont on parlait précédemment ou encore les rapports avec les syndicats, la question du travail, le fait d’être ouvrier, etc. On ne peut pas tout raconter dans un film. On va sans doute mettre en forme ces interviews et les rendre accessibles sur Internet afin de créer un univers autour d’une quinzaine de grévistes et de non-grévistes. Je ne pouvais pas tout raconter. Pour Comme des lions, je me suis intéressée à ce qu’on ne voit pas en général. Il y a déjà eu de très beaux films sur les ouvriers et leur rapport au travail. Par contre, un autre film qui serait intéressant à faire est celui sur un Plan social et ses suites afin de comprendre la réalité d’être parti d’une usine ou d’avoir été muté dans une autre.

Propos recueillis par Aurélie Ghalim

Réalisation/auteur – Françoise Davisse • Caméra – Françoise Davisse  • Montage – Geoffroy Cernaix • Consultant – Fabrice Rouaud • Mixage – Maxime Thomas – Roman Dimny • Étalonnage – Isabelle Laclau • Musique – Mouss et Hakim (Zebda)

Production – Estelle Robin You – Les films du balibari – Chargée de production: Sybille de Prunelé • Coproduction – Les productions du Verger (Production : Jérôme Laffont & Joachim Thôme) et le GSARA (Olivier Burlet)

Distribution – Point du Jour
Programmation: Jean-Jacques Rue • Ciné-débats et Réseaux: Raymond Macherel • Relations Presse : François Vila

]]>
Comme des lions : L’enjeu du montage https://www.causestoujours.be/lions-lenjeu-montage/ Fri, 15 Apr 2016 10:00:04 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=1863 Comme des lions.]]> Geoffroy Cernaix, monteur au GSARA, revient sur son travail et son implication dans le montage du film Comme des lions. Une longue aventure face à une matière qui constituait deux ans d’engagement des ouvriers de PSA et plus de 300 heures de rushes !

Comment s’est faite ta rencontre avec le projet, et avec Françoise ?

Je connaissais déjà la lutte de PSA, je savais qu’il y avait une réalisatrice, Françoise, qui était en train de tourner. Par le biais de personnes qu’on connaissait en commun, on a été mis en relation. Elle était face à une matière vraiment très dense et elle était en recherche de solution par rapport à la postproduction. Elle a eu beaucoup de difficultés pour financer le film . C’est un film qu’elle a fait avec les moyens du bord. C’est un film qui était très politique et qui n’intéressait pas du tout les télés en France. J’ai pensé de suite que ça avait un intérêt qu’elle vienne ici, dans le cadre du GSARA, pour avoir le suivi nécessaire et que le film aille jusqu’au bout parce que d’emblée on savait que ça allait être un montage long, qui allait demander de se déployer dans la durée. Elle a donc déposé le projet au GSARA et le film a été soutenu par le Comité de lecture.

Tu parles « d’une matière vraiment très dense » ? C’est à dire ? Quand elle est arrivée, Tout était déjà tourné ?

On s’est rencontrés la première fois en novembre 2013. La grève était terminée mais Françoise voulait continuer à suivre la fermeture : les plans d’accompagnement, toutes les promesses de la direction. Les grévistes savaient que les promesses de la direction ne seraient pas tenues et donc elle voulait aller jusqu’au bout du processus puisqu’elle avait filmé depuis l’origine du mouvement. C’est à dire bien avant le début de la grève. Elle a donc accumulé au fil des mois une matière très importante et au début du montage, on avait un peu plus de 300 heures d’images plus les archives que les militants avaient tournées eux-mêmes. Comme elle n’a pu rentrer dans l’usine qu’au moment du déclenchement de la grève, elle a récupéré des images qui ont été filmées à l’intérieur de l’usine par les grévistes avant le début du mouvement.

Salah Hollande

Comment, comme monteur, on appréhende ces 300 heures de rushes ? Quelle a été, avec Françoise, votre méthodologie de travail ?

