cabiria chomel – Causes Toujours https://www.causestoujours.be Blog du Trimestriel Causes Toujours Tue, 18 Jul 2017 14:46:08 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 Les habitués de la nuit de Cabiria Chomel https://www.causestoujours.be/habitues-de-nuit-de-cabiria-chomel/ Mon, 17 Jul 2017 15:47:37 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=2517 Les habitués de la nuit de Cabiria Chomel nous fait entendre un Paris qu'on croyait disparu.]]> Prix découverte sonore 2017 de la SCAM, Les habitués de la nuit de Cabiria Chomel nous fait entendre un Paris qu’on croyait disparu.

Serait-ce le dernier resto de nuit parisien ? Dans une ville toujours plus anonyme, impersonnelle, inauthentique, Pupa a pris la relève de son mari à la tête de la Brasserie de la nouvelle gare. Elle est un rendez-vous, un lieu de ralliement, une oasis face à la solitude des chauffeurs de taxi. Ils y mangent comme à la maison ce que Pupa leur prépare avec affection. C’est dans ce lieu à nul autre pareil que Cabiria Chomel s’est glissée avec ses micros.

Il fallait de la curiosité pour dénicher cet endroit méconnu des parisiens « où l’on commande pour toi », cet endroit qui semble sortir d’un bouquin, d’un souvenir, d’une époque révolue. « Paris ville lumière, ville lumière, mon cul », s’exclame l’un des taximen. « Ils ont tué la ville. Quand j’ai démarré tout était ouvert la nuit, jusqu’à 5-6 heures du matin…Aujourd’hui, à Paris, après 2 heures du matin, c’est mort de mort. » Il nous explique comment, depuis trois décennies, les autorisations de nuit ne sont pas renouvelées lorsqu’un restaurant change de proprio. Ainsi a-t-on éradiqué petit à petit la vie nocturne. Ne reste alors que quelques bastions.

« Paris ça devient une ville morte »

Il fallait de la détermination pour se faire accepter dans ce milieu quasi exclusivement masculin, il fallait de la détermination pour y passer une quinzaine de nuits, pour se mêler à cette faune en définitive attachante. Voix rocailleuses, gouaille, accents parisiens ou maghrébins, anecdotes et puis soudain, on frôle l’intime, on touche à la confession, sans pathos, dans cette fraternité qui nous unit parfois avec les inconnus, qui nous les rend plus familiers que nos proches.

Il fallait de la sensibilité pour réussir à saisir sous les fanfaronnades de façade l’indéfectible amitié qui se lie lorsqu’on passe ensemble le temps qu’on aurait sinon passé seul. Tout à coup, on entend Pupa qui tousse. Elle égraine sa journée sans fin. Continue-t-elle de tenir son troquet ou est-ce grâce à son bouge qu’elle tient encore ? Après 40 ans de service, le moment est venu de raccrocher le tablier, de passer le flambeau. Elle ne veut pas vraiment. Les clients non plus. Ils sont prêts à faire la vaisselle pour pouvoir continuer à lui faire de l’œil, à la charrier, à profiter de sa bienveillance. Un détail révèle le réel, la réalité du temps qui passe. Faussement ingénue, Cabiria Chomel fait parler Pupa de son couteau, aiguisé tant de fois que sa lame est au bord de disparaître…

Il fallait du talent pour restituer l’ambiance de ce lieu et le temps particulier de la nuit. Il fallait du talent pour réussir à faire ressentir à l’auditeur une forme de complicité avec ces habitués. Il fallait du talent pour nous donner l’impression à nous aussi de perdre quelque chose lorsque Pupa s’en va. Il fallait du talent, et Cabiria Chomel en a. Irène Omélianenko, productrice pour France Culture (Creation on air, Sur les docks) et cofondatrice d’Addor, l’a reconnu en lui décernant le 23 juin 2017 le prix découverte de la SCAM et en découvrant en elle une sœur, une continuatrice. Une héritière ?

Plus d’infos sur Cabiria Chomel : https://gsara.tv/causes/les-mangeurs-herissons-genese/

Guillaume Abgrall 

]]>
Les Mangeurs de Hérissons – Genèse https://www.causestoujours.be/les-mangeurs-herissons-genese/ Fri, 19 Sep 2014 14:09:20 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=409 Des paroles qui s’entremêlent, de la gouaille, de la fantaisie, la voix mise sur un plateau, sans autre décor qu’un bout de cuisine, Les mangeurs de hérissons, documentaire sonore de Cabiria Chomel ouvrait en avant-première « Monophonic », l’édition 2014 du festival de création radiophonique de l’ACSR. Retour sur un Objet Vocal Non Identifié où résonne la langue de ceux qui s’autoproclament Barakis.

