fiction radio – Causes Toujours https://www.causestoujours.be Blog du Trimestriel Causes Toujours Mon, 19 Sep 2016 15:10:25 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 Beaux Jeunes Monstres, les dessous d’une fiction qui marche https://www.causestoujours.be/beaux-jeunes-monstres-dessous-dune-fiction-marche/ Thu, 14 Jul 2016 16:25:09 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=2072 Beaux Jeunes Monstres, Florent Barat et Sébastien Schmitz dépoussièrent la fiction radiophonique avec une série décapante qui nous plonge dans la tête d'un handicapé (infirme moteur cérébral). De sa naissance à sa révolte, on est à l'écoute de sa voix intérieure, des voix qui résonnent dans son ciboulot, de la voie qu'il trace pour son envol. Décryptage.]]> Avec Beaux Jeunes Monstres, Florent Barat et Sébastien Schmitz dépoussièrent la fiction radiophonique avec une série décapante qui nous plonge dans la tête d’un handicapé (infirme moteur cérébral). De sa naissance à sa révolte, on est à l’écoute de sa voix intérieure, des voix qui résonnent dans son ciboulot, de la voie qu’il trace pour son envol. Décryptage.

Au début était le verbe

À la genèse de cette oeuvre atypique, un texte qui ne l’est pas moins. Florent Barat a travaillé pendant des années dans le milieu du handicap. Là, il a croisé des jeunes coincés dans leurs corps, coincés dans leurs têtes, dont l’intelligence ne peut s’échapper qu’au travers d’un regard partagé. Il a su les comprendre, et a voulu un jour leur rendre un hommage. Un hommage sans la pitié dangereuse, avec l’humour, le respect de celui qui a vécu avec, avec une saveur de franche camaraderie, et donc d’égalité. Florent Barat commence son écriture et obtient le soutient de la bourse Beaumarchais, l’une des rares dédiées aux scénarios de fiction radiophonique. Il a une résidence d’écriture, en solo. Son travail était déjà avancé, il l’a repris, et l’a re-« rédiger », digérer au dictaphone. Dans Beaux Jeunes Monstres, tout a été dit. Puis retranscrit. Ce qui donne au texte cette saveur d’oralité, de spontanéité.

Le choix des voix

Le texte était pensé au départ comme un monologue, où tous les personnages seraient interprétés par une seule voix, celle qui résonne dans la tête du jeune handicapé, Willy.  Une fois le duo de réalisation créé avec le musicien et homme de radio Sébastien Schmitz, une autre vision s’installe. Sébastien propose une comédienne pour le rôle premier, Deborah Rouach (connue pour son rôle premier dans le Cendrillon de Pommerat ), une voix de femme pour jouer l’enfance, l’adolescence.  Sa mission : enregistrer en deux jours l’ensemble des 5 épisodes. Avec un enjeu, celui de maintenir le même ton, le même timbre, de frapper juste, tout en multipliant les émotions. On sent que la comédienne aime la performance, jouer avec le texte, jouer avec sa voix pour donner chair à Willy. Et c’est réussi, elle nous guide et on la suit. Si vous écoutez, vous verrez…

Le reste du casting est un mélange entre comédiens issus du théâtre, et des non comédiens qui ont parfois la capacité de ne pas faire entendre le jeu. Des handicapés participent également au tournage.  Un élément très important pour l’auteur : faire entendre ces voix, même si parfois elles sont incompréhensibles. Ces acteurs donnent un aspect documentaire à la fiction, et leur présence lors de l’avant-première de la pièce radiophonique fut à la fois une émouvante récompense et un véritable moment où l’on casse les barrières. On entendit ainsi dans la salle leurs réactions à l’histoire et parfois aussi à leurs propres voix. Une barrière entre réel et imaginaire que la présence de la voix de Mehdi Khelfat, présentateur officiel de la matinale de la RTBF, vient encore troubler. Effet de réel, mise en abîme, et surtout parodie malicieuse, Beaux Jeunes Monstres pousse tout un chacun à réfléchir sans se départir d’un petit sourire en coin.