L’aventure a été longue ! Et c’est clair que la question de la méthode, ça a été notre première grande discussion avec Françoise. Comment on rentre dans cette matière très riche ? On a fait le choix de regarder quasiment toute la matière. On savait que ce montage serait long et on a choisi de prendre le temps de tout regarder. Ça nous a déjà permis de beaucoup discuter et d’affiner notre méthode. Nous avons resserré séquence par séquence. On avait beaucoup de réunions qui faisaient 3, 4, 5 heures, dans lesquelles il se disait beaucoup de choses et qui nous intéressaient parce qu’il y avait cette démocratie ouvrière qui était à l’œuvre. Cette intelligence ouvrière qu’on voyait dans ces réunions se déployer.  On essayait de réduire les grands thèmes qui y étaient abordés, de faire des montages rapides, pour isoler 4 ou 5 grands thèmes et après les combiner dans l’entièreté du film, les moduler. On voyait que certains thèmes, certaines discussions revenaient souvent et il fallait voir à quel moment on les faisait venir dans le film. Par exemple, le thème de la radicalisation qui arrive relativement souvent dans les débats, à quel moment on traite cette question dans la narration ? Est-ce que c’est au début, est-ce que c’est au milieu, est-ce que c’est à la fin ? Tout ce travail de réduction nous a permis de faire des premiers choix et de faire tomber une partie de la matière. On a avancé petit à petit dans un travail un peu laborieux de réduction, réduction, réduction de la matière pour affiner au maximum les choses. On savait que si on excluait trop vite des parties trop importantes de la matière, on affaiblissait nos possibilités de raconter cette histoire.

Comme spectateur, on participe activement à cette histoire humaine car le film suit l’évolution de cette grève dans le temps. On se demande comment cette aventure va finir ? Comment les relations, les rapports de forces, entre les différents protagonistes vont évoluer ? Vous avez basé votre construction narrative sur cette chronologie des événements ou sur l’articulation des thématiques ?

On est à la fois sur des questions thématiques et évidemment sur des questions chronologiques. La question de la chronologie était complexe. Quand on faisait des visions avec les grévistes, même les grévistes s’y perdaient.  Ils disaient : « mais cet événement il était avant, après, … » Ils ne savaient plus parce qu’il y a eu tellement de choses, la grève a été tellement riche. Donc, on avait défini au début, des grands moments dans la lutte qui étaient nos balises chronologiques qui nous permettaient de construire la narration. Françoise a filmé pendant 2 ans. Il y a une lutte qui a duré deux ans avec le point central – et ça c’était clair pour nous –  qui  évidemment était la grève. Mais pour raconter la grève, il fallait aussi raconter tout l’avant et donc c’était quasiment un an et demi de conflit à raconter, pour rencontrer les personnages, raconter comment ils se sont mobilisés, avoir de l’affect avec ces personnages. On voulait faire un film sur une aventure humaine avec des personnages. Qui étaient ces gens qui se battaient ? Il fallait commencer par les identifier, c’est tout l’enjeu du début du film. Il fallait aussi qu’on comprenne ce pour quoi ils se battaient et contre qui ils se battaient. En plus, une partie de cette matière, de l’avant-grève, avait été perdue. Un disque qui a planté. On avait des manques, des trous dans cette matière qu’on a comblés en partie avec des archives tournées par des militants de la CGT ou par des ouvriers. Ça a été un des endroits du montage qui a été le plus compliqué à mettre en place, qui nous a pris beaucoup de temps. On savait qu’on ne pouvait pas aller au delà de 20-25 minutes maximum. On a fait des tentatives en essayant de limiter un peu plus le début mais on se rendait compte qu’on ne profitait pas de la même manière de la grève si on ne connaissait pas les personnages avant. Il fallait comprendre ce par quoi ils étaient passés, leur évolution qui était aussi l’évolution de Françoise. Parce que Françoise quand elle commence à tourner, elle ne sait pas s’il va y avoir une grève. Elle rentre dans ce film en se disant : « Est-ce qu’il va vraiment y avoir une grève » Voilà, elle a tourné, fait des interviews, toutes sortes de choses pour essayer de raconter ce mouvement naissant et puis il y a eu la grève et le développement de la grève.

commedeslions5

Comme tu le dis, Françoise a filmé sans vraiment savoir ce qui allait se passer, sans avoir une idée précise de ce qu’elle allait raconter. Peut-on dire, alors, que le film s’est vraiment écrit au montage ?