La mémoire est comme un fil et Cabiria Chomel dans Les mangeurs de hérissons tente de reconstituer une bobine, celle qui a tissé une histoire qui nous reste encore étrangère. Ce fil est celui d’une mémoire parcellaire, celle des peuples voyageurs, devenus aujourd’hui sédentaires.

La rencontre

Paris. Une manifestation de soutien aux droits des gens du voyage. Cabiria milite. Et elle souhaite se rapprocher un peu plus des gens pour qui elle descend dans la rue, tendre son arc d’une corde plus sensible. On lui montre du doigt un homme qui prend la parole. Un tout petit homme, plein d’énergie. Raymond Gurême. A 80 ans, il est l’un des seuls à témoigner, à écrire sur sa condition dans les camps de concentration, à transmettre cette mémoire teintée d’amertume et de révolte. A faire des liens avec ce qui se passe de nos jours.

Cabiria le rencontre. Il lui donne l’adresse de sa famille à Saint-Vith, près de Verviers, glisse dans sa main la carte de visite de leur garage. C’est une vieille famille de circassiens, de ceux qui ont apporté le cinéma dans les petits villages et qui habitent désormais des maisons en « dur ». Il lui dit d’y aller de sa part. Car ce nom là, Raymond Gurême, fonctionne comme un sésame.

Marie, Canard, Lolita, Christophe et Titi

Chez les Gurême, devenus Weigert ou Weibel, elle met cinq ou six fois les pieds. La porte est ouverte ; mais il n’est pas évident d’expliquer qu’on en veut toujours plus, lorsque ceux qui témoignent pensent en avoir dit assez. Cabiria disparaît avant de lasser, les poches pleines de « matière ».

A chaque rencontre sa présence déclenche la parole. Le jeu. Et quelle est la règle du jeu ? Quand quelqu’un d’extérieur, « un gadji », est présent, le spectacle commence. Alors Cabiria enregistre cet échange, s’en fichant de savoir si ce qui est dit est véridique. La sensation lui suffit. Devant elle, ils semblent parler vrai. Tout est cohérent.

Bien sûr il faudra trier cette parole. Le filtre choisi par Cabiria Chomel est son intérêt pour la mémoire, la transmission d’une culture en voie de disparition. On sent également une fascination de la réalisatrice pour la manière de raconter, le langage, l’utilisation d’un argot qui s’effrite.

Mettre en forme la parole

Il faut avec la matière récoltée, faire oeuvre sonore, monter, réaliser. Elle trouve l’accompagnement de Christophe Rault 1 qu’elle a rencontré à l’ACSR dans un atelier d’expérimentation (La Coquille). Là-bas, un soir par semaine, Christophe Rault fait écouter. Et puis, il incite à tendre l’oreille, à chercher son langage sonore, commettre des accidents. Quand Cabiria Chomel pousse plus loin sa démarche radiophonique, c’est naturellement qu’il l’a suivie. A l’écoute du documentaire, la qualité du mixage des voix agit comme une signature. La sienne.

Le documentaire est produit par Bruxelles Nous appartient, organisation qui depuis 2000 collecte l’histoire orale de Bruxelles pour la transmettre sous forme artistique dans l’espace public. Un lieu d’archive pour des témoignages consultables par tous. Un endroit idéal pour Cabiria Chomel qui conclut ainsi notre rencontre : « La parole humaine est ce qui me plait le plus ». Nous aussi. Merci de nous faire entendre ces voix, de nous mener là où nous n’allons pas.

Pour aller plus loin :

Raymond Gurême, l’homme révolté, article de Isabelle Ligner, des Dépêches Tsiganes
https://blogs.mediapart.fr/blog/dzfestival/210813/raymond-gureme-lhomme-revolte

Actualité des diffusion et vente de l’édition CD

Guillaume Abgrall

1. [Christophe Rault, co-fondateur d’Arte Radio et administrateur de l’Atelier de Création Sonore et Radiophonique, est régulièrement jugé comme l’un des meilleurs mixeur de création sonore. Tout à la fois capable de travailler sur le documentaire, comme la fiction, la forme courte ou le long métrage radio, il accompagne régulièrement des auteurs dans une forme de « co-réalisation ».]↩

]]>