La mise au monde

Dans ses premières versions de travail, le montage de Beaux Jeunes Monstres collait au texte, en était une version «  sonore  », intégrale.  Le temps de l’écoute arrive. De la critique. De la réflexion. Il y a quelque chose qui cloche. Le monologue est entrecoupé de scènes de vie qui ne fonctionnent pas toujours. Chaque élément pris individuellement est de qualité, mais la juxtaposition n’est pas heureuse. S’en suit un travail d’essais, d’erreurs, d’acceptation de la coupe dans le texte. La mise en ondes devient plus elliptique, laissant plus de place à l’auditeur.  Les scènes de vie deviennent parfois des réminiscences, des rêves nous laissant imaginer la répétition du même, l’étouffant quotidien.
La musique rentre également en jeu pour nous immerger dans ce conte contemporain qui prend aux tripes et suscite immanquablement l’émotion. La création musicale de Sébastien Schmitz rythme d’électro paroles et scènes, elle est une pulsation quasi-cardiaque qui entre dans nos corps et nous permet de nous identifier au personnage principal. Le Skeleton band, un groupe qui collabore régulièrement avec Le Collectif Wow  ! nous gratifie d’un titre original, où une voix aérienne accompagne l’élévation de nos sentiments. Enfin, au coeur de la fiction, le choeur. Tout d’abord constitué de l’ensemble des voix des comédiens, il a fini par être chanté par les deux réalisateurs eux-mêmes, comme une autre voix qui s’adresserait au personnage principal, la leur. On sent dans ce chant qu’ils aiment ce personnage, et c’est peut-être tout simplement pour cela que cette fiction marche. Parce qu’ils veulent défendre Willy, le faire entendre, capter l’auditeur et croire avec lui que Willy, «  wheeling  », peut se lever et marcher.

De la radio à la scène  ?

Le Collectif Wow  ! a pris la bien bonne habitude de transposer ses créations sur scène, dans une radio qui se rend soudainement visible. En février, les ateliers claus avaient accueilli une présentation live du premier épisode. Ils accueilleront pour les 20 ans de l’Atelier de création Sonore Radiophonique, le 24 septembre 2016, une version de 30 minutes, diffusée en direct sur Radio Panik.

Guillaume Abgrall

L’ensemble des épisodes est disponible ici  : lecollectifwow.be/Beaux-Jeunes-Monstres-36

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Incarcréation, un atelier de fiction-radio en prison https://www.causestoujours.be/incarcreation-atelier-fiction-radio-en-prison/ Mon, 23 Feb 2015 15:10:01 +0000 https://gsara.tv/causes/?p=753 Un atelier de fiction radio en prison a été mené en octobre 2014 par 4 étudiantes de l’IHECS au sein de la maison d’arrêt pour femmes de Berkendael. Une histoire sonore de 15 minutes, un carnet de bord audio comme aboutissements et beaucoup d’enseignements à tirer de cette expérience enrichissante pour les détenues. Le message qu’elles ont voulu envoyer au travers des ondes : ensemble, on peut aller plus loin. Une preuve par la pratique que ce type d’action à un rôle a jouer dans le travail de réinsertion des prisonnières.

Inspirations

2013, Festival Filmer à tout prix ! Charlotte, Savina, Elise et Julie font la connaissance de Bibiana Vila Giménez. Bibiana anime Inside Jury, un projet de l’asbl Artatouille, dans lequel 4 femmes et 4 hommes détenus de la prison de Mons attribuent des prix lors des compétitions de film. Décidées à en savoir plus sur les activités proposées en prison, Bibiana les oriente vers Cécile Dethier coordinatrice de la Fondation pour l’assistance Morale des détenues. Cécile fait entrer la création en prison, notamment avec « Un pont entre deux Mondes » un atelier de chant à l’annexe psychiatrique de Forest, en collaboration avec le Théâtre Royal de la Monnaie.

Marquées par ces rencontres, les étudiantes en ASCEP (Master en animation socio-culturelle et éducation permanente) décident de consacrer leur mémoire médiatique de fin d’études à la mise en place d’un atelier radio en prison. Elles s’inscrivent alors à un cycle de formation de la Fondation pour l’assistance morale en prison dans l’optique de mieux appréhender le fonctionnement du monde carcéral. Parallèlement, elles font leurs propres recherches et trouvent des références telles que Le son de la prison1 ou Cesare Dove Morire2.

Le choix du média radio tire sa source dans son aspect pratique. Il est en effet plus facile pour des questions de sécurité de faire rentrer des micros en prison que des caméras. La radio nécessite, de surcroît, moins de matériel et de postproduction. Elle a un autre avantage, sa capacité à susciter l’imagination, à révéler l’imaginaire.