Je pense que la question ne se pose pas vraiment comme ça, dans le sens où Françoise avait fait des choix très clairs au tournage dans sa manière de filmer. Déjà se positionner du côté de ceux qui voulaient lutter. Elle avait réussi à créer un rapport de confiance totale avec les grévistes. Jean-Pierre Mercier répète souvent dans la présentation du film qu’il se reconnaît à 100 % dans le film de Françoise. « On l’a oubliée, parce qu’elle était avec nous, elle faisait partie du mouvement avec nous, elle était là, personne ne questionnait sa présence. Elle faisait corps avec la grève. » Donc, il y avait une manière de filmer qui imposait déjà des choses au montage. Beaucoup de choses étaient dans les intentions de réalisation et donc, au montage, on a essayé de les aboutir. Après, il restait à construire le récit et ça, c’était complexe parce qu’effectivement c’était deux ans de lutte et traduire cette temporalité-là en moins de 2 heures, c’était très difficile. Par exemple, il y a des questions comme celle des interviews qu’on a tranchées vraiment au montage. Il y avait toute une matière d’interview. A tous les moments de la grève, Françoise a saisi la parole des grévistes qui discutaient de leur situation, de comment ils voyaient le mouvement, de comment ils se projetaient, quelle était leur analyse. On a essayé de les utiliser et on a trouvé au final que ça cassait ce sentiment d’immersion dans la  lutte que l’on voulait générer. On n’a utilisé ces interview qu’à la fin, au moment où on a traversé cette aventure et qu’on a envie de s’asseoir avec eux et des les écouter nous dire : «  voilà, c’est mon départ de l’usine, l’usine c’était ça pour moi, qu’est-ce que ça fait pour moi de quitter l’usine, etc ».

Tu as parlé de « visions avec les grévistes » ? Pendant le processus de montage, vous avez montré l’évolution de votre travail aux protagonistes ?

Le montage a duré un peu plus de 6 mois étalés sur une période de quasiment 1 an et demi. Avec Françoise, on avançait, on testait. On a fait des allers-retours avec les grévistes pour savoir quel était leur ressenti. On construisait aussi notre réflexion par rapport a ces retours, à leur ressenti sur le mouvement. Est-ce que ça traduisait l’état d »esprit ? Les grévistes avaient toujours la frustration de ne pas avoir vu telle ou telle action. Alors, on discutait avec eux en expliquant qu’ on ne pourra pas tout mettre. mais est-ce qu’en tout cas, l’état d’esprit, ce que vous avez voulu faire, ce que vous avez voulu défendre, est-ce que ça, le film le traduit ?  Une chose qui était importante  pour eux, c’était cette volonté de ne jamais se couper de l’ensemble des ouvriers de l’usine qui même s’ils ne faisaient pas grève, par leur action, par leur soutien tacite à la grève, faisaient que le mouvement pouvait tenir. Il y avait aussi des choses comme par exemple la collecte de l’argent. C’était très important pour les grévistes, car ça montrait le niveau d’organisation auquel il était arrivé. Et donc on a développé ça aussi.

commedeslions9

Ces questions de démocratie, la relation avec les non-grévistes, la collecte, la radicalisation, les actions, les sanctions sont des « blocs thématiques » qui servent d’architecture au film. Et ce sont des éléments propres à un conflit social. Comme des lions n’est pas seulement un film qui raconte la lutte des travailleurs et nous immerge dans leur combat. C’est aussi un film qui montre comment on s’organise, ensemble. Un film qui nous donne à voir les obstacles et les difficultés de l’organisation. On se retrouve avec un vrai « film-outil » pour penser la lutte sociale.

La spécificité de cette grève à Aulnay, c’est qu’il y avait une véritable démocratie ouvrière et ça c’était important de le montrer. C’était quelque chose que Françoise voulait raconter et elle voulait montrer aussi qu’on a tout intérêt à se battre parce que c’est important, parce qu’on n’a pas le choix, parce qu’on en sort grandi . Bien sûr on ne gagne pas la non fermeture de l’usine parce qu’il aurait fallu créer un rapport de force qui va au-delà de l’usine dans un contexte politique qu’on connaît et qui est difficile aujourd’hui. Mais dans ce contexte politique-là, ils ont réussi à développer un mouvement qui a été médiatisé, qui a permis aux grévistes de gagner de l’argent, de défendre leur dignité, de sortir la tête haute. Il y avait aussi une volonté de faire un film de tactiques. Montrer comment ils développaient leur tactique comme, par exemple, cette capacité d’anticiper en permanence les coups de la direction. Il fallait montrer ça. J ‘ai pu assister à une projection du film dans le Nord de la France où il y avait beaucoup de militants syndicaux présent et chacun allait chercher dans le film des aspects qui l’intéressait pour nourrir le quotidien de militant ouvrier. Certain disaient : « ce film peut me permettre de répondre aux illusions que les gens ont encore dans les politiques ». D’autres, c’était sur la répression dans la boîte, de pouvoir montrer à l’extérieur qu’il y a une répression qui s’exerce, que la direction de PSA est capable d’inventer n’importe quoi pour accuser les grévistes avec des choses complètement mensongères, avec des huissiers qui signent n’importe quoi pour la direction. C’était réellement comme ça et tout ça c’est dans le film.

Un autre aspect intéressant de Comme des lions, c’est que le personnage principal est pluriel, ce sont « les » grévistes ! Cette volonté devait être présente au tournage mais c’est aussi un choix de montage ? Un film tactique mais aussi un portrait collectif ?

La force de la matière de Françoise, la force de la grève, c’était ça : un vrai collectif avec des personnages forts. Parce que militer à l’intérieur d’une usine comme Aulnay, avec l’encadrement de PSA, ça crée des personnes solides. Et Françoise, c’était un de ses soucis, très vite, d’avoir justement un film collectif avec plein de personnages multiples pour traduire ce collectif-là et ne pas tomber dans un film où on ne filme que les dirigeants. Même s’il y a des personnages qui sont plus en avant par leur fonction dans la grève comme Mercier qui est porte-parole. C’est lui qui parle aux médias. Cela n’empêche pas de voir exister dans le film de multiples personnages qui donnent ce sentiment de film chorale. On voulait aussi montrer comment ces personnages qui revenaient tout au long du film évoluent au fur et à mesure. Je pense à un personnage comme Christophe. Au début du film il dit juste les revendications et à la fin, il prend la parole dans les assemblées générales en disant : « il faut qu’on fasse ça, ça et ça ». Avoir cette multiplicité de personnages,  avoir ce sentiment de collectif, c’était vraiment important pour nous. La question syndicale…ça a été aussi un choix au montage de ne pas rentrer dans le détail de la question syndicale, quel syndicat a fait quoi ? Etc. C’était un autre film, et on pensait que ce n’était pas la priorité du moment et que c’était pas ça qu’on voulait raconter en tout cas. Ni Françoise, ni moi. Ce qui était important dans l’histoire du film c’était l’attitude des grévistes par rapport au reste de l’usine, c’était cette volonté de toujours vouloir entraîner le maximum d’ouvriers dans le mouvement en évitant au maximum que les querelles syndicales n’interfèrent dans ce processus. C’est pour ça que nous avons intégré beaucoup de discussions entre grévistes et non-grévistes tout au long du film.

Ce montage est aussi une aventure humaine ! Comment on met le cut final à ces mois de travail ? A quel moment, on se dit : « c’est bon, on n’y retouchera plus ? »

Ça a été compliqué mais il y avait des échéances et à un moment donné il fallait finir, mais ça a été dur. Au début, notre première continuité faisait 4 heures. Ça a été très difficile de descendre, de descendre, de descendre et puis on est descendu, descendu, descendu en sachant que de toute manière, on ne pouvait pas aller au-delà de 2 heures. L’idéal aurait été, en terme de diffusion d’être autour de 90 minutes mais voilà, à un moment donné, il y a eu de longues discussions et on s’est dit : « non, le film il est là, dans cette durée-là d’1 h 55 et on s’arrête là ». Et puis c’est quand même une aventure. Moi je reste encore imprégné du film. Là on a monté des capsules autour des interviews des grévistes parce qu’il y a des choses vraiment intéressantes notamment  sur la question syndicale. Il y a aussi un carnet de bord qu’a tenu un gréviste tout au long du mouvement qui pourrait faire l’objet d’une publication. Il y a des choses qui pourraient, autour du film, via peut-être un site, prolonger cette réflexion autour de cette expérience parce que les gens qui ont traversé ce processus-là ont encore beaucoup de choses à dire.

Pour terminer, je me demande quel est le degré d’implication – ou plutôt d’engagement – de la part de l’équipe technique qui accompagne la réalisation d’un film comme celui-là. Quand on passe 6 mois à monter une lutte sociale, il faut aussi s’identifier à cette lutte ?

Je suis aussi militant donc pour moi, c’était un film important, nécessaire et qui devait voir le jour. On devait faire le maximum pour que le film aille le plus loin possible y compris au niveau de sa diffusion. Mais avant ça, il fallait d’abord que le film existe. Il y a eu un financement via les plate-formes participatives. Il y a eu un certain nombre de gens qui ont donné – des militants, des gens qui ont soutenu la grève, des grévistes qui ont donné une partie de leur prime de licenciement pour le film.  Il y avait une attente et avec Françoise, ça a été aussi une rencontre sur cette base, sur cet intérêt militant. C’était à la fois faire un film et un outil militant. On était dans cette tension-là de faire les deux et d’arriver à ce que ce film soit vu le plus largement possible. J’ai pu assister à une rencontre après une projection qui était vraiment passionnante. Le débat a duré presque 2 heures après le film parce qu’il y avait des gens qui parlaient de leurs difficultés dans leur boîte, d’autres qui racontaient leurs propres expériences de lutte.

Propos recueillis par Benjamin Durand

]]>