Confrontations avec le réel

Chacune à leur tour Charlotte, Elise, Julie et Savina vont participer à l’atelier chorale. Malgré les craintes de Cécile Dethier, qui connait les réticences que peuvent éprouver les détenues face à une visite d’ « étudiantes », des liens se créent par la pratique commune. « Ce sont des femmes qui pleurent, vous parlent, vous serrent dans leurs bras, se confient », explique Savina. Une série de préjugés tombent, et la nécessité d’agir se confirme, devient plus prégnante.

C’est l’heure des autorisations. Contactée en mars, la responsable de l’administration pénitentiaire s’intéresse à la proposition. Le verdict tombe en août. C’est possible, mais…à partir de 2015. Trop tard pour que l’initiative des étudiantes puissent être valorisée comme mémoire médiatique de fin d’études. La prison accède tout de même à leur requête, mais ne peut leur libérer que trois week-ends. Les séances se succéderont donc les samedis et les dimanches d’octobre sans laisser de temps aux idées de mûrir.

Il faut maintenant rejoindre les détenus. La complicité de Cécile Dethier qui tient la bibliothèque à Berkendael tous les lundis permet à un flyer de circuler, aux volontaires de s’inscrire. L’activité est menée dans le temps imparti aux religions, prend la place de l’aumônier pour les non-pratiquantes. Religion ou fiction n’est pas le seul dilemme, car le week-end est aussi le temps des visites familiales. Malgré ces freins, six femmes s’inscrivent et l’atelier peut commencer. Mais le jour J, seulement deux participantes se présentent. Déception de courte durée, puisque les détenues elles-mêmes vont réussir à remobiliser une inscrite et ouvrir la porte à une anglophone, dépassant ainsi la contrainte imposée de la connaissance du français.

Méthode et expérimentations.

À l’image de cette question linguistique qui fait son intrusion, et qui sera réglée avec beaucoup d’ingéniosité par les participantes, le déroulement de l’atelier ne suit pas le fil prévu, rapidement détourné par les propositions des détenues. La première séance est fidèle au planning : découverte de la prise de son et caractérisation des personnages. Les participantes doivent de toute manière utiliser des pseudonymes pour préserver un anonymat requis par l’administration pénitentiaire. La deuxième séance est une sensibilisation à l’écoute radiophonique. Et la troisième est celle de la prise en main de l’atelier par les participantes.

Elles décident de composer et écrire une chanson, avant le récit de la fiction, de l’histoire. Elles décident également du message qu’elles veulent porter au-delà de la dramaturgie : ensemble on peut aller plus loin. La quatrième séance est celle du tournage de la plupart des scènes. Enfermées dans le local il manque quelque chose. « Quels sons voulez-vous qu’on vous ramène ? » propose Charlotte. L’extérieur va ainsi s’immiscer dans la prison, et les femmes vont comprendre comment ces enregistrements peuvent se conjuguer avec leurs voix. « Un simple son les rendait vraiment heureuse », se souvient Savina, revenue à l’atelier avec l’ambiance d’un café.

Le dernier week-end de travail est celui du rush. L’une des participantes confie être une stressée du temps. « Elles avaient vraiment envie de faire aboutir, d’avoir l’objet fini. » En parallèle, se créé un autre objet, un carnet de bord, un journal de création. À chaque fin de séance, le micro se fait bâton de parole, pour les participantes, mais également pour les animatrices qui partagent leurs impressions dans et hors les murs. La sixième séance est celle de la finalisation des enregistrements de la fiction, et le temps du plus grand débriefing. Les participantes confient ce que leur a apporté cet atelier. Un plaidoyer pour la poursuite de ce genre d’initiative, et un cadeau pour les auditeurs. Bientôt disponible sur incarcreation.wix.com/2015 ce travail ouvre des perspectives intéressantes pour l’utilisation de la radio en prison. Avec plus de séances, mieux réparties dans le temps, ce type d’atelier pourrait être un nouveau modèle d’intervention créative favorisant l’insertion et l’accomplissement de soi des participants incarcérés.

Guillaume Abgrall

1. [Arte radio : https://www.arteradio.com/son/451263/son_de_prison/]↩
2. [une fiction sur la réalisation d’un atelier théatre réalisé par les frères Taviani : https://tempsreel.nouvelobs.com/cinema/20121017.CIN6856/cesar-doit-mourir-shakespeare-en-cabane-filme-par-les-taviani.html]↩

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